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Full text of "Histoire de la petite vérole : avec les moyens d'en préserver les enfans et d'en arrêter la contagion en France : suivie d'une traduction françoise du Traité de la petite vérole de Rhasés, sur la derniere edition de Londres, arabe & latine"

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YALE 
MEDICAL LIBRARY 




HISTORICAL 
LIBRARY 



COLLECTION OF 



HISTOIRE 

DELA 

PETITE VÉROLE. 

TOME PREMIER. 



HISTOIRE 

DE LA 

PETITE VÉROLE, 

AVEC 

Les Moyens d'en préserver les En- 
fans ET D'EN ARRÊTER LA CONTA- 
GION en France. 

SUIVIE 

D'une TraduBion Françoife du Traité de la. 
Petite Vérole de RhasÉS , fur la dernière 
Edition de Londres Arabe & Latine. 



Jam fatis terris &c. 
Horat. Od. II. 



Par M. J. J. Paul et , Dotteur en 
Médecine de la Faculté de Montpellier. 

TOME PREMIER. 



A PARIS, 

ChezGANEAU, rue Saint Severin , près l'Eglife, 
aux Armes de Dombes & à Saint Louis. 

M. DCC. L XVI U. 
Avec Approbation & Privilège du Roi. 



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PRÉFACE. 



1 lus unefcience efl: utile , plus 
elle a befoin d'être épurée. Celle 
de la Médecine fut regardée dans 
les premiers tems , comme une 
connohTance dirine j il n'eft point 
d'honneurs qu'on n'ait rendu aux 
Médecins de l'antiquité. C'efl: 
pourconferver toute la dignité de 
cet art , qu'il eft nécefîaire de le 
dépouiller de toutes les erreurs 
qui l'obicurcifTent & lui ôtent fon 
éclat. Il n'y a peut-être point de 
maladie fur laquelle on ait autant 
de préjugés , que fur la petite vé- 
role. Lorfqu'ils font accrédités par 
des hommes trop célèbres , ils fe 

Tom. J. a 



ij PRÉFACE. 

fortifient Se donnent lieu à des fy~ 
ftêmes funeftes. On a cru , on 
a même (outenu que nous portions 
le germe de la petite vérole , qu'el- 
le étoit inévitable, qu'elle n'étoit 
point contagieufej tandis que c'eft 
une maladie acquife 6c nouvelle 5 
qu'un Peuple a arrêté , & qui ne 
peut fe répandre que par la conta- 
gion. L'écat naturel de l'homme 
n'eu: point un état de maladie. 
Ce n'eit point dans-fa création qu'il 
faut chercher le principe de fes 
maux : ce n'en: que depuis qu'il 
s'en: éloigné de fa pureté primiti- 
ve , qu'il eft. devenu la proie de 
mille maladies dont tous les ger- 
mes font étrangers. Le fyftême qui 
établit que celui delà petite vérole 
eft inné , eft un des plus abfurdes 
& des plus mal fondés. Je me fuis 
efforcé de le combattre. Peut-être 
en voulant le détruire , mon zèle 
a-t-jl été trop loin. Je déclare que 



PRÉFACE. m 

mon intention n'a été de bleflcr 
perfonne. Mais cette erreur entraî- 
noit des fuites fi funeftes , que j'ai 
cru qu'elle avoit befoin d'une fe- 
coufle vive 5 perfuadé que fi tous 
les hommes ne croyent plus au 
germe de la petite vérole 3 ils ne 
chercheront plus à fe la procurer 
par des voies extraordinaires. Ils 
îàiiiront plus volontiers les rctfbur- 
ces qu'on leur préfentera pour s'ea 
garantir. 

Il étoit néceflaire de prouver que 
les anciens Médecins n'ont point 
connu cette maladie. SonHiiloire 
rnanquoit à la Médecine. Il fe- 
roit à fouhaiter qu'on en eut une 
fur tous les maux extraordinaires 
qui nous affligent: on découvrirait 
leur fource éc le véritable moyen 
de s'en deffendre. J'ai entrepris 
celle de la maladie qui occupe au- 
jourd'hui tous les hommes : ce 
n'eft que l'ébauche d'un Ouvrage 

a ij 



V PRÉFACE. 

eh l'on pourra mettre quelque jour 
la dernière main. Le lieu de fon 
©rigine, les circonstances qui l'ont 
déterminée à éclore , fa marche 
dans le monde, fa première irrup- 
tion chez les différens Peuples de 
la terre , les moyens dont la plu- 
part fe font fervis pour s'en déli- 
vrer , étoient fans doute des ob- 
jets capables de former par leur 
réunion un tableau digne des re- 
gards & de l'attention du Public. 

Pour avoir une idée jufte de la 
petite vérole , & des précautions 
qu'on doit employer pour s'en 
deffendre , il falloit dévelop- 
per les différentes manières dont 
elle fe communique , fe tranfporte 
d'un pays à l'autre , & renaît dans 
les villes qu'elle paroît quelquefois 
abandonner. C'eft à quoi je me fuis 
principalement attaché. J'indique. 
des moyens faciles à faifir & à exé- 
cuter pour s'en délivrer entière- 



PRÉFACE. v 

ment. Tel eft le but du premier 
Volume de cet Ouvrage. Je m'e- 
ftimerai heureux s'il peut contri- 
buer à la confervation des hom- 
mes , & fur tout à celle des enfans 
qui ne font que trop fouvent les 
victimes de cette affreufe mala- 
die. 

Poux rendre cet Ouvrage plus 
complet , on a joint à cette Hi- 
ftoire , une Traduction fidelle du 
Traité de la petite Vérole de 
Rhasès , Auteur Arabe. Sa mé- 
thode pour le traitement de cette 
maladie, paroîtra peut-être nou- 
velle à ceux qui ne connoiflent cet 
Auteur que par les Traductions 
peu correctes qu'on en a fait juf- 
qu'à préfent. Rhasès vient d'être 
venge & rétabli dans toute fa pu- 
reté , dans la dernière Edition Ara- 
be & Latine , fa^te à Londres 
par les foins d'un favant Anglois , 
fur un manufcrit Arabe , tiré de 



vj PRÉFACE. 

la Bibliothèque de Leyde. Nous 
y avons ajouté des Notes nécefiai- 
res à l'intelligence de quelques 
mots Arabes , précèdes des décou- 
vertes qu'on a fait depuis cet Au- 
teur fur cette maladie. Je ne crois 
pas qu'il foit poffible de porter l'arc 
de guéiir la petite vérole, fur-tout 
dans le premier état , au point de 
perfection où eft parvenu Rhasès. 
On verra dans le fécond Volume , 
les preuves que nous donnons de 
l'excellence de fa méthode. 






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APPROBATION. 

JA I lu, par Ordre de Monfeigneurle Vice-CIian 
celicr , un Manufcrit intitulé Hifloire de la Petite 
Vérole &c. par Monfieur Paulet , Do&eur en Mé- 
decine de la Faculté de Montpellier. Cet Ouvrage 
contient des recherches curieufes concernant la Pe- 
tite Vérole , fes progrps , la façon dont elle s'eft ré- 
pandue dans le monde entier &c. Je crois que le 
Public le lira avec plailîr. Je n'y ai rien trouvé qui 
puilfe en empêcher l'imprefliori. A Paris le 23 
Décembre 1767, R A U J. I H. 

PRIVILEGE DU ROI. 

LOUIS, par la grâce de Dieu , Roi de France & de Na- 
varre : A nosamés & féaux Confeillcrs , les Gens tenant 
nos Cours de Parlement , Maures des Requêtes ordinaires de 
notre Hôtel , Grand-Confeil , Prévôt de Paris , Baillifs , Sé- 
néchaux .leurs Lieutenans CivilsSc autres nos Julliciers qu'il 
appartiendra ; S a l u t. Notre amé LouisEstienne 
Glaniii Libraire , ancien Conful , Syndic de la Librai- 
rie 8c Imprimerie de Paris , Nous a lait expofer qu'il defire- 
roit faite imprimer 8c donner au public un Ouvrage intitulé : 
Hifloire de la Petite Vérole &c. Par M. Paulet, 
Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier. S'il Nous 
plaifoit lui accorder nos Lettres de Privilège pour ce néceiTai- 
res. A ers Causes , voulant favorablement traiter l'Expo- 
far.s , Nous lui avons permis & permettons par ces Préfen- 
tes, défaire imprimer leditOuvrage autant de fois que bon 
lui femblera. & de le vendre", faire vendre & débiter par tout 
notre Royaume , pendant letems de (îx années confécutives, 
àcompierdu jour delà datedes Préfentes. Faifons défenfesà 
tous Imprimeurs Libraires & autres perfonnes de quelque qua- 
lité & condition qu'elles foient, d'en introduire d'impreflion 
étrangère dans aucup lieu de notre obéi fiance; comme auffi 
d'imprimer ou faire imprimer, vendre, faire vendre, débitée 
niconttefaire ledit Ouvrage, ni d'en faire aucun Extrait fous 
quelque prérexte que ce puiffe être , fans la permiflîon ex- 
preffe Se par écrit dudit Expofant.ou de ceux qui auront drojt 



de lui, à peine de confiscation des exemplaires contrefaits, de 
trait mille livres d'amende contre chacun des contrevenant, 
dont un tiers a Nous, un tiers à l'Hôtel- Dieu de Paris, & 
l'autre tiers audit £xpor»nt, ou à celui qui aura droit de lui, 
& de tous dépens, dommages & intérêts : à la charge que ces 
Préfentes feront enregillrécs tour au long fur le Regillre de la 
Communauté des Imprimeurs Se Libraires de Paris, dans trois 
mois de la date d'icelles, que l'impretlïon dudir Ouvrage fera 
faite dans notre Royaume 8c non ailleurs , en beau papier Se 
beaux carafteres , conformément aux Réglemens de la Li- 
brairie , Scnoramuiemàcelui du 10 Avril 171 1 ; à peine de 
déchéance du préîent Privilège; qu'avant de l'expofer en ven- 
te j le Manufcut qui aura fervi decopie à l'imprelfion dudir 
Ouvrage , fera ternis dans le même état où l'Approbation y 
aura été donnée, es main s de notre très cher Si féal Chevalier, 
Chancelier de France , le Sieur de Lamoignon , 8c qu'il eu 
fera enfuite remis deux Exemplaires dans notre Bibliothèque 
publique , un dans celle de notre Château du Louvre , un 
dans celle de notredit (leur de Lamoignon , Se un dans 
celle de notre ttès-cbet Se féal Chevalier Vice-Chancelier fie 
Garde des Sceau:; de France , le lîcur de M au te ou : le tout 
à peine de nullité des Préfentes ; du contenu defquelles vous 
mandons 6c enjoignons de faire jouir ledit Expofant 5c les 
ayans-caufes , pleinement & paifibtemcnt , fans fourîrir qu'il 
leur foie fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que, la 
copie des Préfentes , qui fera imprimée tout au long au com- 
mencement ou à la hn dudir Ouvrage, foît tenue pour due-- 
ment lignifiée > & qu'aux copies collationnées par l'un de 
nos allés !c féaux Confeillcrs , Secrétaires, foi foit ajourée 
comme à l'original. Commandons au premier notre Huillîcr 
ou Sergenr fui ce requis , de faire pour l'exécution J'icelles 
tous Aâes requis 8c nécefTaires, (ans demander autre perrnif- 
iîon , 8c nonobftaiu clameut de Haro, Charte Normande 8c 
Lettres à ce contraires : Car. tel eil notre plailîr. Donné à 
Paris , le troiueme jour du mois de Février , l'an de Grâce 
mil fepr cent foixante-huit ■ £t de notre Règne le cinquante- 
iroiûeme. Pat le Roi en fon Confeil. 

LE BEGUE. 

RtÇiflri fur le Reçifirt XVII. de la Chambre Royale 
Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris, tf». 14(1, 
fol. jtf 1, conformément au Règlement de 1723. A Paris , 
se « Février ij6i. 

G A n E A u , Syndic. 

HISTOIRE 



TABLE 

DES 
ARTICLES. 



/1RTICLE PREMIER. Le ger- 
me inné de la petite Vérole , efi une 
chimère. Pag. i 

Art. II. Slence des anciens Médecins 
Jur la petite vérole. 25 

Art. III. Origine de la petite Vérole. 6 1 

Art. IV. Première apparition delà petite 
Vérole dans le monde. 77 

ART. V. Marche de la petite Vérole dans 
le monde. 95 

Art. VI. Première irruption de la petite 
Vérole en Amérique. I 1 S 

ART. VII. EtatdePAfie, l'Afrique & 
l'Europe , par rapport à la \ etite Vé- 
role , dans les dix -feptieme & dLx- 
huiticme ficelés. 140 

ART. VIII. H. fi. de C Inoculation. 189 

ART. IX. Nature du virus de la petite 
Vérole. 2.65 

ART. X. Remarques générales fur la pe- 
tite Vérole* 285 



TAB LE DES ARTICLES 

Art. XI. Manière dont la petite Vérole 
fe communique. 2 97 

ART. XII. Spécifiques & préftrvatifs de 
Li petite Vérole , propojés par les Au- 
teurs. 3 2 3 

Art. XIII. Moyens qu'il faut employer 
pour faire ceffer la petite Vérole en 
France. - 3 5° 






HISTOIRE 




HISTOIRE 



DELA 



PETITE VÉROLE. 



ARTICLE PREMIER. 



Le germe inné de la 
Petite Vè rôle est 

une chimere, 



N demande tous les jours , 
quelles font les 'caufes de 
la dépopulation parmi leS' 
hommes ? D'où vient que le 
Nord , qui en étoit jadis une pépinière 
jnépuifable , eft aujourd'hui un défert 2 




Tome I, 



A 



1 Histoire 

Le premier Ecrivain du fiecle , M. de 
Voltaire , qui apperçoit tout , nous l a 
déjà dit dans Ion Hijioire de L'Empire 
de Ruffie "&c. Deux fléaux qui rava- 
gent le monde , s'oppofent fans ceffe 
à leur reproduction. « La petite vérole 
» que l'on doit , dit-il , à Mahomet , & 
» l'autre, à Chnjlophe Colomb ». Il eft 
étonnant qu'on n'ait jamais entrepris 
d'arrêter les progrès de ces deux mala- 
dies. Mais il eft bien plus étonnant 
que dans notre fiecle , un fiecle aufli 
éclairé , on ait cru que la première 
étoit innée dans l'homme. Voyons 
quelle eft la fource de cette erreur. 

Dans tous les tems , les hommes 
ont été imbus de Préjugés. Un inftant 
fuffit pour les faire naître , il faut des 
fiecles pour les détruire. Une idée , 
quoiqu'abfurde , généralement reçue , 
tous les jours répétée , qu'on ne penfe 
jamais à vérifier , a bientôt pris toute 
la force d'une vérité : elle n'en a pas fou- 
vent le carattere , qui eft la fimplicité : 
mais le merveilleux qu'on y mêle pour 
l'ordinaire , en tient lieu & fuffit pour 
la faire adopter. Les préjugés d'éduca- 
tion font les plus difficiles à détruire ; 



DE LA PETITE VEROLE. J 

on les a fucés avec le lait ; on s'y atta- 
che; ils croiffent comme nous^ fe for- 
tifient avec l'âge ; & la raifon , même 
la plus faine , ne les combat enfuite 
que foiblement. Leurs racines font 
trop profondes : on n'en veut pas faire 
le facrifice. Parmi leur foule il en eft 
d'heureux qu'il faut relpe&er , &c qu'il 
feroit dangereux de détruire ; mais il 
en eft de funeftes qu'il faut toujours 
combattre jufqu'à leurextin&ion. Nous 
prouverons bientôt que celui qui éta- 
blit que tous les hommes portent en 
naiflant le germe de la petite vérole , 
a été auffi fatal aux hommes que les 
fléaux les plus terribles. On s'eft fami- 
liarifé avec cette idée ; on ne s'en eft 
point défié ; dès-lors la petite vérole 
a été regardée comme un mal inévita- 
ble , 6c même néceflaire ; on a cru 
qu'elle devoit affefter tout le genre 
humain pour •purifier fon fang : on a 
fait plus que de croire , on a inventé 
une méthode pour l'introduire dans nos 
veines. Un Académicien de nos jours , 
refpeclable par fes lumières & fes tra- 
vaux , dit , en faifant l'hiftoire de l'ino- 
culation : « Une maladie affreufe & 
M cruelle dont nous portons le germe 

A ij 



4 Histoire 

» dans notre fang .... &cc. » On a vu 
même des Médecins célèbres foutenir 
cette vaine hypothèfe du germe inné : 
& quand on leur a dit : la petite vérole 
eft une maladie nouvelle pour l'Europe, 
nous l'avons reçue des Arabes ; ils ont 
répondu , puiique cela eft ainfi , nous 
avons donc deux germes , l'un que nous 
avons reçu d'Adam & d'Eve , & l'autre 
des Arabes. On pardonne aifément à des 
perfonnes peu éclairées, à ces gens dont 
la raifon doit être toujours obfcurcie 
par une nuit d'erreurs , de femblables 
préjugés ; mais des hommes faits pour 
éclairer les autres , font-ils exeufa- 
bles ? leur eft-il permis de nous donner 
comme une vérité ,' une opinion qui 
n'eft pas même vraifemblable ? 

Pour nous perfuader que tous les 
hommes portent en naiflant le germe 
de la petite vérole , il faudroit prou- 
ver : i°. que cette maladie eft auffi 
ancienne que le monde , & que tous les 
hommes font condamnés à éprouver 
fes attaques ; x°. qu'elle eft héréditai- 
re ; 3°. qu'elle n'affecïe que le genre 
humain"; 4 . qu'elle n'eft point acciden- 
telle ni contagieufe ; 5 . qu'elle eft in- 
dépendante des caufes étrangères , Ô£ 



de la Petite Vérole. f 

qu'elle fe développe dans tous les fu- 
jets fans exception , lorfque l'occafion 
eft offerte, puifqu'ils en portent tous, 
comme on dit, le germe en naiflanf, 
6°. citer un feul exemple de germe 
de maladie dans le fang des enfans 
nés d'un père ôc d'une mère parfai- 
tement fains. Toutes ces circonftan- 
ces , même prouvées &: réunies , ne 
fbrmeroient tout au plus qu'une pré- 
somption , pour les perfonnes crédu- 
les , en faveur de ce fiftême ; mais il eft 
ailé de faire voir qu'il eft impoffible de 
prouver aucune de ces conditions , Se 
que tout ce qu'on a dit for ce germe étoit 
arbitraire. Si l'on entend par germe de 
maladie la faculté qu'a l'homme de con- 
tracter toute forte de maux lorfqu'il s'y 
expofe , nous femmes d'accord : mais 
Ton entend par ger/ne de la petite vé- 
role la femence , le principe de cette 
maladie inné, femé ab ovo , de tout 
tems , dans le fein de tous les hommes , 
&: qui fe développe enfuite, & fait des 
progrès comme une pâte qu'on fait 
lever par le moyen d'un levain étran- 
ger. Une telle origine étoit du goût de 
l'homme, il aime le merveilleux. La 
contagion de la petite vérole étoit fi 

A iij 



é Histoire 

manifefte , & vifible , qu'en adoptant 
un pareiKiftême , il falloit néceflaire- 
ment avoir recours à un levain étran- 
ger pour expliquer le développement 
de ce prétendu germe. C'eft auffi ce 
qu'on a fait : on a dit que lorfqu'on 
gagnoit la petite vérole on prenoit 
alors le levain de la maladie qui déve- 
loppoit le germe inné. Il eût été trop 
fimple de dire : cet homme a pris la 
petite vérole par contagion , comme 
on prend la perte , la galle , les manx 
vénériens , &c. C'étoit une maladie ex- 
traordinaire , il lui falloit une origine de 
même nature ; on eut recours à un ger- 
me inné. Cette hypothèfe n'a d'autre 
fondement que la vanité de l'homme &C 
la fuperltition. Quand il s'agit de décou- 
vrir la fource de fes maux , il rougiroit 
d'avoir recours à des caufes naturelles ; 
ou s'il les accufe, il y mêle toujours quel- 
que événement merveilleux. Quoique 
très-petit dans cet univers , l'homme en 
général le regarde comme un fpettacle 
pour le monde entier; comme e feul 
être dont les biens &C les maux foient 
intéreffans: & fans fongers'.leiï injufte 
ou téméraire , il cherche toujours hors 
de la nature les caufes des maux extra- 



de la Petite Vérole. 7 
ordinaires qui ravagent le monde : i! 
regarde le ciel comme le miroir 
de fes deflinées , les comètes comme 
des préfages qui les lui annoncent ; 
le moindre changement dans la nature, 
les tremblemens de terre, tous les 
phénomènes phyfiques un peu frap- 
pons comme les avant-coureurs d'une 
défolation qui menace les hommes : il 
croit que toute la nature le bouleverfe 
pour lui , & n'eft occupée que de fon 
fort ; aux maladies les plus vulgaires , il 
donne des caufes fu manuelles. Diifem- 
blables idées ont retardé longtems les 
progrès de la Médecine ; on quitta le 
bon fens pour l'Aftrologie judiciaire; 
chacun eut fon aftre, fon étoile heureufe 
ou malheureufe ; il y eut des jours for- 
tunés ou funcues, fuivant l'afpecî: Se l'in- 
fluence de tel afire ; on crut qu'il y 
avoit fur la terre des remèdes marqués 
pour toutes les maladies ; de- là la ref- 
jource ftérile des remèdes Jignés qu'on 
s'amufa à chercher fi longtems : on 
crut qu'il y avoit quelque chofe de ca- 
ché & de fiirnaturel dans leur manière 
d'agir , une fimpathie , une amitié , 
dont on faifoit un myftere , entre- 
eux & le corps humain ; on mêla 

A iy 






8 Histoire 

le divin aux caufes les plus fim- 

ples de nos maux; de-là l'hypothèfe 

vaine des qualités occultes & des caufes 

fecrettes. 

Parmi les Payens on croyoit tou- 
jours les Dieux irrités ; de-la les aruf- 
pices , les oracles, le facrifice des vic- 
times humaines, pour les appaifer. Par- 
mi nous, je ne fais ce qu'on a cru, 
lorfqu'on a imaginé le germe inné de 
la petite vérole. A-t-on cru que Dieu 
vouloit nous punir ? Dieu dilpenfe 
fans doute les biens St les maux ; mais 
pourquoi veut-on qu'une maladie (bit 
fon ouvrage plutôt que mille autres 
qui doivent leur origine à des caufes 
fimples & naturelles ? Un Médecin qui 
croit au germe inné de la petite vérole 
ne s'occupe plus à découvrir fon ori- 
gine , à remonter à fa fource: Des gens 
éclairés , mais crédules , lui crient : ne 
touchez pas au germe ; c'eft un crime. 
Qu'on mette un frein au libertinage, 
qu'on ferme la bouche à ceux qui ont 
la témérité d'attaquer la religion , les 
chofes les plus facrées ; qu'on puniffe 
tous ceux qui veulent ôter à l'homme 
cette icrée douce & confolante qu'il y 
a un Dieu jufte , toujours témoin des 



de la Petite Vérole. 9 
bonnes & mauvaifes intentions ; qui 
lui réferve une récompenfe s'il fait le 
bien , une punition s'il fait le mal ; mais 
qu'on laiffe au médecin la liberté de 
parler des caufes de nos maladies , le 
pouvoir de fecouer le joug d'une hypo- 
thèfe fans fondement , & tout l'embar- 
ras de découvrir la fource de la petite 
vérole. Ne mêlons rien de merveilleux 
à fon principe ; allons à une origine 
fimple & naturelle ; cherchons fur la 
terre le germe de cette maladie ; ne 
touchons pas au ciel ; voilà ce qui eft 
facré. On fait bien que nous ne fom- 
mes plus au tems des oracles , ni 
des caufes fecrettes , ni des qualités 
occultes ; (#).& que la raifon com- 
mence à jouir de tout fon empire- 

(d) Du tems de Catherine de Medicis on 
croyoit encore à l'Aftrologie judiciaire , aux 
longes , aux revenans , aux fimpathies , aux cau- 
fes fecrettes , on alloit lerieufement confulter 
les aftres & y lire nos deftinées ; la tour de 
l'ancien hôtel de Soifîons , qu'on voit encore 
aujourd'hui , e^ un monument de la fuperfti- 
tion & de l'ignorance qui regnoient dans ce 
tems. Fernel , premier Médecin d'Henri II , 
donna dans un Traité fur les caufes cachées , 
de abditis rentm caufis , la preuve du plus grand 
génie , &c de l'empire que peuvent avoir la 



îo Histoih 

La feule chofe qui pourroit donner 
quelque force au Même du germe 
inné de la petite vérole eft l'exemple 
des maladies héréditaires , c'eft-à-dire 
de celles qui paflent des pères ou des 
mères aux enfans. Il y a des maladies 
héréditaires , j'en conviens, mais ce 
n'eft point la petite vérole ; ce n'eft 
point une maladie inflammatoire qui fe 
termine le plus fouvent en moins de 
vingt jours , &C qui laifle le fujet par- 
faitement fain , qui pafle ainfi , après 
plufieurs années, des père aux enfans. 
La petite vérole peut être tranfmife , 
il eft vrai , nous en avons des exem- 
ples ; mais il eft de fon eflence de fe 
développer promptement , ôc de fe 
manifefter par des effets fenfibles ; lorf- 
qu'elle exifte dans un corps , le germe 
ne fauroit s'y cacher pour fe réveiller 
dans un autre tems. 

Un père qui a la petite vérole 
peut la tranfmettre à l'enfant qui eft 
déjà dans le fein de fa, mère. Le 
Docteur Mead (a) en cite un exem- 

crédulité & la fupetftition fur l'eiprit de 
l'homme. 

(a) Voy. Mead , de varlol. &• morbïl Lon~ 
Uni 1747, p. 6j. 



de la Petite Vérole, n 
pie : il dit qu'un homme attaqué de la 
petite vérole, vers la fin de la grof- 
feffe de fa femme qu'il voyoit aflî- 
dument, la communiqua à l'enfant 
fans que la mère la prit ; cet enfant 
vint au monde privé de la vie, & cou- 
vert de puftules ; il eut cette maladie 
dans le fein de fa mère : le germe qu'il 
en avoit reçu de fon père fe déve- 
loppa avant fa naiffance(a).Fernel avoir 
obfervé plufieurs fois le même cas : il 
dit qu'on a vu fouvent des femmes 
très faines mettre des enfans au monde 
couverts de petite vérole , mais il a 
vu d'autres mères dans les mêmes cir- 
conftances , qui n'avoient la petite vé- 
role que plufieurs jours après l'accou- 
chement. Fernel , qui croyoit aux cau- 
fes cachées, ne cherche pris à rendre 
raifon de ce phénomène; mais Mead , 
-qui n'y a jamais cru , nous a expliqué 
ce myflere(^). Fabricins Hildanus, 
Etmuller citent de pareils exemples; 
Rofeen , Médecin du Roi de Suéde, 
a obfervé le même phénomène. Si un 

( a 1 Voyez Fernel , de abditis rerum cau- 

flS. t. 11. C. 12 . 

(i) Fabric. Hild. cent, io , obf. s S > $6 
cgap ii. Etmuller. prax. 1. 11. l.l.fecl. cio. 



il Histoire 

père attaqué de la petite vérole de- 
vient, dans cet état, auteur d'un en- 
fant , il fait un avorton , ou bien cet 
enfant éprouve la maladie dans le fein 
de fa mère. Si un père n'a pas la petite 
vérole, il ne fauroit la tranfmettre à 
l'enfant auquel il donne la vie. 

La petite vérole peut encore paffer 
avec plus de facilité de la mère à l'en- 
fant ; mais fon développement luit 
toujours les mêmes loix. Le favant 
Mead que nous venons de citer , rap- 
porte , dans le même ouvrage, qu'une 
femme au feptieme mois de fa grof- 
fefTe , & bientôt prête d'accoucher , 
fut attaquée d'une petite vérole con- 
fluente t & maligne; elle avoit le vifage 
couvert de puftules à peine en fuppura- 
tion ; elle accoucha le onzième jour de 
fa maladie , & mourut le quatorzième: 
l'enfant qui vint au monde vivant , eut 
la petite vérole quatre jours après fa 
naiffance , & en mourut. («) Mauri- 
ceau, célèbre Accoucheur , nous four- 
nit de pareils exemples ; il dit qu'il a 
tiré un enfant mort de la petite vérole 
du fein de fa mère qui l'avoit eue pré- 

(a) Voyez Mauriceau , obf. DC , p. .,9, 
& 424. 



de la Petite Vérole. 13 

cédemment , mais il nous apprend en 
même tems qu'il a accouché des fem- 
mes qui avoient eu la petite vérole 
dans leur groflefle , (ans que les enfans 
en enflent reçu , pour cela , la moindre 
atteinte ; ils naiffoient parfaitement 
fains , Se vivoient de même (£), 
Plufieurs obfcrvations prouvent que 
ces mêmes enfans venus ainfi au 
monde n'ont pas été pour cela à l'abri 
des attaques de la petite vérole , dans 
la fuite : une mère peut donc avoir 
cette maladie dans fa groflefle fans la 
communiquer à l'enfant ; mais il y a une 
infinité d'exemples ( 1 ) de fœtus , atta- 
qués de la petite vérole, dans le fein de 
leur mere.TJne femme grofle qui s'exJ 
pofe à la contagion, peut encore trans- 
mettre le levain de cette maladie à l'en- 
fant qu'elle porte , fans qu'elle en re- 
çoive aucune atteinte : ( 1 ) Mauriceau 
nous apprend lui-même que fa mère a 
été dans ce cas, & qu'il a eu la petite 
vérole avant de venir au monde, 

(b) Voyez les Tranfa&ions Philofophiques ,' 
vol. 46, p. 2.37. 

( 1 ) Voyez Collection Académicj. tom. III. 
pag. iz. obf. 53. Foreftus , 1. V. obf. 44, 
Thomas Bauholin , cent. IV. hift. 50. 
• (i) Mauriceau , chap. II. pag. 56. 



14 Histoire 

Tous ces exemples nous font voir 
que le germe variolique tranfmis dans 
un corps fain s'y développe en très- 
peu de tems , s'il doit s'y développer , 
iïnoa , qu'il eft incapable d'y refter 
caché Iongtems pour reffufciter dans 
la fuite. L'inoculation n'offre - 1 - elle 
pas tous les jours le même phé- 
nomène ? qu'on inocule un en- 
fant , fi la petite vérole ne paroît pas 
avant le onzième jour , il n'aura jamais 
cette maladie , à moins qu'il ne foit 
expolé de nouveau à la contagion. Le 
germe ne fauroit couver dans un corps 
plus de dix jours. On peut conclure de 
tous ces faits qu'un corps qui a été par- 
faitement guéri de la petite vérole , ne 
fauroit la tranfmettre à un autre , puif- 
qu'il ne fauroit donner ce qu'il n'a pas. 
Ainfi un peresou une mère ne peuvent 
communiquer le germe de la petite 
vérole au fœtus , que lorfqu'ils en font 
eux-mêmes attaqués ou qu'ils en re- 
çoivent le virus par la contagion : alors 
l'enfant qui en a reçu l'impreflîon , a la 
petite vérole , foit dans le fein de fa 
mère , foit immédiatement après fa 
naiflance ; ou bien fi elle ne fe déclare 
pas cette fois dans le terme prefcrit, 



de la Petite Vérole. 13 
l'enfant eft quitte pour toujours de cette 
imprefïîon reçue ; parce qu'il eft de la 
nature , de l'eflence delà petite .vérole 
& de toutes' les maladies inflammatoi- 
res , de fe manifefter & de fe déve- 
lopper en très-peu de tems. Voilà les 
conditions qui accompagnent toujours 
la communication de cette maladie ; 
donc vin père ni une mère n'ont pas pu 
donner le germe de la petite vérole à 
leur poftérité dans le fens qu'on l'en- 
tend : donc nous n'avons pas reçu le 
germe de cette maladie ni de notre 
père , ni de notre mère , ni d'Adam , 
ni d'Eve , ni des Arabes. 

Une maladie héréditaire eft une ma- 
ladie chronique qui fait des progrès 
lents , qui a eu le tems d'altérer le fang , 
& de changer la çonftitution naturelle 
du corps, c'eft-à-dire la difpofition 
primitive des liquides , le premier ar- 
rangement des fibres. Dans cet état un 
père, une mère peuvent communiquer 
à l'enfant la mauvaife difpofition dont 
ils font affeûés. Un vice de conforma- 
tion paffe facilement du père à l'enfant, 
mais ce n'eft point une maladie vive, 
aiguë , dangereufe , qui fe déclare, fe 
développe , & fe termine pour l'ordi- 



i6 Histoire 

naire en moins de vingt jours. Ainfi 
l'exemple des maladies héréditaires eft 
inapplicable à la petite vérole ; mais 
pourquoi nous arrêter plus longtems 
fur cet objet ; ce n'en 1 point d'une ma- 
ladie héréditaire dont on parle ; il s'a- 
git d'une femence , d'un principe inné , 
attaché de tout tems à la nature 
humaine , de la même manière que les 
idées jadis étoient innées. 

Si nous portons le germe de la pe- 
tite vérole , nous portons celui de la 
pefte , de toutes les maladies contagieu- 
ses &c pefhlentielles , la reflemblance 
entre tous ces maux eft parfaite ; foit 
pour la manière dont ils fe communi- 
quent , foit pour celle dont ils fe déve- 
loppent ; & en ce fens nous avons le 
germe de tous ces maux , c'eft-à-dire 
la faculté de les contracter. 

Si l'on admet le germe de la petite 
vérole dans l'homme , il faut l'admet- 
tre dans les animaux. Qu'on inocule 
un chien , il meurt de la petite vérole : 
il faut l'admettre dans le chien. On a 
vu cette année un finge , à Saint-Ger- 
main-en-Laye, attaqué de la petite vé- 
role. Ramazini , premier Profeffeur 
-de Médecine à Padoue, l'a obfervée 

fui, 



de la Petite Vérole. 17 
fur des bœufs: de l'aveu de tous les Sa- 
vans («), on l'obierve tous les jours fur 
des moutons ; il faut admettre le germe 
dans tous ces animaux : donc il n'eff. 
pas exclufivement attaché à l'efpece 
humaine. La petite vérole ne court le 
monde que depuis le frxieme fiecle de 
l'ère chrétienne, comme nous le prou- 
verons : avant cette époque l'Europe 
entière étoit à l'abri de ce fléau ; l'A- 
mériquain ne la connoît que depuis la 
découverte que nous avons faite du 
nouveau monde : fi tous les hommes 
en euffent porté le germe , par quel 
prodige nos ancêtres n'en euffent-ils 
pas été atteints ? par quelle fatalité 
éprouverions- nous aujourd'hui toute fa 
fureur ? S'il a été un tems où les hom- 
mes n'avoient pas la petite vérole , ils 
n'en ont donc pas toujours porté le 
germe ; ou bien ce germe eft un être 
capricieux qui tantôt le montre ôi tan- 
tôt fe cache. Celui qui n'a jamais la pe- 
tite vérole , quoiqu'on faffe pour la 
lui donner , en a-t-il le germe ? Son 
voifin qui a eu trois petites véroles , 
qui 1 ont marqué ôc défiguré trois fois, 

(a) Voyez le Journal des Savans , Février 

B 



i8 Histoire 

en avoit donc trois ? Je ne puis pas 
concevoir qu'on puiffe foutenir férieu- 
fement que nous portons le germe 
d'une pefte nouvelle. 

Je ne connois d'autre germe dans la 
nature humaine que celui de la mort. 
L'homme bien conftitué & bien fain , 
qui fuit les loix prefcrites par la natu- 
re , peut parcourir une longue carrière 
fans maladie ; il ne fe fent pas même 
mourir : quand il eft parvenu à une 
longue vieillefle , Ion efprit commence 
à s'aliéner, il radote , fa raifon fe trou- 
ble , il tombe dans une forte de dé- 
mence qui l'empêche de réfléchir fur fa 
deftruftion prochaine ; il met le pié 
dans la tombe fans la voir ; & la na- 
ture , toujours bienfaifante , en le dé- 
robant ainfi à la vue de la mort , veut 
lui épargner toute l'horreur d'un afpett 
auffi hideux. Mais nous ne vivons , 
nous ne mourons plus naturellement : 
l'homme civilifé , auteur de tous les 
maux qu')l fouffre , a fait de fa vie un 
état de fupplice & de douleurs. Il 
meurt toujours avant le tems ; fa mort 
n'eft jamais naturelle , elle eft toujours 
violente. Outre les maux phyfiques, 
que l'intempérance , la mollefle , la dé- 



de la Petite Vérole. 19 

pravation des mœurs , le rafinement 
de goût dans fes mets , mille maladies 
auxquelles il s'eft expofé lui procu- 
rent , fon ame inquiète , toujours agi- 
tée , toujours battue par mille évene- 
mens , fe trouve en proie à mille maux, 
mille chagrins cuifans qui la dévorent 
& la déchirent fans ceffe. Voilà de ces 
maux faits pour abréger nos jours. Auffi 
ne connoiflbns-nous plus ni les dou- 
ceurs d'une longue vie , ni le bonheur 
de mourir naturellement. On a de la 
mort une idée toute différente de celle 
qu'on devroit avoir. Rien de plus in- 
certain que les fignes de la mort , rien 
de moins douloureux que cet inftant : 
voilà un homme en fyncope , ou bien 
plongé dans un fommeil léthargique , 
on doute s'il eft mort ou vivant , com- 
bien en a-t-on enfévelis dans cet état ? 
l'homme meurt très-fouvent fans s'en 
appercevoir , c'eft une lampe qui s'é- 
teint faute d'huile ; pour s'en convain- 
cre il n'y a qu'à voir mourir vin vieil- 
lard dans la décrépitude : dans cet état 
les organes de la douleur ne font plus 
fufceptibles de fentiment ; les refforts 
de l'ame font ufés. Les contes dont on 
nous a bercés dans l'enfance , les peurs 

Bij 



io Histoire 

qu'on nous en a données , la vue d'un 
appareil de mort , d'un fpedacle fan- 
glant ; le portrait affreux qu'on en 
trouve dans plufieurs livres , enfin deux 
craintes d'y fuccomber , la naturelle , 
& la faûice qui eft la plus cruelle , en 
ont fait un fpe&re fi hideux , fi épou- 
vantable qu'on n'en parle plus fans fré- 
mir. Ce n'eft pas la mort qui eft affreu- 
fe , c'eft l'idée qu'on en a ; c'eft cette 
idée qui tue. Il eft douteux que la fin 
naturelle de notre exiftence foit com- 
prife au rang des maux phyfiques : 
pour l'homme civil c'eft fouvent le ter- 
me de fes malheurs; & en ce fens nous 
ne portons le germe d'aucun mal , d'au- 
cune maladie. Quoiqu'il en foit , l'hom- 
me ceffe d'exifter , parce qu'il porte 
dans fon fein des caufes inévitables de 
mort. Les fibres fe durciffent avec le 
tems ; les tuyaux fe bouchent ; la cir- 
culation fe rallentit ; les refforts ont 
perdu leur foupleffe , & leur jeu de- 
vient irnpuiffant; les organes des fécré- 
tions refufent leurs fucs ; les pores de 
la peau fe ferment ; les efprits que 
fourniffoit le cerveau s'épuifent ; cette 
fource de vie, de molle qu'elle étoit , 
devient calleufe $ la mémoire fe perd j 



de la Petite Vérole. ri* 
toutes les idées s'effacent ; les refforts 
de l'ame font ufés ; tout le corps cour- 
bé vers la terre chancelé, & la machine 
tombe toute ufée. Voilà les véritables 
caules , le feul principe , le feul germe 
de nos maux phyfiques , fi toutefois la 
mort en eft un. 

Le fiftême du germe inné de la pe- 
tite vérole eft fi généralement répandu , 
on eft tellement perfuadé de fon exis- 
tence, qu'on ne penfe pas même à évi- 
ter cette cruelle maladie ; on ne voit 
que quelques personnes raifonnables 
fuivre cette conduite. Et dire fans cefle 
aux hommes : « Vous êtes tous con- 
» damnés à avoir la petite vérole ; tel 
» eft l'arrêt du fort , vous en portez 
» tous un double germe dans votre 
» fang ; votre corps doit être purifié 
» par cette maladie. N'eft-ce pas leur 
» dire en même tems : c'eft un mal 
» inévitable ; vous avez beau faire , 
» au lieu de la fuir , prenez-le plutôt ; 
» c'eft envain que vous prenez des 
» précautions , vous l'aurez tôt 
» ou tard; faites -vous inoculer. » 
Tel eft le langage qu'on tient 
aux hommes ; le préjugé qui le 
dicle, plus funefte au genre humain 



\% Histoire 

que la guerre & la perte , eft le frein 
qui retient fans ceffe la petite vérole 
parmi nous. C'eft une femblable er- 
reur , fuivant la judicieufe remarque 
de (a) Profper Alpin , & de (£) 
Montefquieu , qui entretient la pefte 
parmi les Turcs &c les Egyptiens toute 
l'année dans les pays qu'ils habitent ; 
on n'en doit pas être furpris , ils font 
Mahométans , & croient par confé- 
quent à la prédeftination , qui eft un 
point de doctrine de la loi de Mahomet ; 
cette loi leur prefcrit qu'il eft inutile de 
prendre aucune précaution pour éviter 
v la mort , les dangers , & les maladies; 
Ce qui s'oppofe directement aux inten- 
tions de la nature , qui a mis dans tous 
les êtres fenfibles & animés un fenti- 
ment vif & rapide qui porte chaque 
individu à écarter tout ce qui peut lui 
être nuifible. Et lorfqu'on leur de- 
mande , d'où vient que vous avez tou- 
jours la perte parmi vous ? ils répon- 
dent ; c'eft que nous en portons le 
germe dans notre fein , & qu'il eft 

(a) Profper Alp. Medicina JEgypr. cap 13. 

( b ) Montefcjuieu , Efprit des Lo'ix , chap. 
XI. des Loix qui ont du rapport aux maladies, 
du climat. 



de la Petite Vérole. 13 

inutile de l'éviter. M. de Montefquieu 
nous fait obferver que les Turcs n'ont 
aucune police pour empêcher la com- 
munication de la pefte ; 6c quoiqu'ils 
voyent les Chrétiens dans la même 
ville échapper au danger , & eux feuls 
périr : ils achètent les habits des pefti- 
férés , s'en vêtiflent & vont leur train. 
C'eft-là qu'il dit ces paroles mémora- 
bles , « que la doctrine d'un deftin ri- 
» gide qui règle tout , fait du Magiftrat 
» un Spectateur tranquille ; il penfe 
» que Dieu a déjà tout fait, & que 
» lui n'a rien à faire ». Profper Alpin 
nous apprend que dès qu'un peftiféré 
eft mort au Caire , on porte au marché 
fon linge , fes habits , fon lit , enfin 
tout ce qui lui a fervi dans le tems 
de fa maladie , ôc qu'un chacun les 
touche , les manie fans aucune appré- 
henfion. Chez nous on en fait à-peu- 
près de même , on manie fans crainte 
&c fans précaution tout le linge qui a 
fervi à un variole dans fa maladie ; 
c'eft l'objet le plus important , le plus 
digne de confidération , c'eft le plus 
négligé ; il y a même des gens qui 
ignorent que la petite vérole eft 
contagieufe : c'eft ainfi que l'on s'in- 



Ï4 Histoire 

fe&e tous les jours & de h perte & de 
la petite vérole fans le favoir , & en 
croyant au germe & à la prédestina- 
tion : c'eft ainfi que les préjugés de- 
viennent populaires & funeftes ; & 
que l'expérience de plufieurs fiecles a 
peine encore à faire revenir les hom- 
mes d'une ancienne erreur. Mais laif- 
fons à des peuples barbares , à des 
Turcs , à des Egyptiens , toujours pefti- 
férés , la malheureufe facilité de fe re- 
paître d'idées vaines & chimériques 
dont ils ne peuvent fe défendre , & 
dont ils font fans ceffe les victimes. 
Ne croyons plus au germe , & cher- 
chons à éviter la petite vérole, mala- 
die pestilentielle & contagieufe qu'on 
peut arrêter avec plus de facilité qu'on 
n'a arrêté la pefte de Marfeille. 



^# 



*f% 



ARTICLE II. 



de la Petite Vérole. 25 

ARTICLE II. 
Silence des anciens Médecins 

SU lI LA PETITE VÉROLE. 

Xj \ "etite vérole efi une maladie nou- 
velle. Pour découvrir le tems de fa 
naiilance , de la première apparition 
dans le monde , il faut s'aflurer fi les 
Médecins qui ont vécu avant cette épo- 
que en ont parlé. 

Prenons d'abord Hippocrate, le père 
de la Médecine , & le plus ancien Mé- 
decin dont nous connoifîions les écrits. 
Il vivoit dans la Grèce du tems de Dé- 
mocrite , quatre cent trente-deux ans 
avant Jefus-Chriil. II voyagea peu, 
mais les élevés qu'il avoit formés s'é- 
toient répandus dans diverles parties 
du monde , & lui faifoient part de leurs 
obfervations ; fi la petite vérole eût 
exifté de fon tems , elle n'eût point 
échappé à un obfervateur auffi clair- 
voyant qu'Hippocrate , le Lynx de la 
nature , &c le plus grand Médecin qui 

Tome I. C 



i6 Histoire 

ait exifté : fi quelqu'un de fon tems 
en eût porté des marques , il en au- 
roit eu connoiffance ou par lui-même 
ou par fes élevés. Quelques Auteurs 
ont prétendu , dans l'idée qu'Hippo- 
crate connoifîbit tout , qu'il a non-feu- 
lement connu mais même décrit cette 
maladie : Hippocrate ne pouvoit pas 
connoître ce qui n'exiftoit pas ; & nous 
verrons bientôt que s'il a parlé de la 
petite vérole , il faut que cette mala- 
die ait bien changé , ou qu'elle ne foit 
pas la même. 

Les partages d'Hippocrate dont on a 
fait ufage , ou plutôt dont on a abufé, 
pour prouver qu'elle exiftoit de fon 
tems , font ceux où il parle des mala- 
dies de la peau , fous les noms à'ecty- 
mata , exanthtmata , phymata , anthrax, 
epinyclidts , boulon ; tous mots Grecs 
dont il s'eft fervi pour défigner diffé- 
rentes affeûions cutanées. On a effayé 
de donner à tous ces mots un autre 
fens que celui qu'Hippocrate leur avoit 
attaché -, pour cela on les a mal inter- 
prêtés ; on les a dénaturés : & lorf- 
que cet Auteur n'a voulu parler que 
d'une éruption légère , de petits bou- 
tons qui Surviennent à la peau , on a 



de la Petite Vérole. 17 
dit que c'étoit la petite vérole. On en 
a fait de même pour d'autres maladies 
plus graves , & on a trouvé partout la 
petite vérole , parce qu'on ne la voyoit 
nulle part. Examinons la valeur de tous 
ces mots. 

Celui Sectymaxa, dans la bouche 
d'Hippocrate , étoit un mot vague &C 
générique qui fervoit à exprimer toute 
éruption qui fe fait d'une manière fu- 
bite &£ fpontanée , fuivant le langage 
des Anciens. Il nous dit lui même que 
ce mot eft formé d'un verbe qui figni- 
fle fleurir , paroître au-dehors , faire 
éruption. Jufques-là cela paroît con- 
venir à la petite vérole ; mais lors- 
qu'il en fait l'application , ce qui eft 
rare , il n'entend par ce mot que l'é- 
ruption la plus légère , la plus fine , 
s'il eft permis de s'exprimer ainfi, & 
qui répond au Latin papulœ, fudamina , 
éruption , efflorefcence , ébullition de 
fang. Ce terme &c fa fignification font 
fi peu importans , qu'on a oublié le mot 
dans les ouvrages des Modernes : auffi 
n'a-t-on pas beaucoup iniillé fur celui- 
ci , parce qu'il eft évident que ce n'eft 
point la petite vérole. 

Celui qui mérite le plus d'attention, 
Cij 



a8 Histoire 

& dont les Médecins fe font fervis 
longtems pour exprimer les boutons de 
la petite vérole, eil I'exan th emata 
des Grecs, que nous avons rendu dans 
notre langue par un terme fimilaire , 
c'cft-à-dire, exanthèmes; & nous ap- 
pelions aujourd'hui l'éruption qu'il -dé- 
iigne , élevures de la peau , ou éruption 
exanthématique : c'eft ce mot dont on 
a principalement abufé. Il eft formé 
Stxanthto , qui lignine , ainfi que le 
premier , fleurir , paroître dehors ; il 
eft moins vague que le premier, & s'ap. 
plique particulièrement aux élevures 
qui excédent à peine la furface de la 
peau , mais qui la tendent rude , iné- 
gale , grainée , femblable à-peu-près à 
celle que nous appelions peau de poule. 
Hippocrate regardoit ces fortes d'affec- 
tions comme des maux très-légers ; 6k 
la démangeaifon qui les accompagnoit , 
étoit le fymptôme fur lequel il infiftoit 
le plus, lorsqu'il en |ftïloit : les remè- 
des qu'il prefcrit prouvent encore 
qu'elles n'étoient accompagnées d'au- 
cun danger. Il en diftingue de deux 
fortes : les élevures plates , larges , 
exanthemata lato.; & celles qui font re- 
levées , fublimia exanthemata. Quel- 



de la Petite Vérole. 19 
quefois ces élevures paroiflbient avec 
d'autres Iymptômes , tels qu'un mal de 
gorge , un changement de voix , aph- 
tes à la bouche , douleur aux gencives. 
& alors il avoit foin de le dire. Il fait 
remarquer (aphor. 6 , fect. J.) que les 
élevures plates ne font pas celles qui dé- 
mangent le plus ; mais fouvent après leur 
éruption la voix change , il y a mal de 
gorge. Il parle , dans un autre endroit 
de (es ouvrages , d'un certain Simon 
qui eut en hiver de ces fortes d'élevu- 
res plates , & qui étoit foulage lors- 
qu'on lui faifoit des onttions près du 
feu , & qu'on le lavoit chaudement. 
Hippocrate ne parle ni de la fièvre qui 
précède toujours la petite vérole , ni 
d'aucun des iymptômes qui caraftéri- 
fent l'exiftence de cette maladie; il ne 
parle que d'une démangeaifon , d'un 
lavage chaud. Eft ce là le tableau de la 
petite vérole , d'une maladie atroce &c 
contagieufe ; y rec»nnoît-on les traits 
caraftériftiques dont Hippocrate fe fert 
pour peindre les maladies. 

Ces deux mots , exanthemata , ciïy- 
mata, furent rendus par les Latins par 
ceux de puflulx , pujule , fudamina. , 
boa , pituite eruptiones ; Se enfin par 

C iij 



30 Histoire 

ceux de variotœ, morhilli : ce qui a jette 
beaucoup d'obfcurité fur le diagnoftic 
des maladies de la peau ; & les Auteurs 
plaçant indifféremment &C fans diftinc- 
tion tous ces mots Grecs & Latins tan- 
tôt l'un à la place de l'autre , on ne fait 
fouvent s'ils parlent ou de la rougeole , 
eu de la petite vérole , ou de toute au- 
tre maladie , lorfqu'ils les emploient. 
Mais Celfe , le plus pur des Médecins 
Latins , nous fixe : il nous apprend ce 
qu'on doit entendre par celui Sexan- 
themata , quand il dit : Pufiulx ( c'é- 
toit le mot générique que les Latins 
donnoient à toute forte de boutons) 
maxime vernis temporibus oriuntur $ 
tarum plura gênera [tint : nam modo 
tirca totum corpus partimve afpredo quce- 
dam fit , jlmilis bis puftulis quœ ex ur- 
tica , vel ex fudore nafcuntur exantht- 
mata Grœci vocant , eaque modo rubent , 
modo colorem cutis non excedunt. (Cor- 
nel. Celf. Lib. V.) . 

Voilà l'idée que nous donne Celfe 
de ces exanthèmes des Grecs , qui font 
des rougeurs de la peau femblables à 
ce qu'on appelle ébulition de fang ; ou 
à des piquûres d'orties. Il paroît que 
le mot pujlula des Latins , qui femble 



de la Petite Vérole. 31 
porter avec lui une idée de pus & de 
fuppuration , eft ce qui a induit en 
erreur quelques Médecins ; mais Celfe 
qui eft notre Cicéron pour le langa- 
ge , l'emploie comme un terme géné- 
rique qui comprend tous les boutons 
de la peau , loit qu'ils luppurent ou 
non. Et on voit bien qu'il n'en 1 point 
queftion de fuppuration lorfqu'il parle 
' des exanthèmes des Grecs ; il recon- 
noît bien des boutons qui luppurent , 
mais alors il nous les fait connoître , &C 
marque la différence qu'il y a de ceux- 
ci au premiers , foit pour la formé , 
foit pour la couleur (a). Nous ne {au- 
rions parler fous filence un paffage 
d'Hippocrate qu'on a voulu faire va- 
loir , pour prouver que la petite vé- 
role lui étoit connue : c eft le loeApho- 
rifme de la Section 3e , où il parle fous 
les noms à! exanthejies , elkodees , plef- 
tai , de plufieurs éruptions exanthéma- 
tiques qui paroiflent quelquefois au 
printems avec fuppuration ; les Tra- 
ducteurs Latins ont rendu ces mots 
par ceux de pufiulœ ulcerofce, puftules 
ulcérées ou ulcéreufes ; &c M. Hecquet 

(a) Voy. Celf. ibid. 

C iy 



51 Histoire 

interprêtant le partage , nous dit dans 
le commentaire qu'il ajoute , que ces 
puftules ulcérées étoient celles de la 
petite vérole qu'Hippocrate avoit con- 
nu & qu'il avoit défigné en cet endroit. 
Il eft effentiel , pour lever ce doute , 
de favoir ce qu'Hippocrate entendoit 
par le mot ulcère dont il le fert ici. 
Tous les bons Auteurs qui l'ont inter- 
prété nous difent qu'il lui donnoit 
beaucoup d'extenfion , &C qu'il l'appli- 
quoit non feulement à ce que nous ap- 
pelons proprement ulcère , "mais à 
toute folution de continuité , à toute 
partie en fupptiration ; & l'endroit 
où (tf) Hippocrate dit, qu'il cjl appa- 
rent que toutes les maladies font des uU 
ceres , doit nous faire juger de fon de- 
gré d'étendue , & combien il eft im- 
portant d'en connoître la valeur toutes 
les fois qu'il l'emploie. Tantôt il défi- 
gné un ulcère ; tantôt une fimple fup- 
p; ration , ou une folution de conti- 
nuité : & Hippocrate n'en employoit 
pas d'autre pour exprimer la fup- 
puration : cela paroît clairement par 
ce paffage de Celle qui nous dit : 

(a) Hippocrat. de fratturis , Sed. 35. 



de la Petite Vérole. 33 

» lorfque les boutons font ouverts", la 
» chair paroît comme bleflée , ce que 
» les Grecs appellent ulcérée. « Ubi 
verô hte\ pnflulœ ruptœ. junt , ir.fr à quafi 
exulcerata caro apparu* ELKODES 
Grœci nominatur. Ainfi ces puflu- 
les ulcérées fe réduifent déjà à de pe- 
tits boutons qui fuppurent ; & le mot 
ulcère n'a rien d'effrayant dans la bou- 
che d'Hippocrate. Il faut remarquer 
encore que cet Auteur ne fe fert pas 
ici du mot exanthemata qui déiîgne pro- 
prement les élevures de la peau qu'il 
avoit déjà décrites fans fuppuration ; 
il en emploie un autre plus vague , 
plus étendu , exanthejies elkodees , érup- 
tions ou efflorefcences avec fuppura- 
tion : ainfi ces pullules ulcéreufes ne 
font autre chofe que de petits bou- 
tons qui paroiffent au printems , com- 
me c'elt l'ordinaire dans tous les clir 
mats un peu chauds , & qui mûriffent: 
il n'avoit pas d'autre manière de s'ex- 
primer pour nous faire entendre la ma- 
turité de ces boutons : voilà tout ce 
qu'a dit Hippocrate qui puifle faire 
foupçonner dans cet Auteur la con- 
noifTance de cette maladie. L'inter- 
prétation de M. Hecquet , quoique 



34 Histoire 

faite affez légèrement , trouva des 
partifans parmi quelques Médecins 
des plus diftingués , qui la défendi- 
rent avec avantage : mais quel avan- 
tage peut - on tirer d'un pafiage fi 
douteux , fi mince , fi incertain , de 
l'opinion de M. Hecquet fi malfondée? 
Combien de fortes d'éruptions, de tu- 
bercules , de petits grains qui fuintent , 
qui fuppurent , qui forment même des 
croûtes ? combien d'efflorefcences , de 
petits boutons , d'élevures à la peau 
ne voit-on pas paroître au printems , 
& en été , & qui ne font pas la petite 
vérole , maladie contagieufe & pefti- 
lentielle qui défoie les villes &c les 
campagnes , & qui marque d'une ma- 
nière fi frappante ? croit-on qu Hippo- 
crate eût parlé de cette maladie com- 
me d'une fimple afteâion de la peau 
qui démange, qu'on frotte près du 
feu ? c'eft rendre bien peu de juftice à 
fon dilcernement : il l'eût mife plutôt 
au rang des pefles , comme ont fait les 
Auteurs qui en ont parlé les premiers -, 
il en eût fait un traité particulier , un 
livre entier ; elle étoit digne de toute 
fon attention. Croit-on que la petite 
vérole ait changé ? elle fera toujours 
atroce. 



de la Petite Vérole. 35 
Mais ne quittons pas encore Hippo- 
crate , des Auteurs refpedables nous 
difent qu'on trouve la petite vérole 
dans fes écrits ; & que les phymata , 
les èpinyclidcs des Grecs ne font autre 
chofe que la petite vérole. 

Le phtma qui , chez les Grecs , 
lignifie une tumeur qui fort d'elle-mê- 
me, fponte nafcens; a été rendu en la- 
tin par tuberculum , tubercules M. (a) 
Aftruc remarque que cette interpré- 
tation eft faune , & que les phymata 
des Grecs ne font autre chofe que des 
hydatides , c'eft-à-dire des véficules , 
ou ampoules remplis d'une humeur 
aqueufe ; il le prouve par les pro- 
pres paroles d'Hippocrate qui dit : 
» L'hydropifie arrive lorfqu'il furvient 
m aux poumons des veffies remplies 
» d'eau Si. qui s'ouvrent dans la poitri- 
» ne : » fit enim hy drops p phymata in 
pulmone futrint mata , & aquâ rcple- 
ta , & in peclus rupta. Que peut- on 
conclure du phyma des Grecs ? qu'on 
le rende par tubercule , ou par hyda- 
tide , ce ne fera jamais la petite véro- 
le. C'eft envain qu'on veut dénaturer 

(a) Aftruc, Traité des tumeurs , Toin. I, 
p. 463. 



36 H I S T O î R E 

tous les mots : les tubercules ainfi que 
les hydatides , font des affections dif* 
tincïes , connues & décrites. 

Quand à ces tumeurs que les Grecs 
ont appelle epinyct i des, parce 
qu'elles deviennent plus douleureufes 
pendant la nuit , on a bien tort de les . 
confondre avec la petite vérole. Ces 
tumeurs aqueufes iont de véritables 
phiy£tenes,qui naiffent furtout aux jarrw 
bes , rougiffent , s irritent dans la nuit , 
& duparoifl'ent ou s'affaiffent le matin. 
Cet état dure quelquefois plufieurs 
mois , fi on n'emploie pas les remèdes 
appropriés à ces fortes de maux : a-t-on 
jamais vu la petite vérole s'attacher 
feulement aux jambes fous la forme de 
veffies, & difparoître le matin pour 
revenir dans la nuit , & cela pendant 
des mois entiers ? Auffi les Médecins 
qui ont voulu s'obftiner à découvrir 
des traces de cette maladie clans Hip- 
pocrate , ne trouvant pas leur compte 
aux endroits que nous venons d'expo- 
fer , fe font attachés à ceux qui don- 
noient plus de prife à leur opinion , 
&c qui fembloient avoir un rapport 
plus intime avec la petite vérole : & 
ils ont dit que Y anthrax des Anciens , 



de la Petite Vérole. 37 

maladie grave , étoit la petite vérole 
des Modernes. Quelques Auteurs du 
feixiéme fiecle avoient encore pré- 
tendu que les Anciens connoiffbient la 
petite vérole ; il s'éleva dans le tems 
plufieurs difputes à ce fujet parmi les 
Médecins; Fracaltor , Zacutus de Lis- 
bonne , Foreflus avoient ibutenu ce 
fèntiment : mais nous ne parlerons ici 
que d'un Médecin moderne très-fa- 
vant J. God. Hahn (a) de Breilaw , qui 
ramafla toutes ces opinions , & publia 
en 1733 un volume /'«-4 . pour prou- 
ver que le charbon connu des Grecs 
fous le nom d'anthrax , carbo ; carbun- 
eulus des Latins , n'etoit autre chofe 
que la petite vérole. A travers cette 
vafte érudition dont fon livre eft rem- 
pli , on le voit toujours à la torture , 
forcer tous les pafïages où il rencontre 
ce mot;_de façon qu'à la fin de cet 
ouvrage volumineux il réfulte que la 
delcription du charbon , furtout du 
petfilentiel , donnée par les Anciens , 
eft celle de la petite vérole. Gottlieb 



(a) J. God. Hahn, variolarum antiquu. 
nùnc prirnùm à Grteàs eriatc. Brig* 173 3' 



38 Histoire 

Werlhoff(d), Médecin du Roi d'Angle- 
terre , ne fit fur le même fujet qu'une 
petite Differtation , & prouva fans ré- 
plique qu'un charbon & un bouton de 
petite vérole font deux affections dif- 
férentes. Il eft vrai que la petite vérole 
peut être regardée , & qu'elle eft en 
effet une maladie peftilentielle ; mais 
elle a fes fignes particuliers , fon ca- 
ractère diftindif, qui ne permettent 
pas de la confondre avec toute autre 
maladie. Les Médecins Grecs nous 
ont laiffé des defcriptions exactes du 
charbon : mais ne connoiffant point la 
petite vérole , ils ne pouvoient pas la 
décrire. Un charbon eft une tumeur 
ifolée, plate, un peu renitente, accom- 
pagné d'une chaleur très-vive & d'une 
rougeur éclatante qui approche de 
celle du feu ; ce qui lui a fait donner 
le nom tfanthrax , qui fignifie propre- 
ment charbon de feu. Il s'élève , au 
bout de quelques jours , au centre de 
la tumeur , quelquefois fur toute la 
furface des hydatides , ou véficules 
pleines d'une férofité rouflatre. Ces 

(a) Got. Werlhoff. Difquif.ûo Mcd. & Phy. 
lolug. de variol. £• antkrac. Hahn. 1733. 



be la Petite Vérole. 39 
veflies crevant , la partie qu'elles re- 
couvroient fe trouve livide , noire , 
& fouvent fphacelée , comme fi elle 
avoit été brûlée avec un fer rouge ; il 
y a une véritable elcharre femblable à 
celle que produit l'application immé- 
diate du feu. il règne autour de cette 
tumeur comme un cercle rouge ôc 
chaud qui gagne peu-à-peu fur les par- 
ties voiiines , & leur communique Ion 
venin : le charbon n'occupe que cer- 
taines parties du corps , s'attache 
principalement au cou ; la petite vé- 
role s'étend par boutons fur toute la 
furface. Le charbon eft une tumeur 
fouvent auffi grande que la paulme de 
la main ; la petite vérole eft un aflem- 
blage de puftules grottes comme des 
petits poids. Le charbon n'attaque 
pour l'ordinaire que les pauvres gens, 
ceux qui manient la laine des^moutons 
qui fe nourriffent des viandes gâtées , 
corrompues ; la petite vérole attaque 
tout le monde & furtout les enfans. 
Enfin il y a des carafleres fi frappàns 
qui diftinguent ces deux maladies,qu'on 
ne fauroit s'y méprendre , à moins de 
ne les avoir jamais vue ni l'une, ni l'au- 
tre : toutes les efpeces de charbon 



40 Histoire 

font connues. On diftingue k Jîmple^ 
le malin ou peflilentiel , celui qui pro- 
duit le mal des ardens ou feu S. Antoi- 
ne; &c enfin celui qu'on obferve en 
Languedoc près de Caftres, & qu'on 
appelle (a) malvat clans le pays. 

Voilà toutes lesefpeces de charbons 
qu'on connoiffe : voudroit-on nous 
perfuader que c'eft la petite vérole ; on 
n'y réulîira pas , à moins de renverfer 
l'ordre de la médecine , toutes les idées 
reçues , bouleverfer tout. Que penfe- 
ra-t-on de Drelincourt qui a foutenu 
que le bubon , bonbon des Grecs , 
étoit la petite vérole. Je crois qu'il efl 
inutile de prouver qu'un bubon qui 
efl une tumeur ordinairement de la 
grofîeur d'un œuf de pigeon , formée 
par le gonflement d'une glande , n'eft 

(a) Ce dernier a quelque chofe de îemar- 
quable dans Tes effets & dans la manière dont 
on le traite. Lorlquc quelqu'un en eft attaqué , 
tous Tes parens s'ailembient autour de lui , Se 
font grand bruit avec divers inftrumens pour 
le- tenir éveillé ; le malade eft continuellement 
affoupi & femblable à un homme mordu de la 
tarantule , auflî le remède eft-il le même , & ces 
parens'ont grand foin de le tenir éveille au fon 
des inftrumens , fans quoi il court rifque de 
tomber dans une léthargie mortelle. 

point 



de la Petite Vérole. 41 
point la petite vérole. Pourquoi fe 
faire tans ceiTe Million ? pourquoi s'ac- 
crocher à tout ce qui reffemble à la 
petite vérole , & à tout ce qui ne lui 
reffemble pas. Convenons plutôt que 
cette maladie n'exitfoit pas du tems 
d'Hipocrate, &c qu'elle lui a été en- 
tièrement inconnue. Néanmoins cette 
queftion étoit importante &c méritoit 
d'être éclaircie ; auffi a-t- elle été l'ob- 
jet des recherches des plus grands 
Maîtres de l'Art. Martin Lifter, un des 
plus" grands hommes qu'ait produit 
l'Angleterre , nous donne le réfultat 
de les découvertes dans les écrits des 
anciens Médecins. Il dit : « La petite 
» vérole eft une maladie d'un genre 
» nouveau : & quoique les anciens 
» aient fait mention d'une forte de 
» pullules qu'il a plu à quelques Ecri- 
» vains de prendre pour celles de la 
» petite vérole , ce qu'ils en ont dit 
»eft ii douteux, fi peu digne d'atten- 
» tion , qu'il eft certain que ce n'eft 
,» pas la même maladie. Ils auraient 
» été bien négligens (reproche qu'on 
» ne (auroit leur faire) s'ils euffent en- 
» tierement paffé fous filencè une mala- 
» die fi fréquente , fi commune &C fi 
Tome I. D 



fifl. Histoire 

y> violente ; mais ce qui démontre aflêz 
» que cette maladie eft nouvelle, c'eft 
» qu'il y a plufieurs parties du monde 
» où on ne l'a jamais vue (<?). » Lifter 
combat encore , avec beaucoup de 
force , l'opinion du germe qu'il traite 
d'idée erronnée & luperftitieufe , ima- 
ginée par Willis , &c calquée fur une 
autre auffi abmrde , c'eft-à-dire celle 
des Arabes, qui croyoient que la pe- 
tite vérole venoit d'un refte de menf- 
trues, dont l'enfant s'étoit nourri dans 
le fein de fa mère. Nugantur medici , 
dit Saumaife , cum varioias janguinis 
mcnjlruorum rdiquias effe contmiunt. 

Le do&eur Mead connu de toute 
1 Europe par fon érudition, tient le 
même langage que Lifler iur cette ma- 
ladie. Il dit dans l'excellent traité qu il 

( a ) Novum autem morbi genus ejl & licet 
antiqui aliquam de his puflults mentionem fece- 
runt , prout nonnullis Scripioribus vifum eft , 
ea cent admodum exigua , & dubia ut certum 
fil vix Mis temporibus fuijfe talem morbum : nt- 
gligeniijfimi /uni habendt ejftnt , fi tam in gens , 
commune , frequens malum ita ex toto filent» 
involvijfent. lllud vero fatis demonftrat hune 
mo'bum novum effe quod in multis mundi parti- 
bus nufquam vifas fuît. JWart. Lifter 8 Eietci- 
iawoo.es Med. de yariolis , p. 1 6 5 > 



de la Petite Vérole. 45 
Cn a fait , « qu'il eft hors de doute que 
« la petite vérole ne ibit une maladie 
» nouvelle , c'eft-à-dire inconnue aux 
» anciens Médecins tant Grecs que 
» Romains; &C que c'eft envain qu'on 
» a prétendu que les charbons, les 
» phlyctenes , & les autres éruptions 
» de la peau connues des Grecs fous 
» les noms d' 'anthrax , iïepinyclidcs , 
» d'exanthemata , &c , étoient la pe- 
» tite vérole. Car comment concevoir 
» que ces premiers Maîtres de lArt , fi 
» exafts dans leurs defcriptions & dans 
» l'hiitoire des moindres maux , n'euf- 
» fent pas donné de longs traités fur 
» une maladie atroce ôc contagieu- 
» le. » (a) 

(a) Morbum hune novurn ejfe hoc tfl anti- 
guis Medicis tam G'ttcis <juàm Romanis igno- 
tumtxirà dubium ejfe videtur Fruflrà emmj'unt 
gui antbraces , epyni&ides , & confimilia in 
cute exant' emata variolas no/Iras ejfe conten- 
ant. Etenim primes illos arlis noflrte Magif- 
tros , in fignis morburum omnium dejenbendis & 
dijlingwndis dil'gentijfmos , non breviter ftujfe 
piemoratwos fed prolixiiis dcpicluios credendum 
ejl ; fi modo atrox fimul & contagiofum hoc ma- 
lum agnovijfent. Mead , de variolis & motbiLL 
lond. 1747, p. t, 

D ijj 



44 Histoire 

Mais pourquoi nous arrêter plus 
longtems fur une vérité reconnue par 
les plus grands maîtres "Wanfwieten , 
Aftruc, Schomberg, &c. nous difent 
tous qu'ils n'ont jamais pu trouver la 
deicription de cette maladie dans les 
écrits des Anciens, quelques recher- 
ches qu'ils aient pu faire. Sydenham 
qui étoit fi intéreffé à la découvrir 
chez eux , après avoir parlé des pei- 
nes , des recherches , &c du travail que 
lui a coûte l'étude de cette maladie , 
qu'il a fi bien traité , nous dit : » Je ne 
» crois pas que personne puifle trou- 
» ver mauvais que j'indique une nou- 
» velle méthode pour le traitement 
» d'une maladie dont on ne trouve 
» aucun vertige ni dans Hippocrate , 
» ni dans Galien (a). » 

Enfin il èft démontré aujourd'hui 5 
& tout le monde eft d'accord , qu'Hip- 
pocrate n'a point connu , ni décrit la 
petite vérole. 

Le petit nombre de Médecins qui 
ont rempli l'intervale de quatre cens 
ans depuis Hippocrate jufqu'à Jefus- 
Chrift ; la plupart dans l'obfcurité ou 

(j) Sydenham. Tom. I, p. 1 45». 



de la Petite Vérole. 45 

plutôt dansil'oubli , à l'exception cTAf- 
clepiade l'ami de Cicéron , cité par 
les Auteurs , n'en a fait nulle men-f 
tion. 

Siècle I. 

Scribonius Largus , qui vivoit du 
tems de Jefus-Chnft , n'en a pas donné 
plus de connoiflance que ceux qui l'ont 
précédé. 

Celfe , Médecin Romain , fous le 
règne de Tibère , célèbre par un Trai- 
té Latin de Médecine , écrit dans toute 
la pureté de cette langue , connoiffoit 
toutes les maladies qui régnoient de 
fon tems , ainfi que leurs noms , il 
parle des tubercules , des boutons , de 
toutes les maladies de la peau ; mais 
le nom de la petite vérole , ainli 
que la maladie , lui étoit entièrement 
inconnus. 

Soranus d'Ephefe , qui profefTa la 
Médecine en Afrique & en Europe fous 
le règne de Trajan, n'en dit pas un 
mot. 

Diofcoride d'Anazarbe , qui vivoit 
en Afie à-peu-près dans le même tems 
que Celfe en Italie, fameux dans la 
connoifl'ançes des Simples , & de leurs 



$8 Histoire 

propriétés , nous donne dans fa Ma- 
tière Médicale différens remèdes pour 
toutes les affe&ions de la peau , pour 
toutes les taches, les marques du vifa- 
ge ; il ne parle point de celles de la 
petite vérole , qui eût été fans con- 
tredit l'objet le plus digne de fon at- 
tention. 

Cœlius l'Africain , qu'on croit avoir 
vécu dans le même tems n'en parle 
pas non plus. 

Pline , qui exiftoit en Italie fur la fin 
àvi fiecle premier , & qui avoit tant de 
eonnoi (Tances, auroit (ans doute parlé 
èe la petite vérole dans quelqu'un de 
fes livres, & furtout dans le vingt- 
fixieme où il traite particulièrement 
des maladies nouvelles qu'on obler- 
voit de fon tems en Europe : il donne 
une ample description de la lèpre qui 
étoit alors une maladie nouvelle pour 
l'Italie , du mentagra qui étoit encore 
une autre forte de lèpre qui s'attachoit 
au menton. Il n'y eft point fait men- 
tion de la petite vérole ; il connoiffoit 
des éruptions cutanées qu'il appelle 
hoa , papules , fudamina : mais on fait 
ce que c^eft. Lefeul paffage qui méri- 
ltroit quelque attention , eft celui 



de la Petite Vérole. 4? 
qu'on trouve dans (on Livre 23*, où, 
parlant d'un topique propre à guérir 
les vices de la peau , il dit : Vitia cutis 
in facie varofque & kntigines , 6" fugil~ 
lata emendat & cicatrices. Voilà le ieul 
endroit de Pline qui peut donner lieu 
à un foupçon de l'exiftence de cette 
maladie de fon tems. Mais ceux qui 
favent combien cette maladie eft grave, 
combien elle eft importante & formi- 
dable, doivent ,entir toute la futilité 
de ce partage : ce n'efl: pas ainfi qu'on 
parle de la petite vérole ; & d'ailleurs, 
que peut-on conclure de ces cicatrices 
du vilage ? N'y a-t-il que la petite vé- 
role qui laiffe des cicatrices ; une plaie , 
un coup , une loupe extirpée , une 
brûlure , mille caules peuvent produire 
le même effet. Pline ne connoiffoit ni 
la petite vérole ni fon nom. 

Siècle IL 

Galien Médecin de la plus haute cé- 
lébrité , dont les connoitlances en Mé- 
decine étoient fi vaftes, & qui occupa 
par une tres-longtie vie prefque toute 
l'étendue du deuxième fiecle de l'Ere 
Chrétienne & une partie du troifieme > 



'48 Histoire 

nous auroit fans cloute donné quelques 
notions de la petite vérole dans (es 
écrits , s'il l'eût connue. Si cette ma- 
ladie eût exifté de l'on tems , auroit- 
elle échappé à une vue fi bonne , à un 
Médecin qui avoit exercé fa profeffion 
en Europe , en Afie , & en Afrique. 
Natif de Pergame , il parcourut plu- 
fieurs fois l'Empire Romain , s'arrêta 
longîems en Egypte , furtout à Alexan- 
drie qui étoit alors la plus célèbre 
Ecole de médecine , vint à Rome 
jouir d'une réputation illuftre fous les 
Empereurs Antonin , Marc-Aurele , 
Lucius verus , Commode & Severe 
qui tous l'ont eftimé & emploie en 
plulieurs occafions : fur la fin de fes 
jours il retourna à Pergame la Patrie 
& parcourut ainfi deux ou trois fois les 
trois parties du monde connu. Peut- 
on imaginer qu'il eût oublié de parler 
de la petite vérole , li elle eût exifté. 
Néanmoins (es écrits n'en donnent pas 
plus de connoiffance que ceux d'Hip- 
pocrate ; les noms , les defcriptions 
font les mêmes , & rien n'annonce la 
petite vérole. Nous ne devons pas 
diffimuler ici que nous avons une au- 
torité très-grave contre nous en faveur 

de 



de la Petite Vérole. 49 

'Galien , c'eft celle de Rhasès ; ce Mé- 
decin, d'ailleurs très-refpedable dit, que 
Galien a parlé de la petite vérole ; il 
cite même les paffages qui en font 
mention : mais malheureufement la 
franchife louable avec laquelle Rhasès 
s'exprime prouve clairement qu'il s'eft 
trompé ; car en citant Galien, il avoue 
lui-n,ême qu'il ne connoît ni la langue 
Grecque ni la Syriaque. Ne connoif- 
fant point la langue de Galien ,"il ne 
peut avoir lu cet Auteur que dans une 
verfion fans doute Arabe , qui étoit la 
langue qu'il parloit. Lorfqu'on traduifit 
les Auteurs Grecs dans le huitième Se 
neuvième iiecle la petite vérole étoit 
déjà connue ; quelques Traducteurs 
qui ne foupçonnoient pas que cette 
maladie fût nouvelle rendirent en Ara- 
be un de ces mots de Galien, phlegmon, 
ionthos , herpès , par celui qui déiignoit 
la petite vérole dans la nouvelle lan- 
gue. Cette fauffe interprétation fe rha- 
nifefte par le propre témoignage de 
Rhasès, qui cite les mêmes termes dont 
s'eft fervi Galien pour exprimer le 
phlegmon , les dartres , les tubercules, 
&c. Rhasès conno'riïbit trop bien la 
petite vérole pour ne pas fentir que 
~Tome I. E 



jo Histoire 

que cela étoit infuffifant pour cara&é- 
rifer cette maladie ; aufli s'écrie-t-il , 
tout étonné de ne pas en trouver la 
moindre defcription dans cet Auteur. 
« Cela eft furprenant ! comment Ga- 
» lien a-t-il pu parler fous filence une 
» maladie fi fréquente , qui a tant de 
» befoin de prompt fecours ? lui qui a 
» été fi exad dans la recherche des 
» caufes des maladies , & dans l'art de 
» les guérir (a) ». Rhasès ne pouvoit 
pas concevoir une pareille abfence 
dans Galien , &c il ajoute que Dieu fait, 
s'il n'en a pas parlé dans les autres ou- 
vrages qui n'étoient pas encore tra- 
duits en Arabe. Si la petite vérole eût 
exifté du tems de Galien, la furprife 
de Rhasès auroit été aufli jufte que fon 
reproche. Il étoit permis à l'auteur 
Arabe de le tromper fur des mots 
qu'il ne connoiflbit que par une mau- 
vaife Traduction ; mais ion jugement 
étoit trop fain pour prendre le change 

( a ) lpfe profeïlb de hoc miratus jum , & quo. 
modo Galenus prœieriverit hune morbum tam fré- 
quenter oborientem , tamque cura egentem , i/le 
qui in caufis & cura morborum invefligandis ha 
fuerat ajfiduus. Rhafes , de variolis & morbilL 
Arab, & Latii. Lond 176e, 



de la Petite Vérole. 51 
fur la defcription de toute autre mala- 
die ; auflï eft-il forcé de convenir qu'on 
ne trouve pas celle de la petite vérole 
dans cet Auteur. Le filence de Galien 
fuffiroit feul pour démontrer la nou- 
veauté de cette maladie ; Lifter , Sy- 
denham,Mead,Freind, Aftruc,Wan- 
fwieten , &c. ont porté le même juge- 
ment fur Galien que fur Hippocrate. 

Siècle III. 

Qu'on fouille dans Aretée de Cap- 
padoce , qui vivoit à la fin du troifieme 
fiecle & au commencement du qua- 
trième. Il nous a biffé un Traité de 
maladies aiguës & chroniques : on 
n'y trouve pas même un mot qui puifle 
faire fbupçonner la petite vérole. 

Siècles IV & V. 

Si on confulte Oribaze , le favori & 
par conféquent le contemporain de 
l'Empereur Julien , on ne trouve rien , 
dans fon Synopfs Mcdicins. , qui ref- 
femble à notre maladie. 

Le premier foupçon que nous ayons 
de la petite vérole , &. de fon exiftence 

Ei) 



52, Histoire 

nous eft fourni par Aé'tius ou bien Aëc& 
d'Amide, Médecin Grec qui vivoit en 
Ane fur la fin du quatrième fiecle. 
C'elt le feul de tous les Auteurs Grecs 
qui parle d'une maladie propre aux 
enfans ibusle nom d'E^y.i Bbfixç-ma, (a) , 
ulcères de Bubafte ou Bubaftis , ville 
d'Egypte. Le Traducteur d'Aëce , Jean- 
Baptifîe Montanus interprête ainfi le 
paffage : Prœdiximus jam infantes ob 
depravata alimenta in diverfos morbos 
incidere ; ita ut prœter alia multa , exan- 
themata quoque & ampullœ quas phlyc- 
tenas vocant , humidaque ulcéra bubaf- 
tica appellata , in corporis fuperficiem 
erumpant. « Nous avons déjà dit que 
» les enfans , à caufe des mauvais ali- 
» mens dont ils fe nouriffent , étoient 
» expofés à divedes maladies ; de ma- 
» niere qu'outre plufieurs maux qui 
» les alïîegent , ils ont des boutons , 
» des ampoules qu'on appelle des phlyc- 
»tenes, & des ulcères avec humidité 
» qui viennent à la furface du corps , 
» 6c qu'on nomme ulcères de bubafte». 
Gorris (b) , qui connoiffoit parfaite- 

( a ) Aetius Amid. de re Medica. Bafilcse 
1535, L. IV, p. iéo. 

(b) Gorrœus verbar, définit, p. 77, 



de la Petite Vérole. 53 
ment les Auteurs Grecs , ainfi que 
leur langue, n'a pu rendre raifon de 
ces ulcères. L'Auteur du Lexicon de («) 
Médecine n'a pas été plus heureux , 8Ï 
il avoue ingénuement qu'il ignore ce 
que c'elr. Mais (£) Saumaife plus hardi 
qu'eux,dans(es Années Clymatcriques, 
nous dit pofitivement que c'cft la petite 
vérole quija pris naiffance en Egypte. 
Si c'eft la petite vérole dont l'Auteur 
Grec a voulu parler , comme Saumaife 
l'a prétendu , les écrits d'Aëce prou- 
vent qu'il n'a pas vu cette maladie, 
quoiqu'il l'ait défignée fous le nom 
d'ulcères de Bubafte. Car il ne parle , 
dans l'endroit où il en eft queftion , ni 
des fymptômes avant-coureurs qui an- 
noncent la petite vérole , ni de la fiè- 
vre qui la précède toujours ; les fe- 
cours qu'il prêtent pour toutes ces 
maladies des enfans, le bornent à des 
remèdes externes , à des topiques 
feulement qu'il dit d'appliquer deflùs , 
tel que l'eau-rofe , l'eau de plantain , 
la cérufe , l'alun , les onguens , &c. 
& dans fon Livre VIII, lorfqu'il eft 



lis. 



[a) Caflelli Lexicon , au mot Bub.ijli. 
(i>) Salmafius , de annu clym.i8cr. Lugd. 
Bat. 1648, p. 717. 

E iij 



54 Histoire 

queftion de tous vices de la peau du 
vifage , du haie , des ronfleurs , des 
envies , des noirceurs , des lentilles , 
& de toutes les difformités qu'on y 
remarque , il donne plusieurs cofméti- 
ques pour corriger tous ces défauts ', 
mais il ne parle jamais des creux , des 
marques que laiffe la petite vérole, 
dont on n'a jamais oublié de parler de- 
puis qu'elle exifte ; & dont il eût 
fait mention certainement s'il l'eût 
connue , puifque c'eft la feule maladie 
qui laiffe des marques , fouvent ineffa- 
çables. Il pouvoit avoir entendu par- 
fer de ces fortes d'ulcères qu'on ob- 
fervoit à Bubafte parmi les enfans, 
fans les avoir vus ; & tout ce qu'on 
peut conclure du paffage d'Aëce , c'eft 
que la petite vérole pouvoit exifter 
de fon tems en Egypte fous ce nom ; 
mais qu'il n'a ni vu, ni décrit cette 
maladie telle que nous la connoiffons 
aujourd'hui. On ne réuffiroit point à 
altérer la defcription que cet Auteur 
nous donne des charbons qui viennent 
au vifage , & qu'on a pris pour la petite 
vérole : on ne peut pas mieux décrire 
le charbon qu'il l'a fait; d'abord il lui 
donne fon vrai nom, anthrax , il dit : 



de la Petite Vérole. yç 

le charbon eft d'un rouge vif, éclatant 
lorfq .'il commence à paroître ; au 
bout de quelques jours il fe fait com- 
me une fra&ure à fa furface , il éclate ; 
l'humeur qui en découle eft fi mor- 
dante , fi cauftiqne , qu'elle brûle les 
parties voifines , &c leur communique 
la maladie. Le fang qui en fort eft noir , 
& fi le mal devient rebelle , comme 
c'eft l'ordinaire, la parrie devient noi- 
re , fphacelée ; il occupe furtout le cou, 
& le vifage. Peut-on s'y méprendre ? 
Ce qui prouve encore que la petite 
vérole n'étoit point répandue du tems 
d'Aëce , c'eft le filence de Paul d'Epine 
ion contemporain ; ce dernier Auteur 
ne parle que des tubercules du vifage 
connus des Grecs fous le nom d'/o/z- 
thos & des Latins fous celui de vari. 
II fe tait fur les ulcères de Bubafte , & 
furtout ce qui peut avoir quelque rap- 
port avec la petite vérole ; il dit que 
ces tubercules ne font accompagnés 
ni de fièvre , ni d'inflammation -, ils 
font durs , calleux, même fans chaleur; 
il font difficiles à détruire , & durent 
longtems. On voit par cette defcrip- 
tion , Se par celle de tous les Auteurs , 
que ces tubercules ne reflemblent à la 

Eiv 



56 Histoire 

petite vérole que par leur forme ex- 
térieure , &C Celfe nous fait entendre 
ce que c'eft que ces boutons , & le cas 
qu'on en doit faire lorfqu'il dit pce.nl 
ineptiœ funt curare varos , & lenticulas , 
6* ephelides. 

Les Œuvres d'Alexandre de Tralles , 
qui vivoit dans le cinquième fiecle , 
viennent encore à l'appui de notre 
opinion , que cette maladie n'étoit pas 
encore répandue dans le monde. Ce 
Médecin philofophe & voyageur , par.r 
courut l'Afie , l'Afrique, l'Efpagne, 
l'Italie , les Gaules , où il acquit une 
grande réputation , s'arrêta enfin à 
Rome où il profeffa la Médecine avec 
diftindion ; fon filence fur la petite 
vérole eft auffi remarquable que celui 
de tous les Médecins qui l'avoient 
précédé. 

C'eft envain qu'on a prétendu que 
les affections cutanées dont parlent 
Eufebe & Nicéphore , qui ont vécu 
tous les deux en Afie, l'un dans le 
troifieme fiecle , & l'autre dans le qua- 
trième , étoit la petite vérole qu'ils 
avoient tous deux défignée fous le 
nom tfanthrax; c'étoient de vérita- 
bles charbons; & cette vérité a été 



de la Petite Vérole. 57 

démontrée par le célèbre Werlhoff. 
On n'a pas mieux réuffi quand on a 
efl'ayé de tirer parti d'un paffage de 
Vettius Valens, Aftrologue d'Antioche, 
qui vivoit Tous l'Empereur Conftan- 
tin , où cet Auteur nous parle de ces 
éruptions miliaires , connues des Grecs 
fous le nom à'exanthemata ; &C parce 
qu'il a dit que ces maux étoient fré- 
quens parmi les enfans , on a conclu 
de-là que c'étoit la petite vérole. Ceux 
qui cherchent la petite vérole dans 
l'Antiquité , ne la voyant jamais dé- 
crite , la trouvent partout , parce 
qu'elle n'y eft point. On s'attache à 
des mots dont on corrompt la fignifi- 
cation ; on a la prévention de croire 
que les Grecs ne favoient pas faire 
une jufte application de leurs termes ; 
qu'ils n'ont pas fu décrire une maladie 
telle que lajpetite vérole , on fe trompe. 
« Ne foyons pas ingrats ; ne mordons ja- 
» mais le fein de nos nourrices ; n'inful- 
» tons pas à nos maîtres , » dit un Ecri- 
vain célèbre. Sans les Grecs nous fe- 
rions encore barbares. Rendons-leur 
cette juftice : que s'ils avoient connu 
la petite vérole , il auroient fu la dé- 
crire aufïï bien que les Auteurs Arabes 



58 Histoire 

leurs nourriçons , leurs écoliers dans 
les Sciences. Lorfque les Ecrivains , 
furtout ceux qui ont vécu dans les 
climats chauds ont parlé pour la pre- 
mière fois de la petite vérole, ils nous 
l'ont dépeinte comme une maladie 
atroce & peftilentielle , comme le 
fléau des familles ; enfin comme une 
véritable perte qui détruit, ravage , &C 
moiflbnne la moitié des enfans, & qui 
laiffe toujours des marques de fa féro- 
cité. Depuis qu'on l'obferve , elle n'a 
jamais changé, elle fera toujours meur- 
trière. On peut cacher toutes les au- 
tres maladies; on peut en faire un 
myftere, on peut fe tromper , on peut 
les oublier; mais la petite vérole eft 
unique ; les marques qu'elle laiffe au vi- 
fage font des témoignages irrévocables 
de fon exiftence; lefecret de la petite 
vérole faute aux yeux ; & il n'y a qu'un 
mafque ou la mort qui puiffe la cacher; 
elle a toujours marqué , & on ne peut 
pas parler de la petite vérole fans faire 
mention de fes effets. Et un Méde- 
cin qui fait l'hiftoire des maladies ne 
fauroit la paffer fous filence , lorf- 
qu'elle exifte dans les lieux qu'il 
habite, 



de la Petite Vérole. ç$f 
Siècle VI. 

Nous voilà arrivés à la fin du cin- 
quième fiecle, & nous n'avons trouvé 
qu'un foupçon de fon exiftence dans 
une ville d'Egypte. C'eft envain qu'on 
fouilleroit dans les Ouvrages des an- 
ciens Médecins pour trouver la def- 
cription de cette maladie. Il refte une 
reffource ; les monumens que nous 
avons reçus de l'antiquité , les différen- 
tes effigies , les fi atues , les tableaux , 
les médailles antiques , offriront peut- 
être quelques traces d'une maladie qui 
défigure aujourd'hui le quart du genre 
"humain ; ceux qui les ont parcourus avec 
attention , nous difent tous qu'on n'y 
en trouve aucun veffige. Qu'on confulte 
les portraits que les hiftoriens Grecs 
& Latins nous ont biffé de leurs corffc 
patriotes , ils ne nous repréfentent 
perfonne marqué de la petite vérole ; 
au lieu que depuis que cette maladie 
exiffe , on voit toujours dans les diver- 
fes peintures que les Ecrivains nous 
font de leurs héros , quelqu'un ou bor- 
gne , ou aveugle , ou maltraité de la 
petite vérole. A quelles marques con- 



6o Histoire 

noîtrons-nous les vérités fi ce n'efi â 
celles-là. Toute l'antiquité fe feroit- 
elle donné le mot pour cacher à la 
pofiérité la connoiflance d'une mala- 
die qui , de tous les maux qui affligent 
le genre-humain , eft le plus meurtrier 
ôi. le plus vifible ; celui qui laifle des 
marques , fouvent ineffaçable , à l'en- 
droit du corps le plus apparent , & 
qui attaque prefque-tous les hommes. 

Avant de commencer l'hiftoire de la 
courfe de la petite vérole , il faut favoif 
où elle a pris naiffance. 






4fe 



de la Petite Vérole. 61 

ARTICLE III. 
Origine de la Petite Vérole \ 

J_i E s Médecins modernes frappés des 
effets d'une maladie auffi vifible , auffi 
répandue , auffi meurtrière qu'efï la 
petite vérole ; & furpris en même 
tems du filence des Anciens, d'ailleurs 
fi exafts , fur celle qui méritoit toute 
leur attention , ont cherché à décou- 
vrir fon âge , fon origine , le lieu de 
fa naifîance ; mais foit que les ouvra- 
ges des Anciens offrent peu de reffour- 
ces dans cette forte de recherche , 
comme on vient de le voir ; foit qu'on 
n'ait pas voulu la faire , ou que le goût 
des conjectures ait prévalu , les Mé- 
decins n'ont pas été d'accord fur tous 
ces objets ; &C il s'eft élevé trois fenti- 
mens différens : les partifans du pre- 
mier, à la tête duquel il faut placer 
( a ) Daniel le Clerc , Aftruc ( b ) &c. 

( a ) Daniel Leclerc , Hift. de la Médecine. 
( b ) Aftruc, Traité des malad. des femmes, 
T. IV, P . 76. 



Ci Histoire 

on dit que la petite vérole étoit née 
dans les terres des Arabes, fans en 
fixer l'époque , puifque ce font, difent- 
ils , les Arabes ou Sarrazins qui l'ont 
répandue les premiers dans plufieurs 
parties du monde ; voilà leurs conjec- 
tures , & leurs raifons. Le fécond 
parti qui a eu pour foutiens (a ) Me ad , 
Stahl , Junker , "SVerlhoff &c. a fou- 
tenu qu'elle avoit pris naiffance en 
Ethiopie,puifque c'eft d'Ethiopie qu'on 
affure que plufieurs pertes font forties 
en différens tems. Enfin le troifieme 
parti , que (a ) Freind a cherché à ac- 
créditer , lui donne l'Egypte pour pa- 
trie,comme le climat le plus pernicieux 
de l'Univers & le plus propre à pro- 
duire des maladies peftilentielles. 

Ceux qui foutiennent que la petite 
vérole a pris naiffance en Ethiopie , 
en attribuent la caufe aux eaux du 
Niger , qui fous un climat auffi ardent , 
& par un long trajet qu'elles font 
fous la Zone torride , s'échauffent , fe 
corrompent facilement & empeftent 
l'air de ces contrées ; mais malheu- 

( a ) Rich. Mead, de variol. & morb. p. 7. 
(b) Freind. Opéra, p. 330, 



de la Petite Vérole. 6$ 
reufement rien ne favorife cette con- 
jecture , elle eft vague , incertaine &c 
gratuite. Aucun fait ne vient à l'appui 
de ce fentiment. Pour produire des 
maladies il ne fiiffit pas qu'un climat 
foit chaud ; s'il eft fec en même tems 
comme l'eft une grande partie de l'E- 
thiopie , c'eft fouvent une raifon de 
plus pour n'en pas produire ; il faut le 
concours de plufieurs caufes , de plu- 
fieurs circonstances qui déterminent 
une maladie à prendre naiffance : enfin 
il faut des moyens qui favorifent fon 
développement ; ils ne fe trouvent pas 
en Ethiopie. Des pays chauds prefque 
déferts, dont le terrein eft inégal, 
arrofés par des fleuves dont les eaux 
ne croupiffent jamais , ne font point 
propres à produire une maladie telle 
que la petite vérole. On n'eft fondé 
fur le témoignage d'aucun ancien His- 
torien ; & les Ethiopiens , nation bar- 
bare &C peu connue avant le iîxieme 
fiecle , n'eurent un commerce que fort 
tard avec le refte des hommes. Les 
connoiffances qu'on a de ce peuple , 
de fa manière de vivre & d'exifter 
avant cette époque, font fi incertaines 
qu'elles ne peuvent donner lieu à une 



64 Histoire 

recherche fatisfaifante , Se il n'eft pas 
plus certain que la petite vérole ait 
exifté en Ethiopie plutôt qu'en Eu- 
rope. 

Si nous en croyons quelques Au- 
teurs, il faut la faire naître en Arabie; 
fi l'on veut s'en rapporter à d'autres , 
elle n'a d'autre origine que l'Egypte. 
Nous voici donc partagés entre l'Ane 
&C l'Afrique; les raifons font égales , 
dit-on, de part & d'autre : & il eft 
auffi vraifemblable qu'elle ait pris naif- 
fance en Arabie qu'en Egypte. Nous 
ferons voir bientôt de quel côté doit 
pencher la balance. Le paffage d'Aëce 
dont nous avons parlé nous donne 
déjà un préjugé en faveur de l'Egypte, 
nous n'en avons point pour l'Arabie. 
Si l'on confidere la fituation de ces 
contrées on voit deux pays limitro- 
phes qui ne font féparés l'un de l'autre 
que par la Mer Rouge , & l'Ifthme de 
Suez. La petite vérole n'avoit qu'un 
pas à faire d'un peuple à l'autre ; & 
jufques-là il eit encore douteux qu'elle 
foit née dans l'une de ces deux régions 
plutôt que dans l'autre. Quel étoit l'é- 
tat de ces deux nations dans les cin- 
quième & fixieme fiécle? L'Egypte étoit 

an 



de la Petite Vérole. 65 

au pouvoir des Romains dont le fiége 
étoit fixé à Conftantinopîe ; l'Arabie 
avoit fecoué leur joug , & fes habitans 
reftoient tranquilles dans l'enceinte de 
leur pays , d'où ils ne fortirent que 
dans le feptieme fiécle. Si l'on confi- 
dere la nature des climats , on obferve 
en général que les pays marécageux , 
remplis de marres , d'étangs , d'eaux 
croupiffantes , font ceux dont le voifi- 
nage eft le plus funefte aux habitans : 
ils y font fans cefle expofés à des ma- 
ladies que l'on n'obferve que rarement 
ailleurs. Tel eft le cas de l'Egypte fans 
ceffe inondée par les eaux du Nil : û 
on lui compare l'Arabie , on verra 
une différence frapante entre ces deux 
contrées ; l'une toujours noyée , l'au- 
tre très-peu arrofée; l'on en voit une 
partie , c'eft-à-dire l'Arabie petrée, 
toute hériflée de montagnes, très-peu 
habitée , prefque ftérile , fans fleuve 
& fans eau , fous un air fec & toujours 
en mouvement ; une autre qui eft l'A- 
rabie déferte , inhabitable , entière* 
ment ftérile ôc remplie de fables brû- 
lans. Il n'eft pas vraifemble que la 
petite vérole foit née dans l'une ou 
l'autre de ces régions ; elles ne font 
Tome I. F 



66 Histoire 

point du tout propres à produire une 
maladie de cette nature : elle n'auroit 
pu naître alors que dans l'Arabie heureu- 
îe. Mais comment concevoir qu'une 
maladie penilentielle prenne naiffance 
dans un pays couvert d'aromates , de 
baumes , de parfums , de plantes odo- 
riférentes , plutôt capables de l'éloi- 
gner que de la produire. Mais mille 
circonftances favorables fe réunifient 
pour nous perfuader qu'elle eft née en 
Egypte. C'eft le climat du monde le 
plus propre à produire des maladies 
cutanées &C contagieufes : l'Egypte eft 
Je pays des maladies, & l'Arabie celui 
des antidotes; & on efl forcé d'admi- 
rer ici la fageffe de la Providence qui 
a placé les biens à côté des maux. Les 
caufes qu'on a cherché en Ethiopie 
agifTent avec bien plus de force &C 
d'énergie , en Egypte où les inonda- 
tions du Nil font plus fréquentes & 
plus considérables que dans aucun pays 
du monde. Le favant Freind qui avoit 
mille raifons pour croire que l'Egypte 
avoit donné naiffance à la petite vé- 
role,ne lui affigne pas d'autre patrie ; 
il dit pofitivement que cette maladie 
parut au monde pour la première fois 



de la Petite Vérole. 67 

en Egypte ; & les Auteurs ne l'ont 
trompé que fur l'époque. Au commen- 
cement du feptieme fiécle un Méde- 
cin Egyptien Aaron en avoit donné 
un Traité , & il ne la regardoit plus 
comme une maladie nouvelle -, ce qui 
fuppofe une ancienneté en Egypte anté- 
rieure à l'époque de fon apparition en 
Europe Si en Afie. C'eft ici que fe con- 
firme le foupçon de Ion exiftence que 
nous en a donné Aëce, en parlant des 
ulcères de Bubaftis , ville d'Egypte ; 
& qu'il fe convertit prefque en vérité. 
Saumaife nous dit dans les Années Cly- 
matériques, »> qu'il elt aufîi certain que 
» la petite vérole vient d'Egypte , que 
» celle que nous appelions la grofle 
» pour la diftinguer de la petite , vient 
» des Indes Occidentales ». Ceux qui 
foutiennent ce fentiment font donc fon- 
dés non-feulement fur le témoignage des 
Hiftoriens , mais encore fur des rai- 
fons qu'on ne fauroit détruire ; &C 
tout concourt à prouver que cette 
terre eft fon pays natal. L'Egypte a 
été toujours regardée comme un foyer 
de maladies peftilentielles : le Nil y 
porte tous les ans la fécondité & la 
mort. Aufïï remarque-t-on que les 

Fij 



68 Histoire 

peuples qui font fur les bords de ce 
fleuve , ( qui eft une fource intarrifla- 
ble de biens & de maux ) font plus fu- 
jets que toutes les autres Nations aux 
maladies de la peau. C'eft-là où l'on 
obferve ces différentes lèpres, dont 
parlent tous les Ecrivains ; ces gales 
rebelles qui fe répandent fur tout le 
corps ; ces maladies contagieufes de 
toute efpece. Cette foule de maux 
dont Moïfe nous parle fous le nom de 
playes,qui affligèrent l'Egypte pendant 
îi longtems , étoit ce autre chofe que 
des maux contagieux & peffilentiels r 
Cette fameufe pefte qui ravagea l'At- 
tique du tems de Thucidide , avoit parte 
d'Afrique dans la Grèce : Pline avoit 
obfervé que toutes les pelles venoient 
de l'Orient : tous les Auteurs ont ob- 
fervé depuis qu'elles viennent origi- 
nairement d'Afrique ; elles n'ont d'au- 
tre fource que les eaux du Nil : celle 
qui défola prefque le monde entier 
dans le cinquième fiécle , avoit été ap- 
portée d'Afrique à Conflantinople fui- 
vant le témoignage des Hiftoriens , d'où 
elle fe répandit dans les diverfes parties 
du monde. Cette maladie affreufe qui 
rendoit hideux ceux qui en étoient at- 



de la Petite Vérole. 69 

taqués , & dont Pline nous a laiffé la 
defcription fous le nom de Mentagra , 
n'avoit pas d'autre origine que l'Egyp- 
te, d'où l'on fit venir à Rome des Mé- 
decins qui n'avoient d'autre profef- 
fion que celle de guérir cette maladie. 
Enfin la lèpre , cette maladie épou- 
vantable qu'on a vu deux fois en Eu- 
rope , n'a jamais quitté les bords du 
Nil qui la renouvelle fans ceffe. Il n'eft 
pas étonnant que des eaux limoneu- 
ïes , bourbeufes , chargées de matières 
étrangères , qui forment différentes 
marres dans les campagnes qu'elles 
inondent , entrent facilement dans une 
fermentation putride, capable de tout 
înfefter. La pourriture de ces eaux 
devient pernicieufe aux hommes &c 
aux animaux qui font obligés d'en 
faire ufage ; il s'en élevé des nuées 
d'infeûes qui troublent l'air ; des ex- 
halaifons putrides qui le rendent mal- 
fain & dangereux. Les fauterelles, de 
tout tems fi fatales à l'Egypte , font 
toujours forties des eaux du Nil; elles 
ruinent fouvent les campagnes & leurs 
dégâts entraînent la famine. Les Rois 
d'Egypte avoient prévenu la plupart 
de ces maux par leurs foins. Leurs dé; 



70 Histoire 

penfes & leur magnificence avoit eu 
fouvent pour objet la falubritédu pays; 
ils deflechoient les marais en facilitant 
l'écoulement des eaux croupiffantes ; 
cette multitude de canaux qu'ils avoient 
fait conftruire , & dont on voit en- 
core les reftes ; les Hiftoires & les Fa- 
bles mêmes font des monumens de 
ces bienfaits. L'ambition des Romains , 
la barbarie des Sarrazins & des Turcs 
dans leurs conquêtes , ont négligé ces 
foins ; ils ont penfé à foumettre l'E- 
gypte & non à la conferver : aufîi leur 
négligence a-t-elle fait de ce pays une 
fource intarriffable de maux. Depuis 
que la petite vérole exifte elle n'a été 
aucune part ni fi commune ni fi meur- 
trière qu'en Egypte ; elle n'a jamais 
quitté ce pays , & s'y renouvelle tou- 
tes les années avec une fureur dont 
rien n'approche , pas même la pefte. 
» Dans ces régions , dit ( a) Saumaife , 
» fon feu fe rallume chaque année , & 
» non feulement elle y fait périr les 
» enfans, mais'ceux d'un âge avancé , 
» même les féxagénaires , & elle atta- 
» que deux ou trois fois la même per-; 

(a) Salmajius, de annis clymaderltis , p. 717. 



de la Petite Vérole. 71 
» fonne. » Elle fixa toute l'attention de 
Profper (a) Alpin dans fon voyage qu'il 
fit en Egypte ; il trouva tant de maux 
parmi fes habitans qu'il fit un chapitre 
particulier des maladies qui ne les quit- 
tent jamais, c'eft-à-dire qui leur font 
propres, endémiques. C'eft-là qu'il par- 
le de ces ophthalmies rébelles qui ré- 
fiftent à tous les remèdes , & qui les 
rendent prefque aveugles ; de ces phré- 
néfies mortelles qui tuent en très- peu 
de tems ; de deux fortes de lèpres , 
dont l'une rend les pieds comme ceux 
d'un éléphant , &C qu'on appelle pour 
cette raifon éliphantiafis ; de ces fiè- 
vres peftilentielles qu'on voit toujours 
régner à Alexandrie, Se dont il trouva 
la caufe ; enfin de c%s petites véroles fi 
meurtrières & fi communes dans toute 
l'Egypte , & furtout au grand Caire , 
où elle fe reproduit deux fois l'année 
fans interruption , & avec une nou- 
velle fureur ; ce qu'on n'obferve point 
ailleurs : auffi cette maladie fut pour 
lui un objet de furprife & de recher- 
che particulière. Rien de plus touchant 

(a) Profper Alpin, de Medicina jEgyftior? 
cap. j 3 , p. 2 3 & fe<j. 



72 Histoire 

que le tableau qu'il nous fait des effets 
non interrompus de cette cruelle ma- 
ladie ; il attendrit pour ces innocentes 
créatures qui en font fans celle les vic- 
times. Il dit qu'au grand Caire , les 
mereS pour fauver leurs enfans font 
obligées de quitter leur demeure & de 
les traniporter loin de la contagion , de 
peur qu'ils ne périffent. Profper Alpin 
qui joignoit à de varies connoiffances , 
des lumières qui le firent regarder 
avec raifon comme l'ornement de 
fon fiecle , s'attacha furtout à décou- 
vrir la véritable caufe qui renouvelle 
la petite vérole parmi les Egyptiens ; 
il étoit au grand Caire , où il l'a voyoit 
renaître fans ceffe. Cet obfervateur 
étoit trop judicieu* , trop éclairé , 
pour accufer des caufes vaines , ftéri- 
les , telles qu'un germe inné ; le déran- 
gement des faifons ; un fort inévita- 
ble -; le fang dont fe nourrit l'enfant 
dans le fein de fa mère : il voyoit agir 
les véritables caufes ; il ne pouvoit s'y 
m'éprendre, il étoit à leur fource ; 
c'efï-là où il puifa toute les réflexions. 
C'eftà cet Auteur ineftimable que nous 
devons cette importante découverte ; 
G'eftlui qui a trouvé la véritable fource 

de 



de la Petite Vérole. 73 
de la petite vérole. Il nous fait remar- 
quer que le Caire eft traverfé par un 
grand canal, qu'on voit encore aujour- 
d'hui d^ftiné à recevoir &c à contenir 
les eaux du Nil , pour en fournir à la 
ville abondamment toute l'année ; les 
peuples de ces contrées n'ont d'autre 
boiffbn que les eaux du Nil ; ils font 
obligés de former des rélervoirs , des 
canaux profonds pour les contenir : 
Alexandrie ne fut conftruite fur des 
colonnes de marbre que pour avoir 
cet avantage. Lorlque le Nil croit , 
fes eaux coulent dans le canal du Caire, 
& s'y foutiennent à la même hauteur 
que celés du fleuve ; mais fes eaux 
venant à bailler, il en refte une partie 
dans le canal qui ne peut pius s'écou- 
ler; mais qui s'évapore peu-à-peu; ces 
eaux font à découvert Ôi. expofées 
fans ceffe aux ardeurs d'un foleil brû- 
lant. Lorfqu'elles font réduites à une 
petite quantité ; elles prennent d'a- 
bord une couleur verdâtre , enfuite 
noire , &C qui annonce un commence- 
ment de corruption ; les habitans font 
obligés néanmoins de s'en fervir pour 
leur boiffon ordinaire : de telles eaux 
ne peuvent être que nuifibles. Vers le 
Tome I. G 



74 Hfst-oire 

milieu du mois de Juin , qui eft le tems 
où le Nil commence à croître , ces 
eaux corrompues font mifes en mou- 
vement par les nouvelles qui arrivent , 
oC qui font prelque bouillantes par la 
long trajet qu'elles font fous la Zone 
Torride. Leur mélange eft fuivi d'une 
efpece d'effervefcence , d'un bouillon- 
nement fubit qui élevé des vapeurs 
fœtides qui troublent l'air ; & c'eftdans 
ce tems furtout qu'on obferve parmi 
les enfans qui habitent les bords de ce 
canal , ces petites véroles contagieufes 
&: pefiilentielles qui font tant de rava- 
ges parmi eux , & qui portent la défo- 
lation dans les familles; c'efttflors que 
ces tendres mères font obligées de 
quitter ces bords funeftes , Se de trans- 
porter ailleurs leurs enfans , crainte 
qu'ils ne périffent tous de la petite vé-r 
rôle. Voilà la caufe , félon ce judi- 
cieux Auteur qui renouvelle fans ceffe 
les épidémies de petite vérole parmi 
les habitans du grand Caire ; foit qu'on 
l'attribue aux vapeurs fœtides qui s'é- 
lèvent de ces eaux, & qui les fra- 
pent d'une manière fubite & immé- 
diate ; foit à i'ufage ( ce qui eft encore 
plus vraifemblable) qu'on eft obligé d'en 



de la Petite Vérole. 75 
feire dans tous les tems. Que la petite 
vérole exifte depuis longtems en Egypte 
( ce qui ne paroît pas probable après 
le filence des anciens Médecins , de 
celui d'Hérodote qui avoit parcouru 
ce pays , & furtout après celui de 
Moïfe qui a décrit tous les maux des 
Egyptiens à l'exception de la petite 
vérole) foit qu'elle n'y exifte que de- 
puis le troilieme, ou plutôt le fixieme 
fiecle , comme on a tout lieu de le 
préiumer ; il n'eft pas moins vrai que 
c'eft le pays du monde le plus pro re 
à produire une maladie de cette nature; 
6i on peut regarder les eaux du Nil 
comme la iource d'une infinité de 
maux, au nombre defqucL fe trouve 
la petite vérole, qui n'a paru chez ! es 
Egyptiens que depuis que la négli- 
gence de leurs vainqueurs, jointe à 
l'ignorance barbare dans laquelle ils 
font tombés eux-mêmes après leur 
défaite, leur a fit oublier les foins 
qu'ils prenoient jadis pour fe garantir 
de tous ces maux ; négligence funefte 
qui a donné aux caufes qu'on répri- 
moit autrefois la facilité d'agir d'une 
manière plus fûre &C plus immédiate 
fur leur corps. L'Egypte n'eft plus au- 

Gij 



7<> Histoire 

jourd'hui qu'un féjour peftiféré. Ces 
magnifiques canaux conftruits avec 
tant de frais par les Ptolomées pour 
faciliter l'écoulement des eaux , font 
enfevelis aujourd'hui dans les boues du 
Nil. Ce milërable peuple , dans l'igno- 
rance & l'efclavage , n'a plus ni la 
force ni le pouvoir de les entretenir ; 
& l'Egypte , au rapport de tous les 
(a) Voyageurs , eft aujourd'hui le cli- 
mat le plus pernicieux qu'il y ait fur 
la terre. 

(a) Voy. Bernier, Voyag. &c. pag. jojk 
Corneille le Brun , &c. 



Jt • #"~ 4 t — k * V 

Jtm0k 



de la Petite Vérole. 77 

ARTICLE IV. 

Première apparition de la 

Petite Vérole dans le 

Monde. 

J-i E S monumens les plus anciens que 
nous ayons de la petite vérole , re- 
montent au fixieme fiécle. Nous trou- 
vons dans les hifloires de ce tems , 
qu'elle fut obfervée en 570 ou 572, 
la même année que naquit le fameux 
Mahomet , auteur de la Loi Muful- 
manne. Le Do&eur (<z) Mead nous 
dit qu'elle parut alors pour la première 
fois dans le monde, & qu'on l'obferva 
cette même année en Arabie II attri- 
bue cette découverte à M.'J. Reiske, 
qui l'a tirée d'un mamifcrit Arabe de la 
Bibliothèque de Leyde , où cet Auteur 
dit avoir lu : » L'an 572 , ou l'an de la 
» nahTance de Mahomet , on vit pour la 
» première fois la petite vérole dans 
»les terres des Arabes. » Mead ne 

( a ) JVteaJ , de variai. & morbitt. p. 1 1 1. 
G iij 



7? Histoire 

garantit pas ce fait , mais il renvoie à 
la (a) Thefe où M. Reiske foutient 
qu'il a lu ce pafiage. Les Arabes 
étoient affez fuperftitieux pour avoir 
marqué la naiffance de leur Prophète 
par quelque événement extraordinaire : 
& on peut bien ajouter foi à la leclure 
de M. Reiske ; mais fans avoir recours 
à un manufcrit Arabe , nous trouvons 
dans nos Hiftoriens de France qu'elle 
étoit en Europe deux années avant 
cette époque , & qu'elle défola la Gau- 
le & l'Italie en 570. Marins (b) Evê- 
que d'Avenches (c), qui aflifta en cette 
qualité au fécond Concile de Mâcon 
tenu en 585 , nom dit pofitivement 
dans fa Chronique , qui eft un monu- 
ment précieux pour l'IIiftoire de Fran- 
ce : « qu'en 570 une maladie violente 
» qui confiftoit dans un cours de ventre 
» & la petite vérole , ravagea la Gaule 
» & l'Italie ». Hoc anno morbus validas 
cum projluvio ventris , & variold Ita- 
liam Galliamque valde ajflixit, 

[a] DiJJert. inaugural. Lugd. Bat. 1746. 

( b ) Voy. Hifiontz Frnncor. Scripwr. T. II, 
TAarïl Epifcopi Chronicon. 

[c ) Ville cotafîdérable dans le fixieme fiecle, 
à dix lieues de Lautânne en Suiffe. 



de la Petite Vérole. 70 
Marins ajoute tout de forte , que 
l'année d'après on obferva dans les 
mêmes pays une maladie formidable 
qu'on appelloit la puftule , pufluLi. 
Cette puftule , qu'il ne faut pas con- 
fondre avec celles de la petite vérole j 
n'étoit autre chofe que le bubon d'une 
pefte qui parut en 571 , & que Gré- 
goire de Tours appelle mortalité , ou 
plutôtpefte d'Auvergne, cladtsArvema, 
parce qu'elle régna longtems dans cette 
Province , où elle fit périr beaucoup 
de monde. « Après la naiflance , dit-il -, 
» d'un ulcère à l'aîne , ou fous l'aiflelle 
» les hommes étoient tellement m* 
» feftés du virus qu'ils mouroient lô 
» deuxième ou troilîeme jour ». C'eft 
ainû que (a) Grégoire de Tours ca- 
raftérife cette maladie qui liicccda à 
la petite vérole : ainfi la pullule dont 
parle Marins n'étoit autre chofe qu'un 
bubon. La remarque que nous faifons 
ici pour diftinguef ces deux maladies , 
efc effentielle pour lès raifons que nous 
dirons cUaprès. 

La petite vérole , après avoir exercé 

(a) Grcgor. Tucon. Hi(lor. Franc. L. IV, 
Tett. jy. 

G iy 



8o Histoire 

fa fureur en France & en Italie, parut 
s'appaifer pour quelques années, du 
moins les Auteurs de ce fiecle , qui 
étoient en affez grand nombre , n'en 
font plus mention ; mais elle fe réveilla 
avec de nouvelles forces, & ravagea 
une féconde fois prefque tentes les 
Gaules en }8o : elle parut ainfi que la 
première accompagnée d'un flux de 
ventre dyfentérique. C'eft Grégoire 
de Tours qui nous a confervé la mé- 
moire de cet événement ; & quoique 
cet Hifîorien ne fût pas Médecin , & 
que le pallage fuivant n'ait pas la même 
clarté que celui de Marins pour la 
petite vérole , la peinture qu'il fait de 
cette maladie , & les circcnftances qui 
ont accompagné fes ravages , nous 
font conjeûurer que ce n'étoit autre 
chofe que la petite vérole jointe à la 
dyfenterie, qui fortant du calme où elle 
paroiflbit être, fe manifefta tout-à- 
coup & avec fureur dans les Gaules 
où elle étoit à peine connue, & dont 
elle n'avoit pas encore ravagé toutes 
les parties. Cet Auteur , après une 
defeription de plusieurs événemens 
extraordinaires, qu'il regardoit comme 
les avant-coureurs de cette défQlation, 



de la Petite Vérole. 8i 
nous dit : » Tous ces prodiges furent 
» fuivis d'un mal peftilentiel des plus 
» graves ; car dans le tems que les 
» Rois étoient diicordans entre eux , 
» & qu'ils s'apprêtoient de nouveau 
» à une guerre civile une maladie dy- 
» fentérique affligea prefque toutes les 
» Gaules : ceux qui en étoient atta- 
» qués avoient une fièvre violente , 
» accompagnée d'un vomhTement , de 
» douleurs aux reins , à la tête ou au 
» cou ; les matières qu'ils rendoient 
» par la bouche étoient de la couleur 
» du fafran , ou bien vertes ; plufieurs 
» perfonnes prétendoient qu'ily avoit 
» un poifon caché. Les habitans de la 
» campagne appelloient cela puftules du 
» cuir (<z) ; ce qui n'eft pas incroyable , 
» puifqu'après l'application des ven- 
» toufes aux jambes ou aux épaules ; il 
» fe faifoit une éruption de veffies à 
» la peau qui délivroit plufieurs mala- 
» des en détournant le cours de la fa- 
» nie. Les Simples qu'on emploie con- 
» tre les poifons furent d'un grand fe- 
» cours en boiflbn pour plufieurs. Cet- 

(a) On trouve dans quelques éditions de 
Grégoire de Tours coraks , dans d'autres f»-. 
ri aies. 



Si Histoire 

» te maladie qui commença au mois 
» d'Août , s'attacha fur tout aux petits 
» enfans & les fit périr (a) . . . Un 
» Comte qu'on appeloit Nantinus , 
» mourut de la même maladie. Son 
» corps étoit û noir qu'on eût dit 
« qu'on l'avoit expofé fur des char- 
» bons ardens ». Toutes ces circons- 
tances réunies , ces puftules à la peau , 

( a ) Sed hac prodigia gravijjlma lues ef! fub- 
fecuta Nam difcordantibus regibus , & iterum 
bellum civile parantibus, dyfentericus morbuspccni 
Gallias totas occupavit. Erat enim his qui pa- 
tiebanlur valida cum vomitu felris , renumqut 
nimius dolor , caput grave , vel cervix. Ea vero 
qus. ex ore projiciebantur , colore croceo , aut 
certè vîridia erant ; à multis autem ajferebatur 
venenum occultum effe. Rufliciores verà coriales 
[ vil corales] hoc puflulas nominabent. Quod 
non efl ïncredibile quia m\Jp& in Ji.ipulis Jîve 
cruvibus venîofiz, procedentibus , erumpentibujsjue 
ve/icis decur/a fanie multi lïberabàniur ; j:d & 
lierbiz quœ venenis medehtur, potui fuinpia , p'e- 
rifquepràfidia comuhrum. Primum hac infitmi- 
tas à mente Augufto initiât a parvulos. adolefcen- 
tes adripuil , letoque fubegit. Perdidimus dul- 
ces , & caros nob.s infmtulos quos aut gremiis 
fovimus,aut ulnisbajulavimus, aut propria manu 
miniflratis cibis ipfos ftudïo fagac'wîi nutrivi- 
mus. Gregor. Turon. ' Hiftor. Franco*. L. V 
fe£l. 35. 



be la Petite Vérole. 8} 
Ce corps tout noir , le tems de fon ap- 
parition au mois d'Août , les petits 
enfans qui en furent attaqués de pré- 
férence , le bien que procûroient les 
ventoufes ; tout prouve que cette ma^ 
ladie ne fe bornoit pas à une fimple 
dyfenterie. Deux enfans de la famille 
Royale , Dagobert & Clodobert , fils 
de Chilperic & de Frédegonde , en 
moururent. Autregilde dite Bobile , 
femme de Gontran Roi de Bourgo- 
gne en fut attaquée : fe voyant mou- 
rir elle voulut entraîner après elle fes 
deux Médecins Nicolas &: Donat , 
qu'elle accufoit d'avoir hâté fa mort 
par des médicamens. En fuppofant 
que cela fût vrai , leur ignorance fur 
une maladie auffi extraordinaire étoit- 
elle coupable ? pouvoit-elle déterminer 
à une pareille vengeance ? Cette femme 
inexorable demanda leur mort à Gon- 
tran , qui eut la foibleffe d'y confentir; 
trait inoui d'ingratitude dans ces der- 
niers momens furtout , où les âmes les 
moins timorées , les moins belles , 
font toujours paroître quelque étin- 
celle de vertu. Cet ordre fut exécu- 
té à la rigueur. Il fert de monu- 
ment à la barbarie de ce fiecle. Gré- 



84 Histoire 

goire de Tours nous peint ailleurs la 
petire vérole fous des traits plus mar- 
qués & plus frappans : il dit que deux 
ans après, en 581, il' régna parmi le 
peuple un grand fléau (on (ait que la 
petite vérole eft un monftre qui fe 
montre fous toutes fortes de formes) ; 
ce fléau dont il parle fit périr beaucoup 
de monde. « C'étoit , dit-il , un mê- 
» lange de plufieurs maladies malignes 
» qui varioient , & accompagnées de 
» puftules & de véficules à la peau(a)». 
Valttudincs -varia , malignœ , cum puf- 
tulis & vcjlcis. Quelle-eft cette mala- 
die ? N'eft-ce pas la petite vérole. 
Quelle eft celle où l'application du 
mot varice foit plus heureufe ? 11 n'y en 
a point qui donne ces marques, ces 
variétés dans la couleur; l'épithete ne 
convient qu'à la petite vérole , mala- 
die maligne qui mérite le nom de 
fléau , accompagnée de puftules Si de 



(a) Idem, Lib. VI, cap. 14. M.igna eo 
anno ( $82 ) lues in populo fuit valctudir.e va- 
ria , malignœ cum pufulis & vcficis quœ multun 
populum ajfecerunt morte. On trouve dans l'édi- 
tiou de Jolie Badius , vakiudines varia mor- 
bive. 



de la Petite Vérole. 3j 

veffies, avec changement de couleur 
dans la peau. 

Quant à la formation du mot varimla 
ou varioles, qui eft le nom Latin de cette 
maladie , & que Grégoire de Tours n'a 
point employé ; On ne fauroit révo- 
quer en cloute que c'eft un terme nou- 
veau dans la langue Latine, dont Ma- 
rius s'eft fervi le premier pour déu- 
gner la petite vérole. Il eft formé ou 
de vari qui fignihoit chez les Latins des 
tubercules , des boutons qui naifTent 
au vifage ; ou bien de varius varia, qui 
varie , tacheté , bigaré de dlverfes 
couleurs, parce que la petite vérole 
femble varier en effet , & biffe la peau 
comme tachetée ; ce qui pourrait néan- 
moins confirmer dans le premier fenti- 
ment, c'eft que quelques Auteurs ont 
dit dans la fuite variolœ. ou varioli in- 
différemment pour déiigner les puftu- 
les de la petite vérole. Il eft cepen- 
dant plus naturel qu'un nom féminin 
tel que variola , qui s'eft toujours con- 
fervé parmi les Médecins, ait été pris 
de l'adjeâif varius varia , tacheté , mar- 
qué de diverfes couleurs ; car le mot 
vari dont varius s'eft formé , fignifioit 
chez les Latins nonfeulement les tu- 



§6 Histoire 

bercules, les boutons du vifage , mai» 
même les taches de la peau qu'on ap- 
po/toit en naiflant ; & varius fon dé- 
rivé avoit de même les deux fignifica-* 
tions;ilexprimoit un vifage boutonné, 
bourgeonné , ainfi qu'un tacheté , qui 
avoit des marques dont la couleur et oit 
différente de la naturel' e ; cela paroît 
clairementpar cette raillerie que fit Ci- 
céron à Servilius Ifauricus , qui étoit 
marqué de ces taches , lorlqu'il lui dit : 
Miror quid fît quod pater tuus homo con- 
Jiantifflnuj te nobis variitm reliquit;ù l'ap* 
pelle varium , qaôdvaris ejjet deformis ; 
&il marque expreficment que Ion père 
l'avoit fait tel & non pas la maladie , 
comme Tumebe fe l'eft figuré, ainfi 
nous iommes portés à croire que va-> 
riola a été pris de varius , ou plutôt de 
varia , en fous - entendant agritudo , 
comme d'une fource moins éloignée 
que vari, qui eft la racine de ces .deux 
mots. Nous avorîs remarqué que Gré* 
goire de Tours appelle la petite vérole 
valetudines varia, morbive ; ne fâchant 
quel nom donner à cette maladie , il 
nous la repréfente comme un affem- 
blage bizarre & varié de plufieurs mat 
ladies malignes réunies enfemble avec 



de la Petite Vérole. 87 

puftules & vefliês à la peau; tableau 
qui convient parfaitement à la petite 
vérole. Nous avons vu encore que 
Marius , qui parle en même tems & 
de la pefte & de la petite vérole , pour 
ne pas confondre ces deux maladies , 
s'en* fervi d'un mot nouveau, d'un di- 
minutif, pour défigner la petite véro. 
le , dont les puftules (ont plus petites 
que le bubon d'nnepefte, qu'il appelle 
pujlulq. immédiatement après. Ce qui 
paroît l'avoir déterminé à cette déno- 
mination , eft le langage de Grégoire 
de Tours fon contemporain, qui avoit 
appelé la même maladie œgrituJo varia , 
morbufve. On ne doit pas être lurpris 
que Marius ait ajouté à l'adjecîif varia 
la terminaifon féminine ola qui conve- 
noit au nom d'une maladie , & qu'il 
en ait fait un nom propre , qui man- 
quoit à une affediion d'un genre nou- 
veau , mais moins violente que la puf- 
tule dont il parle. Enfin il fentit la né- 
cefT.té qu'il y avoit d'en créer un nou- 
veau pour une maladie nouvelle : il en 
fit un en forme de diminutif à l'imita- 
tion des Latins qui en avoient faits de 
femblables en difant arteriola , filiola , 
hjliola, , &c, Quel que fpit l'Auteur dp 



88 Histoire 

ce mot, il eft fait pour lui faire hon- 
neur. Lorfqu'il fallut nommer la rou- 
geole qui parut en même tems que la 
petite vérole , on fuivit les mêmes loix 
pour fa dénomination ; & comme elle 
a toujours été regardée comme un di- 
minutif de la petite vérole, & que 
celle-ci avoit été défignée d'abord par 
des mots vagues, cegritudine* varice mor- 
bive , maladies ; la rougeole eut le nom 
de morbillus ou morbilli comme pour 
dire petites maladies ; mais foit que 
dans la fuite ce diminutif de morbi pa- 
rut un peu trop barbare à quelques 
Auteurs , foit qu'on voulût lui donner 
un nom plus diftingué , on en fit quel- 
ques-uns qui refle i blent à celui de la 
petite vérole. On effaya de peindre , 
pour ainfi dire, fa couleur de la même 
manière qu'on avoit peint par un feul 
mot la prenfere maladie; &c comme 
elle étoit rouge & couleur de rofe, 
on employa quelques mots expreflifs, 
auxquels on ne fit qu'ajouter ola; ainfi 
de rubea , rofea , rubia , on fit rubeo/a , 
rofeola , rubiola qui fignifient tous la 
rougeole. C'eft ainfi que nous, à l'i- 
mitation des Latins , nous avons dit 
rougeole , vérole , gaudriole , babiole , 

bejliole; 



de la Petite Vérole. Sj 
bcjlioU; qui font tous des diminutifs, 
ainfi que variola & rubeola. C'eft une 
façon de parler que nous avons em- 
pruntée des Latins ; mais ces deux 
derniers mots étoient inconnus des 
Romains , & nous refions dans l'in- 
time perfuafion que les deux maladies 
qu'ils expriment font auffi nouvelles 
que leurs noms. Lorfque Piine voulut 
prouver que la goûte étoit une mala- 
die nouvelle pour l'Italie , il ne donna 
d'autres raiforts qu'en difant : La goûte 
eft nouvelle ici parce qu'elle n'a point 
de nom dans la langne Latine ; & en 
erTet c'eft une des plus fortes preuves 
qu'on puiffe alléguer pour démontrer 
la nouveauté d'une chofe quelconque. 
Nous fommes plus heureux que Piine , 
nous avons le filence de tous les Au- 
teurs dans toutes les langues. 

Voilà tout ce qu'on trouve fur la 
petite vérole dans les Hiftoriens du 
iixieme fiecle ; ils en ont laifîe le nom , 
le tableau, les circonftances qui ont 
accompagné fes progrès : que pou- 
voient-ils nous apprendre de plus pofi- 
lif fur cette maladie ? 

Si l'on rapproche tous ces faits , nous 
voyons clairement que depuis Hippo- 

Tome- 1. H 



cjO Histoire 

crate jufqu'au deuxième fiecle de l'Erô 
Chrétienne , on ne trouve dans les 
ouvrages des Médecins aucune def- 
cription , aucun vertige de la petite vé- 
role. Nous fommes affurés par le 
fiience de Galien qu'elle n'exiftoit pas 
alors ni en Egypte , ni en Afie , ni en 
Europe , régions qu'il avoit parcourues 
plulieurs fois. Parmi les Médecins qui 
ibnt venus après lui , & dont les uns 
vivoient en Afie, d'autres en Eu- 
rope, d'autres en Afrique, & quirem- 
pîiffent l'intervalle depuis Galien juf- 
qu'au fixieme fiecle , il n'y en a qu'un 
feul qui nous faffe foupçonner fon 
exiftence à la fin du quatrième fiecle , 
dans une ville d'Egypte ; mais il eft 
prouvé par le filence de tous les au- 
tres, qu'il n'étoit point du tout quef- 
tion de la petite vérole dans les autres 
parties du monde connu. Il eft clair en 
même tems par le témoignage des 
ijiftoriens que dans le fixieme fiecle 
cette maladie fit des ravages en Ara- 
bie , en France , & en Italie ; & qu'au 
commencement du feptieme fiecle, 
elle étoit déjà connue, nommée & dé- 
crite par un Médecin qui l'avoit ob- 
servée en Egypte , où cette maladie 



de La Petite Vérole. ci 
ëtoit très-meurtrière, & fort répan- 
due. D'où il fuît que la petite vérole 
doit être confédérée pour nous comme 
un mal originaire d'Egypte , d'un genre 
nouveau , ainfi que le nom qu'elle por- 
te ; que lors de fa premierre irruption 
en Europe , elle y fut regardée comme 
une maladie étrangère , peftilentielle , 
fans nom , dont les Médecins ne con- 
noiffoient ni la caufe, ni le caractère, ni 
la curation ; ce qui ne paroît que trop 
confirmé par la fin malheureufe de 
Nicolas & Donat , qui furent les vic- 
times de leur ignorance. 

L'objet le plus intéreflant qui nous 
rerte à examiner confiffe à développer 
fa marche , fuivre fa courfe dans ie 
monde, a découvrir comment cette 
cruelle maladie s'eft répandue partout 
fans qu'on ait jamais fongé à lui oppo- 
fer des barrières , à mettre un frein à 
fa fureur. On s'eft laiflé frapper par un 
ennemi étranger & nouveau ; on lui a 
laifie courir le monde fans l'arrêter. 
Depuis qu'elle règne parmi les hom- 
mes, on a toujours eu le tems de 
la réprimer ; elle quitte quelquefois 
les villes des années entières , on 
la laifle toujours rentrer ; & on a 

Hij 



9i Histoire 

enfin oublié que c'étoit une maladie 
nouvelle & contagieufe qui fe gagne , 
comme on gagne la lèpre , la pefle , la 
gale ? &c. 






de la Petite Vérole. 93J 

ARTICLE V. 

Marche de la Petite vérole 
dans le Monde. 



I /E fixieme fiecle fut le fiecle des 
calamités. Procope , Evagre , Gré- 
goire de Tours , Marius , Agathias , &c. 
qui en furent les témoins , & les prin- 
cipaux Hiftoriens , ne nous offrent dans 
leurs écrits que des tableaux trifres & 
effrayans. La guerre, la pefte, la fa- 
mine, les maladies de tout genre défo- 
loient tour-à-tour l'Europe , l'Ane & 
l'Afrique. Les Goths, les Vifigoths, les 
Vandales , les Huns , les Lombards , 
les Avares , les Perfes , un torrent d« 
barbares inondoit fans ceffe ces trois 
régions ; leurs courfes étoient conti- 
nuelles , jamais les irruptions des peu- 
ples ne furent plus fréquentes ; ce fut 
le fiecle des malheurs , des fléaux de 
toutes efpece ; ce fut enfin le fiecle de 
la petite vérole. 
Le fiegc de l'Empire Romain étoit à 



94 Histoire 

Conftantinople. La proximité de cette 
ville avec l'Egypte, dont il étoit maître ) 
un commerce établi par la mer Méditer- 
ranée entre ces deux Etats , rendoit leur 
communication plus libre & plus fré- 
quente. Les Romains appelloient l'E- 
gypte le grenier de l'Empire; les Egyp- 
tiens leur apportaient leurs denrées , 
leurs grains. En y apportant leurs 
biens, ils y apportèrent leurs maux. 
Procope dit qu'une de ces pertes 
qui fit tant de ravages au milieu du 
fixieme fiecle fut apportée de Pelufe 
en Europe. La petite vérole eut bien- 
tôt le même fort que cette pefte. Tranf- 
portée à Conftantinople , elle n'eut 
pas de peine à pafler en France & en 
Italie , où Belizaire étoit venu plufieurs 
fois à la tête des armées , repoufler & 
vaincre les Barbares qui faccagoient 
l'Europe , & qui s'étoient emparés de 
l'Empire d'Occident ; la petite vérole 
paffa avec plus de facilité d'Egypte en 
Arabie , à caufe de la proximité de ces 
deux contrées qui font limitrophes, 
elle n'avoit que l'Ifthme de Suez à 
pëfler. 

Vers la fin du fixieme fiecle , l'Erti* 
pire d'Occident reftoit en la poffeffien 



de la Petite Vérole. 95 
des Barbares ; les irruptions des peu- 
ples devenoient moins fréquentes , les 
Romains étoient paifibles poffefleurs 
de l'Empire d'Orient; un calme général 
fuccéda à toutes les révolutions. La 
petite vérole fuivit le fort des peuples; 
elle parut s appaifer pendant un tems , 
du moins les Auteurs n'en font plus 
mention. Elle fit peu de progrès parce 
que les Nations redorent tranquilles ; 
on n'en parla plus parce que l'Europe 
fait plongée dans l'ignorance ; mais elle 
ne ceffa d'exercer fa fureur en Egypte, 
oh les caufes la renouvelloient toutes 
les années. Elle fixa l'attention des Mé- 
decins Egyptiens qu^avoient eu le tems 
de l'obferver ; & Aaron , Médecin 
d'Alexandrie , en fit l'Hiftoire au com- 
mencement du feptieme fiecle. Ses 
fymptôrties , fes différentes efpeces , 
tout ce qui a rapport à cette maladie 
fut décrit ; il indiqua une méthode pour 
la traiter. 

Siècle VII. 

L'an quinze de l'Egire , c'eft-à-dire 
l'an 636 de l'Ere Chrétienne, lés Ara- 
bes , plus connus fous le nom de Sarra- 
sins ; nation inconÛante , fortirent dé 



95 Histoire 

l'enceinte de leur pays pour fubjugucr 
les nations étrangères , & les ioumet- 
tre à la Loi que Mahomet leur Pro- 
phète venoit de leur prêcher. En 639 
de Jefus-Crfrift , fous le règne d'O- 
mar I , fécond Calife des Mufulmans, 
Amrou, un de leurs chefs, entra en 
Egypte, y défit les troupes d'Heraclius; 
affiéga Memphis , l'ancienne capitale 
du pays , & enfin fe rendit maître en 
640 de toute l'Egypte haute & baffe. 
C'eft dans cette irruption des Sarra- 
zins que la petite vérole fe manifefta 
d'une manière fenfible & frappante ; 
ce qui a donné lieu aux Ecrivains de 
dire qu'elle parut alors dans le monde 
pour la première fois. La petite vérole 
prife chez les Egyptiens par les Ara- 
bes, leurs Vainqueurs paffa de nou- 
veau en Arabie où elle avoit déjà pé- 
nétré. Les maladies femblent être 
toujours le prix des Conquérans. De- 
puis nos conquêtes dans le nouveau 
monde , combien de maladies nouvel- 
les ne voit-on pas régner en Eu- 
rope. 

La petite vérole déjà familière chez 
les Arabes, fuivit enfuite le fort de 
leurs conquêtes ; ôc comme ce peu- 
ple 



de la Petite Vérole. 97 
pie fubjtigua en moins de dix ans la Sy- 
rie,la Chaldée, la Méfopotamie, l'Egyp- 
te & la Perfe , il en fut de même de la 
petite vérole, qu'ils apportoient à tou- 
tes les nations que leurs conquêtes leur 
avoient fournis (4). Ils la répandirent 
dans le même fiecle dans la Lycie , la 
Cilicie, à travers toute la partie orien- 
tale d'Ane , d'où elle parvint par com- 
munication jufqu'à la Chine , la Tar- 
tarie , la Mingrelie , &c. 

Siècle VIII. 

Dans le huitième fiecle les Sarrazins 
toujours victorieux la portèrent en 
Europe où elle avoit déjà paru , lorf- 
qu'ils fe rendirent maîtres del'Efpagne, 
de la Sicile , d'une partie du Royaume 
de Naples , & de la Province Narbon- 
noife première. C'eft alors que tout le 
feu de la petite vérole , qui paroiflbit 
éteint , fe ralluma , & répandit avec 
fureur fa contagion (£). L'Hilîoire des 
Sarrazins nous parle clairement de 

(<z) Voy. Freind , Hiftoire de la Méde- 
cine. 

(b) Voy. Hifl. Saracen. Arabicè & Lat'u.\ 
ferïpta. 

Tome I. I 



ç)8 Histoire 

cette maladie ; on y voit des Cah> 
fes qui en meurent , d'autres qui en 
font marqués. Dans tous les por- 
traits que font les Hifioriens de leurs 
contemporains , on apperçoit des 
traces de ce fléau naiffant. Jamais elle 
ne" fut fi fréquente. On venoit de 
foumettre l'Egypte; le nouveau germe 
qu'on y avoit pris fut des plus meur- 
triers. 

Siècle IX. 

L'Empire des Sarrazins alloit tou- 
jours en augmentant ; &c le pouvoir 
des Califes leurs Souverains , s'étendoit 
déjà fur une grande partie de l'Afie , 
de l'Afrique & de l'Europe. 

L'Empire des Grecs s'éteignoit ; ce- 
lui d'Occident étoit détruit par des 
nations barbares. Les Sarrazins devin- 
rent bientôt les feuls dépofitaires des 
Sciences. Un de leurs Califes, Alma- 
mon Abdalla , qui monta fur le trône 
l'an 813 de J. C. fit traduire en Arabe 
tous les Ouvrages Grecs. De cette ma- 
nière, les arts & les fciences des Grecs 
furent tranfportés chez les Arabes, &c 
ce ne fut plus que chez eux qu'on vit 
des Géomètres, des Aftronomes, des 



de la Petite Vérole. 99 

Méchaniciens, des Médecins, tandis 
que l'Europe entière étoit plongée 
dans l'ignorance. Cet état dura près 
de quatre cens ans , depuis le huitième 
fiecle jufqu'au douzième. C'eft dans 
cet intervalle que la Médecine le fou- 
tint chez les Arabes , de qui nous la te- 
nons, & que leurs Médecins commen- 
cèrent vers le neuvième liecle à faire 
des Traités particuliers fur la Médeci- 
ne, & furtout fur la petite vérole , qui 
avoit eu le tems de le répandre parmi 
eux. C'eft à ce même Peuple qu'on 
doit la fondation des deux plus célè- 
bres Ecoles de Médecine qu'on ait vu; 
celle de Salerne dans le Royaume de 
Naples , qui a produit même des fem- 
mes favantes en Médecine, Trotula, Re- 
jeta , &c. & celle de Montpellier , où 
on ne lut pendant longtems que les 
Médecins Arabes qu'on avoit traduits 
en Latin , & qu'on regardoit comme 
les Dieux de la Médecine ; & cette 
prévention dura jufqu'au quinzième 
fiecle ; c'eft-à-dire jufqu à la prife de 
Conftantinople par les Turcs en 1453, 
qui fut l'époque du renouvellement 
des Belles-Lettres en Europe. 

Puifque nous n'avons pas trouvé la 



ioo Histoire 
defcription de la petite vérole dans les 
Médecins Grecs qui ont été les plus an- 
ciens Maîtres de l'art ; il faut donc avoir 
recours aux Médecins Arabes, qui furent 
les premiers héritiers de leur feience ; &C 
qui n'ont écrit que quelque tems après 
l'apparition de la petite vérole dans le 
monde. Auffi nous ont-ils vengés dit 
lîlence des Grecs fur cette maladie , &C 
leurs écrits nous dédommagent ample- 
ment de cette perte. Ils parlent partout 
de la petite vérole ; on diroit que c'eft 
la maladie qui les a occupé le plus; &C 
en effet il n'y en a point de plu,s re- 
marquable , "& de plus digne d'atten- 
tion. 

Parmi ces Médecins , le plus ancien 
dont nous connoifRons les Ecrits & qui 
mérite le plus de vénération , c'eft Rha- 
ses , le même qu'Abubeker Rhasès , 
Perfan d'origine, ainfi appelle parce 
qu'il étoit natif de Ray , la ville la plus 
confidérable de Perle , dans le neu- 
vième fiecle. Cet Auteur ineftimable 
nous a laiffé un Traité précieux fur la 
petite vérole , qu'on a critiqué fans le 
connoître. Altéré , défiguré par les di- 
verfes Traductions qu'on en a fait , 
ce Traité vient d'être rétabli dans fa 



CE LA Petite Vérole, iot 

pureté naturelle , par les foins de M. 
Chaniùng (a), dans une Traduction 
d'un manufcvit Arabe tiré de la biblio- 
thèque de Leyde. C'eft fur cette ver- 
fion que nous avons fait une traduc- 
tion Françoife que nous donnons au- 
jourd'hui au Public à la fin de cet Ou- 
vrage, pour plufuairs raifons : i v . par- 
ce que Rhasès n'a jamais été traduit 
en François; z°. parce qu'il n'a jamais 
été pur ; 3 . parce qu'il n'y a point de 
meilleur Traité fur la petite vérole; 
4 . parce qu'il n'eft pas a fiez connu, 
& que la petite vérole eft trop com- 
mune. Il faut fe mettre au delTus de 
ces petitéfles d'Auteur , de cette vanité 
miférable &c puérile de faire un myf- 
tere des Auteurs Latins, & de les déro- 
ber à la connoiflance de ceux qui igno- 
rent cetttf langue. Je ne rougirai jamais 
d'avoir rendu Rhasès en François ; mon 
feul regret fera de voir qu'il n'eft pas 
a fiez îiiivi. Salus populi fuprtma hx ejîo. 
Voilà ma loi ; le Médecin par état eft 
un homme dévoué au bien public ; s'il 
trouve un moyen honnête de le fervir, 

( a ) Rhafeç , de variolis & morblll. Arabie, 
& Latin. Loudin. 1766. 

I iij 



ïo2 Histoire 
de remplir ce devoir facré, de parve- 
nir à fon but , eft-il blâmable ? non : 
malheur à ceux qui penfent différem- 
ment. 

Rien de plus fage que les préceptes 
que Rhafès nous donne pour traiter 
la petite vérole. On ne foupçonne pas 
peut-être que cet Auteur qui vivoir. 
dans le neuvième fiecle ait connu en 
v. quelque manière la circulation du rang, 
& la transpiration infenfible, qui paf- 
fent aujourd'hui pour des découvertes 
modernes. Que Rhafès ait fait la Mé- 
decine dans- un climat brûlant ou non ; 
il n'eft pas moins vrai que la manière 
dont il traite la petite vérole', furtout 
dans le premier état qui eft le plus 
difficile, eft fimple ,' facile , la plus Sa- 
lutaire, & conforme à la plus faine 
doclrine ; nous avons joints à ce Traité 
quelques notes , &c les découvertes 
qu'on a fait depuis cet Auteur. Rhafès 
n'a point cherché à découvrir l'ori- 
gine de la petite vérole ; elle étoit déjà 
très-répandue de fon tems. Il cite plu- 
sieurs Auteurs qui en avoient parlé 
avant lui , & dont quelques lambeaux 
informes font à peine parvenus juf- 
qu'à nous. 11 n'y avoit rien de com- 



de la Petite Vérole, ioj 

plet fur cette matière du tems de Rha- 
ies , comme il nous l'apprend lui-mê- 
me ; & c'elt ce qui l'a déterminé à 
compofer ion Traité , &: à réunir 
en un ieul corps de doctrine tous les 
morceaux d'écrits épars çà & là , qu'il 
a recueillis, & dont il a profité pour 
faire quelque choie de clair , de com- 
plet , &c de iufnfant fur cette maladie ; 
il cite tous les Auteurs qui lui ont fourni 
quelques matériaux. C'eft lui qui nous 
a fait connoître Aaron , Prêtre & Mé- 
decin d'Alexandrie, qui avoit travaillé 
fur la même maladie , & qui vivoiten 
612 de l'Ere Chrétienne; Tabri {on 
maître qui vivoit en 880 , George , 
Ifaac ; Me fué , Serapion , le Juif;, Ab- 
dus , Bugdjefu , Tarmadi, Màjèrskotye , 
&c. De tous ces Auteurs , il n'y a que 
Meftié & Serapion dont nous connoif- 
fions quelque çhofe; tous les autres 
Font dans l'obfcurité. Le plus vieux 
de tous ces Auteurs qui avaient écrit 
fur la petite vérole, c'eft Àaron l'E- 
gyptien; re qui nous confirmé encore 
clans la p'erfuafton où nous lommes 
qu'avant lefixieme fiecle il n'étoit point 
queition de la petite vérole ; 6c le dé- 
faut de Traités complets fur une mala- 

Iiv 



1^4 Histoire 

die auffi importante , n'eft-il pas une 
des plus fortes preuves de fa nouveauté 
dans le monde ? Rhafès appelle la pe- 
tite vérole dans fa langue , godari ; &C 
la rougeole , chafpah. Il les met l'une 
& l'autre au rang des pefles. 

Siècle X. 

\Avicenne, qu'on appelle le Prince 
des Médecins Arabes , a parlé de la 
petite vérole après Rhafès ; il vivoit 
dans le dixième fiecle, fuivant Sorfanus 
fon difciple qui a écrit fa vie. Il étoit 
Perfe d'origine , & Mahométan ainfi 
que Rhafès. Il attribue la caufe de cette 
maladie , au refle defang dont l'enfant 
fe nourrit dans le fein de fa mère avant 
de venir au monde , & fa malignité , 
au trop fréquent ufage du lait de ju- 
ment & de chameau. Ce fentiment 
d'Avicenne qui croyoit d'ailleurs aux 
longes, à Taftrologie judiciaire, Sec. 
femble prouver tout au plus que la pe- 
tite vérole étoit très-commune & très- 
répandue de fon tems dans le pays 
qu'il habitoit , puifqu'il en attribue l'o- 
rigine à une pareille caufe. Il la met 
cependant dans la clafle des pelles , 



CE la Petite Vérole. 105 
comme avoit fait Rhafès , & la regarde 
comme une maladie accidentelle &c 
contagieufe (a). Comment concilier 
ces deux fentimens ; une maladie acci- 
dentelle & contagieufe eft-elle l'effet 
des relies du fang dont l'enfant s'efl: 
nourri dans le iein de fa mère ? Avi- 
cenne a donné quelques bons préceptes 
d'ailleurs , qui peuvent fervir d'apho- 
rifmes fur cette maladie : il appelle les 
pullules de la petite vérole , bothor; 
d'où vient notre mot François bouton. 
Voilà les premiers Auteurs qui nous 
ont laiffés des traités particuliers fur 
la petite vérole ; & c'eft aux feuls Mé- 
decins Arabes que nous fommes rede- 
vables des premières notions de cette 
maladie & de la manière de la traiter. 
Ceux qui vinrent après Raies & Avi- 
cenne , marchèrent à peine fur leurs 
traces. Hali-Abbas (/>) & les autres Au- 
teurs crurent que ces premiers avoient 
tout dit ; & ils n'ont rien laiffé dans 

(a) Variola , inqu'u , & morbillus funt de 
fumma œgritudinum advenlitium & contagiofa- 
rum. Avicenn. Lib. IV, fen. II, p. 70 Se 72 , 
apud Juntas 160X. 

( b ) Hali Abbas , Regalis difpofitio. V«ne- 
tiis 14512. 



îo6 Histoire 
leurs Ecrits digne d'une confidératiort 
particulière. Les Médecins Arabes font 
forcés d'avouer que la petite vérole eft 
une maladie peftilentielle, accidentelle 
& contagieufe ; mais quoique convain- 
cus de cette vérité,ils n'indiquent aucu- 
ne précaution extérieure pour fe pré- 
ferver de cette maladie. Rhafès , plus 
Philofophe que tous les autres , eft le 
feul qui donne des moyens pour s'en ga- 
rantir ; les Arabes ne prenoient aucunes 
précautions pour la pefte; ils étoient 
frappés fans cefle de ces deux fléaux, 
fans pouvoir s'en défendre. Outre 
qu'ils étoient naturellement fuperfti- 
cieux & crédules, la' loi de Mahomet 
leur défendoit de prendre aucune pré- 
caution pour éviter les maladies : ils ne 
furent donc fe préferver ni de la pefte, 
ni de la petite vérole. Les préjugés 
font toujours plus forts que la raifon 
qui veut les combattre : l'inftinft mê- 
me ne peut agir contre eux; il trouve 
un obftacle infurmontable. Tel eft l'ef- 
fet de la doclrine de la prédeftination ; 
on penfe que le deftin fait tout , tk. que 
l'homme n'a rien à faire. 

Tandis que les Arabes étoient les 
feuls pofieffeurs des feiences, toute 



de la Petite Vérole. 107 
l'Europe étoit plongée dans une igno- 
rance barbare ; point d'Hiftoriens , 
point de Médecins. On ignoroit les 
progrès de la petite vérole en Europe ; 
elle ne ceflbit néanmoins de fe répan- 
dre partout ; & nous trouvons dans 
nos (a) monumens , que Bcaudoin le 
jeune , Comte de Flandres , mourut en 
962 de la petite vérole. 

Siècle XI. 

Les nations de l'Europe , curieufes 
des fciences , dont les Arabes étoient 
les feuls dépofitaires , alloient puiler 
chez eux leur favoir & leur doctrine. 
Dans les dixième & onzième liecies , 
les deux Ecoles de Médecine qu'ils 
avoient fondé , commençoient à avoir 
quelque réputation ; les peuples qui 
habitent les bords de la Méditerranée 
commençoient à s'inftruire par leur 
commerce.; les Juifs , les Sarrazins , 
venoient s'établir dans leurs Ports , &C 
déjà l'Europe n'étoit pas fi barbare. 
Dans la vue de s'inftruire , Conjiamin 
fiirnommé l'Africain , parce qu'il étoit 

(a) Voy. Fauchet , Antiquités Françoifes, 
Liv. XII , chap. 15, p. 464 , Paris 1610. 



ioS Histoire 

natif de Carthage , voyagea chez Ieâ 
Arabes dans le onzième fiecle. Il s'ar- 
rêta à Babylone , où il apprit les lan- 
gues Orientales '& la Médecine ; c'eft 
un des premiers Auteurs Latins qui ait 
commenté à traduire en cette langue 
quelques Auteurs Arabes , &C c'eft le 
premier (<z) Médecin Latin qui nous ait 
parlé de la petite vérole. Il l'appelle 
variola ; & la rougeole , morbïllus. Il 
acquit tant de connoiflances , qu'il de- 
vint odieux à fes compatriotes ; jaloux 
de fon mérite , ils cherchèrent à le 
faire périr lorfqu'il fut de retour à Car- 
thage ; mais il fe retira à Salerne , oit 
il fe mit fous la protection du frère du 
Roi de Baylone. Cela prouve combien 
il y a voit peu de fçavans dans le mon- 
de, puifque c'étoit un crime de l'être à 
Carthage. 

Les Traducteurs des Arabes qui vin- 
rent après, fuivirent l'exemple de 
Conftantin, lorfqu'il fut queftion de 
rendre en Latin les différentes dénomi- 
nations que les Arabes avoient donné à 
la petite vérole , qui prit chezeux pref- 
que autant de noms qu'il y eut d'Écri- 

(j) Confiant. African. de communib. Medï- 
co cognïtu mcejjariis. BalUea: 1556. 



be la Petite Vérole. «09 
vains ; nouvelle preuve a ajouter que 
c'étoit une maladie naiffante. Lorfque 
les maux vénériens parurent en Euro- 
pe, chaque nation leur donna un nom 
particulier. Il eft à remarquer que 
Conftantin n'avoit prétendu défigner 
fous le nom de varïola que le bouton 
de la petite vérole, abftraftion faite 
des autres fymptomes ; mais comme 
ces boutons font toujours en grand 
nombre , on mit le mot au pluriel , &C 
on dit enfuite varioles ou varioli ; & on 
comprit fous ce terme , & les puftules 
& la maladie en même tems. On en fit 
de même pour la rougeole , qu'il avoit 
nommé morbillus ; & dans la fuite on 
a dit variolœ & morbilli. 

Siècle XII. 

Dans le douxieme fiecle la petite vé- 
role étoit déjà très- connue dans plu- 
fieurs parties d'Europe, fiirtout dans les 
Méridionnales , où les peuples étoient 
toujours en mouvement; mais le Nord 
étoit plus tranquille ; les courfes des 
barbares moins fréquentes ; la guerre 
étoit la principale occupation des peu- 
ples & des Souverains. Le commerce, 



no Histoire 

prefque inconnu , rapprochoit rare- 
ment les hommes desdiverfes nations; 
leurs liaifons devinrent plus intimes &C 
plus fréquentes , lorfque les Européens 
fe furent croifés pour délivrer la Terre 
Sainte du pouvoir des infidèles. La pe- 
tite vérole n'avoit pas encore pénétré 
dans toute l'Europe , lorfque fes habi- 
tans en apportèrent une nouvelle con- 
tagion de la Terre Sainte. Les François, 
Anglois , Allemands , &c. dont l'armée 
des croifés étoit compofée , la portè- 
rent chacun dans leur pays. Cette ma- 
ladie fe manifefta alors avec tant de 
fureur en Europe , que plufieurs Au- 
teurs qui n'avoient pas fouillé plus 
avant , n'ont pas craint de rapporter 
au tems des croifades l'époque de fa 
première apparition en Europe ; & 
en effet elle peut l'avoir été pour cer- 
taines parties, telle que l'Angleterre, 
l'Allemagne, la Pologne , &c. 

Etienne Phil , un des Traducteurs des 
Arabes qui vivoit dans le XII e fiecle, 
adopta dans fes Traductions Latines le 
nom dont s'étoit fervi Conftantin. Son 
exemple fut imité dans la fuite par les 
autres Traducteurs des Arabes qui vin- 
rent après lui , tels qu' 'André Alpagus , 



de la Petite Vérole, ni 
■Klrjlcnïus, Armlga.ndusBla.jlus de Mont- 
pellier, Girard de Crémone , &fc. &C 
le mot variola ou varioles, fut depuis 
confacré à la petite vérole. 

Siècle XIII. 

Dans le treifieme fiecle cette mala- 
die étoit connue dans toute l'Europe 
tempérée ; les peuples du Nord en 
étoient encore exempts, &C à peine 
connoiffoit-on fon nom dans le Dan- 
nemark ; mais elle étoit inconnue dans 
la Mofcovie, la Norvège , la Laponie, 
& tout ce qui eft au delà. Le froid re- 
tarda fa marche , & leurs habitans ont 
été les dernières viclimes de ce fléau. 
Mais cette maladie n'étoit plus nou- 
velle depuis longtems dans la partie 
Méridionale d'Europe. Bernard (a) Gor- 
don , Profefleur de Médecine à Mont- 
pellier en 1 18 ■; , en parle comme d'une 
maladie très-fréquente &c très-répan- 
due en France de fon tems. 

Siècle XIV. 

La petitevérole étant parvenue chez dif- 

(j) Bernard. Gordon. Pratfica Medlca , 
Cap. il , de ■variolis venetiis , IJiU' 



nx Histoire 

férens peuples , reçut en même tems dï- 
verfes dénominations. Les Médecins qui 
écrivoient en Latin ne l'appelloient que 
variolœ; c'eft ainfique la nomme Gui de 
Chauliac (à) Chirurgien du Pape Ur- 
bain V. Les Allemands lui donnèrent le 
nom de Pocken ; les Italiens lui confer- 
verent fon nom Latin , d'où ils n'ont 
retranché que IV. & ils difent vaiola; 
les Espagnols l'appellerent las viruelas; 
les François lui avoient déjà donné le 
nom de picote. Arnaud de Villeneu- 
ve (F) , qui vivoit alors , & qui étoit 
le devin de fon fiecle , l'appelle en bon 
François , dans fon Tréfor des Pauvres, 
picote, terme formé de pic, oifeau qui 
pique ; ou bien de pic , outil à piquer, 
qui fait des trous comme la petite vé- 
role ; & ce nom s'eft confervé dans 
plufieurs Provinces de France , furtout 
en Languedoc , oîi le peuple ne la con- 
noît que fous ce nom. Au nom de pi- 
cote fuccéda celui de variole , vérole ou 
vairole, qui eft la traduction littérale 
du mot Latin. On mit le nom au plu- 
riel, à l'exemple des Latins; & on a 

( a ) Guidonis de Cauliac. Opéra. 
( b ) Thréfor des Pauvres , d'Arnaud de Vill. 
feuill. 14 , Lyon 1518. 

dit 



de la Petite Vérole, tij 
dit parmi nous ; jufqu'au milieu du fei- 
zieme fiecle , la vérole , ou les véroles , 
pour déligner cette maladie. Cette fa- 
çon de s'exprimer s'eiï ibutenue même 
juiqu'à Ambroij'e Paré , Chirurgien , 
fous le règne de François II , quoiqu'on 
lui eût déjà donné l'épithete Ae petite, 
pour la diftinguer de l'autre , du tems 
de Laurent Joubert , fucceffeur de Ron- 
delet , dans la place de Chancelier 
de la Faculté de Médecine de Montpel- 
lier en 1530. 

La maladie Américaine , qui porte 
aujourd'hui le même nom , commen- 
çoit à fe répandre en France depuis la 
conquête du Royaume de Naples par 
Charles VIII en 1495, tems où cette 
maladie parut pour la première fois en 
Europe, fuivant le témoignage de tous 
les Auteurs qui vivoient alors -, vérité 
qui a été démontrée par l'immortel 
Aftruc dans fon Traité des maladies vé- 
nériennes. On l'appella d'abord mal 
François , mal de Naples ; morbus Gal- 
licus , morbus Neapolitanits , fuivant 
l'idée où étoient les peuples de l'avoir 
reçue des François ou des Napolitains. 
C'eft ainfi que la nommoient dans leurs 
Ecrits, Rondelet, Jean de Vigo , ÔCc. Oa 

Tome I. K. 



ii4 Histoire 

ne favoit quel nom donner à une maladie 
nouvelle & auffi étrange ; mais comme 
ces noms étoient trop vagues , & capa- 
bles d'induire en erreur; les François 
fixèrent fa dénomination par le nom 
ùcgorre(a). C'eft ainfi qu'on appelloit 
en France les maux vénériens au com- 
mencement du feizieme iiecle ; mais 
foit que la gorre ne fut pas un nom affez 
noble , foie que tout foit fujet au chan- 
gement , furtout dans la langue Fran- 
çoife , on lui donna le nom de vairole 
ou de grojje virole , pour la diflinguer 
de la petite. Laurent (/■) Joubert fut 
le premier qui lui donna le nom de rai- 
rola crajja , au lieu de variola , par 
lranfpohtion de lettres : ce fut pour 
lors que l'une fut appellée groffe par- 
ce qu'elle fut iugée d'une extenfion 
plus confidérable , & l'autre petite ou 
picote. Le nom de gorre, qui parut 
trop laid , s'éteignit avant Rabelais , 
qn£ dit plaifamment : L'un avoit la pi- 
cote , r autre la vérole. On avoit cru ap- 

( a ) Voy. Jean de Viço Trad. Franc, de Ni- 
colas Godin , Lib. VIII , pag. 115, Lyon, 
15 37. 

(b) Voy. Laurent Joubert, Lyon 1581^ 
de vairolâ craffa. 



delà Petite Vérole. 115 

percevoir quelque reffemblance entre 
ces deux maladie; & en effet on ob- 
ferve chez quelques perfonnes , parmi 
celles qui ont été malheureufes dans 
leurs amours , & qui en portent des 
marques, des boutons, ou plutôt des 
pupilles dures , rouges, •calieufes, qui 
occupent tout le vifage, ou qui régnent 
le plus fouvent autour du front & des 
tempes en forme de chapelet , & qu'on 
a décorées , à caufe de cette forme , du 
beau nom de couronne de Venus. Les 
boutons de ces têtes ainfi couronnées , 
reflemblent en quelque façon à ceux 
de la petite vérole. Voilà pourquoi 
l'une a été appeliée groflè 6c l'autre 
petite. Il paroît que les Anglois nous 
ont emprunté cette façon de parler, 
en difant Small-Pox , pour défigner la 
petite vérole. 

Siècle XV. 

Depuis le fixieme fiecle, la plus gran- 
de partie de l'Europe avoit eu le tems 
de ie familiarifer avec la petite vérole,- 
qui , dans le quinzième , y étoit déjà 
très-répandue. Auffi rapide que le mou- 
vement des hommes, elle les luivoit 
dans toutes leurs marches ; plus ils fe 

Kij 



ii6 Histoire 

répandoient au loin , plus elle faftoït 
des progrès. La Hollande , l'Angleter- 
re , la Pologne , toute l'Allemagne, l'Ef- 
pagne , la France , l'Italie , avoient 
éprouvé plufieurs fois fes attaques; 
mais elle s'avançoit lentement dans le 
Nord ; &c la partie feptentrionale de 
l'Empire de Ruine , la Laponie , l'Ii- 
lande , & le Groenland , ne connoif- 
foient pas même fon nom. 

Dans l'Ane, climat plus favorable à 
fa propagation , la courfe avoit été plus 
prompte , preique toutes les parties en 
étoient infeélées : il n'y avoit plus que 
les Ifles , & quelques Prefqu'ifles de la 
mer des Indes , plus féparées du com- 
merce des hommes , qui fuflent à l'abri 
de la contagion. 

Quoique née dans une extrémité 
d'Afrique , la petite vérole ne s'étoit 
pas étendue dans les Terres du côté 
du Cap de Bonne - Efpérance , par- 
ce que les difFérens peuples de ces ré- 
gions , la plupart fauvages , féparés les 
uns des autres par des déferts vafles &C 
impraticables , dont l'horreur eft en- 
core augmentée par le féjour des bêtes 
féroces , avoient peu de communica- 
tion entre eux ; elle n'avoit pas encore 



de la Petite Vérole. 117 

paffé les bornes de l'Ethiopie , & les 
Hottentots en étoient exempts. Cette 
maladie ne s'étoit introduite que parmi 
les nations que le commerce , les arts, 
ou les conquêtes rapprochoierrt entre 
elles. Elle étoit donc entièrement in- 
connue dans tous les pays où les hom- 
mes n'avoient pas encore pénétré. Tel 
étoit l'Amérique découverte en 14^ 
par un Génois , Chrijîophe Colomb , où 
l'on ignoroit encore ce que c'eft que 
la petite vérole. Elle ne tarda pas à y 
pénétrer , après les découvertes des 
Européens. 









*iS Histoire 

ARTICLE VI. 

Première irruption de la Pe- 
tite Vérole en Amérique. 

Siècle XVI. 

.Les Efpagnols fembloient fe venger 
du mauvais préfent qu'ils venoient de 
recevoir des Américains. À la place 
d'une maladie grave & contagieufe 
qu'ils avoient pris chez eux , ils leur 
en rendirent une autre de même nom , 
meurtrière & peftilentielle./ Echange 
malheureux pour l'un & l'autre peu- 
ple ; & pré (âge funefie des malheurs 
qui menaçoient les Indiens. 

Les Efpagnols s'étant d'abord établis 
à S. Domingue , ou Ifle Efpagnole , qui 
fut une dç/ premières découvertes , 
en firent le fiege d'un Sénat , Tribunal 
où fe jugeoient toutes les affaires rela- 
tives au commerce des Ides d'Améri- 
que. La route d'Efpagne au Nouveau 
Monde étant connue , les Caraïbes fou- 
rnis au joug des Efpagnols ; la commu- 



de la Petite Vérole, i 19 
nication entre ces deux peuples devint 
très-fréquente. Ces nouveaux conqué- 
rans , oubliant toutes leurs poffeffions 
en Europe , ne lbngeoient qu'à équi- 
per des flotes pour le nouveau Mon- 
de , où la foif infatiable de l'or les 
entraînoit tous. Les premières viûimes 
de leur cupidité furent les habitans de 
l'ifle Efpagnole. Ces malheureux Ca- 
raïbes avoient déjà éprouvé tous les 
maux pofiibles au commencement du 
feizieme fieclc. Tous les Auteurs (a) 
Efpagnols font mention d'une maladie 
peftitentielle & contagieufe , qui fit 
périr en 15 17 une fi grande quantité 
d'Indiens dans cette llle , qu'à peine 
auroit-on pu croire qu'elle eût été peu- 
plée. Cette maladie n'étoit autre chofe 
que la petite vérole, qui paffa d'abord 
d'Efpagne à S. Domingue. Voici ce 
€[ue nous dit Pierre Martyr , Ecrivain 
de ce tems , qui fit le premier l'hif- 
toire de la découverte des Indes. « Les 
» Efpagnols , dit-il , celïeront au pre- 
» mier jour d'y ramafler de l'or, quoi- 
que cette Ifle en fournifTe , faute 
» d'hommes pour le recueillir. Car ces 

( a ) Hift. générale des Voyages , T. XLVTj 
pag. 67. 



i20 Histoire 

» miférables habitans , dont on s'eft 
»fervi pour fouiller dans les entrailles 
» de la terre , & en extraire l'or , font 
» déjà réduits à un très-petit nombre. 
» Les uns ont péri dans le commence- 
» ment par des guerres cruelles , la plu- 
» part par la faim , lorfqu'ils furent obli- 
» gés de faire du pain pour les Nobles 
» avec la racine de jonc , manquant 
m de celui de maïs dont ils femoient 
» le grain ; & enfin les autres font 
» morts ou de la petite vérole ou de 
» la rougeole, maladies qui leur étoient 
«encore inconnues l'an 1517, ck qui 
» fe répandirent parmi eux par conta- 
» gion comme dans un troupeau de bê- 
» tes (rf). » 

( a ) Sed propediem colitgere aurum in Hif- 
paniola , licct aura fil pragnans , dejinent , quia 
foffores deerunt. Ad exiguum rniferi accola de 
dutli /uni niunerum , opéra quorum in auro le— 
gendo- ufifunt. Abfumpù ab initio bellis acri- 
Vtts , famé mult'o plures , quo anno junceam ra- 
dicem qua panem nobïlium conficiebant , erue- 
runi , & à maicio grano feminando , pane po~ 
pulari abftinuerunt : reliquos varioles. , morbilli 
eis ignoli haflenûs fuperiore anno Ip8, qui tan- 
qua m moibofas pecudes contag'wfo halitu eos in- 
vajerunt. Pétri Martyr , de orbe novo Decad. 
JV, cap. X, feniL 61. 

Les 



de la Petite Vérole, xxï 
Les habitans de S. Domingue n'a- 
voient aucun nom pour d éfigner une ma- 
ladie étrangère; ils empruntèrent d'a- 
bord celui des Efpagnols , lasvirudas ; 
enfuite ils prirent celui des François; 
& aujourd'hui on appelle la petite vé î 
rôle à S. Domingue , la picote. Ce qui 
démontre clairement qu'elle eft venue 
d'Europe. Quelques Auteurs ont pré- 
tendu, fans en donner la moindre preu- 
ve , que la petite vérole a exifté de tout 
teins en Amérique , pour faire valoir 
cet art nouveau , qui dit de la ré- 
pandre partout , de donner la petite 
vérole à tout le monde , d'inoculer tous 
les enfans , parce qu'ils ont le germe de 
la maladie. Nous verrons bientôt com- 
bien cette opinion efl: peu fondée, & 
combien un principe mal établi peut 
entraîner des fuites funeftes. Tel efl: 
encore celui qui voudroit nous perfua- 
der que la petite vérole eft fille des 
maux vénériens : outrage fait à l'hu- 
manité , capable de faire naître des 
foupçons injurieux, des doutes cruels, 
& d'allarmer toutes les familles. On 
fait qu'il y a des reliquats de petite vé- 
role qui ne cèdent qu'aux remèdes mer- 
curiels ; mais parce que le mercure les 
Tome, 1, L 



ni Histoire 

guérit , faut-il conclure que^ c'efl un 
refte , un levain de maladie vénérienne 
qu'on n'a vu en Europe que neuf fie- 
cles après la petite vérole ? parce que 
le mercure guérit la gale , faut-il con- 
clure que la gale efï un effet des maux 
vénériens , & que tout eft mal véné- 
rien ? Avant que cette maladie exiftât 
en Europe , on guériflbit la gale & les 
reftes de petite vérole avec du mer- 
cure ; ÔC jamais on n'avoit eu une pa- 
reille idée. Jamais on n'adoptera un 
fyftême qu'une ignorance groffiere, ou 
plutôt qu'un favoir coupable a fait naî- 
tre. 

Quoique parvenue dans les Mes d'A- 
mérique, la petite vérole n'avoit pas 
encore paffé leurs bornes en 1710, & 
le nouveau continent netoit pas in- 
fefté , parce qu'il n'étoit pas conquis. 
Cette maladie paffa les mers une fé- 
conde fois ; on en reçut une nouvelle 
infeâion d'Efpagne , qui caula plus de 
maux aux Américains que toutes les 
cruautés des Efpagnols. La vérité de 
ce fait , dont on effaieroit envain d'af- 
foiblir la force , eft confirmée par les 
témoignages les plus autentiques. Lif- 
ter, dont le nom féul leroit capable 



de la Petite Vérole, iij 

'd'autoriier une opinion douteufe, nous 
dit : « La petite vérole eft une maladie 
» nouvelle , &C ce qui démontre qu'elle 
» eft nouvelle ; c'eft qu'il y a plusieurs 
» parties du monde où on ne l'avoit 
» jamais vue ; telles q; e les Indes Oc- 
» cidentales , où elle ne parut qu'a- 
» près que les Espagnols y eurent 
» abordé ; & ce fut un Ethiopien qui 
» étoit avec eux qui la communiqua 
» par contagion aux Indiens , dont une 
» grande partie mourut ; & ce fait fe 
» trouve attefté par l'excellent Auteur 
» Rodcric à Fonfeca , Médecin de 
» Lisbonne (a). » Le témoignage de 
Fonfeca fufîiroit pour nous perluader 
de cette vérité. Mais les circonftances 
qui accompagnèrent cette première 
irruption dans la terre ferme furent fi 
frappantes; la contagion de ce Nègre 
eut des fuites fi funeftes , que les Amé- 

( a ) Illud verà fatis demonftral hune morbum 
novum. effe , qubd in tnultis mundi partibus nuf- 
quam vijusfuit , ut apud Indus Occidentales ubi 
nunquam appâtait nifi poflquam hispani ibi per- 
venere , fi quidtm per contas,ionem JEthiop'u 
cujufdam ilh.c delati, magn.im Indurum p.inem 
fufluitt. Atque hoc atleflatttr idoneiis Autior 
nempe Olyfipponenfis R. à Fonfeca. Martin 
Lifter exercitat. Med. VIII. p. i6i- 

L ij 



ii4 Histoire 

ricains en ont fait une époque invaria- 
ble , d'où ils dattent pour compter 
leurs années, comme de l'événement le 
plus fatal Se le plus extraordinaire qui 
leur foit jamais arrivé. 

En 1 5 1 8 Fernand CotU{ , à la tête 
des Troupes Efpagnoles entreprend la 
conquête du Mexique : en 1520 le 
gouvernement d'Efpagne , ou plutôt 
Vtlarqut^ , Gouverneur de Pifle de 
Cuba , mécontent de la conduite de 
Fernand Cortez, quelques Auteurs di- 
fent, jaloux de fes exploits, fait équi- 
per en Efpagne une Flotte de douze 
vaiffeaux pour l'Amérique , fous le 
commandement de Pamph'de de Nar- 
vae{ , Officier Efpagnol , avec ordre 
de le faifir de la perfonne de Cortez ; 
mais Narvaez ne fut pas heureux dans 
cette expédition ; & après avoir dé- 
barqué à Zempoalce , un des Ports d'A- 
mérique dans la nouvelle Efpagne , il 
fut vaincu , & pris lui-même par Cor- 
tez qui le fit enfermer dans une prifon. 
C'eft dans la Flotte de Nar\aez que fe 
trouva un Nègre attaqué de la petite 
vérole,qu'il communiqua à tout le nou- 
veau continent. Voici de quelle ma- 
nière Bemard-Diai de CaJliUo , Offi» 



de la Petite Vérole. 115 
rier Efpagnol , & un des Conquérans 
de la nouvelle Efpagne, nous rend cet 
événement dont il fut témoin oculaire : 
« Retournons , dit-il , maintenant à 
» Narvaez , & au Nègre qu'il trainoit 
» après lui tout couvert de petite vé- 
» rôle; lequel fut affez noir pour la nou- 
» velle Efpagne, puifqu'il fut caule que 
» la petite vérole fe répandit fur toute 
» la terre , & y caufa une grande mor- 
» talité; &C fuivant ce que difoient les 
» Indiens , il n'avoient jamais eu une 
» pareille maladie; & comme ils ne la 
» connoiffoient pas , ils fe baignoient 
» plufieurs fois , ce qui fut caufe qu'il en 
» mourut une grande quantité parmi 
» eux. De manière que Pavantufe de 
» Narvaez fut des plus trilles &c des 
» plus noires , & encore plus noire la 
» mort de tant de gens qui moururent 
» fans être Chrétiens (^). » Voilà ce 

{ a ) Y Bolvamos aora al Narvaez , y a 
un Negro que traia llno de Viruelas , que 
harto negro fue en la Nuera Efpana , que fus 
caufa que le pegilTe , & hincheffe toda la tier- 
ra d'ellas , delo quai huvo g"an mortaldad , 
que fegun-dizian los Indios , jamas tal enfer- 
medad tuvieron , y como no la conocian , 
lavavanfe muchas vezes , y a efia caufa fe 

Liij 



Il6 H I S T O I R F. 

que nous dit un Officier Efpagnol qui 
étoit t fur les lieux & dans l'armée de 
Cortez. Cet avanture fit tant de bruit 
dans la nouvelle Ei'pagne par le grand 
nombre de morts qu'il y eut à Zem- 
poala tk aux entrons , que les (rf) Hifto- 
riens nous en ont confervé la mémoire 
avec un détail de toutes les circonftan- 
ces. Antonio de Herrera (£) , Histo- 
riographe des Indes la rapporte affez 
au long; on peut en voir la defcription 
(Jans Ion Hiftoire des Indes Occidenta- 
les. Mais Lopei de Gomara nous la 
rend d'une manière plus intérefiante 
& plus initruftive pour les Médecins ; 
i\ l'on fait attention aux moyens qu'em- 
ployèrent d'abord ces malheureux In- 
diens pour fe délivrer d'une maladie 
auffi étrange pour eux, & qui leur 
brûloit les entrailles. » Cette guerre , 

murieron grand camidad de ellos de rnanera 
que negra la ventura de Narvaaa , y mas prie- 
ra la muerte de tanta gente , fin fer Chriflia- 
nos. Bernard Di.i* de Caftillo. H'rjloria vtrda- 
dera de la conquijla de la Nueva Efpana. Cil. 
114. pag. ioi. 

(a) Voy. Antonio de Solis. Qjievedo (je. 
■ (b) Antonio de Herrera. Hijloria de las 
Indias Occidentales , Decad. II. Lib. X. Cap. 
IV.pag. 318. 



de la. Petite Vérole. 127 
» dit-il', rapporta beaucoup d'argent à 
» Diego Velazquez ; mais elle conta un 
» oeil à Pamphile de Narvaez , & beau- 
» coup de vies aux Indiens qiii mou- 
» rurent , non par le fer , mais de ma- 
» ladie &c de douleur. Il àriva que les 
» gens de Narvaez ayant mis pieds à 
» terre , il fortit en même tems des 
» vahTeaux un Nègre qui avoit la petite 
» vérole ; lequel communiqua cette 
» maladie à plusieurs Indiens qui occu- 
» poient la même maifon que lui à 
» Zempoala ; &z de l'un à l'autre , elle 
» fit bientôt des progrès. Comme ils 
» étoient en grand nombre & qu'ils cou- 
» choient Se mangeoient enfemble. Cet- 
» te maladie fe répandit en fi peu de 
» tems, que c'étoit comme une tuerie 
» fur cette terre : ilsmouroient prefque 
» tous dans leurs demeures; & la moi- 
» tié de ce peuple nombreux fuccomba 
» à la violence du mal ,• & comme cette 
» maladie étoit nouvelle pour eux , &c 
*> qu'ils étoient dans l'habitude de fe 
» baigner dans toutes les autres il- fe 
» baignoient dans celle-ci: ils entroient, 
» fuivant leur coutume, dans l'eau froi- 
» de , au fortir du bain chaud ; 6c c'é- 

L iv 



128 Histoire 
» toit un miracle d'en voir échapper 
» un. Ceux qui furvivoient à cette 
» cruelle maladie étoient fi défigurés 
» par les coutures qu'ils s'étoient faites 
» en fe grattant, qu'ils s'^ffrayoient les 
» uns les autres par la multitude & la 
» grandeur des creux qu'ils avoient à 
» la chair , aux mains , & par tout le 
» corps : la famine fuccéda à ce mal- 
» r heur , & on ne pouvoit avoir ni pain, 
» ni farine. Et comme ils ne fe fervoient 
» de moulin ni à eau , ni à bras , pour 
» moudre leurs grains , & que les fem- 
» mes qui leur préparoient le pain 
» étoient mortes , ils étoient obligés 
» de moudre eux-mêmes leurs grains 
» entre deux pierres. Ainfi le manque 
» de pain joint à la petite vérole, fut 
» caufe d'une grande mortalité parmi 
» les Indiens , dont les uns périrent de 
» faim , les autres de cette maladie. On 
» voyoit tant de corps morts , que per- 
» fonne n'ofoit s'approcher pour les 
» enterrer ; les rues étoient pleines de 
» cadavres; & afin que la puanteur ne 
» fe repandit point dans l'air, la Jufiice 
» ordonna de renverfer les maifons fur 
» tous les corps pour leur fervir de fe- 
» pulture. Les Indiens appelèrent ce 



de la Petite Vérole. 119 
» mal buy-caval, c'eft-à-dire la le- 
» pre univerfelle , depuis laquelle ils 
» commencèrent à compter leurs an- 
» nées. 'Il me femble qu'ils payèrent 
» bien crfer les maux vénériens qu'ils 
» nous avoient donnés.» (a) L'Auteur 

la) Cuefta efta guerra muchos dineros a 
Diego Velazquez, fahonra y un ojo a Pam- 
philo de Narvaez. , y muchas vidas de Indios 
que murieron , non a fierro , fi no de dolen- 
cia. Y fue que como la gente de Narvaez. falio 
atierra, falio tambien un Negro con viruelas : 
el quai las pego en la cafa que lo tenian in 
Zempoalam y Luego de un Indio a otro. Y co- 
mo eran muchos , dormian y comianjuntos , 
efpaxcieron en vriebe tiempo que portoda 
aquellatierra anduvieron matando. En las mas 
cafas morian todos y en muchos, la mitad ; que 
como era nueva enfermedad para ellos, y 
accoftumbravan banârfe a todos maies banâ- 
venfe con ellas. Y tenian y aun tienen por 
coftumbre , o vicio entrar en banos frios , fa- 
liendo de calientes , & por maravilla efcapa- 
vafeun hombreque lastuvieffe. Ylos que fali- 
van vivos qnedaron quedavan detalfuerte por 
averfe rafcado que efpantavan alos otros con 
los muchos , y grandes oyos que fe les hizieron 
en las caras , manos y cuerpo. Sobre vino las 
ambre. Y no tanto de pan como de harina : 
porque como ni tenian molinos ni a la hona 
no hazen otro las mugeres fino moler fu gra- 
bo de çentli entre dos piedras. Y cozer laye* 



730 Histoire 

Efpagnol finit ici par une réflexion qui 
me paroit très-déplacée. Au lieu de les 
plaindre, il iemble les inlulter. Qu'a- 
voient fait aux Espagnols ces milera- 
bles Indiens tranquilles dans leurs pays? 
On ne fe rappellera jamais qu'avec 
horreur ce tems de défolation ; & nous 
aurions épargné même au Le£teur la 
vue d'un tableau auffi effrayant , s'il 
n'étoit néceflaire de rappeler aux hom- 
mes une vérité qu'on leur cache tous 
les jours, lorfqu'on leur dit que la pe- 
tite vérole exifte de tout tems & parmi 
tous les hommes. Faudra t-il toujours 
les tromper en leur perfuadant qu'il eft 
bon de prendre la petite vérole ? Faut- 
il fe faire éternellement illufion fur 

ion pues malas las viruetas. Y falto el pan y 
pereîcieron muchos de hambre. Vedian tanto 
los cuerpos muertos que nadie les queria en- 
terrar. Y con eflb egavan llnas las calles. Y 
porqueno los echallen en ellas diz que derri- 
bava la Juftiiia fas cafas fôbre los muertos , 
Ztamaro los Indios a efte mal Buy aval-, 
que fuena !a gran lepra délia que como de 
cofa muy fenalada , contavan defpues ellos 
fus ânos. Parefce me que pagaron aque las 
buvasque pegaron alosnuoftros. Lope^de Go. 
mara , cenquifta de Mexico, fol. 59, en Mé- 
dina d«l Campo. 1553. 



de la Petite Vérole. 131 
une maladie auffi grave ; fe tromper 6c 
tromper tous les jours les autres fur 
les moyens de fe garrantir d'un mal 
nouveau &c contagieux , qu'il n'eft pas 
plus néceflaire de contracter qu'il eft 
effentiel d'avoir un jour la perte ? doit- 
on un tribut à la petite vérole , plutôt 
qu'à tout autre maladie ? Si nous le 
payons tous les jours , ce n'eft que par 
notre faute : c'eft parce qu'on n'a ja- 
mais pris aucune efpece de précau- 
tions ; c'eft parce qu'on a faufTement 
cru qu'il y avoit un germe , & par con- 
séquent qu'elle étoit inévitable ; ce qui 
eft encore plus faux. 

Antonio de Herrera remarque que 
la principale caufe de cette grande 
mortalité parmi l«s Indiens , fut la ma- 
nière dont ils s'y prirent pour fe gué- 
rir de cette maladie. Les Américains 
étoient depuis longtems dans l'habitude 
de fe baigner deux fois le jour pour 
des raifons de fanté. Au fortir d'un 
bain chaud , ils fe mettoient dans l'eau 
froide. L'impreflion fubite de l'eau 
froide étoit bien capable d'empêcher 
l'éruption de la petite vérole , ou de 
la faire rentrer : car s'ils fe fuffent con- 
remés d'un bain chaud , ce fecours leur 



IJ1 H I S T O ï R E 

eut été plus falutaire, comme plufieurs 
obfervations l'ont fait connoître : ou 
bien fi au fortir d'un bain froid ils 
étoient entrés dans un bain tiède ou 
chaud , ils auroient obtenu un très bon 
effet de cette méthode ; mais malheu- 
reufement ils en fuivirent une toute 
oppofée , & il en mourut une infinité. 
Hélas ! ils ne favoient ce qu'ils fai- 
foient , ne connoiffant point la petite 
vérole , ni la manière de la traiter, ils 
ne cherchoient qu'à fe rafraîchir dans 
une maladie qui , aidée de la chaleur 
du climat , les embrafoit & ne leur 
donnoit que le tems de fe précipiter 
dans l'eau froide : effet cruel & incen- 
diaire de cette maladie , qui prouve 
combien elle eft redoutable , puifque , 
fans troubler , quelquefois , la raifon, 
elle dérange la nature au point que 
celle-ci nous trompe , & nous fait choi- 
fir un remède contraire à la guérifon ; 
ce qui n'arrive que dans quelques ma- 
ladies formidables , telles que l'hydro- 
phobie &: le délire , où la nature eft 
en défaut. 

La petite vérole s'étendit en peu de 
jours dans la nouvelle Efpagne , 6c le 
Roi d' ' Hafta-Palapa , Prince Américain, 



de la Petite Vérole. 13 y 
frère du Grand Monte^uma , vaincu 
par Cortez , mourut de cette maladie 
trois mois après la mort de ce puiffant 
Monarque auquel il avoit fuccedé dans 
la ville de Tmuflitan (a). Tout fuccom. 
boit à la violence du mal qui n'a jamais 
refpeûé les têtes couronnées. Appor- 
tée chez les Américains par leurs vain- 
queurs , la petite vérole s'étendit auffi 
loin que leurs armes ; 6c tout le mexi- 
que ayant été fournis , cette maladie 
y fut établie plutôt que fes conqué- 
rans : c'eft ainfi que les Efpagnols mi- 
rent le comble aux malheurs des Amé- 
ricains, dont il faccageoient le pays. 
Auri façra faims. Les Indiens épou- 
vantés par les Efpagnols, qui, las de les 
tuer , leurs envoyoient des dogues pour 
les dévorer , cherchoient un azile dans 
les bois ; mais ils avoient reçu le poi- 
fon , & le repandoient jufques dans les 
déferts où ils rencontroint leurs com- 
pagnons épars. La petite vérole eut 
bientôt fait des progrès rapides dans 
un climat brûlant ; mais elle n'étoit 
encore qu'au milieu de l'Amérique , &C 
fes deux extrémités ; le Nord &t le 

( a) Pierre Martyr. Decad. 5. fol. 77. 
I 



i34 Histoire 

Midi étoient à l'abri de (es attaques. 
Elle ne parla pas dans cette première 
irruption Liftme de Panama , & les ha- 
bitans du Pérou, du Brefil , du Paraguai 
&c. la connurent que longtems après 
les Mexicains. Les habitans du nord , 
ceux qui font fur les bords du Miffi- 
pipi , les Canadiens , les Hurons , &c. 
peuples Sauvages , défendoient à tous 
les hommes l'entrée de leur pays 
&C fe mettoient ainfi à l'abri de tous 
nos maux. C'étoitle peuple le plus ro- 
buftede l'Univers; jamais maladie pe- 
stilentielle n'avoit pénétrée chez eux. 
Et comme il n'avoient point de maux, 
par une conféquence naturelle , ils n'a- 
voient point de Médecins , & dans le 
feizieme fiecle , ils ne connoiffoient 
point encore la petite vérole. 

Siècle XVII. 

Au commencement du dixfeptieme 
fiecle , la petite vérole n'étoit connue 
que dans le Mexique & quelques Mes 
d'Amérique. Tout le nord &c la plus 
grande partie du midi étoit encore 
à l'abri de ce fléau ; mais les Anglois 



de la Petite Vérole. 155 
s'étant établis dans la partie Septen- 
trionale, y apportèrent la petite vérole 
au commencement de ce iîecle : elle 
parut après l'arrivée d'un vaiffeau An- 
glois qui en étoit infecté ; dabord dans 
le Mariland (a) , d'où elle fe repandit 
en peu de tems dans la Virginie , la 
Caroline, la Nouvelle Angleterre, &c. 
La 'douleur de ces Sauvages fut égale 
à celle des Mexicains , lorfqu'il fe vi- 
rent frappés d'une maladie afTreufe &C 
peftilentielle ; &c elle n'a pas peu con- 
tribué à changer la conftitution natu- 
relle de ce peuple. Ilsétoient tous d'une 
complexion faine & robufte 5 & ils 
n'ont connu la plupart de nos maladies 
(dit (b) l'Auteur de l'Hiltoire générale 
des voyages ) « que depuis qu'ils nous 
» ont fréquentés. Ils ne connoifloient 
» point la petite vérole, lorfqu'ils l'ont 
» reçue de nous. » On ignore û cette 
maladie fit dans le nord de l'Amérique 
des progrès anfîi rapides que dans la 
nouvelle Efpagne ; mais l'on eft affuré 
que ce font les Anglois qui l'ont intro- 

( a ) Mart. Lifter , De variolis exercitat. Sa. 
pag. zéf. 

(b) Vol. J7- pag. 183. &Vol. 5 5. p. 319. 



136 Histoire 
duite les premiers parmi les Indiens de 
l'Amérique Septentrionale. Quant à la 
partie méridionale, les habitans du B&- 
fil ne connurent que fort tard la petite 
vérole. Elle y étoit à peine connue du 
tems de Guillaume Pifon qui y faifoit 
la Médecine en 1643. B dit, 00 dans 
fon Hiftoire naturelle des Indes , que 
la petite vérole qui fe renouvelle deux 
fois l'année en Egypte eft inconnue 
parmi les enfans duBrefil; & qu'une 
fois feulement dans l'efpace de trente 
ans , des efclaves Nègres qu'on y avoit 
emmenés y infeôerent leurs compa- 
gnons de cette maladie , dont il en mou- 
rut un grand nombre. Lorfque Pifon 
obfervoitce peuple il étoit fain; on n'y 
connoiffoit , ni pefte , ni petite vérole. 
Le portrait qu'il nous fait des Brefiliens 
eft tout à leur avantage : C'eft le peu- 
ple , dit-il , le plus doux de l'univers: 
ces Indiens font toujours gais , enjoués; 
outre l'avantage d'une longue vie qu'ils 
connoiflent , (car ils vivent plus de 
cent ans ) ils font fujets à très peu de 
maux : contents des biens que la terre 
leur offre , ils dédaignent ceux que le 
luxe a imaginé parmi les autres hom- 
( a ) Guill. Pifon, Jnditg utriufq. natur. p. 10 

mes* 



de la Petite Vérole. 137 
mes ; ils étoient heureux avant nos 
découvertes ; mais depuis qu'ils con- 
noiffent nos maladies & nos vices , on 
a obfervé que ce peuple a dégénéré. 

La petite vérole n'étoit pas encore 
répandue dans le Pérou , dans le dix- 
feptieme liecle. (<î) Lait ck (/>) Marc- 
grave , qui y étoient au commencement 
de ce même fiecle , n'en font nulle 
mention dans leurs écrits , quoiqu'ils 
parlent des maladies qu'on y obferve. 
Coreal (V , qui y voyageoit en 1670 , 
èi. qui y fit un long féjour , nous a laif- 
fé la defcription de tous les maux aux- 
quels les Péruviens font iujets : il parle 
d'une forte de fièvre maligne , particu- 
lière aux habitans de Lima , ck qu'on 
appelle Chapetonada : d'une maladie 
des nerfs , ou fpafme où tous les mem- 
bres fe roidiffent ; du Vicho , ou mal 
de la vallée , qui eft une gangrène' au 
reâum , fuivant M. de Juffieu , mala- 
die particulière aux Péruviens. Il parle 

( a ) Voy. Lait. Defcription des Indes , &c. 

( b ) Alarcgraie , à la fuite de l'Hiftoire de 
Quill Pifon. AmJI. 1618. 

( a Voyage de F. Coreal aux Indes Oc- 
cident. Tom. I, 

Tom. I, M 



■i}8 Histoire 
encore de la morfure du ferpent à fon- 
nettes , qui fait mourir en moins dune 
demi-heure dans les convulfions ; des 
maux vénériens qui y font très-com- 
muns ; enfin de toutes leurs maladies : 
il n'eft point du tout quelïion de pe- 
tite vérole : mais elle y a été obfervée 
par les voyageurs modernes , & en 
1728& 172.9 , un Miflionnaire Carme, 
des environs du Para dans la Guïane , 
qui ne connoilToit l'innoculation que 
par la gazette , s'avifa de la pratiquer 
îur des Indiens , ce qui fuppofe qu'elle 
étoit déjà répandue parmi eux. A fou 
exemple , un autre Millionnaire des 
bords de Rio Ncgro , fit la même cho- 
ie. Et M. de la Condamine , en obfer- 
vateur éclairé , nous fait remarquer 
qu'au Para cette maladie elt encore 
plus funefte aux Indiens des Millions 
nouvellement tirés des bois , & qui 
vont nuds , qu'à ceux qui vivent 
depuis long-tems avec les Portugais , 
& qui portent des habits. Les pre- 
miers , auffi fouvent fur l'eau que fur 
terre , endurcis depuis long - tems 
aux injures de l'air , ont peut-être, 
dit- il , la peau plus compacte que celle 
des autres hommes , & cette feule rai- 



de la Petite Vérole. 13g 

fon efl: bien capable de rendre pour 
eux l'éruption plus difficile. D ailleurs 
l'habitude où ils l'ont de fe frotter le 
corps de Roucou , de Gznïppa , & de 
diverfes huiles grafies , peut encore au- 
gmenter la difficulté : ce qui eft très- 
vraifemblable. 

Nous venons de voir "de quelle ma- 
nière cette affreufe maladie fut tranf- 
plantée &C fixée en Amérique . dont 
elle n'a pas encore parcouru toutes les 
parties , telles que quelques portions 
du nord , & les terres magellaniques. 
Il n'y a pas long-tems qifelle'cft connue 
dans le Paraguai Se le Chylï ; & nous 
apprenons par une relation des Mif- 
iionnaires dans le Paraguai , qu'elle fait 
autant de ravage dans les peuplades 
Indiennes , qu'en fait parmi nous la 
pefte (a). Parcourons les autres parties 
du monde. 

(.?)Voy. la Relation des Miffions du Para- 
guai , traduite de l'Italien àzM Muratori.p.y<j, 



M 



140 H I S TO IRE 

ARTCLE VIL 

Etat de l'Asie , l'Afrique et 
l'Europe , par rapport a la 
petite vérole , dans les 
XVII et XVIII Siècles. 



O 1 un Voyageur eut parcouru ces 
trois parties du monde , dans le dix- 
feptieme fieclc , &C qu'il eut fait un 
mémoire fidèle de toutes les maladies 
qu'on obferve chez les différens peu- 
ples qui y font répandus , il auroit été 
fort étonné de voir la petite vérole 
chez les uns , tandis que chez d'autres 
on ignoroit encore jufqu'à fon nom. Il 
auroit fait fans doute une de ces deux 
réflexions : ou il faut, auroit-il dit, 
que cette maladie foit propre , parti- 
culière à certains peuples, à certains 
climats exclufivement ; ou bien , fi 
tous les hommes peuvent en être égale- 
ment affe&és , il faut qu'elle foit nou- 
velle , pufqu'elle n'eft pas encore ré; 



ce la Petite Vérole. 141 
pandue par-tout. Si à l'une de ces ré- 
flexions il eût ajouté l'envie de décou- 
vrir fon origine , qu'il fût remonté à 
fa fource , & qu'il l'eût enfuite fuivie 
dans fa marche , il fe feroit convaincu 
que la petite vérole , fortie d'Egypte , 
ne s'eit répandue qu'autant que les hom- 
mes fe font eux-mêmes répandus ; & 
que les pays les plus impraticables , les 
plus éloignés de ceux qui en étoient 
d'abord infectés ; les plus féparés du 
commerce des autres nations par de 
vaftes mers , des déferts inabordables , 
ou d'autres obftacles qui avoient paru 
jufqu'alors infurmontables ; les pays 
les plus perdus , les plus reculés , les 
derniers découverts ; enfin les plus 
tranquilles &c les moins expofés à des 
révolutions , étoient ceux qui avoient 
été attaqués les derniers de la petite 
vérole. La découverte de cette vérité 
l'auroit conduit naturellement à une 
autre encore plus frappante ; & il au- 
roit dit : puifque cette maladie a fuivi 
le mouvement des hommes qui en fu- 
rent d'abord attaqués , il faut néceffai- 
rement qu'elle ak marché avec eux on 
avec les êtres matériels qui les fui- 
yoient j, û elle n'a marché qu'avec 



i4i Histoire 

eux , la petite vérole ne vient donc 
pas de l'air. C'eft donc une maladie 
nouvelle , contagieufe , qui s'eft com- 
muniquée d'un homme à l'autre., puif- 
que c'eft en fe communiquant entre eux 
qu'elle s'cft répandue , &£ quêtons les 
peuples avec le/quels on n'a pu com- 
muniquer depuis l'exiftence de cette 
maladie , ignorent ce que c'eft que la 
petite vérole. Cette connoifiance une 
fois acquife , & fes propres yeux l'a- 
yant convaincu qu'il y a encore des 
pays dans le monde où l'on n'a jamais 
connu la petite vérole, & qu'un Inno- 
culateur peut la faire naître à fon gré 
dans tous les pays où il va , il auroit 
dit: cette maladie eft donc fufceptible 
d'être renouvellée , de naître d'elle- 
même : elle laiffc donc après elle une 
femence qui s'attache, comme il l'eut 
vu tous les jours, fur le linge , les foies, 
&c. qu'on coçièrve dans une boëte , 
& qui a la vertu de reffufciter la mala- 
die même après plufieurs mois : donc , 
auroit-il dit , quand je cherchois les 
caufes qui renouvelloient la petite vé- 
role , j'ai eu tort de courir après une 
chymère , après la féchereffe ou l'hu- 
midité de l'atmofphere , après un ger- 



be la Petite Vérole. 145 
ne Sic. Et fi cet homme que nous fai- 
sons parler ainfi , eut été un peu plus 
curieux , il auroit découvert les voyes, 
les moyens de communication qui trans- 
portent la petite vérole d'un climat à 
l'autre ; qui la renouvellent dans les 
villes. Planeurs obfervations l'auroient 
convaincu que la femence de la petite 
vérole , qui confifte dans le pus &£ les 
croûtes , peut s'attacher , s'imbiber 
fur les étoffes , le linge , les habits , 
les métaux , &c. & qu'ayant refté 
quelque tems dans cet état fans s'alté- 
rer , cette femence peut faire renaître 
la petite vérole r même au bout de dix 
mois : alors il fe feroit attaché fur-tout 
à découvrir les véritables véhicules qui 
confervent ainfi la petite vérole , &c 
la tranfmettent, fous cette forme, d'un 
climat à l'autre , d'un peuple à l'autre , 
d'un fiecle à l'autre : s'il l'eut bien cher- 
chée , il l'auioit trouvée dans le 
linge , dans le lit , fur l'habit , fur 
la peau d'un malade , dans la boëre 
d'un Inoculateur : & il n'auroit pas per- 
du fon tems à la chercher ailleurs , 
comme on fait depuis qu'on la cherche 
dans l'air , dans l'atmofphere , &c. Il 
auroit épargné bien des foins , bien 



144 Histoire 

des veilles , & bien des argumens pour 
& contre l'inoculation ; tous ces vains 
calculs où l'on s'eft égaré : & la con- 
noiffance de toutes ces vérités , l'auroit 
enfin conduit à cette conclusion : donc 
fi je veux me délivrer de la petite vé- 
role , je dois éviter la contagion non- 
feulement de celui qui en eft atteint , 
mais de tout ce qu'il a manié ; donc on 
doit empêcher de la faire renaître ; 
donc on doit prendre quelques pré- 
cautions fi l'on veut s'en garantir , &C 
eflayer au moins une fois d'en prendre, 
puifqu'on n'en a jamais pris. Cet hom- 
me , qui auroit ainfi raifonné dans le 
dix-feptieme fiecle , auroit' peut-être 
fauve la vie à un million de particuliers; 
fi dans le tems qu'on auroit vu naître 
la petite vérole dans une ville , dans 
une famille , on en eut cherché la cau- 
fe ;.&. fi le premier qui en étoit atta- 
qué eut été féparé des autres , ou 
qu'on l'eut, empêché de répandre fon 
venin fur fes frères, fur fes parents, fur 
fes amis. Mais toutes les recherches & 
les travaux utiles de ce voyageur , 
n'auroient encore fervi qu'à ramener 
les hommes à un principe fimple & na- 
turel ? qui dit : fuis un galeux &c tout 

ce 



de la Petite Vérole. 14c 
Ce qu'il touche , fi tu veux éviter la 
galle ; fi la brebis eft gâtée , fépare là 
du troupeau ; fi un de tes enfans a la 
petite vérole , empêche-là de fe ré- 
pandre ; fi tu veux préferver les autres , 
éloigne-les de la contagion. Si cet hom- 
me pénétré de toutes ces vérités , eut 
eu l'éloquence qui nous manque, ilau- 
roit perfuadé les hommes civiliiés , en 
leur difant : puifque vous êtes des Etres 
doués d'une nature excellente , puif- 
que vous êtes aujourd hui fi éclairés , 
imaginez quelques précautions pour 
vous délivrer tout-à-fait d'une maladie 
qui ne vous frappe que par votre fau- 
te , & n'employez pas un moyen tout 
contraire , celui de la renouveller fans 
cefle , & de la rendre éternelle. Il 
leur auroit encore dit : un peuple que 
vous appeliez flupide , arrêta un jour 
la petite vérole qu'on leur avoit appor- 
té de plus de mille lieues : 6c s'adreffant 
aux François : vous avez arrêtés la 
pefte de Marfeille , que devez-vous fai- 
re aujourd'hui ? De quelle manière 
devez-vous traiter la petite vérole ? 
Nous nous difpenferions fouvent de fa- 
tiguer le Le&eur par une répétition 
Continuelle des mêmes principes , fi) 
Tome I, N 



?4<î Histoire 
cette affaire n'étoit pas d'une auflï gran- 
de importance , & ii la vie des hom- 
mes n'en dépendoit pas ; elle eft fi 
précieufe qu'on ne fauroit trop leur 
répéter qu'il eft de leur intérêt de n'a- 
voir pas la petite vérole ; & qu'il eft , 
on ne peut pas plus effentiel , de ne 
pas fe tromper fur le genre de précau- 
tions qu'on doit employer pour s'en 
délivrer. Mais reprenons la marche 
de la petite vérole dans le monde. 

Afu. 

L'Arabie , la Perfe , la Circaffie , la 
Géorgie, prefque tout le vafte Empire 
du Mogol, la Tartane , la Chine, le 
Royaume de Tonquin , celui de Siam , 
&c. tout étoit infefté de la petite vé- 
role dans le dix-feptieme fiecle. (a) Ba- 
ron l'obfervoit dans le Royaume de 
Tonquin en 1685 , où elle étoit déjà 
commune. Les Jéfuites , fur-tout le 
Père (P) d'Entrecolles , l'obfervoient 
en Chine , où on étoit dans l'habitu- 

(a) Voye^ Baron & l'Hift. génér. des Voy 
Vpl. 33. pag. 288. 

(b) Lettres édifiantes Se curieufes des MifU 
XX> Recueil pag. 304. 



de la Petite Vérole. t$ 

de , depuis long - tems , de la don- 
ner aux enfants en l'introduifant par le 
nez ; ce que les Chinois appellent avec 
vzrfon Je mer la petite vérole : pratique 
funefte d'un peuple fuperftitieux, qu'on 
n'auroit jamais dû fuivre , &C dont les 
Chinois font tous les jours la dupe ; 
mais malgré fes inconvéniens , la mé- 
thode Chinoife n'a pas ceux de la nô- 
tre , en ce qu'elle ne fait aucune in- 
cifion : nous aurons occafion d'en par- 
ler plus bas , &c on verra le cas qu'on 
doit faire de l'une & de l'autre. 

La Loubere (a) , dans le même fiecle, 
étoit au Royaume deSiam , & il nous 
fait obferver que les Siamois , qui font 
dans l'habitude de brûler les morts, en- 
terrent pour quelque tems ceux qui ont 
péri de la petite vérole , parce qu'ils 
ont remarqué que les cadavres qu'on 
brûloit trop-tôt , renouvelloient les 
épidémies ; mais comme ilsobfervent 
réligieufement cette pratique, & qu'ils 
ne refufent jamais ce dernier honneur 
aux morts ; ils ne déterrent ces cada- 
vres pour les brûler , qu'après des an- 
nées entières , pour les raifons que 

( a) La Loubere. Relation du voy. de Siaai. 

Ni) 



548 Histoire 

nous venons dédire. Les obfervatïons 
faites en Europe , font conformes à 
celles des Siamois fur cette maladie. 
Non feulement on a obfervé que les 
cadavres couverts de petite vérole, la 
communiquent à ceux qui les touchent 
quelque tems après la mort (a); mais 
encore la petite vérole qui n'avoit pas 
fait éruption avant la mort , fort quel- 
quefois fur le cadavre quelques jours 
après , fur-tout dans un endroit chaud. 
Preuve évidente que la nature contri- 
bue bien peu à l'éruption , puifqu'elle 
fe fait fans fon fecours , fur un corps 
glacé , déorganifé : ce qui fuppofe un 
être acfif qui agit indépendamment de 
fes efforts & de la circulation. Cette 
obfervation eft précieufe , elle fert 
non- feulement à jetter du jour fur la 
nature peu connue du virus variolique , 
qu'on ne fauroit confiderer comme un 
être pafïif ; mais elle éclaire le traiter 
ment de la maladie , dont tout l'art ne 
çonfifte qu'à déterminer heureufement 
cette, éruption à toute la furface du 

(a) Voy. Chriftoph. Cachet , vrai & afluré 
préfervatif de la petite Vérole. Obfervat. 6, 
à Tçul. 1617 



Ce la Petite Vérole. 14$ 

eorps, non par des remèdes incendiai- 
res ,. nain frigus interne, calor externe : 
mais en donnant à la peau un état de 
relâchement & de chaleur propre à la 
recevoir &C à la favorifer ; & tout 
Médecin qui perd de vue l'état de la 
peau, agit toujours à tâtons dans cette 
maladie. Il a beau donner des remèdes 
intérieurement , froids ou chauds , fi 
la peaun'eft pas préparée , il ne retire 
aucun fruit de tous fes fecours. Le 
froid du Nord, qui empêche quelque- 
fois l'éruption , les lavages & les bains 
chauds qui l'ont toujours favorifée , 
une infinité d'obfervations qu'il n'eft 
pas encore tems d'alléguer : enfin le 
bain de vapeurs , employé fi heureufe- 
ment par Rhasès , font déjà des garans 
aflurés du triomphe de cette pratique. 

La petite vérole étoit connue dans 
ce même fiecle , dans le Japon , où 
(a) Kœmpfer , qui y voyageoit alors, 
en a obfervé trois efpeces. 

Les voyageurs remarquent que les 
Tartares Calmouks font le peuple de 
l'Univers qui en eft le plus marqué , 

(a) Engetbert Kampfer. Hiftoire naturelle 
du Japon. Tom. I. p. 172. 

N U) 



iço Histoire 

foit que le tiffu de leur peau y contri- 
bue , ou que leur manière de vivre & 
de fe nourrir la rende plus abondante 
& plus meurtrière. Elle fait peu de ra- 
vages en Perfe , & y règne même peu 
fouvent, ainfi que la perle. Chardin en 
attribue la caufe à la falubrité du pays 
& à la fécherefîe de l'air : mais la prin- 
cipale raifon , c'eft l'habitude où font 
les Perfes de fe baigner fouvent; par 
ce moyen ils entretiennent leur peau 
dans une propreté qui ne peufêtre que 
falutaire pour le corps ; d'ailleurs les 
parfums qu'ils employent -dans leurs 
bains , peuvent encore contribuer à 
éloigner cette maladie , & à la ren- 
dre moins fréquente. Les Géorgiens , 
les Circaffiens y font toujours expo- 
fés , parce qu'ils la renouvellent fans 
ceffe aumoyen de l'inoculation. 

Quoique répandue dans prefque tout 
le continent d'Afiç , la petite Vérole ne 
pénétra que fort tard dans la Prefqu'île 
en deçà du Gange ; & les habitans de la 
côte de Malabar & de Coromandel en 
furent à l'abri jufqu'au dixfeptieme fie- 
cle. Soit que ces habitans s'en fuffent 
préfervés par le peu de commerce 
qu'ils avoient avec les autres Indiens , 



toË la Petite Verolè. i y i 
foit que la plupart fauvages & gouver- 
nes par des chefs particuliers, ils euf- 
fent détendu l'entrée de leur pays aux 
autres peuples crainte d'être fubjugués , 
foit enfin que les circonftances du tems 
leureiiffent été favorables, il n'eft pas 
moins vrai que les voyageurs s'expli- 
quent clairement là-deflùs,& difent que 
depuis que cette maladie y a pénétré , 
elle y fait des ravages étonnans. Les 
différentes relations fur la découverte 
des Indes Orientales, ne nous appren- 
nent rien fur cette maladie , depuis la 
prife de Goa en 1510. par les Portu- 
gais , jufqu'à la fin du feizieme fiecle ; 
& (a) Hugon qui étoit dans cette mê- 
me Ville en t 584 , nous dit pofitive- 
inent que (es habitans ne connoiffent 
ni pefte ni petite vérole. Maffée , 
Mendez Pinto , Thevenot , Tavernier , 
Ovington , Knox , Carreri , Mendo- 
za , Texeira , Davity , Rocoles , tous 
écrivains ou voyageurs du dix-feptieme 
fiecle , gardent un profond filence fur 
cette maladie , par rapport aux Indes 
Orientales. Elle n'y parvint qu'à la fia 

(a) Navigatioac iùntrariurn J. Hugon. cap, 
34. Hagm 1599. 



151 Histoire 
du dix-feptieme fiecle , & elle y fitt 
apportée par les Hollandois qui en 
avoient chaffés depuis long-tems les 
Portugais. Tous les Ecrivains s'accor- 
dent fur ce fait , & (a) Jean Otton 
Hdbioius qui étoit aux Indes en 1678 , 
nous dit qu'avant l'arrivée des Hollan- 
dois , on n'y connoiflbit ni rougeole- 
ni petite vérole , & que depuis quatre 
ans . elle y fait périr un grand nombre 
d'habitans. On trouve dans FHiJloire (F) 
de la Mijfîon Dano : fe dans les Indes , 
depuis 1705 jufquen 1736 , que cette 
maladie a fi bien pris fur toute la côte 
de Malabar , qu'elle y fait des ravages 
épouvantables , &C qu'on n'en eft pas 
quitte pour l'avoir eue une fois ; mais 
qu'elle revient jufqu'à cinq fois à la mê* 
me perfonne. M. Âftruc (c) nous certi- 
fie encore que les Hollandois l'ont por- 
tée aux Indes Orientales ; & que de 
cette manière elle s'eft établie dans tout 
le continent d'Afie. 

(a) Ephémerides de l'Acad. des curieux. 
Dec. I. an. 9. 10. 1618 & 1619. 

(4) Hiftoire de la Million Dannoife , clans 
les Indes Orientales. Tom. I. pag. 42. 

(c) Aflruc. Traité des maladies des Femmes- 
Tom. IV. pag. 177. 



t>E la Petite Vérole. 153 
Si la petite vérole eft une maladie 
toute nouvelle pour les Indes Orien- 
tales , à plus forte raifon l'eft-elle pour 
les Ifles qui font fur la mer des Indes , 
c'eft- à-dire Y/Jle de Ceylan , les Maldi- 
ves , les JJles de la Sonde , les Philip- 
pines , & les Moluques. Lorfque Vafco 
de Gama à la tête des Portugais d'un 
côté (a) , & le fameux Magellan à la 
tête des Efpagnols de l'autre , firent le 
tour du monde , & découvrirent ces 
Mes à la fin du cinquième fiecle , ck au 
commencement du feizieme ; ils y 
trouvèrent des hommes que des mers 
immenfes féparoient des autres habi- 
tans du monde , & mettoient à l'abri 
de la contagion de tous leurs maux : 
des peuples qui fujets à plufieurs mala- 
dies , ne connoifl'oient point les plus 
formidables , telles que la pefte & la 
petite vérole , originaires d'Afrique ; 
ni le mal vénérien , originaire d'Amé- 

(a) VafcodeGama partit d'Europe en i497> 
à la tête d'une flotte Portuoaife , pour aller à 
la découverte denouveaux pays; il doubla le 
Cap dé Bonne- Efpérance & parvint aux Mes 
Orientales. Magellan partit d'Amérique en 
1 ■; 1 1 , en fit le tour & parvint aux mêmes 
Mes. 



154 Hi s ï cire 
rique , que les haoïtans de 1'ïfle Timor 
appellent encore , mal de Portugal , 
pour fe fbuvenir de la nation qui le 
leur a communiqué. 

Les Portugais ayant fait la décou- 
verte de l'Ifle de Ctylan (a) en 1 506 , 
s'y établirent, &: eurent letems d'ob- 
ferver fes habitans , ainfi que leurs 
maladies. Ils nous difent dans leurs re- 
lations , que Chinguloisétoientexpo- 
fés à très-peu de maux ; qu'ils vivoient 
plus de cent ans, Ô£ que leurs infirmités 
nereffembloient à aucune des nôtres. 
Les Portugais , dans leur féjour, ne 
leur donnèrent nipefte ni petite véro- 
le ; mais les Hollandois , qui s'en ren- 
dirent maîtres en i6ox , leur ont com- 
muniqué depuis la dernière (b). Nous 
en ignorons l'époque , mais tous les 
Auteurs s'accordent fur ce fait. 

Les autres Mes répandues çà & là , 
dans la vafle mer des Indes , éprouvè- 
rent plus ou moins tard les effets de la 
contagion ; les eaux qui les environ- 

(a, Voy. Mandefto , dans le fécond Tome 
d'Oréarius. 

(a) Voy. Aftruc, Traité des maladies des 
Femmes. Tom. IV. pag. 1 77. 



de la Petite Vérole. 155 
rient furent de foibles barrières pour 
cette maladie ; depuis qu'on s'étoit ag- 
guerri aux dangers , on lui faifoit fran- 
chir les mers & on la communiquoit 
d'un bout du monde à l'autre. Ce ne 
fut que dans le dix-feptieme fiecle que 
la petite vérole parvint aux Ifles (a) 
de la Sonde Moluques & Philippines. 
Bontius , Médecin Hollandois, qui étoit 
à Tille de Java en 163,1 , nous a laifle 
une defcription exacte de tous les maux 
auxquels ces différenslnfula:res font fu- 
jets. Il nous parle de l'Idlere des Indiens 
diens ou fièvre jaune ; d'une forte de pa- 
ralyfie , qu'ils appellent béribéri ; des 
fièvres qu'on attribue à l'odeur que 
jette le fantal , lorfqu'on Je cou- 
pe ; d'un éblouifTement qui attaque 
les Navigateurs , Iorfqu'ils appro- 
chent des Moluques , & qui les rend 
quelquefois aveugles. Il fait mention 
encore d'une gale rongeante & conta- 
gieufe qui dégénère en lèpre , & qui 
reflemble par quelques fymptômes aux 
maux vénériens ; ce qui a donné lieu 
à quelques Auteurs de dire qu'ils ne 
venoient pas d'Amérique ; mais Bon- 
tius & tous les voyageurs , détruifent 
(a) J. Bonùi Medicina lndorum, Par. 1646. 



156 Histoire 

cette opinion'. Cette gale qui fe cortt* 
mimique au moindre contait , eft par- 1 
ticuliere aux habitans des ivloluques i 
fur-tout à ceux de l'Ifle à'Amboine. 
Pendant le long féjour que Bontius fit 
dans ces lues , il n'obferva ni pefte 
ni petite vérole ; & un jour ayant 
été témoin &C attaqué lui-même d'une 
maladie peftilentielle , à la fuite du fié- 
ge de Batavia , foutenu par les Hollan- 
dois contre trente mille habitans de 
l'Iile , il en attribue la caufe à la cor- 
ruption des eaux , où on avoit lai/Té 
croupir des cadavres. Cette maladie 
lui fournit l'idée d'une petite diflerta- 
tion (a) , où il agite cette queftion ; fa- 
voir : s'il règne parmi les habitans de 
ces lfles , des maladies épidémiques &C 
peftilentielles ? & il conclut que tou- 
tes celles qu'on y obferve , fe réduifent 
à des fièvres ardentes & à la dvflen- 
terie. Bontius connoiflbit la pefte & 
la petite vérole ; mais ces deux maladies 
étoient encore inconnues dans toutes 
ces lfles , dans le tems qu'il y faifoit 
la médecine. Il y a apparence que la 

{a) Utrum morhi epidemici & peftilenti.iks 
ttiam hiç in Indus Qricntaùbus graj/iruur. 



de la Petite Vérole, i 57 
petite vérole , ainfi que la rougeole , 
n'y parvinrent que vers le milieu du 
dix-feptieme fiecle : & (a) Daniel Lu- 
dovic , Médecin du Duc de Saxe-Go- 
tha en 1677 •> rapporte un fait, certi- 
fié par un homme très-digne de foi , 
qui femble fixer l'époque de fa premiè- 
re irruption dans ces Mes. Il dit que 
dans le tems que ce particulier de qui 
il le tient, étoit établi à Batavia où il 
avoit une grande quantité d'efclaves, 
la petite vérole y fut apportée par un 
Européen nouvellement débarqué ; elle 
ie communiqua bientôt à fes Nègres 
dont il en périt un grand nombre. 
Quelques naturels du pays lui ayant fait 
entendre qu'ils s'étonnoient fort qu'une 
maladie qui leur paroiffoit li légère , 
eut fait périr fes nègres , il leur ré- 
pondit qu'il n'a voit rien négligé pour 
les fécourir. Ces înfulairesqui ne foup- 
çonnoient pas toute la malignité de 
cette maladie qu'ils voyoient pour 
la première fois , le prièrent alors de 
les avertir en cas que quelqu'un tom- 
ba malade. La petite vérole ayant at- 

(,i) Voy. CoUeil. Académ. Tom. III- pag.. 
3 3 S. Dijon 1755. 



158 Histoire 

taquée dès le lendemain deux de fes ef- 
claves , ces Indiens plongèrent ce# 
deux malades , malgré la violence de 
la fièvre , dans la rivière la plus pro- 
chaine. Le fécond jour , ils leur firent 
prendre une forte de liqueur faite avec 
du lait aigri , femblable au petit lait 
que nous donnons aux malades; letroi- 
fieme , ils leur firent manger des con- 
combres confits au vinaigre , à peu 
près comme ceux qu'on prépare en 
Europe ; &C le quatrième , injlanu 
eruptione , ils les baignèrent une lècon- 
de fois avec leurs habits dans la riviè- 
re , & les remirent dans leur lit com- 
me la première fois. Par cette métho- 
de , qui eft une pratique générale qu'on 
fuit en Afie & en Afrique , dans le trai- 
tement de plusieurs maladies , & fur- 
tout des femmes en couche , ces nè- 
gres foutinrent {ans peine les divers ac- 
cidens de cette maladie , &C furent 
promptement rétablis. Ce traitement 
fortuit , qui ne réuffiroit pas dans tous 
les pays , a quelque chofe de remar- 
quable : le lait aigri , & les concombres 
confits au vinaigre , font peut-être les 
plus puiffans raffraichifTans qu'on con- 
noifle. Des peuples fitués fous la ligne 



de la Petite Vérole. 159 
ne fauroient employer de meilleurs 
remèdes dans une fièvre aufîî brillante 
que celle de la petite vérole ; & cette 
méthode perfectionnée , feroit appli- 
cable non-feulement à tous ceux qui 
vivent dans des climats ardens , mais 
même aux peuples des régions plus 
tempérées : il n'y a que le bain froid à 
l'inftant de l'éruption, qui feroit dan- 
gereux par-tout , excepté peut-être 
dans ces Mes où l'eau , même des ri- 
vières , tient lieu d'un bain chaud par 
fa chaleur naturelle. Quoiqu'il en foit , 
le vice de cette méthode ne confifte 
que dans le bain froid, fur-tout donné 
à l'inftant de l'éruption , ce qui eft ca- 
pable de l'empêcher ; & c'cft cette mê- 
me méthode qui fit périr un fi grand 
nombre d'Américains , la première fois 
qu'ils fe virent atteints de cette mala- 
die. 

Otton Hdbiglus , qui failoit des ob- 
fervations fur les ïfles Orientales en 
1677 & 78 , nous fait remarquer que 
la rougeole & la petite vérole avoient 
ii bien pris racine dans ces Mes, qu'el- 
les faifoient périr la plus grande par- 
ties des habitans : voici les propres pa- 
roles. « Ayant l'arrivée des Hollandois 



160 Histoire 

»> dans les Mes Orientales , & Auftrales 
» Orientales , les habitans ne connoif- 
» foient ni la rougeole ni la petite vé- 
» rôle ; mais aujourd'hui la rougeole eft 
» fi pernicieufe à ces Infulaires , qu'elle 
» ne fait pas moins de ravage que la 
'■> pefle ( qu'on n'a jamais vu dans les 
» Indes Orientales ). La rougeole de- 
» puis quatre ans , a fait périr la troi- 
» fieme partie des habitans de l'ifle Au- 
» ftrale Orientale de Moa : & c'efl 
» pour cette raifon que les habitans des 
» autres ifles, qui n'ont pas encore eu 
» de commerce avec les Hollandois , 
» en refufent conftamment l'entrée à 
» nos Navigateurs. Le plus fouvent ces 
» maladies , fur-tout la petite vérole , 
» font accompagnées de peripneumo- 
» nie , & fur la fin , vient la dyffen- 
» terie (a). 

Les dernières relations des Ifles & 
des Indes Orientales , nous appren- 
nent que depuis que la petite vérole &C 
la rougeole y régnent , ces deux ma- 
ladies y font devenues deux fléaux forr 
midables pour ce peuple ; & comme 

{a) Voy. Ephémerid. de l'Acad. des Cu- 
rieux de la nature. Dec. I. an. o. 10. 1678. 
1679. Olferv, 194, 

ce. 



de la Petite Vérole. 161 
ce climat eft un des plus chauds qu'il 
y ait au monde, elles s'y répandent avec 
plus de facilité que par tout ailleurs ; 
& lorfqu'une fois elles pénétrent dans 
une ifle , prefque tous les haWitans en 
payent le tribut plufieurs fois. Voila 
pourquoi la plupart nous défendent 
l'entrée de leur pays , & il eut été à 
fouhaiter que les Européens n'enflent 
pas porté leurs conquêtes fi loin : &C 
que tous ces peuples , à nos yeux mi- 
férables , mais contens de leur fort , 
ne nous enflent pas connus. 

Afrique. 

Si on confulte l'Hifloire & les diffé- 
rentes Relations que nous avons fur 
F Afrique , nous trouvons que dans le 
dix-feptieme fiecle la petite vérole s'é- 
toit déjà répandue dans plufieurs de 
fes parties. L'Egypte , la Barbarie , la 
Nubie , l'Abyflinie , (a) l'Ethiopie , la 
Niçritie, & une partie de la Guinée , en 
étoient infeûées. On n'avoit pas encore 
vu in Noir du Royaume de Congo qui 
en fut marqué: on en avpit vu quel, 
ques-uns de la Guinée qui en portoient 
des traces : mais toute la partie qui s'é- 
(j) LudolC, #//?. Mthiop.Lib. IV. Cap. Vit, 
Tome I, O 



l6ï H I S T O I R»E 

tend depuis le Royaume de Congo & 
de Macoco jufqu'à la pointe de l'Afri- 
que , c'eft-à-dire jufqu'au Cap de Bon- 
ne Efpérance , & qui comprend le 
Zamgutbar , toute la Caffrerie , le Mo- 
nomotapa , & toutes les terres qu'oc- 
cupent les Hottentots, &c. étoient en- 
core à l'abri de cette maladie : du moins 
les connoiffances qu'on eut jufqu'alors 
de ces pays , ne nous apprennent rien 
qui y ait aucun rapport : & lorfque les 
Africains portent des marques de la pe- 
tite vérole , il n'y a rien de plus re- 
marquable , fur-tout fi elles font ré- 
centes. La plus faine de toutes ces con- 
trées , c'eft celle qu'habitent les Hot- 
tentots. Ce peuple fe reflentoit aufii de 
la falubrité de fon climat , & les voya- 
geurs (a) nous difent qu'il étoit inouï 
dans le dix-feptieme fiecle , que quel- 
que Hottentot eut jamais eu de mala- 
die de langueur , de fièvre ou de rhu- 
matifme , & qu'on y voyoit des hom- 
mes âgés de plus de cent ans qui n'a- 
voient jamais eu de maladies. Ce lan- 
gage (h) même s'eft foutenu jufqu'ait 

(a) Voy. Boëving. Relation des Hottentots. 
(a) Relation du Cap de Bonne-Efpérance„ 
par Kolbc. Chap. XXIV. pag, 411» 



de la Petite Vérole. i6j 
commencement de ce fiecle. L'air fain 
qu'ils refpirent , joint à leur frugalité 
Se à leur tempérance , avoient fans 
doute prévenu ces incommodités. Mais 
après nos découvertes 6c le commerce 
que nous eûmes avec eux , ils éprou- 
vèrent combien certaines maladies font 
capables d'infeûer les hommes les plus 
fains ck d'altérer leur conftitution. Ce 
fut chez les Hottentots que la petite vé- 
role , maladie qu'ils n'avoient jamais 
connu , leur fut apportée d'Europe. La 
première irruption de cette maladie 
chez ce peuple ,' & la manière dont ils 
s'y prirent pour s'en défendre , ont 
quelque chofe de fi remarquable , & 
nous rendent ce peuple fi intéreflant , 
que le Lecteur ne fera pas fâché qu'on 
lui rappelle en peu de mots la décou- 
verte de ce pays, qu'un terrein m> 
menfe & une mer remplie d'écueils , 
avoient fi long-temps dérobé à la con- 
nohTance de> hommes. 

Avant l'an 1493 , on n'avoit jamais 
entendu parler ni des Hottentots ni du 
Cap de Bonne-Efpérance. Barthdemi 
JDlaz , Amiral Portugais , fut le pre- 
mier qui en fit la découverte , fous le 
règne duRoiJeanll. Roi de PortugaL, 



i64 Histoire 

En 1494 , il lui donna d'abord le nofrf 
de Cap des Tourmens ; mais le Roi le 
changea en celui de Bonne-Efpérance : 
comme pour marquer l'heureux préfa- 
ge qu'il tiroit de cette découverte pour 
celle des Indes Orientales. Barthelemi 
Diaz ne prit pas terre au Cap , il ne fit 
qu'obferver ce pays. L'Amiral Vafca 
de Gama qui, en 1497, fut envoyé 
aux Indes Orientales avec le comman- 
dement de la flotte Portngaife , n'ofa 
pas non plus rifquer une defcente au 
Cap , il ne fit que confirmer les obfer- 
vations de Diaz, &*pafla outre. Le 
premier qui y prit terre, fut Rio d'In- 
fante , qui faifoit le voyage des Indes 
en 1498 ; mais il n'y établit aucun com- 
merce en faveur de ia nation ; il ne 
fit que quelques remarques fur la fitua- 
tion de ce lieu. Le premier qui . ofa y 
faire une defcente , fut Francifco d' J- 
meida , Viceroi du Bréfil , qui faifant 
voile en Portugal , vint à la hauteur 
du Cap , y jetta l'ancre , réfolu de 
tenter fortune : mais ce Viceroi y pé u 
rit dans un. combat , & les Portugais 
n'eurent que le tems de fe fauver dans 
leurs vaifleaux. Depuis ce mauvais, 
luccès j & une féconde tentative que; 



de ix Petite Vérole. ï6j 

les Portugais y firent deux ou trois 
ans après, pour fe venger , il ne paroît 
pas qu'aucun Européen ait mouillé au 
Cap jufqu'à l'an 1600. Ce fut alors 
que les vaifTeaux de la Compagnie des 
Indes Orientales d'Hollande commen- 
cèrent à y toucher , & fe contentèrent 
pendant plufieurs années , d'y prendre 
quelques provifions ; ils y bâtirent un 
petit fort pour s'y mettre à couvert ; 
mais fans communiquer avec les Hot- 
tentots. Ce ne fut qu'en 1648 , où les 
vaifTeaux de la Compagnie Hollandoife 
s'y étant arrêtés., on lit un traité avec les 
Hottentots , par lequel il fut permis aux 
Hollandois de s'y établir. Ils y bâtirent 
un fort en 1651; & c'eft là l'époque de 
l'établiffement des Hollandois au Cap, 
& du commerce qu'on eut avec les 
Hottentots. Dès-lors la communica- 
tion entre le Cap 6c la Hollande de- 
vint plus fréquente , & on y envoya 
d'Europe une petite flote chargée d'ou- 
vriers & d'inftrumens , &C une belle 
troupe de filles qui furent mariées en y 
arrivant. Peu de tems après , un vaif- 
feau Hollandois , fans doute le même 
qui porta la petite vérole aux Indes. 
OrientaivS , étaat arrivé au Cap , on. 



i66 Histoire 

en tira quelques chemifes fales , qui 
aveient fervi à des malades attaqués de 
la petite vérole pendant le voyage. 
Ces chemifes furent livrées à des Hot- 
tentots que les Hollandois employoient 
à toute forte de travaux , pour les la- 
ver ; mais à peine eurent-ils manié ce 
linge , qu'ils gagnèrent la petite véro- 
le. Il en périt d'abord quelques uns ; 
mais les autres employèrent des mo- 
yens fi efficaces , qu'ils furent fe pré- 
server de cette maladie. La manière 
fimplc dont ils s'y prirent , eft une 
conduite puifée dans la nature , qui 
n'a d'autre vice que celui de n'être pas 
plus fouvent employée, & qui doitfer- 
vir de leçon à tous les hommes. Voici 
le paflage où le Doâeur Mead, pour 
prouver que le virus de la petite véro- 
le eft fixe & s'attache au linge , rappor- 
te cet événement remarquable. « Après 
» fa naiffance , dit-il , cette pefte ( la 
» petite vérole ) fe répandit au loin > 
» à mefure que les hommes eurent un 
» commerce plus intime entre eux , & 
» que les arts tant de la guerre que de 
» la paix,eurent rendu leurs liaifons plus 
» intimes & plus fréquentes. Mais cette 
i> maladie prit une nouvelle force dans 



de la Petite Vérole. 1^7 

w les guerres que nous eûmes avec les 
» Sarrafins, fur la fin du onzième & au 
» commencement du douzième fiecle , 
» lorfque les Chrétiens entreprirent la 
» conquête de la Terre-Sainte ; & ce 
» fut là le prix que les Européens rap- 
» portèrent chez eux de tant de pieu- 
» fes expéditions. Dès-lors cette ma- 
» Iadie , qui eft une des plus contagieu- 
» fes , s'établit dans tous les lieux qu'ils 
» habitoient , & dans lefquels elle s'eft 
» toujours maintenue depuis : ce qui 
» n'eft pas étonnant , puifque le pus 
» qui coule des puftules de la petite vé- 
» rôle , refte attaché fur les chemifes, 
» les draps , les habits , &£ devient dans 
» cet état , fans être apperçue , une 
wfemence, un germe de maladie qui 
» doit bientôt pulluler à la première 
» occafion , & fe développer dans les 
» corps de ceux qui ont le malheur de 
» le toucher ; fur-tout û la faifon & la 
» difpofition de l'air qui nous environ- 
»ne, favorifent la contagion & fon 
» développement. Je crois qu'il ne fe- 
» ra pas hors de propos de rapporter 
» ici un feul exemple qui confirme &C 
» met en évidence ce que nous venons 
# de due» Je le tiens d'un homme in- 



i68 Histoire 
» ftruit & digne de foi , qui avoit refté 
».long-tems au Fort Saint-George en 
» qualité de Gouverneur. Il dit qu'un 
» vaiffeau Hollandois qui portoit fur 
» fon bord quelques malades de petite 
t> vérole , étant arrivé dans ce tems an 
» Cap de Bonne Efpérance , les habi- 
« tans du Cap , qu'on appelle les Hot- 
» tentots , Nation iîupide , qui femble 
» tenir un milieu entre l'homme & la 
» bête , &c que les Navigateurs font 
» dans l'ufage d'employer aux travaux 
» les plus vils , prirent le linge ôc les 
» habits des malades pour les laver; 
» mais comme ces hardes étoient imbi- 
» bées de pus varioliqne , les Hotten- 
» tots gagnèrent , en les maniant , cette 
» maladie , qui fut fi mauvaife parmi 
«eux, que plufieurs en périrent d'a- 
» bord; mais l'expérience leur ayant fait 
» connoître que cette maladie fe ré- 
» pandoit par contagion , ils eurent 
» aflez de difeernement pour s'en ga- 
» rantir ; & ceux qui étoient encore 
r> fains, ayant élevé contre cette perte 
y, des remparts & formé des paliffades , 
*> ils les dépendirent fi bien , qu ils 
r> tuoient à coups de flèches tous ceux 
^ qui s'obftinoient à les pafTer. Cet 

événement 



de la Petite Vérole. 169 
*> événement eftbien digne de mémoi- 
» re , continue le favant Anglois , il 
» eft étonnant qu'un peuple grofîier , 
» ïans fience , fans art , fans connoif- 
»fance , conduit par l'inftindt & la né- 
» celîîté , ait trouvé & mis en ufage 
» des moyens qu'une raifon éclairée 
» nous a fait imaginer il n'y a pas Iong- 
» temps , pour combattre la pefte ; & 
» qui ont fi bien réuffi chez nous , que 
» dans le tems que cette maladie for- 
» midable affligeoit la France & fem- 
» bloit menacer du même malheur tou- 
j> tes les nations de 1 Europe ; non feu* 
» lement elle fut contenue dans les bor- 
» nés de ce Royaume , mais elle y fut 
» entièrement éteinte (-2). » N'eft-ce 
pas chez les Hottentots qu'on a puifé 
l'art d'arrêter les maladies peftilentiel- 
les & contagieufes ? N'eft-ce pas ce 
peuple qui nous a donné l'exemple 
des lignes & des barrières qu'on em- 
ploya dans la dernière pefte de Marfeil- 
le , avec tant de fuccès , pour arrê- 
ter cette maladie ? 

Les Hottentots s'étant ainfi mis à l'a- 

( a ) Rich. Mead , de variolis & morbilU 
Cap. I- pag. 6 &C7. 

Tome l. " 



170 Histoire 

bri de la contagion de la petite vérole, 
s'en préferverent pendant long tems. 
On s'ttonnoit encore à la fin du dix- 
feptieme fiecle , que les Hottentots 
n'enflent point la petite Vérole , tan- 
dis qu'elle avoit pafle au Cap de Bonne 
Efpérance pour venir aux Indes , & 
que prefque toute i'Alie, l'Europe , &C 
une grande partie d'Amérique , en 
étoient infe£tées. LeDofteur Melchior 
Lejdekker, qui étoit aflliré que les Hol- 
landois avoient porté la petite vérole 
d'Europe aux Ifles Orientales , étoit 
tout furpris du privilège dont jouif- 
foient les Hottentots , & regardoit 
cette maladie fans doute encore com- 
me non avenue parmi eux , lorfqu'é- 
crivant des Indes, en 1699 > au célè- 
bre Ludoff , il lui dit : « La pelle eft 
» tellement inconnue dans la grande 
=» Ifle de Java , qu'on n'a pas même un 
» nom pour l'exprimer : cela eft éton- 
*> nant , mais il eft bien plus étonnant 
» qu'on n'ait jamais vu parmi les habi- 
» tans du Cap de Bonne-Efpérance , ni 
** la petite vérole , ni la rougeole ; ma- 
» ladies qui font ici de fi fréquens ra- 
» vages , U qui détruilént les habi- 



de la Petite Vérole, iji 
» tants(a) -*. Leydekker pouvoit très- 
bien ignorer la première attaque qu'a- 
voient efîliyé les Hottentots ; mais il 
étoit affuré qu'elle n'étoit point ré- 
pandue chez eux. Qu'on compare la 
méthode des Hottentots avec 1 inocu- 
lation , l'une arrête, anéantit : l'autre 
ieme & perpétue. Cette comparaifon 
qu'on efl: obligé de faire ici, eft bien 
humiliante pour l'homme éclairé , qui 
a été ébloui par trop de lumières , 
& dont les connoiflances n'ont fervi 
dans cette occafion , qu'à l'égarer & 
à lui faire adopter des moyens révol- 
tans , directement oppofés au mou- 
vement de la nature qui crie fans celle , 
fuyez les maladies & tout ce qui peut 
vous nuire : au lieu que la nouvelle 
méthode crie de fon côté , prenez une 
pefte. Si un Inoculateur "arrivant au 

(a) Peflis in Java majore aa'co ignota efl , ut 
vix nomen habcnt quo illam exprimant. Hoc 
quidcm mirum ; fed magis mirandum inler pro- 
monwrii bona fpei incolas nunqu.im vifas va- 
riolas velmcrbillos qui hic in India fœpe rnag- 
nam flragcm edunt. Cette Lettre eft dattée du 
If Janvier 1699. & fe trouve à la page 220. 
de la vie de Ltidolf , donnée par Junker. 

Pij 



jyz H i s t o i n e 

Cap , fe fut avifé de dire à un Hor- 
tentot : laiffez moi vous introduire cette 
maladie dans votre fang ; de grâce, 
lauTez-vous inoculer. A quoi bon votre 
inoculation , lui auroit-il dit ? C'eft 
pour vous donner la petite vérole , que 
vous devez avoir. Je le demande , com- 
ment ce porteur de petite vérole au- 
roit-il été reçu parmi les Hottentots ? 
N'auroient-ils pas employé toutes leurs 
flèches pour fe délivrer d'un pareil per- 
fonnage , s'il eut infifté dans fa de- 
mande ? Le particulier , en Europe , 
qui croit que la petite vérole eft inévi- 
table , que tous les hommes en ont le 
germe , que cette maladie exifte de 
tout tems &c dans tous les lieux , n'a 
pas tort de fe tromper ; onneceffede 
lui tenir ce langage. Mais le Médecin , 
ou ceux qui fe mêlent de prôner l'ino- 
culation , doivent-ils ignorer que c'eft 
une maladie nouvelle & contagieufe ; 
qu'on ne ramaffe pas , qu'on ne don- 
ne pas pour entretenir la contagion : 
qu'au contraire on doit la fuir ; &c qu'il 
eft de l'intérêt de tous les hommes , que 
cette maladie foit rare & qu'elle n'e? 
xifte plus. 



ce la Petite Vérole. 175 
Kolb& {a) nous dit dans fa defcription 
du Cap de Bonne-Efpérance , que lorf- 
qit'il quitta le Cap, en 1713 , les Et*» 
ropéens qui y habitent , n'avoient ja- 
mais été infettés d'aucune maladie con- 
tagicufe : mais qu'en 1707 , des encla- 
ves de la Compagnie furent attaqués 
d'une maladie épidémique , qui en em- 
porta un grand nombre cette année là , 
& les deux fuivantes ; la plupart pé- 
riffoient miférablement ; les fympto- 
mes avoient beaucoup de rapport , à 
ce qu'il dit , avec ceux de la petite 
vérole. On fit des reglemens pour em- 
pêcher la communication entre les en- 
claves des particuliers &c ceux de la 
Compagnie ; mais les menaces n'em- 
pêchèrent pas des communications fi 
dangéreufes. On ignore fi Kolbe veut 
parler ici de la petite vérole , ou de 
toute autre maladie ; de même que 
lorfqu'il dit qu*il a vu des affeclions 
parmi les enfans , qu'il appelle des pe- 
tites véroles débonnaires 6c fans fiè- 
vre. Quoiqu'il en foit , il n'eft pas 
moins vrai qu'avant ledix-huitieme fie- 

(a) Kolb. Tom. II. pag. 1 5 r. Il refta aq 
Cap. depuis 1705. jufqu'en 171 S- 

Piij 



174 Histoire 
çle , la petite vérole n'avoit pénétré 
Qu'une fois chez les Hottentots, &C 
qu'elle y difparut fi bien , qu'on n'en 
a plus entendu parler jufqu'au fiecle 
fuivant : ce qui eft prouvé par toutes 
les relations, qu'on a fait de ce pays , 
& par le témoignage même de Kolbe , 
qui n'y a voyagé qu'au commencement 
de ce fiecle. Cet Ecrivain nous dit que 
de cent natifs du Cap , qui prennent la 
petite vérole lorfqu'ils font à Batavia , 
il n'y en a pas un qui en réchappe. 
L'expérience a confirmé depuis , que 
cette maladie étoit très-dangéreufe pour 
eux , lorfqu'ils ont le malheur d'en être 
atteints. Il y a apparence que la fé- 
conde irruption de cette maladie au 
Cap , parmi les Hottentots , n'eft ar- 
rivée qu'en 1 7 1 8 ; quoiqu'avant cette 
époque , ils y euflent été fouvent ex- 
pofés , & peut-être même quelques- 
uns attaqués. Ce qui eft affez indiffé- 
rent , lorfqu'il eft prouvé que ce peu- 
ple ne connoiffoit point la petite véro- 
le avant de nous connoître. Mais de- 
puis là première attaque de cette ma- 
ladie , ayant eu le tems de s'allier plus 
étroitement avec nous , &c la petite 
vérole alian; Ôc revenant fans celle fur 



de la Petite Vérole. 175 
la mer des Indes ; c'eut été un miracle 
s'ils euffent pu s'en préferver pour 
toujours. Le célèbre Mead nous dit 
dans i\ dillertation fur la perte , que 
la petite vérole , en tout femblable à 
cette maladie qu'on nous apporte quel- 
quefois des pays éloignés , eft louve nt 
portée d'Europe aux Indes Orientales 
& Occidentales , d'oii elle revient auffi 
quelquefois : & qu'en 17 1 8 , un vaif- 
feau qui revenoit des Indes , ayant 
fait voile vers le Cap de Bonne-Efpé- 
rance , trois enfans qui y étoient , eu- 
rent la petite vérole : on avoit enfer- 
mé dans un coffre tout le linge laie ; 
à leur arrivée , on donna tout ce lin- 
ge à quelques habitans du Cap , pour 
le laver ; mais à peine l'eurent ils ma- 
nié , que la petite vérole leur fit éprou- 
ver toute fa fureur , Se fe communiqua 
bientôt à plufieurs milles dans les ter- 
res. Mead (a) , qui nous a confervé la 
mémoire de ce fait , ajoute que la 
moitié des habitans de cette contrée', 
périt alors de cette maladie. Ainfî ce 
peuple fi fain , û heureux avant de 

(a) Rich. Mead , Opéra omnia , DifTertat. 
de pelle , pag. 1 ir. Paris i757-_ 

P iv 



176 Histoire 
nous connoître , qui avoit fi bien réuffi 
d'abord en arrêtant cette maladie ; fut 
furpris enfin , & ne put échapper à 
un fléau à qui on laiflé ravager tous 
les pays du monde. 

Europe. 

Tandis que la petite vérole paffoit 
ainfi les mers , le tranfportoit d'un 
continent à l'autre , faifoit des progrès 
rapides dans les climats brûlans, le froid 
ralentiflbit toujours fa marche du côté 
du Nord. Dans le dix-feptieme fiecle , 
toute la partie méridionale d'Europe , 
regardoit déjà la petite vérole comme 
tin mal domeftique & familier. La partie 
moyenne, moins accoutumée à les ra- 
vages, les éprouvoit de tems en tems ; 
& à peine y voyoit-on un tiers des 
hommes échapper à fes attaques : plus 
on montoit du côté du Nord , plus on 
irouvoit de peaux plus unies , & tou- 
jours moins de marques de petite vé-? 
rôle ; &; il n'étoit pas rare de voir dans 
le Danemark, la Pologne , la Mofco- 
vie , la Suéde , la Norvège , fur cent 
hommes , un feul marqué de petite 
vérole. On trouvoit encore dans la 
Ruffie , des pays très-Yafles, des peu- 



de la Petite Vérole. 177 
pies entiers qui n'avoient jamais eu cet- 
te maladie. Tous les voyageurs étoient 
furpris que les Lapons n'en ftiffent pas 
marqués. Les peuples qui avoient le 
bonheur d'habjter des Mes étoient ceux 
qui lui étoient le moins expofés , parce 
que l'eau qui les environne , rendant 
la communication des habitans moins 
libre avec leurs voifins , empêche tou- 
jours les progrès de la contagion , puif- 
que la petite vérole n a que cette feule 
voye pour fe répandre. Cette remar- 
que furies Mes où la petite vérole étoit 
plus rare qu'ailleurs , rendit les ob- 
servateurs plus attentifs fur les caufes 
qui la renouvelloient ; & cette obfer- 
vation donna lieu à la découverte de 
quelques vérités importantes. Debes , 
Médecin Danois , qui vivoit au milieu 
du dix-feptieme fiecle , difoit une vé- 
rité qui convient dans bien des cir- 
conftances , à tous les pays ; mais 
qu'il n'appliquoit qu'aux Mes de Fer- 
roé. Il dit : « (a) La petite vérole efl 
» parfaitement inconnue aux enfans de 
» ces Mes , & ils ne l'éprouvent jar 
» mais que lorfqu'elle y eft apportée 

(■j) ABa hafnientia , Vol. I. pag. 8& 



178 Histoire 
» d'un autre endroit ». Il feroit bien 
à louhaiter qu'on eut tenu toujours le 
même langage fur tous les pays d'où l'on 
voit difparoître la petite vérole pendant 
un temps ; & qu'on fe fut appuyé 
d'un principe que l'expérience a con- 
firmé tant de fois. Alors on fe feroit 
mis en garde contre tout ce qui peut 
faire naître la petite vérole ; on au- 
roit toujours découvert les véhicules 
de cette maladie , les véritables caufes 
qui renouvellent les épidémies. On 
fait bien que la petite vérole laifle 
après elle des femences capables de la 
renouveller dans le même pays où elle 
renaît véritablement d'elle-même; mais 
on fait en même-tems que lorfqu'elle a 
difparu une fois d'un pays, pendant une 
année entière , &c qu'après ce tems 
elle y reparoît , alors on doit la re- 
garder comme étrangère & nouvelle ; 
parce que l'expérience a fait voir que 
la matière , ou fémence qu'elle laiffe 
après elle, & qui a feule la faculté de la 
faire renaître, perdoit au bout d'une 
année toute fa force & fa vertu, lorf- 
qu'elle reftoit expofée à l'air. Dé- 
couverte précieufe , qu'on doit aux 
Inoculateurs, qui , femblables à ceux 



de la Petite Vérole. 179 
qui courent après la chymere du grand 
œuvre, font de tems en tems dans leurs 
procédés chymiques , quelques dé- 
couvertes utiles que l'art fait faire tour- 
ner au profit du genre humain. 

Depuis long-tems , peut-être jamais, 
on n'avoit vu la petite vérole dans les 
Ifles de Ferroé; on la regardoit donc, 
comme un mal étranger , ou du moins 
comme non avenue , lorfqu'elle y pa- 
rut tout-à-coup en 1651. On décou- 
vrit alors clairement , parce qu'on 
étoit plus attentif , la caufe qui la fit 
naître ; & notre Obfervateurnous dit : 
qu'un jeune Danois qui fortoit à peine 
d'une convaleicence de petite vérole, 
étant arrivé dans une de ces Ifles , 
donna immédiatement après , une che- 
mife qui lui avoit fervi dans fa mala- 
die , à une pauvre femme pour la la- 
ver ; cette femme fut bientôt prife de 
la petite vérole , & la communiqua 
aux autres habitans , qui périrent pref- 
que tous de cette maladie. Telle fut la 
came , dans une Ifle où l'on n'avoit 
peut-être jamais vu la petite vérole., 
qui la fufeita tout à-coup & 'ravagea 
fes habitans , dont la plupart refterent 
fans fépuhure. 



ïEo Histoire 

En général on voit rarement la pe- 
tite vérole dans tous les pays ifolés , 
féparés de leurs voifins ou par des ri- 
vières , ou par des foffés , ou par quel- 
que bras de mer , fur-tout dans les pays 
feptentrionaux , où ces obfhcles , 
joints au froid du climat , concourent 
à la rendre plus rare. Il ne faut pas 
croire que les Ifles de Ferroé euffent un 
privilège exclufif ; elles avoient un 
avantage commun avec toutes les Ifles, 
qui font toujours attaquées de la pe- 
tite vérole plus tard que les autres 
pays ; mais fi un Inoculareur de pro- 
fefiïon les habitoit , la petite vérole y 
feroit toujours , parce qu'il la faroit re- 
naître fans ceffe. Siegeséek. (a) qui avoit 
fait la médecine pendant quinze ans à 
Seehaufen , n'y obferva jamais la petite 
vérole pendant tout ce tems , quoi- 
qu'elle eut toujours ravagé les envi- 
rons. 

Sur la fin du dix-feptiemefiecle , la 
petite vérole étoit déjà répandue dans 
tout le Danemark , puifque Bartholini 
nous dit , dans une Lettre fur la Tranf- 
plantauon des maladies , imprimée à 

(.2) A&a Kanoldi. tcntam. 29. pag. 452. 



de la Petite Vérole. iS*i 
Copenhague en i 673 , que bien des 
gens en Danemark y achetoient la pe- 
tite vérole ; tant il eit vrai que les hom- 
mes ont été aveuglés clans tous les 
teins. 4 

Le nombre des épidémies de petite 
vérole , à circonftances égales , eft ton- 
jour proportionné au degré de chaleur 
des climats ; ainii plus les pays font 
froids , plus la petite vérole eft rare. 
Non-feulement le froid retarde la com- 
munication de cette maladie , mais il 
empêche quelquefois même l'éruption, 
qui ne fe fait point du tout , quoi- 
qu'on ait déjà reçu l'impreftion du 
virus. Le tiffu de la peau eft alors plus 
ferré ; les pores , qui donnent le plus 
fouvent entrée à la matière variolique , 
font moins ouverts; fette matière dé- 
pofée fur quelque corps eft plus con- 
centrée , moins iuiceptible d'extenfion 
de volatilité , &C pénétre plus diffici- 
lement dans le corps humain pour y 
produire la maladie. Ainfi plus on eft 
près du Pôle , moins on eft expofé à la 
petite vérole : &C tandis que cette ma- 
ladie fait des ravages pendant vjng-ans 
fans interruption dans tous les pays 
fitués entre les deux Tropiques , il y 



i€z Histoire 

aura toujours quelque relâche dans 
ceux qui font au-delà. Dans un climat 
plus froid , il y aura plus d'intervalle 
d'une épidémie à l'autre -, &C ainfi gra- 
duellement en s'éloignant de la ligne : 
l'expérience eif conforme à cette re- 
marque ; &C fans fortir de la France , 
pour en donner un exemple ; on obfer- 
veque fur mille habitansdes provinces 
méridionales , à peine en trouve-t-on 
un qui n'ait pas eu la petite vérole ; 
tandis qu'à Paris & dans la Picardie 
il y en a près d'un tiers qui ne l'a ja- 
mais eue ; plus on monte dans le Nord , 
& plus cette différence devient fenfi- 
ble & frappante ; les épidémies font 
toujours plus rares. Eric Pontopidan 
(a) nous fait^bferver dans fon Hijloire 
naturdk de la Norvège , que la petite 
vérole qui fait des ravages prefque tous 
les ans dans le Danemark , ne paroît à 
Borgen que tous les fept ans ; & à me- 
fure qu'on avance dans le Nord , elle 
devient toujours plus rare : il dit qu'el- 
le ne paroît à Dortheim que tous les 
onze ou douze ans , & dans les autres 

(a) Erici Pontoppidan. Hirtoire naturelle de 
la Norwege. Tom. II. pag. 489. 



de la Petite Vérole. 183 

Gouvernemens plus près du Nord, 
tous les (eue ans; & alors elle ravage 
les pays avec beaucoup de fureur; par- 
ce que la petite vérole eft toujours la 
même , toujours cruelle. « La dernière 
» fois qu'elle parut dans le Gouverne- 
« ment de Berghen , c'eft-à-dite, l'an 
» 749 , elle fit périr 52.8 perlbnnes 
m dans la feule ville de Bergen , parmi 
» lefquclles la plupart étoient de jeu- 
» nés gens ». Pontoppiclan rapporte fes 
obfervations , mais il ne faudrait pas 
conclure de-là que la petite vérole fuit 
certaines loix pour le tems de fon appa- 
rition j; qu'elle obferve des périodes 
marqués , des époques fixes ; elle n'en 
a point ; elle doit être plus rare dans 
les climats froids , que dans les climats 
tempérés , pour les raifons que nous 
avons dit ci-deflus ; à moins qu'on ne 
la fufcite par quelque moyen , tel que 
l'inoculation ; car alors elle pourrait 
être aufïî fréquente dans la Norvège 
qu'en Egypte fon pays natal. Et quant 
à fa manière de renaître & de fe re- 
nouveller, il y a une loi pour tous les 
pays , que les circonftances du tems , 
du climat , &c. font agir avec plus ou 
ir.oins de force : qui eft , que lorsqu'elle 



1S4 - Histoire 

a quitté un endroit pendant letems que 
l'obfervation nous a limité , on peut 
la regarder comme non avenue , & il 
faut une cont'gion étrangère &£ nou- 
velle pour la faire renaître ; ce qui ar- 
rive plus ou moins tard félon les cir- 
conftances. On ne peut point établir 
de règle fixe pour les retours de la pe- 
tite vérole dans un pays , puifqu'un 
Inoculateur , ou tout autre , peut la 
faire renaître à fon gré quand il lui 
plaît : mais comme l'inoculation ne 
doit pas être mife au nombre des cas 
ordinaires , mais bien plutôt au nom- 
bre des extraordinaires ; on peut dire 
en général que la petite vérole eft bien 
plus rare dans les climats froids que 
tempérés , & que le nombre des épi- 
démies , dans un tems donné , fera 
toujours plus ou moins confidérable , 
félon que le climat fera plus ou moins 
chaud, tout le refte étant égal. 

Par cette feule raifon , les pays froids 
furent les derniers à éprouver les effets 
de ce monftre qui né dans un climat ar- 
dent , ravageoit le monde depuis le 
fixieme fiecle. Cette cruelle maladie 
que rien n'arrête tant que les hommes 
font en mouvement, puifqu'elle les 

fuit 



de la Petite Vérole. 185 
fuit par-tout , fe fraya enfin une route 
à travers les neiges & les frimats. Tou- 
tes les glaces du Nord ne furent pas ca- 
pables d'éteindre fon feu , & elle pé- 
nétra dans Vljlande & le Groenland , 
pays peu connus , fur-tout le dernier , 
avant ce fiecle , 8c qu'une vafte mer 
& des glaces éternelles fembloient met- 
tre à couvert pour toujours , & du 
commerce des nations étrangères , &c 
de la contagion de leurs maux. L'Iilande 
(<i depuis long-tems au pouvoir des 
Danois , n'avoit pas encore éprouvé 
fa fureur au commencement de ce fie- 
cle ; mais en 1707, elle y fit une ir- 
ruption fi meurtrière à l'arrivée d'un 
vaiffeau , qu'elle fit périr en très-peu 
de jours plus de vingt mille habitants. 

Le Groenland eft le dernier pays 
du monde que nous fâchions , où la 
petite vérole ait pénétré : Une mer 
glaciale , des frimats éternels , étoient 
fans doute des barrières aflez fortes 
pour garantir les habitants du Pôle d'ur- 
ne maladie qui avoit pris naifiance en 
Egypte. Mais depuis, que les hommes. 

(4) Horrdows , Defcripuon de l'Iiland» 
pag. 16. 

Torm h Q 



HI§S Histoire 

©nt ofé braver tous les dangers , la pe- 
tite vérole a franchi tous les obftacles 
av ec eux. M. Andcrjon nous dit dans- 
ion Hiftoire naturelle du Groenland , 
en parlant des hommes qui l'habitent : 
» Ces peuples étoient généralement 
» bienfaits &C d'une fort bonne com- 
» plexion , neconnoiffant ni petite vé- 
» rôle , ni autre maladie contagieufe : 
» nous apprenons cependant par une 
» relation de la Million des Danois , 
» publiée il n'y a pas fort long tems , 
» qu'un Groenlandois baptifé , qui avoit 
» gagné la petite vérole en Danemark, 
» la communiqua à fon retour en 1733, 
» aux gens de fon pays. Le froid du 
» climat empêcha l'éruption des bou- 
wtons , & comme d'ailleurs on n'a- 
» voit ni médicamens ni connoiflance 
y> fur cette maladie , elle enleva rapi- 
» demment plufieurs centaines d'habi- 
» tans , & les autres ne furent fauves 
» que par le parti qu'ils prirent d'aban- 
« donner le pays & les malades Ça) ». 
Voila donc aujourd'hui la petite vé- 
role qui ravage le monde entier. Il ne 

(a) Voy. And;rfon , Hift. naturelle de 1*1» 
flande & du Groenland , ■ Paris 175,4,, T.. IL. 
ï> a g- '73- 



de la Petite Vérole. 187 
paroît pas cependant qu'elle foit enco- 
re connue dans toute la Lapon e-;- les 
defcriptions qu'on fait des Lapons $c 
de leurs maladies , ne nous apprennent 
pas que ce peuple connoiffe encore la 
petite vérole : les voyageurs nous di- 
fent au contraire , qu'on obferve peu 
de maladies parmi eux. Ilfemble , nous 
dit Aubri de la Mottraye (a) , qui fut à 
la pointe de la Laponie, que ces déferts 
reculés , les rochers , les bois & les 
neiges entre leiquels ces peuples habi- 
tent , (oient inaceeffibles aux chagrins , 
aux craintes & aux maladies : on n'y 
connoit ni Médecins, ni Prêtres', &c, 
on y rencontre de jeunes &|les qui gar- 
dent des troupeaux de RTienes parmi 
des rochers , des glaces & des brouf- 
failles ; elles font des mieux faites & 
des plus enjouées; elles n'ont point la 
taille baffe ni difforme , comme dans 
certains cantons de la Laponie, & leurs 
vifages remplis d'agrémens , ne portent 
aucune marque de nos maladies. 

Qui ne s'attendriroit fur le fort de tou- 
tes ces nations, que nos malheureufes 

(a) Voy. Voyage d'Aubri de la Motraye , 
Tenu II pag. 360. 



i88 Histoire 

découvertes ont rendu la proye de tons 
nos maux. On dit que nous portons 
le germe de la petite vérole : qu'on 
parcoure cesdifférens peuples ; la plu- 
part étoient l'ains , tranquilles , con- 
noiffoient les douceurs d'une longue 
vie , & vivoient plus de cent ans lans 
maladie. Où étoit alors la chymeredu 
germe ? Nous portons donc le germe 
de la gale lorfqu'on nous la donne. 
M. Anderfbn nous dit que les Groen- 
landois étoient le peuple le plus fain , 
le plus fobre & le plus tempérant qu'on 
ait vu : n'apportant au monde d'autre 
germe que celui des vertus qu'ils met- 
toient en pratique. On y voyoit de 
bons vieillards de plus de cent ans , 
tous joyeux , chanter encore à cet 
âge , pour faire danfer les jeunes gens ; 
de nombreuses familles , raflemblées 
fous un toît couvert de moufle , goû- 
ter les douceurs d'une longue vie : 
ne connoiflant ni les maux , ni les Mé- 
decins - y ni les germes, ni la grande ni 
la petile vérole. 

55* 



de la Petite Vérole, rg^ 

« g 1 g ^gjëgË %> 



ARTICLE VIII. 
Histoire de l'Inoculât i on 

\^j H E z les Grecs chacun avoit fort 
talent , & le (avoit employer ; le grand 
objet étoit le fahit de la patrie -, l'Ora- 
teur n'ouvroit la bouche que pour la 
detfendre ; le Soldat s'exerçoit au mi- 
lieu de la guerre pour combattre l'en- 
nemi commun ; le Poète étoir chargé 
de chanter les conquêtes ; le Médecin 
eherchoit à rendre la République faine, 
& quand la perte menaça un jour Athè- 
nes , on brûla un bois entier pour pu- 
rifier Pair. Chez les Romains , les Sol- 
dats ayant fouvent deux ennemis à 
vaincre , fe couvraient de leurs armes 
pour combattre l'un , & n'oublioient 
jamais leur pofca (#) pour fe préferver 
de l'autre; ils laiffoient aux Orateurs 

(iz) Le pofca des Romains étoit un mélange 
d'eau & de vinaigre , dont les Soldats fe mu- 
niflbient toujours dans leurs marches , pour fe 
gréferver des maladies peftilentielle>. 



I90 H I S T O I R E 

le foin d'avertir le peuple lorfqu'un 
malheur les menaçoit. On laiffoit aux 
Médecins celui de combattre les mala- 
dies , & toujours la fanté du citoyen 
fixoit l'attention publique ; on ne fe 
trompoit jamais fur les moyens de la lui 
procurer. Si la petite vérole eut éxifté 
parmi eux , on auroit chargé les feuls 
Médecins de lui faire la guerre. La prife 
d'une Ville , d'une Province , d'un 
Royaume , faifoit leur principale oc- 
cupation ; elle étoit digne de deux peu- 
ples qui ont fervi de modèle aux autres 
nations. Aujourd'hui , parmi nous , la 
prife d'une maladie occupe tous les 
hommes ; les Orateurs , les Poètes ,. 
les Ecrivains les plus célèbres, les Aca- 
démiciens les plusilluftresn'employent 
leur plume & leur éloquence qu'à exal- 
ter l'inoculation ; qu'à louer l'art ex- 
traordinaire & nouveau d'introduire 
dans les veines de nos enfans une ma- 
ladie nouvelle & extraordinaire. C'eft 
bien plutôt l'art de la combattre & de 
la chaffer , qu'il faudroit célébrer , &C 
non celui de l'introduire. Si l'on vouloit 
imiter les Athéniens , on brûleroit les 
bois ; fi l'on vouloit fuivre l'exemple 
des Romains *on fe muniroit dspo/ai. 



de la Petite Vérole. i$« 

Tout le monde feligueroit contre l'en- 
nemi commun, alors cette occupation 
feroit noble , cligne du Poëte , de l'A- 
cadémicien , de l'Orateur. Cela feroit 
grand , cela feroit beau : on défendroit 
alors la République. Mais au lieu de fe 
liguer tous contre une maladie , tout le 
inonde fe réunit en fa faveur : on veut la 
retenir parmi nous. On dira enfuite , 
le Poëte , l'Académicien , l'Orateur , 
ont cru bien faire , leur intention étoit 
pure ; je le veux , &c s'ils fe lonf trom- 
pés , cela n'eft pas étonnant ; ils n'en- 
tendent rien aux maladies , ni à la ma- 
nière de les combattre , ni à la méde- 
cine, ce n'eft pas leur métier ; s'ils n'y 
entendent rien , de quoi fe mêlent-ils ? 
Qu'on laiffe donc au Médecin le loin 
de difcuter û l'inoculation eft bonne 
ou mauvaife ; & qu'on ne le gêne pas 
dans fa décifion. Voici l'origine de la 
nouvelle méthode. 

A n'entendre que les Inoculateurs , 
nediroiton pas que l'inoculation eft 
aufTi ancienne que le monde ? Detems 
immémorial , dit-on , on inocule à la 
Chine. Mais l'inoculation ne peut pas 
être plus ancienne que ia petite véro- 
le. Ainii cette méthode n'a pu être ia- 



191 Histoire 

troduite parmi les hommes que depuis 
que l'on s'eft apperçu que la maladie 
faifoit beaucoup de ravages parmi eux. 
La coutume de donner la petite vé- 
role efl peut-être plus ancienne parmi 
nous , que chez les Chinois ; mais elle 
n'a exifté chez les uns &C les autres que 
lorfque cette maladie,- devenue très- 
fréquente , a été le tléau des familles , 
& qu'on a'cru ne pouvoir pas s'en dé- 
fendre. On lit dans les Lettres édifian- 
tes des Millionnaires Jéfuites (<z) , que 
les Chinois font dans l'habitude depuis 
plus de cent ans , de donner la petite 
vérole à leurs enfans , ce qu'ils appel- 
lent faner la maladie. Le Dofteur An^ 
tolne Timony , fils d'Emmanuel , eftime 
que cette coutume des Chinois , eft en 
vigueur parmi eux , depuis 117 ans (£). 
Ils amaffent plu fleurs écailles de petite 
vérole, qu'ils conferventdansunvafe 

(j) Voy. Lettres édifiantes & curieuTes des 
Millionnaires. XX. Recueil , pag. 34. 

(b) Voye2 la DilTertarion fur l'Inoculation 
par Anto'ineTimony , Médecin à Confrantino- 
ple , dans l'Ouvrage de M. Clerc, Hifloire 
RjturelL de l'homme malade-, Tom. II. pag. 101. 
Paris 1767.. 



de la Petite Vérole. 195 

porcelaine bien bouché. Lorfqu'ils veu- 
lent donner cette maladie à leurs en- 
fans , ils leur introduifent clans le nez , 
pendant qu'ils dorment , un morceau 
de coton chargé de trois ou quatre de 
ces croûtes , avec un grain de mufc. 
La petite vérole ainfi introduite par le 
nez , efl: iouvent plus meurtrière qu'un© 
autre ; mais les Chinois , peuple fil- 
perftiticux , croyent exécuter les or- 
dres de la Providence , en donnant à 
leurs enfans une maladie qu'ils regar- 
dent comme un mal néceffaire. 

Il y a environ cent ans qu'en Euro- 
pe a) on donnoit la petite vérole aux 
enfans : dans le Duché de Cleves ck le 
Comté de Meurs , on étoit dans l'ufage 
de leur communiquer cette maladie , 
en frottant quelques parties de leurs 
corps avec des puftules varioleufcs en 
maturité ; on en froîtoit bien le deffus 
de la main , ou le bras de ceux à qui on 
vouloir la donner , & de cette manière 
on communiquoit cette contagion à 
quantité de peifonnes dans la même 
faifon. 

(■j) Voyez dans le recueil des Ecrits fur l'I- 
pociuion , I.i Lettre de M. Thomas Swenchke 
Ï M. Ch.i:s. 

Tome L R. 



ic»4 Histoire 

Vers la fin du dix-leptieme fiecle ; 
onachetoit , comme nous avons dit, 
la petite vérole en Danemark (a). Dans 
plufieurs pays , bien des pères de fa- 
mille croient dans l'habitude de faire 
coucher enfemble leurs enfans , lorf- 
que quelqu'un d'eux étoit attaqué de 
la petite vérole , afin qu'ils l'euffent 
tous en même tems. 

Dans la province de Galles , depuis 
long tems les écoliers fe donnoient la 
petite vérole les uns aux autres , en fe 
piquant avec une aiguille , ou feule- 
ment en fe frottant le bras ou la main , 
quelquefois jufqu'auiang , fur des croû- 
tes de petite vérole (£). L'acquéreur 
donnoit deux pu trois fols à celui qui 
fourniflbit les croûtes , & cela s'ap- 
pelloit acheter la petite vérole. 

Je tiens d'un home très-digne de foi, 
qu'en Prufl'e les enfans (ont dans l'ufage 
depuis long-tems de fe trotter le creux 
de la main avec des croûtes de petite 
vérole , & qu'ils prennent ainfi la ma- 
ladie , afin de fe ioullraire au devoir de 

(j) Voy. La Lettre de Bartholini , fur la 
transplantation des maladie, inférée dans le 
même recueil. 

(a) Kirkpatrick. Sect. IX pag. 250. 



DE LA PtTITE VÉROLE. ïcjf 

l'École. On voit par là qu'il y avoit 
déjà dans le dix feptieme fiecle , plu- 
fieurs moyens connus d'introduire la 
petite vérole dans le corps humain ; 
mais celui qui a fait le plus de bruit , 
c'eft l'art par excellence , la méthode 
fanglante dont on n'avoit pas befoin , 
pour inférer la petite vérole , puil > 
qu'elle entroit déjà par le nez & paf 
les pores de la peau. L'art de donner la 
petite vérole , qu'on a appelle depuis 
l'art d'inoculer , pour ne pas dire gref- 
fer , enter d'un fujet lur l'autre , prati- 
qué depuis long tems dans la Circaf- 
fie, dans la vue de conlerver la beauté 
des filles dont on faifoit un commerce 
avec les Turcs , fut apporte d'abord 
en Grèce par des Circalliens , que les 
Tartar s , peuples voifins delà Circaf- 
fie oC tributaires du grand Seigneur , 
venoient vendre comme elclaves d ins 
la Tuiquie (a). C'eft donc parle com- 
merce des Tartares, que l'inoculation 
parvint en Europe vers le milieu du 
dix-leptieme fiecle ; mais comme le 

(.;) Voyez l.i Lettre écrite de Conftantino- 
ple à M. Gardane_, dans l'Ouvrage qui a pour 
titre : Obfirva tiens fur la meilleure manière d'i- 
noculer , pag. 75. 

Rij 



196 Histoire 

dogme dclaprédeftinafîon empêche les 
Turcs de courir au devant des mala- 
dies , tout comme de les fuir , cette 
pratique ne prit pas d'abord à Conftan- 
tinople , mais elle s'étendit dans la 
Grèce & dans la Theffalie. En 1673 
une ThcfTalienne , habile fans doute 
dans cet art , vint à Conftantinople , 
& l'exerça pendant quelque rems fur 
quelques pauvres étrangers , répandus 
parmi le peuple de Conltantinople (<z). 
Son art ne confiftoit qu'à introduire la 
matière liquide & encore chaude des 
pullules , dans huit ou dix piqiieuf.es 
faites au front ou ailleurs , à la façon 
des Ecoliers de la Principauté de Galles : 
mais elle accompagnoit ces piqueures 
de plufieurs précautions fuperftitieufes, 
de quelques cérémonies de religion , 
& faiioit donner pour chaque inocula* 
tion une certaine quantité de cierges 
aux Prêtres Grecs ; ce qui les mit fi 
bien dans fes intérêts , que c'étoit eux 
qui lui procuroient des fujets : cet air 
de mytrere qu'elle mêloit à fes opéra- 
nons , étoit feul capable de l'accréditer 

(j) Vcy. La Mo'.raye, Torn. II. dans l'Ap- 
puiuix. 



de la Petite Vérole. 197 
parmi le peuple ; tandis que celle des 
Ecoliers de la Province deGallee, qui 
étoit la même, ne faiioit point d'inl- 
preffion. C'eft ainfi qu'on voit tous les 
jours des Charlatans vanter des remè- 
des fimples avec enthouliaf ne , les 
donner avec myuere , & réuffir tou- 
jours dans l'elprit du public ailé à fé- 
duire. Mais la Theffalienne faiioit bien 
pire que les Charlatans : ceux- ci vous 
vendent des remèdes bons ou mauvais ; 
mais elle vous faiioit acheter une mala- 
die que vous n'aviez pas : & on peut dire 
que cette femme n'avoit d'autre fcién- 
ce que celle de vendre publiquement 
une pefte. 

Les perfonnes les plus distinguées qui 
la reçurent de fes mains , furent les 
enfans d'un Seigneur de la famille des 
Cariop'iylUp ; mais la méthode d'opé- 
rer de cette femme , qui faiioit la for- 
ciere dans Conftantinople , en devinant 
que vous auriez {^petite vérole , pa- 



rut eniuite trop fïniple aux gens de 
l'art , & peur lui donner plus de relief, 
& un air d'opération chirurgicale , le 
Dofteur Emmanuel Timony (<z) , Mê- 
la) Le Duc de Êyjàniina Variolarum inci- 
fione. 

R iij 



198 Histoire 
decin de Conftantinople $ qui l'avoît 
vu opérer , lubititua depuis à fes' >pi- 
queuies , l'incifion aux deux bras. Ce il 
là la grande époque de 1 inoculation ; 
& fans Emmanuel Timony, on n'en au- 
roit peut être jamais entendu parler. 
Quoiqu'il en l'oit , il parut eflentiel au 
Médecin de faire une ouverture à la 
peau , plus confidérable pour donner 
entrée à la matière variolique. Cette 
manière nouvelle d'introduire la petite 
vérole dans le fang , perfectionnée par 
un Médecin , eut d'abord quelques fuc- 
cès à Conftantinople , parce qu'on y 
joignoit la préparation du iujet qu'on 
vouloit inoculer j &c c'étoit la feule pré- 
paration qui écartoit une partie des dan- 
gers de cette maladie , qui naturelle 
ou artificielle , eft toujours la petite 
vérole ; & voila le fecret de l'inocula- 
tion. Soyons toujours vrais. Emmanuel 
Timony (#) ck Jacques Pilarini , qui 
exerçoient tous deux leurprofeffion de 
Médecin à Conftantinople , témoins 
des (uccès de la nouvelle opération , 

voulurent en inftruire le monde , ôc 

• 

(a) Voyez les TranCaftions Philofoi niques, 
an. 17 '4, &1716, où l'en a inféié les Mé- 
moires de ces deux Médecins. 



de la Petite Vérole. 199 
cherchèrent à l'accréditer. Le premier 
rendit compte de cette pratique à 
Woodward, Médecin Anglois en 17 13, 
dans une Lettre qu'il adreffa à la Socié- 
té Royale de Londres : il fut l'Auteur 
& le premier Apôtre de l'inoculation ; 
Pilarini quiavoit vu aufïï la Theflalien- 
ne , donna une differtation en 171 , 
fur le même fujet; & chercha comme 
lui à faire valoir les avantages de l'ino- 
culation. 

Le Secrétaire du Marquis de Châ- 
teauneuf , alors Ambafladeur de France 
à la Porte , fit inoculer les trois enfans. 
M. WorthLy Montagne , Ambafladeur 
d'Angleterre à Conitantinople , té- 
moigna la même confiance en l'inocula- 
tion , & la fit pratiquer en 17 17 fur 
fon fils âgé de fix ans. Milady Worthky 
Montague l'Ambafiadrice , de retour à 
Londres , fit inoculer fa fille en 17.ro , 
par ïon Chirurgien. Cet exemple en- 
couragea bien des perfonnes de difrin- 
clionà faire inoculer leurs enfans ; & 
l'inoculation fit d'abord quelque bruit 
en Angleterre. Bientôt après- l'expé- 
rience fut faite fur fix criminels , dont 
la peine de mort fut commuée en cette 
épreuve. Elle fut faite fur cinq de la 

Riij 



200 Histoire 
manière accoutumée, par Charles Maie- 
land , Chirurgien. Le Docteur Mead 
obtint la permiffion du Roi , de faire 
l'épreuve de la méthode Chinoife fur 
une fille âgée de dix-huit ans ,'qui étoit 
du nombre des fix criminels. L'expé- 
rience réuflit fur tous ; mais la fille eut 
les fymptômes les plus graves. Après 
cet effai , Charles Maifland inocula les 
enfans de la Famille Royale : ces illu- 
ftres inoculés ne furent ni le Prince de 
Galles , comme on a dit , puifqu'il 
n'étoit pas encore né , ni fon Altefle 
Royale Madame la Gouvernante des 
Provinces-Unies , qui avoit eu déjà la 
petite vérole. Ce furent le Duc de 
Cumbcrland, la feue Reine de Dane- 
mark , &c la Princeffe de Heffe Caffel. 
Le Dotteur Turin, Secrétaire de la So- 
ciété Royale de Londres , publia les 
fuccès de la nouvelle méthode en 1 714. 
Cette pratiquefefoutint jufqu'en 1718, 
malgré les oppofitions des Médecins les 
plus célèbres , & fur-tout de Black- 
moore, Frein d , Douglas, &c. le Doc- 
teur Maddox Evêqi:e de Worchefler , 
& le fameux Doddridge , furent les 
principaux proneurs de la nouvelle dé- 
couverte. 



BE la Petite Vérole. 20 1 
Mais cette méthode n'ayant pas eu 
tout le fuccès qu'elle fembloit promet- 
tre , & n'ayant pas fait fortune à Bo~ 
fion , fut fufpendue en 1728 , & ban- 
nie d'Angleterre jufqu'en 1743 , où 
elle le releva avec de nouvelles forces ; 
& en 1746, une Société de plufieurs 
Seigneurs & Prélats d'Angleterre ,dont 
le Duc de Malboroug étoit le Chef , 
fonda un Hôpital pour inoculer la pe- 
tite vérole aux pauvres , & pour trai- 
ter ceux qui en étoient naturellement 
attaqués. 

La même année de la fondation de 
cet Hôpital en Angleterre , on com- 
mença à inoculer en Hollande. ~En 
mil fept cens cinquante , la Républi- 
que de Genève adopta la pratique de 
l'inoculation : c'eft depuis ces époques 
qu'elle a été introduite en France , oh 
elle avoit été blâmée publiquement 
dans les Ecoles de Médecine de Paris , 
en 1723 (a) Bientôr après , le célèbre 
M. Hecquet en fit voir tous le- inconvé- 
niens dans une Diflertation anonyme , 
qui a pour titre : Raifons de doute 

(a) Voyez la Thefe où l'on agite cette que- 
ftion : An variolas inoculare nefaf? 



icn Histoire 
contre tinoculation (rf). Ce Médecin ^ 
refpeclable jufquedans fes erreurs, ne 
pouvoit pas concevoir que les hom- 
mes puffent adopter un moyen qui 
donne infailliblement une maladie; il 
le trouvoit d'ailleurs contraire aux vues 
du Créateur; & après l'avoir bien ana- 
lyfé , lui trouvoit encore plusieurs ca- 
ractères de réprobation. Enfin l'ino- 
culation -établie dans quelques par- 
ties de la France , devint , il y a quel- 
ques années une affaire d'état , l'es- 
prit de parti s'en mêla , elle fixa l'at- 
tention des Magiif rats , & en 1763 , 
le Parlement de Paris fufpendit par un 
Arrêt , l'inoculation dans l'enceinte de 
Paris, & chargea la Faculté de Méde- 
cine de la même ville, d'examiner un 
objet d'une aufîi grande importance , 
& qui avoit befoin d"être difeuté avec 
réflexion , & par des Médecins auiîi 
éclairés que ceux qui la composent. Il 
s'efl élevé deux partis , l'un pour , l'au- 
tre contre l'inoculation. Sans vouloir 
anticiper ici fur le Jugement de la 
Faculté , j'ofe dire qu'il ne fauroit 
être trop prompt , fi on proferit l'ino- 

Oz) Pvaifons de cloute contre l'Inoculation. 



de la Petite Vérole. 103 
culation ; mais fi l'on veut fuivre un 
parti contraire , il ne fauroit être trop 
lentoc trop réfléchi , parce qu'il aura 
plus de force , lorfque lesobfervations 
& le tems auront appris fi l'art de don- 
ner aux hommes , par le fer , une ma- 
ladie qu'ils n'ont pas , eft un un art uti- 
le ou funefte à l'humanité , puifqu'on 
met la chofe en délibération. M. Af 
tmc , dont l'opinion en Médecine étoit 
capable de balancer les autorités les 
plus re pe£tables , vient de mourir avec 
le regret de voir accréditer une métho- 
de qu'il condamnoit publiquement. 

Parmi les différentes manières dont 
fe fait l'inoculation en Europe , la plus 
accréditée confifte à faire à la partie 
charnue du bras , de la jambe , ou de 
la cuifTe , une incifioh qui entame lé- 
gèrement la peau , en fuivant la direc- 
tion des mufcles , de la longueur d'un 
demi pouce environ , & d'introduire 
dans la plaie un petit plumaceau ou une 
foie roulée , chargée de pus varioli- 
que; ou bien on fanpoudre la plaie de 
puflules varioleufes défféchées , qu'on 
a confervé dans une bouteille bien bou- 
chée ; on couvre cet appareil d'un 
emplâtre , ôc dans l'efpace du deuxie-. 



204 H I S T O I R E 

me au onzième jour , on voit paroîtrë 
la petite vérole. Si on ne prépare pas 
le fujet , ou parla faignée , ou par une 
Médecine , ou par quelque évacuant , 
il en meurt alors plutôt que de la natu- 
relle ; ce qui prouve d'abord que tout 
l'avantage n'eflque dans la préparation. 
Un régime de quelques jours , pendant 
lesquels on purge le (ujet avec du fyrop 
de chicorée ou de la manne &c. ou on 
lui fait prendre du petit lait , des p;y- 
fanes rafraîchiffantes , &l d'autres re- 
mèdes , fuivant l'âge & le tempéram- 
ment , ûiffifent pour le préparer. 

L'inoculation établie en Europe , eut 
enfuite le flrt de la maladie qu'elle 
donne ; & comme on avoit porté en 
Amérique , en Afie & en Afrique la 
petite vérole , on y apporta le préten- 
du préfervatif , qui eft donc l'art de la 
conferver. Aujourd'hui en n'inocule 
plus à Conftantinople , comme on 
faifoit autrefois ; on met une ou deux 
croûtes de petite vérole dans une figue 
feche , ou dans un pruneau , & on l'a- 
vale. En Italie on inocule par le moyen 
des véficatoires ou des fynapifmes ; on 
excite une rougeur ou -des ampoules à 



de la. Petite Vérole. 205 
la peau ; on faupouolre la partie avec 
des croûtes ddechées ; on couvre le 
tout , & la petite vérole paroît tou- 
jours avant le onzième jour, fi elle doit 
paroître. Dans quelques parties d'Ir- 
lande , on ne fait que frotter rude- 
ment la peau avec de la flanelle , juf- 
qu'à ce qu elle rougifie , on y étend un 
linge imbibé de pus v.riolique , & la 
petite vérole paroît dans le terme pref- 
crit , fi elle doit paroître. On voit 
qu'on ramené cette méthode à fa pre- 
mière fimplicité. Les Arméniens fe 
lbnt défabufés de l'inoculation ; ils n'in- 
fèrent plus la petite vérole ; aufïi eft-elle 
plus rare parmi eux. On dit que les 
Circafîiens & les Géorgiens dupes de 
l'inoculation , font revenus de leur mé- 
thode ; mais comme leur but ell tou- 
jours le même , & qu'ils veulent con- 
ferver la beauté de leurs femmes, dont 
ils font fans cefle le commerce ; ils ont 
fubftitué à l'ancienne méthode une au- 
tre plusaifée , avec laquelle ils obtien- 
neut le même effet , & avec moins de 
danger; lorfqu'ils veulent difpofer leurs 
filles à recevoir la petite vérole , ils les 
préparent de la manière luivante : ils 
enveloppent pendant trois jours con- 



zo6 Histoire 

fécutifs les parties inférieures du corps, 
depuis la ceinture jufqu'aux pieds , 
avec des linges imbibés d'une décoc- 
tion tiède de plantes émolliarîtes , qu'on 
a foin d'humefter de tems en tems avec 
la mêmedécotlionun peu chaude. De 
cette manière on ramollit le tiflu de la 
peau qui couvre ces parties , & les 
trois jours expirés, on ote les linges, 
& on leur frotte les jambes avec de la 
poudre des croûtes de petite vérole. 
Au bout du troifierr e jour , la petite 
vérole faifant éruption , fe porte pref- 
que toute entière fur ces parties , tan- 
dis que lesfupérieures & iur-tout le vi- 
fage , en lont préfervés : cette métho- 
de perfectionnée , eft mille fois préfé- 
rable à l'inoculation , fi on prépare le 
fujet de la même manière que lorfqu'on 
veut l'inoculer : elle eft fondée fur un 
principe vrai , inconteftable , dont 
nous ferons voir toute la force,& qui a 
fervi de bafe à la pratique de Rhasès. 
Le hazard peut bien rendre une petite 
vérole douce , bénigne , mais l'art bien 
fondé peut obtenir le même effet , fur- 
tout lorfqu'il s'occupe de la prépara- 
tion de la peau. 

La méthode qu'on fuit aujourd'hui 



de la Petite Vérole. 107 
dans l'Indoftan , eft une des moins im- 
parfaites. L'inoculation y eft pratiquée 
par une tribu particulière de Brames , 

3ui partent annuellement par bandes : 
es Collèges de Banara, d'Eleabas &c. 
c'eft une efpece de mifïïon qu'on at- 
tend dans plufieurs villes , Iorfque l'é- 
pidémie commence ; ces Brames trou- 
vent . en arrivant , les fujets tout pré- 
parés par un régime , qui confifte à 
s'abftenir pendant un mois de poiffon , 
de lait & de gkée ; (a) ils vont de mai- 
fon en maifon inoculer fur le feuil des 
portes. Après une friftion avec une 
pièce d'étoffe fur le bras ou la main, 
qui dure huit ou dix minutes , l'Opé- 
rateur fait de légères incitions à la 
peau dans une efpace de la largeur d'une 
pièce de vingt-quatre fols , avec un 
petit infiniment ; il prend enfuite un 
morceau de coton imprégné de matière 
variolique qu'on a confervée pendant 
un an dans un double bafin ; quand le 
coton eft fur la plaie , on l'arrofe de 
deux ou trois goûtes d'eau puifée dans 
le Gange ; on l'affujettit au moyen d'un; 
léger bandage , qu'on ôte au bout de 
fix heures , & on biffe le coton, Pea- 

(j) Efpece de beurre fait avec le lait de Bufle&- 
Toms- L, * 



ao8 Histoire 
dant l'opération , ces Prêtres-Méde* 
cins répètent gravement quelques paf- 
fages d'un livre myftérieux. Le lende- 
main de l'opération , on verfe fur la 
tête du malade , & fur tout le corps en- 
viron feize pintes d'eau , & on conti- 
nue la douche jufqu'à ce que la fièvre pa- 
roiffe : on la fufpend alors &c on attend 
la chute des croûtes pour la reprendre. 
Holvel (a) affure que cette manière 
d'inoculer eft avantageufe. 

De toutes les méthodes connues en 
Europe , celle qu'on fuit parmi nous eft 
fans doute lapins dangereufe. Elle laine 
un ulcère quelquefois rebelle à l'en- 
droit de l'infertion. Il eft affez indiffé- 
rent , lorfqu'on condamne un enfant à 
recevoir la petite vérole, qu'elle entre 
par une porte ou par l'autre ; mais il eft 
effenticl qu'en entrant , elle ne fafle pas 
une brèche irréparable. Le combat qu'on 
livre à un enfant qu'on inocule , reflem- 
ble en quelque façon au fiége d'une ville 
précieufe, dont on veut fe rendre maî- 
tre , mais dont il eft effentiel de ména- 
ger les fortifications : alors il importe 
peu qu'on livre l'entrée de cette ville , 
à lafliégeant qui veut la ménager , par 
(a) Voyez London Çhrênicle.\j6y. 



de la Petite Vérole. 209 
une porte ou par l'autre ; mais le but 
cft manqué , fi pour s'en rendre maî- 
tre , on s'avife de la battre en brèche ; 
alors on la ruine. C'eft ce qu'on fait 
aujourd'hui en inoculant de la manière 
accoutumée : on veut faire entrer un 
ennemi dans un corps : on commence 
à lui faire une large plaie , tandis que 
toutes les portes font ouvertes. Ne 
vaut-il pas mieux , lorfqu'on a réfolu 
que l'enfant reçoive une perte , la laif- 
fer entrer par les pores de la peau , 
après l'avoir préparé. Mais où en fom- 
rr.es-nous ? Introduire une perte , quel 
fera Pétonnement de la portérité , lors- 
qu'elle apprendra que nous lui avons 
tranfmis une maladie nouvelle , conta- 
gieufe , pestilentielle , que nos ancêtres 
n'avoient pas , qu'un peuple ftupide a 
trouvé le moyen d'arrêter , &c que nous 
avons trouvé le iécret de lui tranfmet- 
tre. Mais , dit-on , c'ert égal, de quel- 
que manière que vous vous y preniez, 
vous l'aurez tôt ou tard. Oui , mais je 
ne l'ai que parce que vous avez voulu 
me perfuader qu'elle étoit innée , &C 
qu'il ne falloit pas la fuir. C'eft ainii 
que raifonnent les fvlahométans fur la 
perte , parce que Mahomet leur a 
Tome I, S 



2io Histoire 

dit (a) : fi la pefte eil dans votre mai- 
ion , n'en lortez pas (b). 

On devroit bien un jour effayer 
parmi nous , qui ne femmes pas ekla- 
ves d'une pareille doctrine , de fépa- 
rer un enfant attaqué de la petite vé- 
role , de ceux qui les environnent : 
on fauveroit, du moins cette fois , tous 
les autres enfants de la famille, qu'on 
expofe aveuglement à la mort , parce 
qu on aime la petite vérole ; puif- 
qu'on la mitonne dans une boéte ; 
puisqu'on en conferve foigneufement 
le germe , pour le donner eniuite aux 
enfants. C'eft ainfi qu'au lieu d'un 
antidote , d'un préfervatif contre une 
maladie ; on nous a apporté l'art de 
la perpétuer , &C de la faire renaître 
toutes les fois qu'elle paroît éteinte. 

(a) Voyez la Difien.ition fur l'inoculation 
«3e la petite vérole, par Antoine 'fimony , dans 
KHiftoire naturelle de l'hemme , pai M. Clerc, 
Tom. II. pag. 102. 

|£) On dit que les Grands en Turquie, fur- 
tout les Gens de Loi , font bien revenus de ce 
préjugé funefte ; & que dès que quelqu'un d,e 
ceux qui les entourent eft attaqué de ia pefle , 
ils quittent leuis maifons ; malgré-la Loi ex- 
preffe de leur Prophète. 



de la Petite Vérole. 511 
Les habitans du nord fiiyerit dans les 
bois à la vue de cette perte ; les Hot- 
tentots lui élèvent des remprrs , op- 
pofent des digues à fa fureur , lorf- 
qu'on la leur apporte : l'homme cvi- 
lifé par un rafinement bizarre , trouve 
le fecret de fe l'approprier , & de l'at- 
tacher à jamais à la nature humaine. 
On demande tous les jours fi l'inocu- 
lation eft bonne ; fi l'art de donner 
une maladie que vous n'avez pas , &C 
qu'il n'eft pas nécefiaire que vous 
ayez , eft bon? Avant de répondre à 
cette queftion , il s'agit de lavoir s'il 
vaut mieux que l'homme l'oit fa in , ou 
qu'il fuit malade : je ne crois pas que 
perfonne puifTe nier que le premier 
état e(ï préférable au leçon-! : s'il eft 
donc plus avantageux de n'avoir point 
de maladie . que d'en avoir une , il 
eft donc inconteftab'.e que le moyen 
qui me la donne, n'eft pas bon ; donc 
l'inoculation de la petite vérole eft 
eflentiellement mauvaife dans fon prin- 
cipe, puifqu'elle me donne une mala- 
die peftilentielle que je n'avois pas; 
mais , mais dit-on , vous en avez le 
germe ; quand bien même ce prétendu 
germe exifteroit chez moi, je ne veux 

Si) 



212 Histoire 

pas qu'il fe développe ; je veux éviter 
toutes les occafions qui peuvent dé- 
veloper ce germe ; je veux reffembler 
aux natious ftupides ; penfer à la ma- 
nière des Hottentots ; & mourir fans 
avoir la petite vérole : mais , me di- 
ra-t-on encore , vous avez beau la fuir, 
elle eu inévitable : oui , mais elle ne 
l'efr aujourd'hui, que parce que vous 
n'avez jamais fongé à l'éviter , que 
parce que vous n'avez jamais pris au- 
cune précaution pour vous en garan- 
tir , &c qu'au lieu de prendre les vé- 
ritables moyens , ceux qui étoient les 
feuls capables de la combattre & de 
l'éloigner ; vous faites choix de ceux 
qui leur font directement oppofés , de 
l'inoculation qui la raproche, la nourrit 
& l'entretient fans ceffe parmi vous. 
Si l'on ne perdoit pas fon tems à cal- 
culer , à difputer , à faire de vaines 
fpéculatiohs, des obferyations frivoles , 
hypothétiques fur l'humidité , la féche- 
reffe de l'air , fur le germe , fur l'ino- 
culation , &c. lorfque la petite vé- 
role paroît tous les jours dans quelque 
maifon on fauveroit quelqu'une de fes 
victimes , en les éloignant de la con- 
tagion ; mais lorfque cette maladie eft 



de la Petite Vérole, iij 1 
dans une famille , on n'a aucune appré- 
henfion ; il eft clair comme le jour que 
c'eft unemaladie contagieufe ; & on n'é- 
vite jamais cette contagion , qui eu le 
feul moyen qu'ait la petite vérole pour 
fe communiquer. Pour s'en convaincre, 
il n'y a qu'à ftire une expérience toute 
fimple ; qu'on mette dans une cham- 
bre dou^e enfans ; dont fix auront la 
petite vérole naturelle ou artificielle ; 
n'importe , toutes les denx peuvent 
être communiquées. Que ces enfans 
ioient placés de façon qu'un fain foit 
après un malade, & qu'ainfi entremê- 
lés , ils ioient féparés les uns des au- 
tres par des cloifons d'une certaine 
hauteur, qui coupent toute communi- 
cation entre eux ; mais qui ne les em- 
pêchent pas de refpirer le même air ; 
que ces enfans ioient gardés à vue & 
fervis avec précaution par des per- 
fonnes particulières : on verra que 
quoique tous aient refpiré le même- 
air, qu'ils aient tous été expofés à ces 
miafmes putrides qui s'élèvent du corps 
des malades ; il n'y en aura que fix 
qui auront eu la petite vérole , tands 
que les fix autres ne l'auront point 1 ; 
& û on répète l'expérience que je 



H4 Histoire 

demande avec inftance , & fi ceux 
qui n'auront pu être infeftés par cet 
atmofphere , prennent cniuite fort ai- 
fément la maladie en touchant le pus , 
ou les croûtes de petite vérole , &c. 
Alors on ï'é convaincroit de cette véri- 
té , que le virus variolique n'eft point 
volatil ; qu'il n'y a point de vapeurs ca- 
pables de donner la petite vérole ; 
mais qu'il faut en toucher la matière 
pour la prendre ; & que 1 air ne fau- 
roit jamais fe charger de cette maladie. 
Alors on ne douteroit plus qu'elle eft 
rigoureufement contagieufe , tk. qu'il 
faut la toucher pour la gagner , puif- 
qu'on ne la hume pas , puiiqu'elie n'eft 
point refpirable. Cette vérité une fois 
connue , on s'occuperoit à découvrir 
ce qui la renouvelle : & fi heureufe- 
ment elle avoit une fois difparu d'un 
pays une année entière ; alors on fe- 
roit en garde , on feroit à l'affût , pour 
ainfi dire , de cette maladie , & on 
l'épieroit comme ce Médecin Danois 
qui la vit naître dans les Ifles de Fer- 
roé; comme Prolper Alpin qui la 
voyoit fortir des eaux du Nil ; comme 
on la voit tous les jours fortir de la 
boëie d'un inoculateur : on la fuiroit 



de la Petite Vérole. 115 

alors comme les Iflandois qui fuyoient 
dans les bois; ou plutôt on lui oppofe- 
roit des barrières , comme les Hotten- 
tots , cV à force de la pouriuiyre, & d'é- 
tourîer fa femence ; on la détruiroit 
enfin -, on l'anéantiroit ; & on ne par- 
leroit plus de germe , ni d'inocula- 
tion. 

Mais puifque la petite vérole eft 
une Idole à laquelle on veut absolu- 
ment facrifier ; examinons les avanta- 
ges que ce facrifice peut produire ; 
d'abord des plumes élégantes ont cher- 
ché à le repréfemer fous un afpecl 
riant ÔC agréable. On fit, dit-on, des 
rubans à [inoculation ; fans fonger que 
ces rubans font les chaînes qui retien- 
nent un monftre parmi nous ; fans 
imaginer que ces rubans font des ban- 
delettes quelquefois funeftes. On en- 
tendit prononcer fans effroi dans les 
cercles , un mot relégué depuis longtems 
dans les Ecoles de Médecine : tandis 
que c'eft un objet très-férieux , qui 
demande d'être traité dans ces Eco- 
les feulement, dont les effets font de 
la dernière importance , puifque la 
vie des hommes en dépend. L'i- 
noculation devint la nouvelle du jour , 



ai6 Histoire 

die força l'attention publique defe tourner 
vers cet objet : oui , parce que depuis que 
Ton inocule , la petite vérole n'a jamais 
été fi commune, & qu'on ne s'apperçoit 
pas que c'efï l'inoculation qui donne 
tous les jours naiflance à cette maladie , 
& multiplie fans ceffe les épidémies, 
quelque avantageuie qu'elle (oit , qu'el- 
le puifle jamais être : pourra-t-elle 
compenfer les maux qu'elle entraîne 
nécefîairement à fa fuite , en faifant 
renaître la petite vérole , qui ne dif- 
paroit plus aujourd'hui de chez nous , 
parce qu'on ne lui donne jamais le 
tems de dilparoître. Avant que l'ino- 
culation fut établie en France , en 
Angleterre ; il y avoit du relâche , 
des intervalles ; la petite vérole quit- 
toit quelques fois les villes pour n'y 
rentrer que plufieurs années après : 
mais depuis qu'on inocule , elle n'a 
jamais éré fi commune , on la réveille , 
on la fufeite , on la force enfin de ref- 
ter parmi nous ; on ne parle plus que 
de petite vérole. Un Inoculateur ou- 
vrant fa boëte de pandore, va vous 
la femer dans tout le nord , dans tout 
l'univers , dans tous les pays où elle 
n'a pas encore pénétré, Du moins au 

fond 



ce tA Petite Vérole. 1J7 

fond de la boëte de Pandore trova- 
t-on l'elpérance ; dans celle-ci on ne 
trouve que le germe d'une défolation 
éternelle. Si l'inoculation prend malheu- 
reufement dans le nord où la petite 
vérole étoit û rare au commence- 
ment de ce fiecle : que deviendront 
feshabitans? On leur rendra familier 
un fléau qui n'habitoit chez eux que 
de quinze en quinze ans ; ils avoient 
du moins le tems de refpirer : mais ils 
ne l'auront plus. 

Il ne s'agit pas d'éblouir les hom- 
mes , de fafciner les yeux par un ap- 
pareil, parla déclamation. Qu'eft-ce 
qu'on va faire en inoculant ? On va 
vous donner la petite vérole, une ma- 
ladie que vous n'avez pas , qu'il n'efr. 
pas néceflaire que vous ayez ; que vos 
ancêtres ne connoifToient pas ; qui va 
en faire naître d'autres ; multiplier le 
nombre des morts & des épidémies ; 
en voici la preuve. 

Lorfqu'on demanda vivement au 
fameux Jurin pourquoi la petite vérole 
avoit fait périr plus de monde en An- 
gleterre depuis l'établifTement de l'i- 
noculation, Fan 1713 que les années 
précédentes: il s'écria, fi tous avoient 
Tom, I. T 



2j8 Histoire 
été inoculés ; on auroit fauve un nom^ 
bre prodigieux de fujets. Belle défaite! 
peut-on inoculer tout le monde ? Peut- 
on forcer un père à donner une ma- 
ladie à toute fa poftérité ? 

Suivant le Nécrologe Anglois , que 
tout le monde peut conlulter ; avant 
l'établiffement de l'inoculation , depuis 
l'an 1683 jufqu'en 1720 inclufive- 
ment; c'elt- à-dire pendant les 38 ans 
qui ont précédé l'inoculation ; fur 
mille nés à Londres , il y en avoit qua- 
tre-vingt dix qui mouroient de la pe- 
tite vérole ; 6c depuis l'établiffement 
de l'inoculation , c'eit-à-dire depuis 
1721 jufqu'en 1758 inclufivement ; il 
en eft mort cent vingt-fept fur mille ; 
trente-fept par mille de plus depuis 
l'inoculation. De manière que depuis 
l'époque de cet l'établiffement , il eft 
mort à Londres , pendant l'efpaçe de 
trente huit ans 22700 malades de plus, 
de la petite vérole , qu'il n'en mouroit 
auparavant dans le même efpace de 
tems. Cette objeftion tirée du Nécro- 
loge Anglois fut propofée en 17^9, 
par M. de Haen ; M. Rafi de Lyon 
la faite depuis; point de réponfe, 
point de folution : on demande au nom 



de la Petite Vérole. 119 

de l'humanité qu'on y réponde. Mais 
que peut on répondre ? On ne fauroit 
nier des faits clairs comme le jour. 

L'inoculation fait renaître la petite 
vérole toutes les fois qu'elle paroît 
éteinte : en voici la preuve. 

Le Dotteur Waojiajf, Médecin An- 
glois, dans une lettre a M.Fréind,luidit 
qu'un Inoculateur ayant inféré du pus 
variolique à une perfonne; cet ino- 
culé en infe£ta fix autres du môme 
logis ; que de ces fix infeftés , il en 
mourut un , & qu'il n'avoit pas cru 
que la petite vérole artificielle put 
communiquer la naturelle : eh ! qu'eft- 
ce que c'eft que la petite vérole arti- 
ficielle ? n'efi ce pas toujours la petite 
vérole qui entre par une playe , au 
lieu que la naturelle entre par le nez, 
ou par la bouche , ou par les pores de 
la peau ; c'eft toujours la même ma- 
ladie. Auifi les Anglois qui fe font ap- 
perçus , mais trop tard , que leur 
Hôpital d'inoculation étoit un foyer 
d'où fortoient éternellement des pe- 
tites véroles ; ont-ils donné des or- 
dres pour empêcher la communication 
avec cet Hôpital ; & il eft même dé- 
fendu aux malades d'écrire des lettres 

Tij 



2ïo Histoire 

à leurs parents. M. Frewen Chirurgien 
& Apoticaire à Rye en Sufjex , ayant 
établi au bord d'un grand chemin un 
Hôpital d'inoculation ; les voyageurs 
ne voulurent plus y parler , & fe frayè- 
rent une route à travers les terres 
des voifins ; on regardoit fa boutique 
comme un magazin de poifons & de pe- 
tites véroles ; les propriétaires des ter- 
res voifines lui rirent un procès , &c 
l'obligèrent de tranférer ailleurs fon 
Hôpital &£ fa boutique, (a) Tout le 
monde convient que ces cruelles épi- 
démies qui ont ravagé Bojlon , Hart- 
ford , Londres , Cork en Irlande , &c. 
L'année que feu Monfeigneur le Dau- 
phin eut la petite vérole , furent une 
fuite de cette opération. ( b ) fi on 
n'arrête l'inoculation , on verra tous 
les jours cette cruelle maladie ; (on 
ne le voit que trop par-tout où on 
inocule ) infeder & ravager fans in- 
terruption les villes & les campagnes. 
Si l'inoculation rend donc la petite 
vérole plus fréquente ; fi elle la fait 

[a) Voy. Tableau de la petite vérole , par, 
Cantwel , pag. no. 

(a) IbiJ, pag. aji & fuivantes, 



èd la Petite Vérole. x%\ 
renaître quand eHe eft éteinte ; de 
quel avantage peut-elle être pour l'E- 
tat; il faut donc bannir une méthode 
fondée fur de faux principes , qui porte 
l'épidémie &C la contagion clans les 
fiecles à venir , & qui les multiple au- 
jourd'hui au point de ne laiflcr au.. 
intervalle libre. 

Sans être devin, ni prophète, on 
peut faire cette prédiclion : on verra 
le printems prochain , û on n'a pris 
aucune précaution , la petite vérole 
renaître dans tous les lieux où on a 
pratiqué l'inoculation cet automne ; 
(fi toutes fois la faifon eft favorable ) 
il en'fera de même dans tous ceux où 
on a vu régner la petite vérole na- 
turelle dans le même tems ; & dans 
tous les endroits où l'on aura fait quel; 
que expérience d'inoculation. Les cir- 
conftances du tems les plus favorables 
pour déterminer cette maladie à pa- 
roître plutôt dans un tems que dans 
un autre , font un air chaud & humi- 
de en même tems : mais on peut dire 
encore , toujours fans être devin nî 
prophète , qu'on ne verra pas renaî- 
tre cette maladie dans tous les lieux 
d'où elle a difparu entièrement , il y 

Tiij 



aix Histoire 
a un an ; à moins qu'elle n'y foit ap- 
portée , ou envoyée d'un pays infedé ; 
parce qu'il eft démontré que la femen- 
ce aue la petite vérole a laiffé après 
elle , expofée à l'air ; n'a plus la force 
de faire renaître la maladie au bout d'un 
an ; au lieu qu'elle conferve encore 
cette vertu , au bout de huit , neuf, 
ou dix mois. Alors fi on vouloit 
être un peu attentif fur les voies de 
communication ; on verroit la caufe 
qui la produit & la renouvelle , auffi 
bien que le médecin Danois qui la 
vit naître dans les Mes de Ferroé. 
Peut-être alors s'aviferoit-on de pren- 
dre quelques précautions ; furtout 
lorfqu'elles ne content rien à l'état 
comme celles que nous voulons pro- 
pofer. Si on étoit ainfi continuelle- 
ment en garde contre cette maladie 
dans toutes les villes ; on arrêteroit 
la contagion ; on l'empêcheroit de fe 
répandre de l'un à l'aurre ; car il faut 
être pénétré d'une vérité ; que lorf- 
qu'elle rentre dans les Villes qu'elle 
avoit quitté pendant des années entiè- 
res ; alors la contagion gagne peu-à- 
peu , & attaque , non plulîeurs enfans 
à la fois , mais les uns après les autres; 



de la Petite Vérole. îîj 

it notre négligence funefte nous empê- 
che tous les jours de voir fa marche , 
& de découvrir la manière dont elle 
pénètre dans l'intérieur des familles. 
G'eft à cette marche que nous nous 
fommes principalement attachés dans 
cet ouvrage , & on verra bientôt plu ■ 
fieurs moyens de communication qu'on 
ne foupçonne pas ; auxquels on ne 
prend pas garde , mais qui donnent , 
pour ainfi dire , des aîles à cette ma- 
ladie & la font pénétrer partout, jufque 
dans les Cours &c. ; & la découverte de 
ces moyens doit conduire naturelle- 
ment à ceux qui les empêchent d'agir. 
Mais il n'eft pas encore tems de quitter 
l'inoculation. Il ne fuffit pas de faire 
voir qu'elle n'eft d'aucun avantage 
pour l'état, puifqu'elle rend les épi- 
démies de petite vérole plus fréquen- 
tes; la mortalité plus confinérable ; Se 
qu'elle multiplie par conféquent les 
dangers de cette maladie ; il s'agit de 
voir û elle peut être de quelque uti- 
lité pour une ville. Et fuppofons pour 
un moment , que cette pratique ait 
lieu dans Paris , & qu'il y ait un Hô- 
pital d'inoculation. D'abord on choifit 
l'élite de la jeunette , les meilleurs 

Tiv 



Ï14 Histoire 
fujets d'un état -, parce que tous ne 
font pas propres à être inoculés. On 
choifit les plus fains , on abandonne 
les infirmes. Sur trois cens mille en- 
fans qu'il y a environ dans Paris ; on 
peut hardiment fuppofer qu'il y en a 
la moitié , c'eft-à-dire cent cinquante 
mille , pâles , infirmes , ou rachiti- 
ques, ou mal-fains : de façon qu'on 
ne livre alors que la moitié qui etl: 
faine à l'inoculation. On va donc rif- 
quer l'élite de tous les fujets d'une 
ville ; on va leur donner une maladie 
fure , infaillible , a la place d'une dou- 
teufe , incertaine , qu'on voit venir 
de loin , qu'on peut éviter. Les Inocu- 
tateurs font forcés de convenir que 
fans prendre beaucoup de précautions, 
même fans en prendre aucune , dans 
le climat de Pariï, il y a parmi les 
hommes un tiers qui n'a jamais la pe- 
tite vérole naturelle ; ici ce tiers de la 
fomme choifie , qui eut été fain , c'eft- 
à-dire cinquante mille font livrés aux 
dangers de l'artificielle; ici cinquante 
mille fujets , troquent donc leur fanté 
pour un mal , ou du moins pour une 
mutilation. Suivant la réduction faite 
fur le dépouillement des regiftres mor- 



de la Petite Vin ole. nj 

tuaires des Hôpitaux d'inoculation 
d'Angleterre ; il en meurt treize fur ' 
trois mille neuf cens inoculés , c'eft- 
à-dire un fur trois cent. Le Dofteur 
Jurin avouoit que dans les premiers 
tems qu'on inoculoit en Angleterre, 
il en mouroit deux ou trois lur cent. 
Dans un autre tems il a dit qu'il en 
mouroit un fur cinquante. Suivant la 
réponfe de M. Monro , Médecin d'E- 
dimbourg , qui a été confulté par les 
Commiffaires de la Faculté de Paris ; 
êc fur les obfervations réunies de tous 
les Inoculateurs d'Ecofle, il en meurt 
un fur foixante &£ dix-huit. Les Ino- 
culateurs François , n'ont pas été , à 
beaucoup près , auffi heureux que ceux 
d'Angleterre. D'après le calcul du Doc- 
teur Sceuckier , dans les huit premières 
années que l'inoculation fut en ufage 
en Angleterre , il mouroit une per- 
fonne fur cinquante inoculés. M. 
Monro fait obierver encore que le 
plus grand nombre de ceux qui ont 
été inoculés inutilement , c'eft-à-dire 
qui n'ont pas pris la petite vérole 
par l'inoculation , n'a pas été exempt 
pour cela de la petite vérole narurelle , 
ni de l'artificielle quand on les a ino- 



n6 Histoire 

culés une féconde ou une troifieme 
fois, (a) Ainfi l'Opérateur qui vous a 
inoculé inutilement , ne peut pas, vous 
garantir d'une petite vérole naturelle , 
première inutilité de l'inoculation. Si 
un tiers des hommes , dans ces climats, 
échappe à la petite vérole naturelle : 
fans même prendre aucune précau- 
tion ; c'eft donc en vain que ce tiers 
fera inoculé : féconde inutilité de l'i- 
noculation. Voyons combien il en ref- 
tera" de lains après l'inoculation bien 
administrée parmi nous : l'inoculateur 
a qui on vient de livrer ces trois cens 
mille enfans de Paris , en laifTe d'abord 
la moitié comme impropre à recevoir 
la petite vérole artificielle ; refle cent 
cinquante mille fur lefquels il va s'e- 
xercer : il en meurt un fur cinquante ; 
Voila déjà trois mille viûimes de l'i- 
noculation ; refle cent quarante-fept 
mille citoyens. Ainfi après un heureux 
choix des meilleurs fujets , après tous 
les frais d'un Hôpital ; l'inoculation dû- 
ment administrée , ne peut fauver à 

(a) Voy. Etat de l'Inoculation de la petite 
vérole en Ecofie , par Al. Monro. à Edimbourg 
1766. pa4- 61. 



de la Petite Vérole. 117 

l'état de toute la fomme fufdite , c'eft- 
à-dire de trois cens mille enfans , que 
cent quarante - fept mille citoyens , 
dont une partie court le riique de la 
récidive ; une autre a été inoculée inn- 
tilement ; ôc quelques-uns relient long- 
tems pâles , défaits &c malades. Voila 
dans toute la latitude poffible tout le 
bien qui réfulte de l'inoculation ; on 
doit fuppofer encore pour completter 
l'avantage de cette méthode, que tout 
le venin variolique relie enfermé dans 
un Hôpital , ans quoi ce feroit en- 
tretenir une épidémie éternelle , &c 
expofer les autres enfans qu'on a laif- 
fés , à la contagion. 

On voit par là que l'înoculateur ne 
peut promettre à l'état fur les trois cens 
mille enfans, que cent quarante-fept 
mille ; il entretient les épidémies &C 
expofe tous les infirmes, qu'il a aban- 
donnés , à la petite vérole naturel- 
le. Laiffons agir à préfent la petite 
vérole naturelle. D'abord il faut re- 
trancher des trois cens mille enfans, 
le tiers de la fomme qui échappe 
naturellejnent dans le climat de Paris, 
à la petite vérole ; c^'elt-à'-dire qui 
n'en eft jamais atteint ; voila déjà 



ls.8 Histoire 
cent mille enfans fauves de la petite vé- 
role naturelle ; enfuite mettons tout au 
pire , & difons avec les Inoculateurs, 
que la petite vérole naturelle fera 
périr le dixième : le dixième de deux 
cent mille , c'eft vingt mille ; ainfi 
il refte cent quatre-vingt mille; qui 
joints aux cent mille qui n'ont jamais 
la petite vérole , font deux cent qua- 
tre-vingt mille que la petite vérole 
naturelle lailTe en vie à l'état ; tandis 
que l'artificielle ne peut lui promettre 
de toute la fomme fufdite que cent 
quarante-fept mille. Comment , va-t-on 
s'écrier ? Ce n'eft pas poffible ; c'eft 
un raifonnement captieux ; c'eft un 
fophifme. Non , rien n'eft plus vrai. 
Mais dira-t-on encore , il eft clair com- 
me le jour que fur cinquante inocu- 
lés, il n'en meurt qu'un, tandis que 
fur cinquante attaqués de la petite véro- 
le naturelle , il en meurt cinq ? Oui , de 
ceux qui en font attaqués , mais tous 
ne le font pas, puifqu'il y en .a un 
tiers qui lui échappe ; alors la petite 
vérole naturelle ne peut s'exercer que 
fur deux tiers; & fi à cet avantage 
vous joignes celui des intervalles li- 
bres , des interruptions d'épidémies ; 



de la Petite Vérole. 229 
des défauts d'occafion de s'y expofer , 
des petites véroles naturelles béni- 
gnes ; alors vous trouverez la raifon 
pourquoi la petite vérole naturelle 
eft encore moins défavantageufe pour 
une ville , que l'établiffement de l'ino- 
culation : parce que les avantages réu- 
nis qui réfultent des intervalles libres , 
du bonheur qu'ont la plupart de n'en 
être pas attaqués du tout , de celui 
qu'ont les autres d'en avoir une bé- 
nigne , douce , fans danger , compen- 
fent les maux que la petite vérole na- 
turelle peut faire d'ailleurs , au lieu que 
l'inoculation n'a que de petits avanta- 
ges, & de grands inconvéniens ; elle at- 
taque tous les hommes , dans tous les 
tems , fans relâche , fans diftinftion , 
fans intervalle : elle ne donne jamais 
le tems de fe reconnoître , elle porte 
par-tout la petite vérole. Ainfi cette 
méthode confidérée fous des vues gé- 
nérales & politiques , n'eft bonne ni 
pour un Royaume, ni pour une ville 
en particulier ; donc elle doit être 
profcritè de l'un & de l'autre. 

Mais on va nous dire , un particu» 
lier. Oh ! c'eft un cas tout différent ; je 
preflens l'argument, §C je conviens d'à- 



i3o Histoire 

vance qu'il eft très - fort ; parce 
qu'il faut être vrai. L'inoculation 
eft du moins avantageufe , dit - on , 
pour un particulier qui veut préferver 
fes enfans , &: les fouftraire à la mort 
qui les menace dans une épidémie 
affreufe. Je réponds , s'il n'y avoit 
d'autre moyen d'écarter le danger, 
que l'Inoculation ; cela eft évident ; 
un père a raifon de défendre, comme il 
peut , fes enfans ; & furtout lorfque 
l'expérience a confirmé qu'il en meurt 
moins de la petite vérole inoculée 
que de la naturelle. Mais foyons tou- 
jours juftes : ce n'eft pas l'inoculation 
qui fauve vos enfans dans ce cas , 
c'eft la préparation , vous les avez 
difpofés d'avancé à recevoir un enne- 
mi , leur corps eft préparé pour lut 
donner moins de priié. Il ne faut pas 
fe faire illufion fur cette méthode : il 
ne faut pas s'imaginer qu'il y ait un 
talifman fecret dans les mains d'un 
Opérateur ; ni qu'il ait l'art d'adou- 
cir la petite vérole«qui paffe par fes 
mains ; il vous donne toujours une 
maladie peftilentielle qui n'a point 
changé, mais qui entre dans un corps 
prêt à la recevoir. Pourquoi faire 



de la Petite Vérole. 131 

une brèche à ce corps , tandis que 
cette maladie peut y entrer par les 
pores de la peau ? Pourquoi mutilez- 
vous alors vos enfant? N'eft-il pas 
plus fimple de les préparer, & de les 
expofer à la contagion , fans leur don- 
ner une playe, un ulcère quelquefois in- 
curable à l'endroit de l'iniertion. Lorf- 
qu'on demanda au grand Boerrhaave 
avant fa mort , ce qu il penfoit de l'i- 
noculation ; il répondit : fi vous vou- 
lez que vos enfans ayent la petite vé- 
role ; vous n'avez , après les avoir 
préparés , qu'à les faire coucher avec 
ceux qui en font infectés ; s'ils ne 
doivent pas l'avoir , ils- ne l'auront 
point; Si vous ne les forcerez pas 
comme vous faites, à recevoir un 
poifon malgré eux, & à contracter 
ou la petite vérole , ou tout autre ma- 
ladie à fa place. Cette rcponfe étoit 
digne de celui qui fut regardé , avec 
rai (on , comme le flambeau de la mé- 
decine, & l'ornement de fon fiecle ; 
& en effet , quelle néceffité y a-t-il 
de mutiler ainfi les enfans, de leur 
introduire par force un virus dans 
le corps , tandis que ce virus qu'on 
veut leur donner, peut entrer parles 



2.32 Histoire 
pores de la peau ? Pourquoi faire une' 
playe ? Et n'eft-il pas plus fage , au lieu 
de les inoculer , lorsqu'on eft décidé 
à prendre ce parti , & que la petite 
vérole paroît inévitable , de les expo- 
fer à la contagion , après les avoir pré- 
parés. Une Mère de famille (a) , auffi 
tendre pour fes enfans, que refpeftable 
à toute forte de titres, voyant la pe- 
tite vérole autour de fa maifon, & 
n'ayant que fespropres lumières ck fa 
tendrefle pour guides, prépara elle-mê- 
me trois ou quatre erifans qu'elle avoit 
auprès d'elle , encore jeunes ; ils eu- 
rent tous la petite vérole fans aucun 
danger , ni mauvaife fuite. Une con- 
duite fi fage , des foins fi éclairés & fi 
tendres , méritoient bien d'être cou- 
ronnés par le plus heureux fuccès. 
Cette préparation eft fi aifée , elle ne 
conlïïle que dans une faignée fi le fujet 
eft trop fanguin , une médecine légère, 
telle qu'une once de fyrop de chicorée, 
pour tous les enfans au deftbus de fix 
ans ; quelques delà) ans & rafraichif- 
fans , comme du petit lait , l'eau de 

(a) C'eft Madame à'Aïunves , de S. Quen- 
tin en Picardie. 



ce la Petite Vérole. 255 

poulet , une ptylane de racine de chi- 
corée , & un peu de régime pendant 
deux ou trois jours : c'eft la conftitu- 
tion d'ailleurs , & l'état aâuel du fu- 
jet, qui décident la doze & Ta nature 
des remèdes. Cela vaut bien mieux que 
tout l'appareil de l'inoculation ■ capa- 
d'effrayer des âmes timorées. Quelque- 
fois même les meilleures préparations 
■font inutiles , fuivant les remarques de 
Mrs. Jurin &C de Hacn , loi fque l'épi- 
démie eft douce , la faifon favorable, &C 
que le fujet eft fain & fans plénitude ; 
un régime convenable Tans évacuation 
fuffit. 

Il faudroit bien fe garder d'expo- 
fer à l'inoculation un fujet qu'on ne 
foupçonne pas fain , parce qu'alors on 
rifque tout ; & combien de iujetsy a-t-il 
aujourd'hui fur lefquels on ait une certi- 
tude phyfique qu'ils foient tains ? Oh 
les trouvera-t-on ? dans les villes ; 
j'en doute. Mais il faut bien d'au- 
tres précautions quand on veut inocu- 
ler ; il faut 1". s'amircr d'un ger- 
me qui foit pris fur un fujet parfai- 
tement fain. z°. Choiiir une raifort fa- 
vorable. 3 , Etre affuré que le fujet 
qu'on veut inoculer , n'eft pas déjà irt- 
' Tome L V 



134 Histoire 

fefté ; qu'il ne couve pas la petite vé- 
role , parce qu'alors au lieu d'une mala- 
die , il en auroit deux. Qui peut répon- 
dre qu'il n'en a pas déjà reçu l'impref- 
fion ? Et que l'Inoculateur qui voit 
journellement des malades attaqués de 
cette maladie , & dont les habits peu- 
vent en être infeftés , ne donnera pas 
la petite vérole à l'enfant , en lui ren- 
dant vifite , en le touchant , avant de 
l'inoculer : cette remarque a été faite 
plufieurs fois en Turquie ; voila pour- 
quoi on fait changer d'habit à l'Inocu- 
lateur , lorfqu'il entre dans une maifon 
pour inoculer. Mais après tous ces 
foins , ces vigilances, qui vous a dit 
que votre enfant n'eft pas du nombre 
de ceux qui n'auront jamais la petite 
vérole ; fi cela eft, quelle néceffité y a-t-il 
de lui inférer un poifon , un virus , le 
germe d'une maladie quelconque , in- 
troduit dans le corps , ne peut être 
que nuifible. Si l'enfant ne reçoit pas 
alors la petite vérole , il n'en peut ja- 
mais réfulter qu'un mal ; & il eft arrivé 
quelquefois qu'au lieu de donner la pe- 
tite vérole , on en a donné une autre 
plus graves ; ce qui a été obleryé en 
Angleterre. 



de la Petite Vérole. 23 ^ 
La méthode de Boerhaave , & cel- 
le de la tendre Mère dont nous avons 
parlé, n'ont pas tous ces inconvéniens ; 
la petite vérole entrera auilibien par 
les pores de la peau , que par une ou- 
verture artificielle , fi elle doit entrer. 
La nouvelle manière des Circafîîens efl 
encore préférable à l'inoculation. Le 
myitere de toutes ces méthodes , eft 
dans la préparation du corps ; mais 
aucune ne fera parfaite , que lorfque 
l'on aura préparé la peau. C'efr là le 
grand art connu de Rhasès , qu'on au- 
roit dû joindre à la tranfplantation dé 
cette maladie , lorfque les hommes fe 
font décidés à inférer la petite vérole 
dans le fang humain. Il doit fortir, je 
fuppofe , deux mille boutons , qui ten- 
dent du centre à la circonférence , & 
qui vont couvrir toute la furface du 
corps. Si toute cette furface efl égale- 
ment préparée , fi tout le tifîu de la 
peau efi bien relâché , fi tous les pores 
font bien ouverts , ces deux mille 
boutons vont fe diftribuer également 
& s'épanouir fur toute la peau , quel- 
que nombreux qu'ils foient , la petite 
vérole ne fera pas dangereufe , parce- 
que tout eft dehors : mais fi vous voulez 

V ij 



l3<5 Histoire 
foire fortir la valeur de ces deux miïïe 
boutons par une feule ouverture , par 
laquelle toute la matière doit parler , 
félon vous ; c'eft l'art le plus mal fon- 
dé qu'on ait jamais vu. Auffi arrive- 
t-il quelquefois dans l'inoculation , oii 
l'on ne s'occupe jamais de la peau , que 
toute la matière ne pouvant fortir par 
une feule ouverture , fe jette fur les. 
organes intérieurs , fe porte quelque- 
fois du côté des inteftins &occafionne 
une diarrhée qui fupplée au défaut d'é- 
coulement qui s'en fait à l'endroit de 
l'iniertion: alors l'éruption de la petite 
vérole ne fe fait qu'à demi , parce que 
la matière n'a que deux voies extraor- 
dinaires pour fortir : elle n'eft déter- 
minée à couler que par une ouverture. 
Le développement de la petite vérole 
fe fait donc mal , lorfqu'on inocule ; & 
en fuppofant que tous les hommes en 
ont le germe , ce prétendu germe fe 
développe donc mal. Difons mieux : la 
faculté qu'avoit l'homme de contracter 
la petite vérole , n'eft donc pas détrui- 
te chez lui par l'inoculation ; la difpofi- 
tion des humeurs y relie encore en par- 
tie: auiïi remarque-t-on que les inocu- 
lés, courent glus de nique de la récidç- 



de tA Pêtïte Vérole. 137 
ve, lorfqu'ils s'y expofent , que ceux 
qui ont eu la petite vérole naturelle. Et 
tandis que depuis l'efpaee de douze lie- 
dés que la petite vérole exrite parmi 
nous , on a oblervé rarement des réci- 
dives de petite vérole naturelle ; il y a 
déjà un nombre prodigieux d'exemples 
de récidive après l'inoculée : je fuis 
en état de prouver ce que j'avance» 
Nous en donnerons plufieuss exemples,, 
avoués publiquement par les Inocula- 
tei'irs. S'il faut éternellement fe faire 
illufion fur une méthode fi extraordi- 
naire , fi mal fondée ; fi on ne peut 
pas dire la vérité aux hommes ; fi un. 
Médecin eli condamné à être l'efclave 
de l'opinion du public : où eft alors le 
pouvoir d'exercer notre profeflïon ? 
Faut-il que Timpolture fouille notre 
bouche ? Faut-il fe jouer des hommes ? 
L'inoculation n'eft point un jeu : c'eft 
l'affaire la plus férieufe qu'on ait jamais 
agité. Si des particuliers ont fait ino- 
culer leurs enfans; leur exemple n'eft 
pas une loi pour les Médecins ; &C 
plufieurs d'entreux font trop juftes ,. 
pour nous empêcher de faire voir les 
iacorryéniens d'une nouvelle méthode j 



23S Histoire 

tandis qu'on permet tout aux Inocu- 

lateurs. 

Dans toutes ces pompeufes liftes 
qu'on nous donne des illuftres inoculés, 
on ne parle jamais des morts; on tire 
le rideau fur tous les infortunés, on ne 
vous fait voir l'inoculation , que par 
fes côtés brillans ; on l'entoure de guir- 
landes; on lui fait des rubans, &on 
couvre de fleurs le tombeau des victi- 
mes. Qu'on confulte les Mémoires de 
M. dt l'Epine (a) , ce n'eft pas un Ora- 
teur qu'il faut entendre, un Ecrivain qui 
s'égaye ; ce ne font pas là les Juges dans 
cette caufe : c'eft la voix des Médecins 
confommés dans la pratique , qu'il faut 
écouter. M. de l'Epine , qui eft dans 
ce cas , a juftifié par fes écrits le choix 
honorable que la Faculté de Médecine 
de Paris a fait de lui pour défendre la 
bonne caufe. C'eft-là où l'on voit tou- 
tes ces victimes d'une crédulité préci- 
pitée. Il n'entre pas dans notre plan de 
rappeller ici des douleurs , de r'ouvrir 

(a) Voyez le rapport (ur le fait de l'Inocula- 
rion , lu en préience de la Faculté, à Paris 
1765. 



de la Petite Vérole. 139 
des plaies à peine fermées , de met- 
tre ious les yeux une infinité d'exem- 
ples de ces iujets inoculés mal-à- pro- 
pos , attaqués de fièvres fécondai- 
res , d'engorgement de glandes , d'ul- 
cères rébeles à l'endroit de l'infertion; 
de ceux qui reftent toute leur vie pâles, 
triftes , languiffans ; de ceux enfin , 
qui ont fuccombé à la violence de cette 
maladie. Qu'on parcoure ce qu'on a 
écrit contre l'inoculation (a) , & qu'a- 
vant de précipiter un Jugement, fur une 
affaire importante , on écoute les deux 
parties. Un Juge équitable écoute tou- 
jours deux voix avant de prononcer: 
mais aujourd'hui la plupart des particu- 
liers fe décident fur des oui-dire ; fur 
des brochures d'un bel efprit , fur le Ju- 
gement d'un critique qui fait de mauvai- 
fes plaifanteries. Dès-lors on devient 
enthoufiafte , on prêche l'inoculation , 
fans favoir fi la petite vérole eft une 
maladie nouvelle , fi elle eft contagieu- 
fe ; fi l'inoculation peut donner naif- 
fance à des épidémies cruelles, & faire 

(a) Recueil des pièces concernant l'inocu- 
lation. 
Tableau de la petite vérole, par Cantwd. &c. 



£40 Histoire 
périr un million d'hommes. Ne prévoit' 
on pas le malheur qui menace la porté- 
rite , & les reproches qu'elle nous fera 
d'avoir déterminé les autres hommes, 
encore en fufpens , à lnitranfmettre ce 
fléau : leslnoculateurs, eux-mêmes, ne 
prévoyent-ils pas qu'ils vont rendre la 
petite vérole fi commune , que la plu- 
part de ceux qui ont été inoculés , au- 
ront encore la petite vérole , & leur 
reprocheront fans ceffe de leur avoir 
donné la première. Comment ne crai- 
gnent-ils pas défaire naître tout -à-coup 
dans une mauvaife faifon , des épidé- 
mies affreufes de petite vérole , dans 
les villes où elle paroiflbit affoupie. 
Et ileft de l'intérêt des Inoculateurs de 
profcrire la nouvelle méthode , pour fe 
mettre à couvert des reproches aux- 
quels il doivent s'attendre. 

Il faut finir le tableau de l'inocula- 
tion par une comparaifon qui rende 
fes effets fenfibles. Il réfulte de; toutes 
les obfervations recueillies en Europe , 
fur le fait de cette méthode , que fur 
cinquante inoculés , mettons foixante, 
il en meurt un : pour donner une idée 
de la petite vérole & de l'inoculation , 
je me fers-de cette image. Je me repré- 

k-nte: 



de la Petite Vérole. 141 
fente un homme affis fur le bord d'une 
mer qui av.oit été toujours tranquille , 
où les hommes alloient autrefois en 
fureté , mais que plufieurs caufes ren- 
dirent orageufe dans le fixieme fiecle , 
& qui depuis le fut toujours. Cet hom- 
me contemple plufieurs batteaux qui 
voguent fur cette mer , & parmi leur 
nombre il en eft un qui fixe toute fon 
attention , parce qu'il contient foixan- 
te jeunes perfonnes qui lui font toutes 
également chères , & qui fans force ôc 
fans expérience encore, lui cèdent le 
droit de difpofer de leur fort. Il fe for- 
me dans le lointain une tempête qui s'a- 
vance , & femble menacer tous ceux 
qui font fur cette mer : les uns la 
fuyent , les autres la bravent , parce 
qu'ils y font accoutumés ; d'autres en- 
core plusiages en la fuyant , cherchent 
un afile affuré dans des angles de ro- 
chers. Cependant cet obfervateur allar- 
mé craint pour tous ceux dont la vie 
lui a été confiée ; mais le batteauquiles 
porte n'eiî pas éloigné du rivage , il 
eft à l'entrée du port, &C un tiers de 
la troupe fait nagèV, Cet ami qui a vu 
régner fi fouvent des tempêtes fur cetç 
Tom. I X 



24* Histoire 

te mer ; & qui a oublié les caiifes qui 
les font naître , fe perfuade enfin que 
tou^ les hommes qui y paffent , font 
condamnés par un deftin irrévocable 
à les éprouver au moins une fois en la 
vie : & l'expérience lui ayant appris 
que le bruit du Canon écartoit l'orage 
•& une partie du danger , il fe difpofe 
à mettre le feu à un qui eft placé fous 
fa main ; mais ce canon qui eft fixe , 
fe trouve malheureufement fi près & 
fi bien pointé fur la poitrine de tous fes 
amis , que s'il vient à tirer , il eft affu- 
ré de les blefler tous & d'en mettre un 
à mort ; ce n'eft qu'à ce prix qu'il peut 
calmer & détourner une tempête qui 
n'eft encore que menaçante : il le voit , 
il le fait ,.il ne fnuroit détourner le 
coup , ni déranger le canon qui eft fi- 
xe ; il croit qu'il n'y a que»ce moyen 
d'écarter l'orage ; tandis qu'il a mille 
bras pour les fécourir en cas de dan- 
ger , & qu'un tiers fait nager ; tandis 
qu'il en a vu d'autres fë fauver & fe 
mettre â couvert dans des angles de 
rocher; bien plus,. il peut au moyen 
d'un cable qui tient* au batteau , rame- 
ner à lui , à force de bras , tous fes 



de la Petite Vérole. 243 
amis , & les fouftraire entièrement à 
la tempête , qui n'eft encore que me- 
naçante ; cependant cet homme , mal- 
gré toutes ces confédérations , oubliant 
tout-à-coup les fecours qu'il a en main , 
& n'ayant-confiance qu'au canon , tire , 
le coup part , ôc l'un d'eux vient expi- 
rer à les yeux. Je le demande à vous- 
même , ô Inoculateurs ! quel parti 
prendriez-vous ? Ce (éroit fans doute 
celui de ramener le batteau au rivage. 
C'eft celui que nous voulons vous of- 
frir. Doit on blâmer ceux qui ont fait 
inoculer leurs entans ? Non. Ils igno- 
roient qu'il fut un tems où cette mer 
étoit tranquille ; ils croyoient que la 
tempête étoit inévitable ; ils n'avoient 
pas vu ceux qui s'étoient réfugiés entre 
des rochers , ni le cable qu'on tient tous 
les jours en main pour ramener le bat- 
teau au rivage. Et d'ailleurs bien des 
amis leur avoient perlundc qu'il n'y 
avoit pas d'autre moyen de calmer l'o- 
rage , que le bruit du canon. Il eft 
dou'oureux pour nous , d'être forcés 
d'avertir que l'inoculation ne met point 
à l'abri du retour de la petite vérole , 
comme plufieurs obiervations viennent 
de le confirmer; ce n'eft qu'avec peine 

Xij 



244 H I S T O IRE 

qu'on donne un regret à tous ceux qui 
ont fait inoculer leurs enfants : mais il 
eft effetiel de donner une idée jufie de 
la petite vérole , de l'inoculation & de 
fes effets ; afin qu'au lieu de prendre un 
remède qui nourrit une maladie , on fe 
ferve des véritables moyens pour s'en 
défendre. Cacher la vérité aux hom- 
mes , les bercer continuellement de 
l'idée d'un germe qurn'exifte point , &C 
dont il n'y a point d'exemple dans la 
nature humaine ; leur dire la petite vé- 
role eft inévitable , vous y êtes tous 
condamnés ; il faut fe familiarifer avec 
elle , comme les Turcs avec la pefte ; 
il faut la donner à tous les enfans ; fa 
femence eft dans le fein de toute l'huma- 
nité ; une deftin irrévocable vous y 
foumet ; l'inoculation vous met à l'a- 
bri du retour. N'eft-ce pas fe jouer de 
tout le genre humain ? Dans les fiecles 
barbares , il étoit permis de tenir ce 
langage ; mais dans le fiecle de la Phi- 
lofophie , peut-on penfer de même ? 

Plufieurs perfonnes qui ont l'ame 
aufïi belle que le cœur fenfible , fé- 
duites par le langage des amis de la pe- 
tite vérole ( car la petite vérole a beau- 
coup d'amis ) , & par la nouveauté de 



*»e la Petite Vérole. 145 
l'art afiatique , font décidées à ne point 
faire inoculer leurs enfans , fi on leur 
donne des preuves de récidivé après 
l'inoculation. D'abord il me femble 
qu'on n'a pas befoin de donner des 
preuves de récidive , puifqu'il efl: in- 
conftable qu'on peut avoir la petite vé- 
role naturelle deux fois ; cela arrive 
tous les jours; & qu'elle foit prife par 
l'inoculation ou par toute autre voy.e , 
c'eft toujours la même maladie ; c'eft 
toujours la petite vérole ; il n'y a point 
de charme lecret dans cette opération. 
Mais pour fatisfaire les incrédules , & 
ceux qui ont fait des défis imprudens, 
donnons des preuves de récidive de 
l'une ôc de l'autre. Servons-nous des 
autorités les plus refpeftables , Se du 
propre aveu des Inoculateurs. 

D'abord il eft prouvé qu'il y a des 
peuples qui ont jufqu'à cinq fois la pe- 
tite vérole naturelle : aux Indes Orienta- 
les , & en Egypte cela n'eft point rare. 
Les Médecins Arabes avoient obfervc 
que cette maladie attaquoit fouvent 
deux fois la même perfonne : & Rha- 
sès dit que lorfque la petite vérole a 
été légère dans l'enfance, elle revient 
dansl'adolefcence. Mais fans avoir re- 
Xiij 



0.^6 Histoire 
cours à l'Afie , voyons ce qui s'obfer- 
ve parmi nous , qui n'y fommes pas û 
fouvent expoiés. D'abord je demande 
à tous les Médecins de bonne foi , à 
tous les particuliers , s'ils ne connoif- 
fent pas pluiieurs exemples de récidi- 
ve de petite vérole naturelle. Marcel 
JDonat (<z) dit avoir vu une fille qui 
eut dans la même année deux petites vé- 
roles bien marquées. Samuel Dwighi 
(F) dit qu'on a vu en Angleterre une 
nourrice qui après avoir été marquée 
& défigurée trois fois par la petite vé- 
role , mourut enfin de la même mala- 
die. Il eft vrai qu'on ajoute qu'elle s'y 
étoit trop expofée : auflî n'y a-t il rien 
de plus imprudent que de s'expofer à 
prendre la petite vérole ; tous les 
hommes ne la prennent pas à la vérité 
plufieurs fois , le monde feroit bientôt 
déiert; la Providence ne la point per- 
mis ; mais il y a des perfonnes qui de- 
viennent les viûimes d'une fécurité 
auiîi peu fondée, (c) Paris a fourni l'e- 

{a) Marcellus donalus de variolls & mo'rb* 
pag. 61. 
1 (b) Tratfatus de variolls & morbill. pag. «o. 
(c) De Haen , Qnc/liortes fœplus propofitx 
fuper methodo inoculandi variolhs. 



de la Petite Vérole. 247 

xemple d'une feptieme petite vérole , 
fi maligne , qu'elle emporta le malade 
qui avoit déjà réfifté aux fix autres , 
dont quelques-unes avoient été con- 
fluentes. 

Dubois (a) Chirurgien de Paris , 
nous dit que la fille de M. Aforti , 
avoit eu deux fois la petite vérole 
étant fille, &C qu'en 1719 elle fut at- 
taquée de la petite vérole une troi- 
fieme fois. On a vu encore à Paris 
un Apoticaire , nommé Fourcroi , qui 
a eu la petite vérole trois fois ; fa 
fille aînée , qui femble avoir hérité 
de fon père la même difpofition , la 
eu de même trois fois avant l'âge de 
huit ans : enfin tout le monde connoît 
cette obfervation de Borellus (£) fur 
cette fameufe femme de Boulogne , 
qui eut fept fois la petite vérole , &C 
qui en mourut à la huitième dans un 
âge très-avancé, puifqu'elle eut le bon- 
heur de vivre cent dix-huit ans. Le 
célèbre (c) de Haen , peu furpris de 

{a) Dubois , Obfervat.&C réflex. fur la pe- 
tite vérole, pag. 85. 

(b) Borellus , Cent. III. obferv. 10. 

(c) De Haen. ibidem. 

Xiv 



%4% Histoire 
tous ces exemples de récidive , dit 
que cela n'eft point rare , Se qu'il en 
a vu & noté plusieurs; il parle en- 
tr'auîres d'une fille qui en fut marquée 
deux fois ; & il ajoute , » fi quelqu'un 
» en doute , il n'a qu'à venir dans ma 
» rue , je la lui ferai voir ; elle loge 
» tout près de ma maifon, à Vinde- 
» bone. Nous fommes quatre méde- 
» cins , dont deux font partifaus de 
» l'inoculation , qui l'avons examinée. 
On ne finiroit^fi l'on vouloit ramafler 
toute les obfervations qu'on a tait fur 
cet objet. Béer {a) nous affure pofi- 
tivement qu'on a vu à Léipfick , une 
fille qui a eu la petite vérole quatre 
fois ; deux fois avec des puflules or- 
dinaires, une fois lymphatiques , & 
la dernière fois en pointes. Morton^ 
Werlhoff, Cantwel , le Journal de Mé- 
decine de Vandirmondc &c. fournif- 
fent de pareils exemples. Plus on s'y 
expofe , plus on court rifque de la 
gagner, quand même on l'auroit eu 
plufieurs fois : & il y a des gens affez 
imprudents pour ne pas éviter les ap- 

(a) Béer , Dijfertar. in auguralis, devario- 
tar. exiirp. Lifjïœ 1761. p. 30. 



de la Petite Vérole. 149 
proches d'un malade ; il y en a d'au- 
tres , qui {ans ceffe obligés de s'y ex- 
pofer , forcent pour ainfi dire la ma- 
ladie d'entrer dans un corps , dont les 
humeurs ne font plus difpofces ni à la 
recevoir entièrement j ni à la dévelop- 
per : alors on n'a qu'une petite vérole 
locale ; & j'ai vu à Paris des Garde 
malades , qui toutes lesfois qu'elles 
foignoient des varioles, avoient les 
bras & les mains couverts de pullu- 
les de petite vérole. Je ne prétends 
pas altérer ici la tranquillité de ceux 
qui l'ont eue une fois , je fais qu'on ne 
l'a pas communément deux fois ; 
mais on a tort de nier des faits , 8c 
tous les exemples de récidive : cela 
produit un grand mal : dans cette 
confiance , on s'expofe , on vifite , 
on touche un malade fans aucune 
appréhenfion , & il arrive qu'on prend 
un féconde fois une maladie qu'il né- 
toit pas nécelfaire d'avoir feulement 
une. c'eft une pefte qu'on doit tou- 
jours fuir; c'eft un leurre qui dort , 
mais qui fe réveille avec rage 6c fu- 
reur. 

La petite vérole artificielle , tou- 
jours petite vérole fous quelque forme 



15e Histoire 
qu'elle paroiffe, auroit-elle le privi- 
lège exclufif de préferver du retour, 
tandis que la petite vérole naturelle 
ne l'a pas ? Un fameux Inoculateur An- 
glois , avoit dépofé il y a environ deux 
ans , une fomrrfe de dix mille livres , 
chez un Receveur - Général des Fi- 
nances de la Place Vandôme à Paris , 
pour celui qui fpurniroit un exemple 
bien avéré de récidive de petite vérole 
après l'inoculée ; il s'alloit préfenter 
quelques perfonnes munies de bons 
certificats , lorfque cet inoculateur 
adroit retira fon argent : les perfonnes 
un peu délicates ne fe mocquent pas 
ainfi des hommes dans une affaire 
auffi férieufe. Si l'on fait aujourd'hui 
un jeu de l'innoculation ; l'humanité y 
joue très-gros , & rifque beaucoup 
d'y perdre. 

Le fameux Jurin, le premier Apô- 
tre de l'inoculation en Angleterre , 
fut forcé de convenir avec Ifaac Maf- 
fey, qu'on y a vu un (a) exemple <Je 
récidive dans les premier tems de l'i- 



(a) Voyezle Recueil des pièces concernant 
l'inoculation pag. 84. 



de la Petite Vérole. 2.51 
inoculation, (b) Kirkpatrick , autre zélé 
parîilan de la nouvelle méthode, preffé 
par iix exemples d'inoculés avec fuc- 
cès , qui avoient eu enfuite la petite 
vérole naturelle , en contefte trois , 
& parle condamnation fur les trois 
autres. Les Inoculateurs preffés par 
tous ces faits , accordèrent d'adord 
qu'il y avoit des exemples de réci- 
dive , d'une perfonne fur quinze mille. 
Preffés de nouveau , ils ont fait mon- 
ter le nombre à un fur dix mille : 
preffés encore de nouveau , à un fur 
huit mille : enfin ils ne favent plus 
que répondre , parce qu'il faut faire 
tous les jours de nouvelles déduirions , 
de nouveaux calculs ; ne vaut-il pas 
mieux convenir de bonne foi que la 
petite vérole artificielle eft comme 
la petite vérole naturelle ; ck que tou- 
tes les fois qu'on fera expofé à la pre- 
mière , on courra rifque de la con- 
tracter : l'inoculation n'eft point un 
préfervatif de petite vérole ; on ne 
prétend pas peut-être nous la donner 
à ce titre. Ce n'eft que l'art de don- 

(a) Voy. ibid. pag. <<f. & Kirkpatrik, Ana- 
lyfe de l'inoculation. A Londres 1754- 



252 Histoire 

ner la petite vérole avec le fer. Le cas 
de Madame la Duchefle de *** ino- 
culée par M. Gatty qui l'avoit garan- 
tie du retour , eft connu de tout Paris. 
Deux demoiselles Julien, filles d'un 
fameux Banquier de Paris , de ce nom , 
inoculées d'abord avec fuccès par le 
même inoculateur, ont repris toutes 
deux la petite vérole naturelle , quel- 
ques tems après , parce qu'elles s'y 
font expofées. Et fi on écoute les Ino- 
culateurs fur tous ces faits , ils font 
tomber la faute fur l'Artifte; ils di- 
fent , ce n'eft pas la faute de l'art. Sin- 
gulière défaite : c'eft ra faute de l'art , 
de l'Artifte , & de la maladie qui met- 
tra tous les jours ea défaut tous les 
Inoculateurs , parce qu'elle eft tou- 
jours la même , &C qu'elle reviendra 
toutes les fois , peut-être , qu'on y 
fera expofé , fuivant la difpofition 
des humeurs. Si l'inoculation au moins, 
étoit un remède quelconque j on 
pourroit croire qu'elle vous préfer- 
ve d'une maladie ; mais ce n'eft au- 
tre chofe qu'un moyen de forcer la 
nature à contracter un mal. Un Ino- 
culateur porte la petite vérole dans 
fa poche , il vous la donne : voilà tout 



de la Petite Vérole, iff 
le myftere ; cela eft-il capable de vous 
préferver du retour de la petite vérole, 
lorfqu'il eft prouvé qu'elle revient plu- 
fieurs fois. Il y a quelque chofe de plus 
fort ; c'eft que l'inoculation faite infruc- 
tueufement fur un fujet , ne le met pas 
à l'abri pour cela de la petite vérole 
naturelle dans la fuite ; c'eft une vérité 
confirmée par une infinité d'obferva- 
tions , (a) & que M. Monro , Médecin 
d'Edimbourg vient de faire remarquer 
de nouveau aux Médecins de Paris, 
dans fa réponfe aux Commiflaires de 
la Faculté. 

Un jeune Anglois fut traité àRheims 
en 1736, de la petite vérole par M. 
Jofnet , Profeffeur en Médecine de 
l'Univerfité de cette ville, qui en a 
produit le certificat figné de fa main , 
&C de celle de deux Notaires ; fcellé 
& controllé à Rheims. Ce jeune An- 
glois avoit été inoculé à Londres, 
quelques années auparavant , ce qui 
furprit beaucoup fon Gouverneur, qui 
croyoit qu'après l'inoculation , on ne 
pouvoit pas avoir la petite vérole. 

(a) Voyez Recueil des pièces concernant l'ino- 
cula tien, pag. 86. Rapport des Jîx Commiflai- 
res. p. 28. &c. 

Tome I, * 



t Ç4 Histoire 

Mademoifelle Branche , demeurant 
à Paris , au Collège de Seez , rue de la 
Harpe , âgée de dix-neuf à vingt ans y 
fut inoculée il y a quatre ans ; il parut 
des boutons autour des incitions : la 
maladie eut fon cours ordinaire. Cette 
demoifelle ne s'attendoit à rien moins 
qu'à une récidive de petite Vérole, 
lorfqu'elle en fut attaquée à la fin de 
l'année 1766. (a) 

Mademoifelle de Neuville , PenAon*- 
naire aux dames de la Préfentation , 
rue des Portes , inoculée &c garantie du 
fetour ; a été attaquée un an & demi 
après d'une petite vérole confluen- 
te"(£). 

Si l'on étoit curieux de voir une in» 
finité de pareils exemples, il n'y a 
qu'à confulter le Tableau de ta petite 
fèrole par M. Cantwel , le Recueil des 
pièces concernant l inoculation , la Réfu- 
tation de t inoculation , par M. de Haeti 
€rc. & furtout le Rapport des fix Com- 
tn'tffaires de la Faculté de Paris , & 
le Supplément au premier Rapport. 
C'eft là où Ton trouve des faits au- 
tentiques qui prouvent ces récidives : 

(*) Voyez Supplément au rapport des fix 
Commiffaires. p. 9}. 
I*) MU. p. 10), 



de la Petite Vérole. 155 

mais de peur que le public ne s'ima- 
gine pas qu'on le trompe; comme 
cet inoculateur imprudent , qui lui 
avoit donné une amorce de dix mille 
livres. Nous allons rapporter les pro- 
pres témoignages Se les aveux publics 
des partifans les plus outrés de l'ino- 
culation : mais pour lefquels la vérité 
eft aufîi précieufe que le bonheur du 
genre humain dont ils s'occupent ; 
car ce n'eft point un crime de fe trom- 
per, omnis homo fallax. Voici ce que 
dit le fils du fameux Emmanuel Ti- 
mony , Médecin de Conitantinople , 
qu'on peut regarder comme l'Auteur 
de l'inoculation en Europe. .Ce Méde- 
cin fit inoculer fa propre fille , Coco- 
nain Tim ny , encore au berceau , qui 
mourut entuite de la petite vérole 
naturelle à l'âge de : o ans : un coup 
défiai auffi malheureux pour un père, 
auroit bien du le dégoûter pour tou- 
jours de cette méthode. Voici les pro- 
pres paroles de fon fils, (a) 

\d) Voyez la DiiTertation fur l'inoculation de 
la petite vérole, par M. Antoine Jimony , Do- 
cteur en Médecine à Conffontinople , fils 
à.' Emmanuel Tiino/ijf ; dans PHifroire naturelle 
de l'homme malade , par M. ÇUrc. fans 1767, 
Tom. IL pag. toi. 



. 



256 Histoire 

» Après avoir détaillé les obferva- 
» lions qu'une pratique continue , &C 
» des expériences réitérées , m'ont 
» fait faire. Je vais raporter le cas 
» de ma fœur , morte de la petite vé- 
» rôle à l'âge de 22. ans, quoiqu'elle 
» eut été inoculée au berceau. Le 
» Docteur Emmanuel Timony, mon 
»pere, fe trouvant en 1717 avec le 
» Chevalier Vorthley , Ambafladeur 
» d'Angleterre à Adrianople , écrivit 
» à ma mère, qui étoit ici , de faire 
» inoculer mon frère cadet , âgé de 
» dix-huit mois , ainfi que ma fœur 
» qui n'en avoit que fix. Ma mère 
» appella un habile Médecin pour faire 
» cette opération de la manière ac- 
» coutumée ; dix jours après , l'érup- 
» tion fe fit ; mon frère eut dix bou- 
» ton , ma fœur en eut un de plus 
» vers la nuque du cou , qui fupura 
» plus longtems que les autres. Tous 
» les deux furent bientôt guéris ; on 
» les croyoit délivrés de cette mala- 
» die pour jamais : vingt ans après, 
» ma mère fit inoculer une des filles 
» qu'elle avoit eu d'un fécond maria- 
» ge avec M. H. . . Ma fœur qui ne 
» craignoit point d'avoir la petite vé- 

» rôle 



be la Petite Vérole, xjj 

» rôle une féconde fois , paffa une 
» nuit dans le lit de la maiade. Trois 
» jours après la petite vérole fe ma- 
» nifefta avec les fymptomes les plus 
» viol ns , ôc ma fceur mourut le 
» treizième jour de fa maladie. Cette 
» cataftrophe me rapelle un cas à peu 
» près femblahle , mais qui fe termina 
» heureufement. 

» Un jeune homme qui eft aujour- 
» d'hui interprète de l'Ambaffadeur de 
» Hollande , fut inoculé à lage de 
« onze mois ; il eut une trentaine de 
» boutons au vifage , foixante fur le 
» corps , & fut bien guéri : fept ans 
» après un de fes frères cadets eut la 
» petite vérole naturelle , Se celui-là 
»> entroit librement dans la chambre 
» de celui-ci. Après plufieurs accidens 
» la petite vérole s'annonça par des 
» boutons qui occupoient toutes les 
» parties du corps ; elle étoit con- 
» fluente & maligne , le danger fut 
» grand, mais le malade eut le bon- 
» heur d'en échapper. 

» J'ai cru que le langage de la vérité 
» étoit préférable à l'élégance du ftyle 
» & à la force des argumens. 

Voilà le fils de l'Auteur de l'inocu- 

Tomt I, Y 



258 Histoire 
lation qui parle ; ira-t-on épiloguer ," 
fubtilifer fur tous les faits dont l'évi- 
dence eft prouvée dans toute fa 
clarté. 

Mais ce qui doit mettre le dernier 
fceau à la vérité, & à l'e.vclufion en- 
tière de la nouvelle méthode , c'eft 
l'aveu public de M. Antoine Petit , 
dont les lumières & la célébrité font 
connues aujourd'hui de toute l'Eu- 
rope, & qui a été choifi par la Fa- 
culté de Médecine de Paris , dont il 
eft membre, pour défendre la caufe 
de l'inoculation : ce Médecin eflima- 
ble , toujours conduit par l'amour du 
vrai , vient de faire part au public , 
dans une lettre adreffée à M. le Doyen 
de la Faculté , de deux faits intéref- 
fants, dont il a été le témoin ocu- 
laire. Une jeune demoilelle qu'il ne 
nomme pas , inoculée il y a trois ans, 
par M. Gatti , avec fuccès , a été at- 
taquée d'une vraie petite vérole. M, 
Petit après l'examen de cette maladie, 
dit au père de cette fille , » qu'il ne 
» falloit point fe faire illufion fur cette 
» objet , ce font fes termes pag. 7 , 
» & que mademoifelle {a fille était at- 
» taquée d'une vraie petite vérole : 



t»E la Petite Vérole. 25g 
M. Petit toujours l'ami du vrai , con- 
tinue pag. iz 6c 13. » Cet exemple 
» eft peut-être celui de tous , qui peut 
» faire le plus d'imprefîion , parce 
» qu'il a été vérifié , & qu'il lé tronve 
» avoué &£ publié par un des plus zé- 
» lés partifans* de l'inoculation. 

» Il eft encore une circonftance 
» (dit-il pag. ii.) importante que je 
» ne dois pas paflèr fous filence , la 
» voici : un an après que la même de- 
» moifelle eut été inoculée , elle fut 
» prife d'une maladie qu'un Médecin 
» de Paris , habile & expérimenté, 
» regarda comme une petite vérole 

» véritable &C dont les boutons 

» avoient marqué la peau. Si l'on veut 
» regarder cette maladie •( dit-il ) com- 
» me une vraie petite vérole , il fe 
» trouve qu'après l'inoculation prati- 
» quée avec fuccès , mademoifèlle *** 
» a eu deux fois la maladie dont on 
» cherchoit à la préferver. 

» La fceur cadette de la demoifelle , 
» (continue M. Petit pag 30 ) , dont 
» nous venons de rapporter l'hiftoire , 
» a été inoculée darjs le même rems , 
» par le même praticien , & avec le 
» même fuccès : fe croyant à l'abri 



160 Histoire 
» du retour de la petite vérole , elle 
» a donné des foins à mademoifelle 
» fa lœur dans la dernière maladie 
» dont nous venons de rendre compte. 
» Quinze jours ou trois femaines après 
» la convalefcence de la malade , 
» celle-ci a été prife d'une véritabLe 
» petite vérole confluente. Je ne parle 
» point par des oui- dire, j'ai vu la 
» jeune perfonne au fort de fa ma- 
» ladie. 

Il feroit bien à fouhaiter que tous 
les partifans de l'inoculation fuffent 
d'auffi bonne foi que M. Petit. 

Le fameux Jurin, Secrétaire de la 
Société Royale de Londres , dont 
nous avons paie , difoit que l'éta- 
bliffement de l'inoculation demandait 
l'expérience de plufieurs années , de 
plufieur fiecles, ( il eut peut être mieux 
dit d'un feul jour) & qu'un feul exem- 
ple de rechute, devoit la faire tom- 
ber entièrement : voila lés paroles du 
plus grand partifan de l'inoculation. 
Frewin , célèbre Inoculateur Anglois r 
a dit la même chofe : s'ils, vivoient , 
que diroient-ils aujourd'hui? Si l'inocu- 
lation n'eft bonne , ni pour un Etat , 
si pour une ville , comme nous l'a- 



de la Petite Vérole. i6t 

vons prouvé, ni pour un particulier, 
fi. elle ne le met point à l'abri du re- 
tour de la petite vérole naturelle ; à 
quoi eft. elle bonne ? Si elle n'eft bonne 
à rien, il faut la profcrire. Si nous 
n'avions pas de meilleurs moyens à 
propofer à l'état ; s'il n'y avoit d'au- 
tres reffource pour un particulier que 
l'inoculation ; & qu'il fut obliger d'op- 
ter entre la petite vérole naturelle & 
l'artificielle ; il faudrait permettre à 
ce particulier d'inoculer Ion enfant , 
dans une maifon de campagne avec 
des précautions , de peur de donner 
naiflance à une épidémie , & de ren- 
dre la petite vérole plus commune : 
mais il y a mille reffources plus heu- 
reufes que l'inoculation. Qu'on fuive 
le précepte de Boerrhave ; qu'on imite 
la conduite de cette tendre mère qui 
prépare elle même fes enfans : qu'on 
imite encore fi l'on veut , celle que 
fuivent aujourd'hui les Géorgiens &C 
les Circaffiens ; toutes ces pratiques 
feroient préférables à l'inoculation. 
On n'auroit pas le même regret , après 
un retour de petite vérole , parce 
qu'on n'auroit pas forcé la nature. 
Chaque fiecle eft marqué par quel- 



iéi Histoire 

que particularité finguliere. L'inocula- 
tion reffemble à la transfufion dufang. 
cette dernière découverte naquit , 
vers le milieu du dix-feptieme fiécle, 
de l'art d'injefter les cadavres ; on 
voulut tenter de pareilles injections 
fur les vivants. On efTeya d'injedter 
dans les veines des malades , des re- 
mèdes liquides, & on décora cette 
pratique du nom pompeux de Chirur- 
gie infufoïre. Nous avons fur ce fujet 
deux traités complets. v (#) On injefta 
dans les veines des malades le fang 
d'un homme fain , ( du moins on n'in- 
je£ta pas un poifon comme on fait 
aujourd'hui) onconçut de cette tranf- 
fufion du fang les efpérances les plus 
flateufes; & on la regarda (dit M. 
Aflruc ) comme la Fontaine de Jou- 
vence , propre non-feulement à gué- 
rir, mais à rajeunir. Des hommes cé- 
lèbres, tels que Richard Louwer & 
Jean Denis , fe difputerent l'honneur 
de cette découverte : il alloit s'élever 
d'autres concurrents , lorfque le mau- 
vais fuccès de cette opération les mit 
tous d'accord en 1669. 

(j) L'un de Jean-Daniel Major ou Miyer , 
& l'autre da Jean-Sigifmond EUholùus. 



de la Petite Vérole. - 2<Jj 
Mais on ne verra jamais ce qui eft 
arrivé dans notre fiecle : non-feule- 
ment on a inoculé la petite vérole , 
on vient d'inoculer la rougeole , &C 
renouveller la chirurgie inrufoire. M. 
François Home , Médecin d'Edim- 
bourg , inocule la rougeole avec le 
fang d'un enfant qui en eft attaqué , 
dont il imbibe au morceau de coton , 
6i tranfmet ainfi la rougeole à tous 
ceux qui veulent la recevoir de la 
même manière, qu'on inocule ; il ne 
nous manque plus que l'inoculation de 
la pefte. Il étoit encore réfervé à notre 
fiecle d'inoculer ai.x bêtes les ma- 
ladies peftilentielles & contagieufes 
qu'on oblerve parmi les troupeaux ; 
fans jamais fe reffbuvenir des leçons 
agréables que Virgile donnoit à fes 
bergers , lor (qu'il leur dit : 
Quam procul aut molli fuccedere fepius umbrse 
Videris, aut fummaj carpentem ignavius herbas, 
Extremamque fequi , aut medio procumbere 

campo 
Pafcentem , & fera; folam decedere nofli : 
Continua lerro culpam çotupefce: priùfquam 
Dira per incautumferpant contagia vulgus. 
Virg. Georg. Lib. HU 



2.64 Histoire 

Mais on a tout oublié, on croît 
avoir plus d'efprit que Virgile : au lieu 
de défendre les bêtes de la contagion , 
on perfectionne l'art de la fufciter &c 
de la rendre inévitable. Jamais on n'a- 
voit imaginé d'introduire une maladie 
dans le lang. On fe laffe de parler fi 
longtems d'une découverte qui fait 
la honte de l'art. 

Avant de combattre la petite vé- 
role apprenons à la connoître. 









■* 



ARTICLE IX. 



be la Petite Vérole. 265 

m ^gj ^^ 1 & 

ARTICLE IX. 

Nature du Virus de la 
Petite Vérole. 

J.L ne fuffit pas d'avoir trouvé l'ori- 
gine de la petite vérole , d'avoir fixé le 
lien de fa naiffance : cette découverte , 
qui ne paroît d'abord qu'un pur objet 
de curiofité , peut être de la dernière 
importance au genre-humain , fi l'on 
s'occupe un jour à couper toute com- 
munication avec l'Egypte : ce feroit 
le projet le plus falutaire qu'on pût 
offrir à l'humanité , le plus fur moyen 
de la délivrer pour toujours de deux 
fléaux redoutables y de la pefte & de la 
petite vérole. Il en refte une autre à 
faire non moins importante que la pre- 
mière : c'efî de découvrir la nature du 
virus variolique , le caractère de ce 
Protée forti desemrx-du Nil , qui fe 
manifefte fous tant de formes^ afin de 
le combattre. Le même préjugé qui a 
donné une origine furnaturelle à la 
Tome L Z 



194 Histoire 
petite vérole , a toujours retardé les 
progrès de cette connoiffance : il s'op- 
pofe dire&ement à la découyerte d'une 
caufe fimple & naturelle. On aime les 
illufions , les hipothefes , les myfteres, 
tout ce qui eft hors de la portée de 
l'dprit humain. On n'écoute plus le 
témoignage des fens lorfqu'ils nous 
forcent même à. l'évidence ; & un fit- 
terne a toujours plus d'attraits que la 
vérité toute nue & trop fîmple. On a 
longtems cherché à deviner la nature 
de cet être, de cette fubftance qui fe 
convertit en petite vérole dans le corps 
humain. Lifter crut que le premier qui 
fut attaqué de cette maladie fut mordu 
par quelque infe&e venimeux , & com- 
muniqua ainfi fon venin aux autres 
hommes. Cette conjecture, quelque 
arbitraire qu'elle foit , me paroît l'effet 
d'un génie qui , cherchant à pénétrer 
les caufes les plus fecrettes de nos 
maux ; & mille fois témoin de l'im- 
menfe reproduction de la petite véro- 
le , ne trouvoit rien dans la nature qui 
fût plus capable de fe renouveller & 
de fe reproduire dans le corps humain , 
qu'une fubftance animale. Il cite plu- 
fieurs faits qui femblent favorifer fon 



de la Petite Vérole. 167 
hipothefe ; il a recours , pour la faire 
valoir , aux: obfervations fans nombre 
qui prouvent qu'il y a des animaux ve- 
nimeux capables de communiquer leur 
venin , & de produire des effets dan- 
gereux dans le corps de l'homme. 

Tous les faits avancés par Lifter prou- 
vent tout au plus que fa Thefe eft une 
des plus raifonnabies qu'on ait fait fur 
cette matière ; mais on ne connoît 
point d'exemples qu'un venin ainfi re- 
çu par la piquûre d'une bête venimeufe 
fe foit communiqué d'un homme à 
l'autre ; il produit fon effet plus ou 
moins violent fur le corps qui la re- 
çoit, & finit là. On ne pourra jamais 
rendre raifon ni de la contagion ni de 
la reproduction de la petite vérole. 
Il n'y a que l'exemple de la rage qu'on 
pourroit faire valoir en faveur de ce 
fyftême ; mais la rage eft une vérita- 
ble maladie qui fe communique par 
une morfure fanglante au lieu que le 
venin d'un animal quelconque eft un 
être qui ne fe renouvelle que dans le 
corps de celui qui le produit : fon effet 
eft d'agir fur un corps étranger , de s'y 
développer ; mais ce corps ne le com- 
munique jamais à d'autres. Ainfi l'exem-; 

Zij 



26S Histoire 

pie des bêtes venimeufes me paroit 
inaplicable à la petite vérole. Plufieurs 
Auteurs ont cherché lescaufes de cette 
maladie dans l'air , dans les dérange- 
mens des faifons ;- d'autres ont fouillé 
dans les entrailles de la terre pour dé- 
couvrir fa nature. Ces conjectures ne 
font fondées que fur des idées vagues, 
gratuites. Si l'on confidere l'air, on 
voit un fluide dont la lubftance eft 
inaltérable , comme les autres élémens 
dont il fait partie. Il ne peut être nuifi- 
ble que par les matières étrangères qu'il 
contient ; fi cet air qui nous environ- 
ne de toutes parts , &C qui eft le prin- 
cipe de la vie de tout ce qui refpire , fe 
chargeoit fans ceffe de vapeurs nuifi- 
bles , d'atomes peflilentiels , il y a long- 
temps que les hommes n'exifleroient 
plus ; il y a long-tems qu'on ne verroit 
plus d'oi féaux refpirercet air pur , ef- 
fentiel à leur exifience : il peut fervir 
de véhicule à plufieurs corps perni- 
cieux , fe charger de corpufcules nuifi- 
bles ; mais alors fes effets font prompts , 
fenlibles & palpables ; tout fe reffent 
de fes funeftes effets ; les oifeaux le 
fuyent , les quadrupèdes s'éloignent de 
fon voifinage ; l'herbe , les arbres , les 



De LA Petite Vérole. 269 

fruits, la lumière. même , tout prouve 
fa malignité ; il agit fur tous les corps 
qui lui fontexpofës ; il change la cou- 
leur des métaux ; il fait mourir les ani- 
maux fubitement , ou les prive de la 
vue. Tel eft l'effet du miafrr.e , des 
exhalaifons putrideMcui s'cltvent des 
tombeaux , des caves ; de quelques 
fouterrains. Mais lorsqu'on voit naùre 
tout-à.coup la petite vcrole dans la 
plus belle faifon de Tannée , lous le 
Ciel le plus pur ; que dois-je aceufer 
alors? Eft-ce la féchereffe , 1 humidité , 
les chaleurs , les vents ? Suis-je mieux 
inftruit dans mes recherches ? Me font- 
elles mieux connoître les caufes de la 
petite vérole ? Quel progrès a-t-on fait 
depuis qu'on obferve toutes les in- 
tempéries de l'air ? Y a-t-il un feul fait 
qui me conduife à la véritable décou- 
verte des caufes de cette maladie ? A 
travers cette foule d'obiervatlons fyfté- 
matiques, quelle eft la route que je dois 
fuivre ? Pour que je puifle adopter 
quelques caufes , je veux que leurs ef- 
fets m'y conduifent par degrés. Pour y 
parvenir il faut les examiner. Parcou- 
rons les phénomènes que préfente le 
virus variolique. 

Zijj 



zjo Histoire 

Profper Alpin a vu naître la petite 
vérole des eaux du Nil. 

La poudre des croûtes de petite vé- 
role , expofée à l'air, s'altère , change 
de couleur, & perd au bout d'une an- 
née , même au bout de dix mois , & 
quelquefois plutôt. , fuivant la nature 
des corps qui la contiennent , &C celle 
de l'air qui l'environne , la propriété 
qu'elle avoit de communiquer la ma- 
ladie. Cette même poudre, ou le pus 
dépofé fur quelque corps , pis dans 
une boëte ou dans une bouteille bien 
bouchée , conferve fa vertu des années 
entières; mais ce terme ne s'étend pas 
au de-là de trois ans , &c au bout delà 
première année , il fouffre toujours 
quelque altération. 

Les métaux , tels qu'une lancette, 
l'eau , la furface des fruits , le linge 
principalement, la laine , lafoye, le 
cotton , les habits , les charpies dont 
on fe fert pour panfer les playes , &c. 
peuvent fe ch; ^er , s'imbiber du pus 
variolique , & communiquer , même 
au bout de huit mois , la petite véro- 
le dans cet état. 

Le virus de la petite vérole a befoin , 
pour fe développer & fe reproduire , 



de LA Petite Vérole. 171 
d'être reçu dans le corps d'un animal 
qui lui fert de matrice , & qui eft com- 
me la véritable terre propre à le faire 
germer. 

Etant reçu dans le corps , les nerfs 
paroiflent affeâés les premiers , puif- 
qu'on rapporte les douleurs qu'on 
reffent alors, aux endroits de leur ori- 
gine. Les convulfions dans les enfans , 
& les expériences de Mead , confir- 
ment cette vérité. Le mal de tête , 
celui du dos tout le long de lamoèTe 
épiniere , & la douleur au creux de 
l'eftomac , font les trois fymptomes 
pathognomiques qui annoncent la pré- 
ience de la petite vérole. 

Cette même matière de la petite vé- 
role , reçue dans le corps fous quel- 
que forme que ce foit , &c par une ou- 
verture quelconque , couve de trois à 
dix jours plus ou moins , mais ne paffè 
jamais le terme de onze , 6V le mani- 
fefte enfuite à la peau fous la forme de 
puftules. Mais avant de fe montrer à 
la fui-face du corps , fes effets les plus 
conftans , font de produire chez nous 
d'abord un picottem^nt dans toute 
l'étendue de la peau; comme li Ton 
étoit affiégé de puces : on éprouve un# 

Z iv 



•vjï Histoire 
démangeaifon au nez , & quelquefois 
il en coule quelques goûtes de iang : 
la fièvre iurvient , le pouls eft fort , 
élevé , quelquefois tendu : ck la rou- 
geur vive des gencives , qui approche 
de celle du feu ; celle des yeux & des 
joues ; un gonflement général à la 
peau , fur-tout à celle du vifage ; dans 
les enfans , les convulfions ; dans les 
adultes, les fortes douleurs aux lom- 
bes , annoncent une éruption prochai- 
ne. Outre ces fymptômes , il en pa- 
roît quelquefois d'autres qui fe mêlent 
à ceux-là ; mais qui paroiffent étran- 
gers à la petite vérole. 

On diroit que la nature fatiguée par 
la préfence d'un corps étranger , cher- 
che à s'en débaraffer. 

Le virus qui produit la petite véro- 
le , eft un être aftif qui fe développe 
indépendamment de toute autre puif • 
lance , puilque l'éruption fe fait fur le 
cadavre, quelquefois long-temps après 
la mort , comme nous l'avons obfervé. 
Ainfi l'effort que fait la nature , con- 
tribue ti ès-peu à l'éruption de la petite 
vérole : & ii l'état de la peau ne la fa- 
vorife , malgré la violence de la fièvre > 
elle ne fe fait point du tout : ce qui ar- 
rive quelquefois dans le Nord. 



de la Petite Vérole. 273 

L'expérience a prouvé que la valeur 
d'un grain de petite vérole , eft capa- 
ble de le multiplier & de fe reproduire 
dans le corps au point d'en produire 
un million. 

L'expérience a encore prouvé que 
pour bien guérir de la petite vérole , il 
faut que toute la matière morbifiqueSc 
étrangère qui eft dans le corps , for- 
te par quelque couloir : Si celui de 
la peau eft le plus favorable. 

L'ouverture des cadavres a fait voir 
que quelquefois les organes les plus 
précieux à la vie , étoient couverts de 
puftules. 

L'application fubite d'un corps froid, 
eft capable de faire rentrer , comme 
on dit , la petite vérole déjà fortïe. 

La petite vérole s'étant manifeftée 
à la peau ; la fuppuratioh & la chute 
des écailles font toujours accompagnées 
d'une démangeaifon très vive , qui 
approche fouvent d'une douleur aiguë , 
mordicante , qui oblige les malades à 
fe gratter avec violence. 

Voila les principaux phénomènes que 
nous préfente tous les jours la petite 
vérole. 

S'ilétoit permis dans un Ouvrage où 



174 Histoire 
l'on ne cherche qu'à établir des vé- 
rités , de hazarder une conjecture : fi 
plusieurs obfervations bien faites , ré- 
pétées & bien conftatées m'y autori- 
foient ; je ne ferois pas éloigné de 
penfer , après avoir comparé la pou- 
dre de la petke vérole à la femence , 
ou graine de vers à foie qu'on fait éclo- 
re par une chaleur naturelle ou artifi- 
cielle ; que cette poudre de la petite 
vérole n'eiî autre chofe que la fe- 
mence , ou les œufs de plusieurs ani- 
malcules , dont la petiteffe échappe à 
nos fens , & qui étant introduits dans 
le corps d'un animal fous cette forme , 
couvent quelques jours dans nos hu- 
meurs qui ont naturellement affez de 
chaleur pour les faire éclore ; qu'ils y 
éclofent en effet , s'y multiplient, 
fuivent le torrent de la circulation , 
& font enfin poufTés par la nature', ou 
par leur propre mouvement, à la fur- 
face du corps , ou ils font enfermés 
dans des pullules qui leur fervent de 
capfule & d'envelope , comme les gal- 
linfe£les font logés dans l'écorce des 
arbres ; & que là ils rongent la peau , 
produifent une demangaifon affreufe , 
& laiffant enfin les marques de leur 



de la Petite Vérole. 17^ 

deftruttion , que tout le monde obfer- 
ve. La maladie pédiculaire., cette ver- 
mine qu'on a vu fouvent fuccéder à la 
petite vérole ; les reliquats de la petite 
vérole même , qu'on ne guérit fou- 
vent que par les anti-vermineux les 
plus puiffants, tels que les friûions 
mercurielles , fans aucun foupçon de 
maladies vénériennes : les fourmillie- 
res de petits animaux qu'on a obfer- 
vé avec la loupe dans les puftules 
des animaux attaqués du claveau ou 
clavelée , qui n'eft autre chofe que la 
petite vérole des moutons : la prodi- 
gieufe quantité d'animalcules qui na- 
gent dans les eaux du Nil , & qui les 
corrompent : cette nuée d'infeûes qui 
s'en élevé ôc qui s'attache à tous 
les corps , forment déjà une induftion 
fuffifante en faveur de ce fyftême ; & dé- 
termineroient peut-être à ce fentiment 
un Médecin moins ennemi que moi 
de tout ce qui a l'air hypothétique: 
mais ceux qui voudroient le foutenir 
ne manqueroient pas de faits qui le 
rendent très-vraifemblable. On pour- 
roit même prouver qu'il n'y a dans 
toute la nature que le règne animal , 
capable d'une reproduction pareille à 
celle de la petite vérole. 



176 Histoire 

Un grain de petite vérole fufrît pont* 
donner la maladie à tonte une ville. 
Quelque degré d'extenfion , de divifi- 
bilité qu'on donne à la matière inani- 
mée , à la pâte qui levé par le moyen 
d'un levain ; on voit toujours les bor- 
nes ; on ne voit jamais un exemple 
d'une reprodu&ion fi prompte & fi 
étonnante. Pour expliquer le dévelop- 
pement de la petite vérole dans le 
corps humain au moyen d'un levain 
étranger , femblable à celui qui fait 
lever la pâte ; il faut néceflairement 
fuppofer une analogie entre le le- 
vain , & la matière qu'il faut déve- 
lopper ; s'il n'y a point de germe 
dans le corps humain , comme nous 
l'avons prouvé , analogue à ce levain 
étranger; mais qu'il n'y ait que la Fa- 
culté de le recevoir, 6i de favorifer le 
développement d'une matière hétéro- 
gène, ennemie , étrangère, (& très- 
étrangère , puifque fa préfence & fa 
reproduction portent le ravage & le dé- 
rangement dans toute Tceconomie ani- 
male ) : alors l'exemple de l'expan- 
fion de la pâte eu inapplicable au 
développement de la petite vérole. Il 
faut donc avoir recours à un être 



de la Petite Vérole. 277 

étranger , qui entrant d.insle corps ani- 
mal , y trouve des lues &. une fubf- 
tance propre à (a reproduction. Si un 
poifon corrofif entre dans le corps , 
il porte (on aûion fur les organes , les 
déchire , produit Ion effet , & finit là. 
Si un alkali venimeux y eft reçu , il 
peut le combiner avec un acide ; il te 
fait d'abord une fermentation de la- 
quelle réfulte un nouveau corps inca- 
pable de fe reproduire & de renouvel- 
1er une autre fermentation, à titre d'al- 
kali , puifqu'il a ceffé de l'être dans 
fa première combinaifon. L'acide en 
fait de même , s'il fe combine avec un 
alkali. Le défaut de reproduction s'y 
trouve toujours, s'il ne fe combinent 
pas; il produifent leur effet, & l'ac- 
tion ceffe ; ils ne font jamais fufeep- 
tibles de reproduction. Il n'y a donc 
que des êtres capables de renaître 
d'eux-mêmes , qui puiffent produire 
un pareil phénomène ; il ne refte que 
les femences végétales ou animales. A- 
ton jamais vu des graines de plantes 
germer dans le corps humain? Non, 
mais on y a trouvé dans tous les tems 
& dans tout les organes , des œufs, 
lies vers de toute efpece. Andry 



178 Histoire 

en a fait des claflës , il diftingue les fan- 
guins , les céphaliques , les pulmonaires 
&c. Ne fait on pas que les plus grands 
ennemis des animaux font les animaux 
mêmes. Cette maladie extraordinaire 
que les Indiens des Malabares appellent 
Narrembu , (a) & qui n'eft autre chofe 
qu'une forte demangeaifon procurée 
par de petits vers qui s'engendrent 
dans la chair & la rongent ; & qui ne 
doivent leur origine qu'aux eaux cor- 
rompues qu'on y boit : celle qu'on re- 
marque en Amérique (£) dans la Nou- 
velle Efpagne , qui élevé fur la furface 
du corps des puftules & des bourgeons, 
avec une demangeaifon incommode , 
à laquelle fuccedent des vers longs & 
minces , qui s'engendrent entre cuir 
& chair , & qui caufent enfuite des 
ulcères : la maladie de ce peuple fingu- 
lier d'Afrique qu'on appelle Acridopha- 
ges ou Mangeurs de fauterelles ; dont le 
ventre eft rongé de vers à l'âge de qua- 
rante ans : la maladie pédiculaire qui eft 

{a) Voy. Million Danoife dans les Indes 
Orientales , Tom. I. pag. 41. 

[a\ Voy. Coreal , Voyage aux Indes Occi- 
dentales, Tom. I. pag. 110, 



de la Petite Vérole. 179 
produite par une efpece de poux qui 
fourmillent fous la peau : les Crinons 
ou Comédons , qui cft une maladie pi- 
laire des enfans , produite par des ani- 
maux dont Et millier a donné la forme : 
les cirons qui forment des filions entre 
l'épiderme & la peau ; le Dragonneau 
d'Afie , qui eft un ver long qui fe loge 
fous la peau : les Chiques d'Amérique 
qui s'attachent aux jambes ; les Mof- 
quites des Indiens : enfin les {à) vers 
qui fe forment dans les lèvres des 
Américains qui habitent le canton de 
Guajleque. Tout cela prouve que la 
peau de l'homme eft fouvent la retraite 
& la demeure de plufieurs infectes. Qui 
eut jamais imaginé que la gale devoit 
fa naiffance à de petits animaux que 
Bonomo a découvert avec la loupe , &C 
dont l'obfervation a été vérifiée (a) 
par Mead &c Pringle ? On employoit 
tous les jours le Mercure, les Auti- 
vermineux pour combattre cette ma- 
ladie ; il a fallu des fiecles pour trou- 
fa) Voy. Laët. Hift. des Indes Occident, 
pag. 2fi. 

(a) Voy. Pringle , Malad. des Armées , à 
l'article de la gale, 



ï8o Histoire 
Ver ce remède ; une obfervatîon d'un 
jour l'eut fait imaginer, (a) Les Mé- 
decins Danois conduits par l'analogie , 
ayant découvert que cette maladie 
peftilentielle qui fortit de la Tartarie 
dans le quatorzième fiecle , &C qui a 
fait périr tant de bœufs en Europe , 
dont elle a fait le tour , n'étoit pro- 
duite que par de petits infeftes qui 
s'attachoient à la langue , au palais des 
bœufs , & y élevoient des boutons en 
forme de puftules femblables à cel- 
les de la petite vérole ; ont employé 
le Mercure , le Camphre , le fouffre 
& l'antimoine , pour cette maladie ; 
& l'expérience leur a fait connoître 
que c'écoit les véritables remèdes & 
les plus puiffants pour la combattre. 
On s'en eft apperçu un peu trop tard , 
& fi l'on 'eut tué le premier bœuf qui 
fortit de la Tartarie , on auroit fau- 
ve tous les autres. 

Ceux qui foutiendroient notre fyf- 
tême , pourroient encore faire ufage 
de l'analogie qui eft entre les animaux 
Se les végétaux , qui portent à leur 
écorce différentes capfules remplies 

[a) Voy, AÛa hafiùenûa ,vol. II. p! 41 h. 

d'infectes 



de ia Petite Véroee. 2S1 

d'infe£tes , telles que le Kermès , la' 
cochenille , toutes les efpeces de gai- 
linfectes. On feroit encore excufé par 
le fyftême du Père Kirker , qui a iou- 
tenu que la pefte étoit le produit des 
infedes ; par celui de Default , &C 
d'Hartfoëcker fur les maux vénériens. 
Si tous ces Auteurs avoient puifé leurs 
idées dans la nature , on pourroit les 
croire ; mais tous les vers dont ils nous 
parlent ne font annoncés par aucun 
ligne qui nous les faffe connoître dans- 
ces maladies. Rien ne caraûérifel'éxif- 
tence des vers dans la pefie , ni dans 
les maux vénériens : mais tout les fait 
foupçonner dans la petite vérole : la 
. demangeaifon du nez , le fentiment de 
ponction dans tout le corps , les goûtes 
de fang qui coulent du nez , font des fi- 
gnes qui indiquent toujours aux Mé- 
decins la préfence des vers dans tou- 
tes les maladies : tout fe rencontre 
dans la petite vérole : Il y a plus , lors- 
qu'elle eft déclarée , une demangeaifon 
affreufe à la peau , dont il n'y a point 
d'exemple , confirme dans ce fenti- 
ment : & les creux que laide la pe- 
tite vérole après elle, ne font-ils pas- 
des preuves viiibles qu'une vermine; 
Tom, I A a 



iSt Histoire 

en rongeant la peau , y a produit la 
démangeailon , & qu'elle y a laifl'é les 
marques de fa deltru&ion. Les dé- 
couvertes microfcopiques de Lewen- 
hoeck ; celles de M. de Buffon, prou- 
vent que la matière purulente eft fou- 
vent remplie d'animaux, dont la peti- 
tefle échappe à nos yeux , mais qui 
ne peuvent le dérober au microfcope. 
Cette fourmilliere de vers qu'on a ob- 
fervé dans les puftules des animaux 
attaqués de la clavelée donne un nou- 
veau degré de vraifemblance à notre 
fyfïême. La difficulté qu'il y a de ren- 
dre raifon des phénomènes qu'on ob- 
ferve dans la petite vérole , qui ne réf. 
femble à aucune maladie ; qui n'ob- 
ferve fouvent aucun ordre, aucun 
type dans fes effets , malgré les loix 
qu'on nous a donné de fon développe- 
ment ; celle qu'il y a de la vaincre , Se 
de donner des régies fures pour fon 
traitement, fuivant les remarques d'Hel- 
vetius & de Lewenhoeck , qui en 
ont obfervé de fi extraordinaires , 
que toutes les reffources de l'art deve- 
noient infruftueufes & inutiles : tout 
nous fait préfumer qu'il y a une caufe 
animée, un principe aclif, rongeant, 



de la Petite Vérole. 28} 

qui déchire , qui fe reproduit fe multi- 
plie , ck met 1 art en défaut. Quel peut 
être ce principe , fi ce n'eft une vermine 
qui ronge , le répand partout , & at- 
taque ainfi tous les org nés ? 

L'obfervation de François Paulin 
(a) Médecin du Prince de Munjier , 
fur une éruption de vers dans la petite 
vérole , accompagnée d'une lueur 
abondante , & d'une démangeaifon in- 
fupporable : le fentiment de Langius, 
Profeffeur de Léipfic , qui avance dans 
une Thèfe qu'il a fait foutenir dans 
cette ville , que la rougeole, ainfi que 
la petite vérole , ne lont produites 
que par des vers. Les obfervations de 
(£) Rhodius , de (c) Borelli de (d) 
Bartholin , feroient des autorités allez 
graves pour nous confirmer dans nos 
conjecuires. Il y a quelque choie de 
plus fort , c'eft qu'on n'a jamais exa- 
miné les boutons de la petite vérole 
en fuppuration , avec la loupe où le 
microfeope , fans y trouver des vers j 

(a) Voy. Ephemer. des curieux , de la Nat. 
d'Ail. Decur. I. aa 6 & 7. 1675. 

(t) cm. 64. 

(r) C. II. 71. 
(a) C.V. h. 20. 

A a i) 



184 Histoire 

& on trouve dans l'Encyclopédie , à 
l'Article Fers elcopkages , que les bou- 
tons de la petite vérole en font quel- 
quefois tous remplis. Malgré la force 
de tous ces témoignages , nous avouons 
cependant qu'ils n'ont pas encore pour 
nous ce caraftère de vérité , qui porte 
une entière conviûion ; & comme 
nous nous fommes impofés la loi de 
ne donner ici, que des vérités dé- 
montrées & reçues : nous ne confie- 
rons cette idée que comme une conje- 
cture, que plufieurs raifons rendent très- 
probable ; & dont nous ferions volon- 
tiers le facrifïce fi l'on nous en prou- 
voit la fauffeté , ou fi l'on nous donnoit 
un fyûême capable d'expliquer tous 
les phénomènes bizarres qu'on ob- 
ferve dans la petite vérole , qui ne 
reffemble à aucune maladie. Mais 
paffons à des vérités plus importantes. 
& plus connues.. 



%0 



#^£ 



de la Petite Véroee. %S'f 



ARTICLE X.' 

Remarques générales sur 
la Petite Vérole. 

O r chaque peuple eut refté dans le 
pays que la nature lui avoit affigné; 
nous n'aurions jamais entendu parler 
de la petite vérole. Cette maladie ap- 
partient entièrement à l'Egypte , ou 
elle prit naiffance dans les eaux du 
Nil; & comme il efl: incontestable qu'il 
y a des plantes , des productions pro- 
pres à certains climats, à certaines 
régions ; il y a de même des maladies; 
propres à certains peuples. Le Pian &C. 
les Clvques d'Amérique ; le Dragon- 
neau d'Atie ; la lèpre des Egyptiens 
qui eit la même que celle des Juifs & 
des Arabes ; la fièvre jaune des In- 
diens ; la plie ou plique. des Polonois r 
&c. en font autant de preuves. On 
ne fera pas étonné que la petite vé- 
role d'abord particulière à l'Afrique r 
fe foit enfuite répandue par cçntagion 
dans. les. différentes parties du monde j 



»86 Histoire 

fi l'on confidere les progrès que fît d'a- 
bord la lèpre en Europe , lorfqu'elle 
y fut apportée par l'armée de Pom- 
pée à fon retour d'Atïe , comme Pline 
\d) nous le certifie ; ceux qu'ont fait 
les maux vénériens que Chriftophe 
Colomb (£) raporta d'Amérique ; ceux 
qu'a fait la perte en différens tems , &c 
furtout la dernière , appjrtee.de Seydc 
à Marfeille, en 1710, (c) fur le vaif- 
feau du Capitaine Châtaud. Quoi- 
que étrangères , plusieurs maladies 
deviennent naturelles dans les diffé- 
rents climats où on les apporte ; c'eft 
ainfi qu'une plante exotique tranf- 
plantée d'un climat ardent dans le no- 
tre , y croit , y germe , au moyen 
d'une chaleur artificielle, &C fe con- 
ferve dans les ferres ; d'autres s'y 
naturalifent , s'y foutiennent toujours 
en plein air ; le Mûrier , l'Abricotier , 
leCeriiier, le Jujubier, qui font au- 
jourd'hui regardés comme des arbres 

(a) Voy. Pline. Liv. XXVI. 

<b) Aftruc , traité des Maladies vénérien- 
nes , Tom. I & II. 

(c) Voyez le fameux Traité de la perte , fait 
& imprimé par ordre du Roi. Paris 1744. 



de la Petite Vérole. x%f 

indigènes , en font la preuve. lien efl 
de môme des animaux dont les uns 
vivent & fereproduifent parmi nous, 
tandis que d'autres ne peuvent exifter 
que dans leur pays natal : nous en 
avons des exemples dans les poules 
d'Inde , les ferins des Canaries qui fe 
font naturalifés parmi nous , tandis que 
les Perroquets ne peuvent pas don- 
ner de leur efpece , quelque foin qu'on 
prenne pour en avoir. 11 y a des ma- 
ladies qui font de tous les climats , 
par la facilité qu'elles ont de fe com- 
muniquer d'un homme à l'autre : telle 
cft la pelîe : telle eft la petite vérole. 
Mais ces deux maladies ayant une 
fource, une origine , s'éteignent enfin 
dans tous les pays , excepté dans ceux 
où elles prennent naiffance , & où les 
caufes qui les produifent , agiflent tou- 
jours avec force ; elles ne diiparoiffent 
que rarement des lieux où l'on ne 
prend aucune précaution pour les 
étouffer, pour les faire céder entiè- 
rement. Ainii l'Egypte , tant qu'on né- 
gligera les foins qu'il faut prendre , & 
que prenoient les anciens Egyptiens , 
pour la falubritè de leur pays , fera 
toujours vin foyer de peft.es, depeti? 



2.88 Histoire 
tes véroles , de lèpres , &c. Tant que 
la Loi Mufu lmane fubfiftera dans ion 
intégrité , 8c qu'elle diftera aux Maho- 
métans le fyftême de la prédeftination , 
qui leur défend de fe garantir des ma- 
ladies qui les affligent ; les Turcs au- 
ront la perte dans leur pays , ainfi que 
tous les maux contagieux : tant qu'on 
croira parmi nous au germe inné , & 
aux prétendus miracles de l'inoculation 
qui feme aujourd'hui la petite vérole 
partout ; cette maladie ne difparoîtra 
jamais de nos climats. 

En général on obferve , depuis que 
la petite vérole court le monde , que 
les peuples qui habitent des climats 
chauds, brûlants, font ceux qui ont 
des petites véroles plus abondantes, 
mais toujours moins meurtrières que 
dans les pays froids. La contagion en eft 
plus prompte , l'éruption plus ailée , la 
maladie plus fréquente , parce que la 
chaleur favorife fon développement : 
auffi remarque-ton que fur la côte de 
Malabar , & en Egypte fon Pays natal, 
elle revient jufqu'à einq fois à la mê- 
me perl'onne , &C que les vieillards 
n'y font pas épargnés. En général . 
elle eft plus commune en Âne qu'en. 

Europe 9 



be la Petite Vérole. 289 
Europe , à caufe de la chaleur du cli- 
mat. Et toutes chofes égales d'ailleurs, 
plus les peuples font près de fa iburce , 
plus ils y font expofés. Voila pourquoi 
dans l'Arabie voiline de l'Egypte , cet- 
te maladie y eft devenue fi commune. 
On lemarque que les Africains, fur- 
tout les Egyptiens , les Ethiopiens , les 
Nègres , &c. contractent plus facile- 
ment cette maladie , que tous les au- 
tres peuples de la terre. Ils la gardent 
plus long-tems que les autres & ia com- 
muniquent avec plus de facilité ; foit 
que la peau des Africains foit d'un tiflU 
différent du nôtre , foit que l'habitude 
où la plupart font de fe frotter de 
graiffes , d huiles graffes , &c. retarde 
chez eux l'éruption , ou la rende iné- 
gale ; (oit que la malpropreté naturelle 
de ces peuples , jointe à toutes ces 
graiffes dont ils font enduits , retienne 
plus long-tems le virus fur leur cuir ; 
il eft confiant que les Africains ont 
plus de difpofition que les autres hom- 
mes, à contractet cette maladie , & 
à la répandre par tout où ils vont. 
Et on ne peut qu'admirer la fageffe de 
notre Gouvernement , qui défend aux 
Tome I. B b 



190 HlST OIRE 

Nègres d'entrer en France. Ils n'appor- 
tent aujourd'hui chez les Nations étran- 
gères , que des maux vénériens , la pe- 
tite vérole ; ou des Mulâtres. Toutes 
les maladies véroliques s'attachent fur 
leur peau d'une manière plus tenace, 
plus adhérente que fur celle des blancs , 
&C leur contagion eft toujours plu9 
pernicieufe. 

Dans les pays tempérés , où l'on 
ne prend aucune précaution , la petite 
vérole attaque ordinairement une feule 
fois tous les hommes. Et il faut admi- 
rer ici & rendre grâces à la Providen- 
ce qui nous a fait naître dans ces heu- 
reux climats , de n'avoir pas permis 
que l'homme , quoi qu'ex pofé fans 
ceffe aux maladies étrangères & pefti- 
lentielles , eut plufieurs fois les deux 
maladies les plus formidables , la perte 
& la petite vérole , qui font capables 
elles feules de dépeupler toute la terre. 
Ne diroit-on pas que les maladies par- 
ticulières à certains peuples ; font en 
quelque façon leur fauvegarde & leur 
prélervatif contre les incurfions étran- 
gères ; capables de dégoûter les autres 
Nations de l'envie de les connoître. 



de la Petite Vérole. 291 
Elles ont été fouvent le fruit de notre 
cupidité. Il femble que le Créateur vou- 
loit nous avertir. Et il y a encore un 
grand problême à refoudre : favoir , fi 
la découverte de l'Amérique a fait plus 
de mal que de bien à l'Europe ? 

A mei'ure qu'on s'éloigne de fa four- 
ce , &C qu'on avance dans les pays 
froids , comme nous l'avons fait ob- 
ferver , la petite vérole devient plus 
rare : airm dans un climat tel que ce- 
lui de Paris , d'Angleterre , & de tou- 
tes les Provinces leptentrionales de la 
France , fur dix perlonnes on en voit 
mourir quatre qui n'ont jamais eu la 
petite vérole ; mais depuis que l'inocu- 
lation eft introduite en Angleterre , en 
France & en Allemagne , cette mala- 
die y devient tous les jours plus fré- 
quente. Plus on avance vers le Nord , 
plus elle devient rare , & lorfqu'elle 
règne , elle y devient meurtrière , par- 
ce que le froid eft toujours un oblîa- 
cle à l'éruption. Et prefque tous les 
vieillards de la Norvège , de la Lapo- 
nie, de l'Iflande , du Groenland ,&c. 
meurent fans avoir la petite vérole. 

Dans un tems- très-chaud & très-fec 
en même tems , la petite vérole eft 

Bb ij 



iç)i Histoire 
plus rare par-tout. Une chaleur douce 
& humide en même tems , eft la plus 
propre à faire renaître des épidémies 
de petite vérole. 

Dans les climats froids & tempérés , 
la petite vérole y devient plus fréquen- 
te dans le tems des chaleurs. Elle 
commence à fe reveiller au Printems 
pour l'ordinaire (a) , devient plus fré- 
quente en Eté & en Automne , & 
celle au commencement de l'Hiver. 
En parcourant l'Hiftoire des pelles qui 
ont ravagé le monde en différent tems, 
on peut obferver qu'elles ont mivi or- 
dinairement le même ordre & la même 
marche. Cette feule connoiffanceafait 
fouvent un honneur infini à des Méde- 
cins qui avoient annoncé que la pefte 
finiroit en hyver. 

Depuis les Médecins Arabes , qui 
ont obfervé les premiers cette mala- 
die , jufqu'à nous : on remarque que 
tous les fujets qui ont le plus d'hu- 
meurs, font ceux qui ont une petite vé- 
role plusdangereufe, plus commune &C 

{a) Boerrhave , Aphorif. pag. 159. Vu- 
nolce. 



de la Petite VéR'ole. 295 
plus meurtrière que les autres. Et fi 
l'on ajoute à cette raifon , la chaleur 
du climat , celle de l'air qui nous envi- 
ronne, une difpofition particulière dans 
les pores de la peau, & dans nos hu- 
meurs : on rendra raifon pourquoi tel 
ou tel peuple y eft plus fujet qu'un au- 
tre : tel tempéramment a plus de fa- 
cilité à la contracter : &i pourquoi dans 
les mêmes climats , les enfans qui réu- 
nifient toutes les conditions favorables 
à fon développement y font plus expo- 
fés que les vieillards , dont la peau du- 
re, ferrée, compacte & feche , s'op- 
pofe à l'intromifîion du virus : pour- 
quoi un homme fec eft moins fujet à 
cette maladie , & l'a auffi moins abon- 
dante & moins dangereufe que celui 
qui eft replet : pourquoi à âge égal , 
une femme quia naturellement la peau 
plus fine & plus dél cate , & qui a fou- 
vent plus d'humeurs , la contracte plus 
facilement qu'un homme : & pourquoi 
l'éruption fe fait mieux en général chez 
elles que chez nous. Les conditions de 
la peau , des humeurs , de l'âge & de 
l'air qui nous environne , décident tou- 
jours de la qualité bonne ou mauvaife 
de la petite vérole. Ainfi l'éruption k- 
Bb hj 



194 Histoire 

ra toujours plus difficile , & par con- 
féquentla maladie plus dangereufe chez 
les vieillards que chez les jeunes gens. 
Dans les pays du Nord , moins fré- 
quente, mais plus meurtrière que dans 
les pays chauds. Un air chaud , épais , 
humide , étouffant , fera le plus pro- 
pre à faciliter la contagion Se le déve- 
loppement de la petite vérole , parce 
que la peau étant plus fouple , plus ra- 
mollie , les pores plus ouverts , l'en- 
trée du viruc variolique fera plus aifée. 
la tranfpiration étant alors intercep- 
tée en partie, empêchée par la préfence 
d'une Athmofphère humide qui environ- 
ne le corps"; les pertes qu'il fait tous 
les jours , feront moins confidérables ; 
par conféquent le fujet aura beaucoup 
plus d'humeurs alors , & la petite vé- 
role fera toujours dans cet état de l'air, 
& plus fréquente , &c plus dangereufe* 
L'expérience confirme le principe que 
nous venons d'établir. 

Quelquefois la petite vérole n'ob- 
ferve aucune loix pour fon développe- 
ment : & toutes les règles qu'on nous 
a donné , font iouvent démenties par 
l'expérience. On voit fouvent des épi- 
démies où toutes les reffources de l'art 



de la Petite Vérole. t<jf 

font infru&ueufes (a) : Helvetius nous 
dit qu'entre toutes les maladies aiguës, 
c'eft une de celles qui varient le plus 
dans leurs fymptômes , & avec le plus 
de péril , où tous les momens font les 
plus*importans , & où l'attention du 
Médecin doit être la plus afîîdue & la 
plus éclairée ; où les moindres fautes 
tireroient le plus à conféquence. Dans 
cette affreufe épidémie de petite véro- 
le, qui régna à Paris en 1719, «rien 
» n'étoit capable , dit-il (£) , d'arrêter 
» le cours rapide de fes accidens , & 
» très - peu de malades étoient aflez 
« heureux pour échapper à leur violen- 
» ce , foit qu'on les conduifit félon la 
» méthode que nous avons propofée , 
» foit qu'on les traita d'une manière 
» différente , on étoit frappé d'éton- 
» nement & de douleur en les voyant 
» tous périr également , le cinquième 
» ou le feptieme jour de l'éruption , 
» & quelquefois même dons le coai- 
» mencement de lanippuration ». 

[a) Voy. Mémoires de l'Académie des feien- 
ces, 1712. pag 29. 

[h] Helvetius, Idée de l'écon.anim. & Ob-. 
ferv. &c.pag. 345. 

B biy 



'iç)6 Histoire 

» Je me rappelle avec horreur , dit 
» Mufchcnbroek (a) , les ravages que 
» fit la petite vérole dans Utrech en 
» 172^ ; jamais elle ne fut ni fi maligne 
» ni fi conta gieufe ; il n'étoit pas pof- 
» fible de répondre de la vie d'un* ma- 
» lade ; les Médecins les plus habiles 
» étoient à tousmomens trompés ; j'ai 
» vu , dit-il , &C j'ai traité des malades 
» qui après le quatorzième jour , en ont 
» été attaqués une féconde fois ; les re- 
» medes ordinaires étoient impuiflans , 
» on n'a pas été plus heureux avec les 
j> efprits acides ; tels que l'efprit de 
» nitre dulcifié , l'huile de vitriol &c. 
» Je fuis honteux de parler fi long-tems 
» d'une maladie qui eft la honte Se l'op- 
w probre des Médecins. 

(a) Voy. Tranfaftions philofoph. 1731, 






de la Petite Vérole. 297 

ARTCLE XI. 

Manière dont la Petite Fèro- 
le se communique. 

j_j A petite vérole fe communique 
comme la pefte. Mead ne trouve aucu- 
ne différence entre ces deux maladies , 
dans leur manière de fe -répandre dans 
le monde. Ainfi tous les moyens con- 
nus peuvent s'appliquer à la petite 
vérole j & l'une & l'autre font conta- 
gieufes dans toute la rigueur du ter- 
me. La matière de ces deux mala- 
dies , eft capable de s'attacher fur 
tous les corps vilibles , palpables , & 
folides. Les moyens connus excluent 
tous ceux qui ne leur reffemblent pas. 
Et depuis qu'on obferve la pefte & la 
petite vérole , il n'y a pas une feule ob- 
servation bien faite , qui prouve que 
l'air puiffe être le véhicule de ces deux 
maladies. Dans tous les tems on a fuivi 
la. marche de la perte. Nous venons de 
fuivre celle de la petite vérole. Le ger- 
me de ces maladies a befoin d'êtr; 



498 Histoire 

touché pour entrer & fe développer 
dans le corps ; il eft fixe , tenace , s'at- 
tache à la foie , au cotton , à la laine , 
au linge , au papier, &i même aux mé- 
taux : & l'air eft peut-être le feul 
corps dans la nature , qui ne lui fert 
jamais de véhicule : c'eft lorfqu'il agit 
comme un corps folide qu'il peut le 
pouffer; mais la nature de l'air eft inal- 
térable : il peut bien fe charger de va- 
peurs nuifihles , de miafmes putrides ; 
alors tout ce qui refpïre en eft attaqué; 
les hommes , les quadrupèdes , les oi- 
feaux , la lumière d'un flambeau qui 
s'éteint , tout éprouve les effets de ces 
vapeurs : ils font fenfibles , frappans , 
les végétaux mêmes s'en reffentent. 
Les animaux fuyent les bords maréca- 
geux ; ils cherchent des eaux vives & 
f aillantes. Les exhalaifons putrides qui 
s'élèvent de quelque antre , de quel- 
que fouterrain ont été fouvent perni- 
cieufes pour les hommes & pour les 
animaux; mais elles n'ont jamais pro- 
duit ni pefte , ni petite vérole : mala- 
dies qu'on a vu fouvént régner dans 
tous les tems , dans les climats les plus 
fains. Au milieu d'une pefte qui rava- 
ge toute une ville , les Maifons Reli- 



de la Petite Vérole. 299 
gîeufes , les Cloîtres , les Communau- 
tés , les Collèges , tout ce qui a peu de 
communication avec le refte des hom- 
mes , fe garantit fouvent de la ma- 
ladie qui règne ; quoique les per- 
fonnes qui les habitent foient dans la 
même atmof, hère , quoiqu'elles refpi- 
rent le même air. La petite vérole ra- 
vagera toute une ville dans un tems , 
où les faifons l'ont les plus belles , fous 
le ciel le plus ferein & le plus pur. 
Non-feulement on obferve tous les 
jours en France , furtout dans les par- 
ties méridionales , telles que la Pro- 
vence & le Languedoc , que les épidé- 
mies naiffent dans les faifons les plus 
belles, & les plus fdines. Mais on l'ob- 
ferve dans tous les pays , Se Wintéring- 
ham {à) nous fait remarquer que depuis 
171 -, jufqu'en 1715 ,ona obfervé dans 
la ville d'Yorck & aux environs , des 
épidémies de petite vérole pendant tout 
ce tems , quoique les faifons euffent été 
toujours belles &c très-faines. Les jeu- 
nes Penfionnaires des Couvents , les 

(a) Voyez le Journal das maladies obfervées 
-v par fPinteringham , depuis 1715, jufqu'à U 
fin de 1725. 



300 Histoire 

écoliers des Collèges, font quelque- 
fois les derniers à avoir la petite vé- 
role , qui défoie toute une ville , ÔC 
qui règne tout autour de la maifon 
qu'ils habitent. Mais lorfqu'une fois 
cette maladie eft entrée dans ces Com- 
munautés ; c'en 1 alors qu'elle attaque 
tous ces enfans l'un après l'autre , û 
on n'a pas la précaution de les féparer. 
Et on voit tous les jours des perfonnes 
prudentes , qui éloignent leurs enfans 
de la contagion , 6V qui les garantirent 
par ce feul moyen. 

Mead a prouvé que toutes les peftes 
ctoient lorties d'Afrique : (a) le célè- 
bre Auteur du Traité de la pefte , fait 
par ordre du Roi , nous fait voir que la 
plupart de celles qui ont ravagé le mon- 
de en différens tems , avoient pris naif- 
fance en Egypte. Nous avons fait voir 
que la petite vérole y étoit née. (J>) M. 
Altrnc a prouvé que la pefte ne fe com- 
muniquoit que^par la contagion. Fifcher 
Médecin d'Allemagne appuyé desauto- 

(a\ Voyez le Traite de la pefle fait par or- 
dre du Roi, Paris 1744. 

[b] lbid. Où l'on a inféré la favante DiiTer- 
tation de M. Aftruc , dans laquelle on prouve, 
d'après le fentiment des Anciens & par des 
faits , que la pefte eft contagieule. 



de la Petite Vérole. 30Ï 
rites de Boerrhave, Mcad, Scrkber &c. 
a prouvé qu'il en étoit de même de la 
petite vérole. La manière dont on a ar- 
rêté ôc étouffé au fein de la France , la 
perte de Marféille , que le Vaiffeau du 
Capitaine Ghâtaud avoit apporté de 
Syrie , en lui oppofant des barrières : 
celle qui réuffit fi bien aux Hottentots 
pour la petite vérole , ru; prouvent 
elles pas allez que l'air ne porte jamais 
ces maladies , puifqu'on les arrête en 
coupant toute communication. Lorf- 
que M. Didier, Profeffeur célèbre de 
Médecine à Montpellier, entra dans 
Marféille au fort de la pelle , où il 
fembloit que toute l'atmofphère de la 
ville de voit être comme un étang d'a- 
tomes peftilentiels , l'Hôpital de la 
Charité , qui regorgeoit de monde , 
jouiffoit d'une bonne fanté. Auffi cet 
illuftre Profeffeur étoit fi pénétré de 
cette vérité , que l'air ne fauroit 
s'infecter de la pelle , qu'à ion retour 
de Marféille, où il avoit été témoin 
de fes effets ; il prononça un Difcours 
en 1725 à Montpellier pour l'ouver- 
ture de l'Ecole célèbre de cette ville , 
oii il prouve , clair comme le jour, &£ 
par des faits, que l'air n'eft jamais em- 



302. Histoire 
preint d'atomes peftilentiels dans un 
tems de pefte. « Je reflerre , dit-il , 
» en peu de mots , toute la force de 
» ma preuve : toute maladie qui a un 
» moyen immanquable de fe communi- 
» quer , eft certainement contagieufe : 
» or telle eft la pefte ; donc elle eft 
» certainement contagieufe. L'inocu- 
lation ne d^aaontre-t-elle pas tous les 
jours la même chofe pour la petite 
vérole. M. Didier plein de cette vé- 
rité pour la pefte , après plufieurs 
preuves convainquantes, continue avec 
force ! « à ce raifonnement , dit-il, je 
» n'ajoute rien. Celui qui perfifteroit 
» encore à nier la contagion de la 
» pefte; je le compterois comme pré- 
» venu fans reflburce , à peu près 
» comme ce ftoicien , qui pilé dans un 
» mortier , s'obftinoit à foutenir qu'il 
» ne fentoit pas la moindre dou- 
» leur, (<z) 

La pefte & la petite vérole ont le 
même pays d'origine. Quand on dit 
que l'air les tranfmet d'un climat à 
l'autre, on n'a que des conjectures 
vagues , incertaines & fans fondement. 

(*) Ibid. Traité de la pefte. pag. 353. 



de la Petite Vérole. 30J 
Soutenir un pareil fyftême ; cela s'ap- 
pelle proprement , bâtir une hypo- 
thèfe en l'air : on aime toujours les 
eaufes extraordinaires quand on igno- 
re les vraies. Une pefte qui ravage un 
pays , toute une ville , ne refpede que 
ceux qui n'ont point de commerce 
avec les peftiférés ; plus ce commerce 
eft intime , plus on eft expofé à con- 
tracter la maladie. Il en eft de même de 
la petite vérole : on refpire le même 
air , mais on eft à labri de la conta- 
gion. Mead (a nous fait obferver que 
lorfque la pefte régnoit à Rome en 
1656 & 1657, tous les Monaftères 
de l'un & de l'autre fexe , furent entiè- 
rement fauves de la contagion ; parce 
qu'ils n'eureut aucun commerce avec 
les malades ; mais les Maifons Reli- 
gieufes de Naples ayant négligé ce 
foin en furent toutes affligées. Bien 
plus , la contagion ne pénétra point 
dans les prifons de Rome , malgré la 
crainte de la mort , malgré l'horreur 
& la malpropreté de ces lieux , qui 
fembloient y expofer les prifonniers 
plutôt que les autres. Et enfuite 

[a) Rich. Mead , Opéra. Paris 1757. p. 2 16. 



304 Histoire 
on vient nous dire gravement que la 
peur eft capable de produire la pelle &C 
la petite vérole. Dans la dernière perte 
d'Angleterre , lorfqu'elle ravageoit tout 
le Canton de Cambridge ; elle ne ref- 
pefta que les Collèges. Dans celle de 
Marfeille , prefque toutes les Commu- 
nautés Religieules en furent exemptes. 
Pour en donner la preuve , nous rap- 
porterons ici le certificat authentique 
de l'Evêque de cette ville. Voici ce 
qu'il attefte : » Henri François Xavier 
» de Belzunce de Cartel Moron , par 
»la Providence divine &c. certifions 
» & attertons à tous ceux qu'il appar- 
» tiendra , que pendant la défolation 
» de Marfeille en 1720 &c ijzi , la 
» perte n'a point pénétré dans les Com- 
>> munautés Religieufes qui n'oht eu 
» aucune communication avec les per- 
» fonnes du dehors , & qui ont ufé de 
» précautions néceffaires pour s'en ga- 
» rantir, & que la communication ne 
» fut plus à craindre dans cette ville en 
»iji2, par le foin que l'on eut de 
m renfermer exactement tous les mala- 
» des dans l'Hôpital de la Charité , dès 
» lors qu'il y en avoit quelqu'un. Donné 
» à Marfeille, dans notre Palais Epifco- 

» pal , 



de la Petite Vérole. 30c 
» pal , le quinzième jour de Décem- 
» bre , de l'an 1742. 

HENRI, Evêquede Marfeille. 

Par Monfeigneur. 

B OY E R Prare. 

Des exemples de cette nature font 
toujours remarquables : on ne iauroit 
trognes répéter , afin qu'on n'oublie 
pas que la pelle eft contagieufe, ce 
qu'on peut le défendre de la contagion . 
au iéin d'une ville qui en efl infectée. 
Au commencement de la même cala- 
mité de Marfeille , un Orfèvre nommé 
Garnur , fit toutes fes provifions de 
bouche , 6c s'enferma dans fa maifon 
avec toute fa famille; fa femme &C 
huit enfans. Pendant les deux années 
que dura la défolation, ils relièrent 
toujours enfermés. Au commencement 
de la pefte , ils n'étoient que dix ; ils 
Sortirent de leur maiibn au nombre de 
onze parfaitement fains. Sa femme 
avoit fait un entant, tandis que toutes les 
familles de Marfeille périlloient par la 
contagion. Cet exemple eli des plus mé- 
morables , il nous apprend deux vérités 
impportantes : l'une que l'air n'apporte 
Tome I. Ce 



306 Histoire 

point la pefte ; l'autre que tout parti- 
culier peut s'en preferver lorfqu'elle 
eft dans une ville. Il en eft de même 
de la petite vérole ; on s'en préferve 
en coupant toute communication ; & 
jamais les révolutions de l'atmofphere , 
les dérangemens des faifons , n'ont 
donné naiffance à cette maladie. Elle 
a couru le monde , parce que des 
hommes, ou bien les matieresj^i'ils 
avoient touché , en étoient infectés. 
La manière dont elle en a fait le 
tour , prouve que l'air n'a point été 
fon véhicule. Il eft fou vent arrivé 
que cette maladie apportée dans une 
ville , n'a attaqué qu'une feule famille, 
qu'un feul enfant , tandis que tous les 
autres en ont été exempts. Ce qui 
prouve encore que la naiffance des épi- 
démies ne dépend point de l'air comme 
leur caufe matérielle , puifqu'il n'y a 
qu'une feule famille qui en foit atta- 
quée , tandis que les autres en font à 
l'abri , quoique tous les enfans éprou- 
vent la même influence. Siegesbeck, 
dont nous avons parlé , qm faifoit la 
Médecine àSéehaufen, ville entourée 
d'eau de toutes part , n'y obferva point 
«lepetite vérole dansl'efpace de quinze 



de la Petite Vérole. 307 

ans , quoiqu'elle eut régné plufieurs 
fois tout autour dans les villes circon- 
voifines. Les barrières des Hottentots , 
l'obfervation de Debes , Médecin Da- 
nois , qui vit la manière dont cette ma- 
ladie naquit dans les Mes de Ferroé , 
font de nouvelles preuves de ce que 
nous avons dit. Eh ! plut à Dieu que 
la petite vérole &C la pefte , ne fuffent 
pas de3 maladies contagieufes & tena- 
ces, & que leur virus fut volatil - y un 
coup de vent les eut bientôt diffipées. 
Les hommes feroient bien malheureux, 
s'il refpiroient un air peitiférédans un 
tems de petite vérole. Le tiffu délicat 
de leurs poumons feroit bientôt rongé 
par un virus auffi acre , auffi ron- 
geant & auffi dangereux que celui de 
la petite vérole. Il y a longtems que 
les oifeaux , & tout ce qui relpire n'éxi- 
fteroit plus : le renouvellement des épi- 
démies de petite vérole eft donc indé- 
pendant des variations de l'atmofphere , 
confidéree comme caufe efficiente dd 
cette maladie. L'air plus ou moins chaud, 
plus ou moins humide , peut aider & 
faciliter ce renouvellement ; mais il ne 
fauroit jamais donner naiffance à une 
petite vérole. Il n'y a qu'un Inoculateur 

C c ij 



308 Histoire 

peut la faire naître à fon gré , daiîS 
tous les tems & dans toutes les faifons ; 
voila le grand maître des épidémies. 
Pour produire la petite vérole , il faut 
fa femence , il faut fon germe , il n'eft 
point dans le fang , il n'eft point dans 
l'air ; il faut le chercher fur la terre. 
Ce germe eft capable de fe fixer , de 
s'attacher fur tous les corps que le ma- 
lade de petite vérole touche-, ainfi fa 
chemife , fes draps , fon linge , fes ha- 
bits , le papier , tous ce qu'il a dans 
fes poches ; fes fouliers , fes bas , enfin 
tous ce qu'il porte , qu'il touche ou 
qu'il manie, peut recevoir l'empreinte 
de ce germe , & le tranfmettre dans 
cet état à tous les hommes ; il eft 
capable alors de faire naître quelque 
tems après la petite vérole ; & fi le 
corps, qui lui fert de véhicule, n'eft 
point pane par le feu , s'il n'a reçu l'im- 
preflîon de quelque parfum, de quelque 
efprit ardent pour l'étouffer , ou bien 
celle d'un liquide capable de l'enlever , 
tel que l'eau. Le germe ainfi caché, peut 
s'introduire dans le corps humain , 
ou par une fimple application fur la 
peau , ou par quelque ouverture natu- 
relle. 



de la Petite Vérole, jo^r 
Ainfi la poudre des croûtes de petite 
vérole , prile par le nez comme nous 
prenons une prife de tabac , ou bien 
répandue (ur un morceau de coton r 
qu'on y introduit , donnera la petite 
vérole ; comme on l'obierve chez les 
Chinois. 

Elle s'introduit par la bouche. C'efl 
ainfi qu'un paylan d'Erideveck , dans 
YAmmerland, (a\ la donna un jour im- 
prudemment à (on fils. Ce payiàn étant 
à Frifoit . y entendit dire qu'il étoit bon 
de donner la petite vérole aux enfans. 
Pour cet effet , il en ramaffa quelques 
croutes, & à peine fut-il de retour chez 
lui, qu'il les donna à boire à ion fils dans 
de la bierre. L'enfant mourut au bout de 
quelques jours de la petite vérole. Ce 
Père malheureux fut tellement affefté 
de cette mort , qu'il perdit l'ufage de 
la raifon. C'eft par la bouche qu'à (£) 
Conftantinople, parmi les Grecs & les 
Chrétiens qui font dans cette ville, on 
prend la petite vérole dans des grains 
de raifins dont on a vuidé les pépins , 
ou bien dans un pruneau. 

(a) Béer. Diffcrtat, inaugura/, de vanoU 
txùrpat Pag. xi. Note 19. 
(a) Voy, Cantiyel. Tableau de la pet. véiy 



310 Histoire 

La petite vérole peut encore entrer 
par les pores delà peau ; &c'eftla voie' 
la plus ordinaire, [a) Cantwel nous dit 
qu'en Irlande on a donné quelquefois la 
petite vérole à des enfans , au lieu de 
les inoculer, en échauffant bien une 
partie du corps par une fri&ion feche , 
& en y appliquant du pus variolique. 
On fait qu'en Italie , au lieu d'inoculer r 
on applique quelquefois une emplâtre 
épilpaftique , & on frotte après la par- 
tie avec du pus. Tous les jours les en- 
fans prennent la petite vérole par les 
pores de la peau , en touchant leurs 
camarades qui en font attaqués. C'eft de 
cette manière qu'un Nègre infecla tou- 
te l'Amérique. 

La petite vérole entre dans le corps 
par une plaie , une piqueure , une 
bleffure , &c. Je n'en donne pour 
exemple que l'ouverture que l'on fait 
en inoculant. 

Il eft donc démontré que le germe de 
cette maladie peut entrer dans notre 
corps par toute forte d'ouvertures natu- 
relles ou artificielles Il nenousrefte 
plus qu'à découvrir quels font les corps 
qui lui fervent le plus fouvent de véhi- 
cule , &c qu'on ne foupçonne pas. 

(j) Cantwel , ilïd. 



de ia Petite Vérole, jil 

Lorfqu'on apporta la petite vérole 
chez les Hottentots , on ne foupçon- 
noit pas fans doute que le linge quï 
avoit fervi aux malades , put commu- 
niquer cette maladie à ce peuple : car 
fi on l'eut cru , je penfe que les Hollan- 
dois étoient affez humains pour ne pas 
expofer tout un peuple à une maladie 
peftilentielle , qui lui étoit inconnue. 

Lorfque le jeune Danois donna fa 
chémife à cette femme des Mes de Fer- 
roé , il ne foupçonnoit pas fans doute, 
qu'elle fut capable d'infefter toutes ces 
Ifles. Ainfi le linge eft la voie de com- 
munication la plus commune pour cet- 
te maladie ; c'eft là un véhicule affuré 
qui peut la tranfporter d'Europe en 
Amérique. M. Tijjbt affure que les char- 
pies dont on fe fert pour panfer les va- 
rioles , confervent encore leur vertu 
contagieufe huit mois après (a) ; il en 
eft de même des foies imbibées , & des 
croûtes que conferve un Inoculateur. 

Kirkpatrick dit qu'il a connu un 
homme qui prit la petite vérole en 
couchant dans un lit où un malade va- 
riole avoit couché trois mois aupara- 
vant. 

(«) Voy. Tiffot, Inoculation juftifiée , p. 6j. 



312. Histoire 

Kirkpatrick (a) rapporte encore 
qu'un Chirurgien ayant faigné une 
femme avec une lancette dont il s'étoit 
fervi pour un malade de la petite véro- 
le ; lui communiqua cette maladie , 
comme s'il l'eût inoculée. Le même 
cas eft arrivé plufieurs fois en Angle- 
terre (/') ; & Mefïïeurs les Chirurgiens 
doivent y faire attention , parce qu'il 
eft très-facheux pour un malade qui a 
déjà une maladie grave , d'en recevoir 
une autre dangereufe par une faignée , 
ou bien de recevoir deux fois la même 
maladie ; ce qui eft encore très dange- 
reux dans ces circonftances. 

L'ineftimable Béer (c), nous fait 
part d'un fait arrivé à Leipjic , fur le- 
quel on doit faire quelque attention : 
il dit qu'un jeune homme adonné aux 
belle-lettres, fut un jour attaqué d'u- 
ne petite vérole dont il guérit ; mais 
dont il eut la figure fort maltraitée. 
Après fa convaleicence , fon premier 
foin fut de fe faire peindre èc d'envoyer 

(a) Kirkpatrick , Analyfe de l'Inoculation. 
. (b) Voy. CantWil, Tableau de la pet. vér. 
(c) Voy. Dijpnat. inaugural'ts de varioUt. 
extirpât. &c. Lipfiïe 1761. pag. io- 

fon 



de la Petite Vérole. 315 

fon portrait à fa fœur , éloignée de 
Leipfic de plus de quarante milles d'Al- 
lemagne ; mais la toile de ce portrait, 
malheureufementinfe&ée , communi- 
qua à cette fœur la petite vérole , dont 
elle mourut. 

Le même Béer nous parle au même 
endroit d'une épidémie de petite véro- 
le , furvenue à Leipfic d'une manière 
qu'on ne foupçonne pas , & qui , peut- 
être , eft très-ordinaire. Un de les 
Confrères ayant été appelle à un Villa- 
ge , à quatre milles de Leipfic , pour 
voir trois enfans attaqués de la petite 
vérole ; de retour à Leipfic , il donna 
à fa fœur la chemife qu'il portoit , pour 
la faire blanchir. Trois jours après , la 
petite vérole fe déclara chez cette fille , 
qui la communiqua à d'autres ; & l'é- 
pidémie de cette année , ne dût fa 
nahTance qu'aux manchettes de ce Mé- 
decin. Je ne faurois trop exhorter mes 
Confrères à être attentifs là-deflus. 

Lorfqu'on iè fut apperçu à Conftan- 
tinople (rf) , que les Médecins Inocu- 
lateurs donnoient quelquefois la petite 

(a) Voyez !c Recueil des Ecrits fur l'inoçu- 
Jation. 
Torn. I. D d 



314 Histoire 
vérole , en touchant les enfans qu'on 
difpofoit à la recevoir par l'inocula- 
tion , on les obligea de changer d'ha- 
bits toutes les fois qu'ils les vifitoient. 
Gholius ( a ) rapporte qu'un enfant 
ayant mangé des raifins lècs , qu'un 
autre enfant attaqué de la petite vérole 
avoit porté quelque temps dans fa po- 
che , fut pris lui-même , peu de jours 
après , de cette maladie. 

Plus le contad eft intime , plus la 
communicatiorr eft aifée : c'eftainfi que 
dans un commerce amoureux , la petite 
vérole pafle d'un fexe à l'autre. Mead 
en rapporte quelques exemples. 

Quelquefois , dans le même cas, 
la maladie n'eft que locale ; ce qu'on a 
vu arriver à une femme {b) , qui reçut 
ainfi la maladie fur une feule partie du 
corps , d'un homme qui étoit encore 
avec les croûtes de petite vérole. 

On peut encore envoyer la petite 
vérole par lettres , d'un pays à l'au- 
tre. Voilà pourquoi il eft défendu aux 

(ai Gohlius. Cowpendium praxis clinic. de 
vg.riolis. 

U) Voy. Tentamen med'ic. an variol. fm- 
«ulœfpecies diverfâ méthodo curari debeant , Au\ 
Bore Ii'nard. Montpelii 1755». 



de la Petite Vérole. 3 1 5 
enfans qui font dans l'Hôpital d'inocu- 
"lation, à Londres, d'écrire des Let- 
tres , même à leurs parens. Et Walhofjf 
(a), Médecin du Roi d'Angleterre , 
dans l'Eledorat de Hanovre , nous fait 
l'hiftoire d'une épidémie de petite vé- 
role, furvenue dans une ville à l'occa- 
fion d'une Lettre , écrite par une per- 
fonne attaquée de cette maladie. Elle 
écrivoit à une fceur domiciliée ailleurs. 
Après la réception de la lettre , cette 
fceur fut bientôt attaquée dejcette mala- 
die qu'elle communiquaà quatre perfon. 
nés de fes amies qui logeoient dans la 
même maifon ; d'où elle iè répandit par 
contagion dans toute la ville : où plu- 
fieurs années depuis , l'on n'avoir point 
obfervés de petites véroles. 

Je fuis très perfuadé que prefque tou- 
tes les épidémies ne doivent leur naif- 
fance qu'à des caufes de cette nature : 
& qu'on n'a jamais pris la petite véro- 
le , qu'en touchant la femence de cet- 
te maladie imprimée fur quelque corps. 
Mais comme cette matière ne fe voit 
pas , &C qu'on ne la foupçonne pas 
non plus : notre négligence eft caufe 

(b) Woy. Got. werlhof. pas 16. Not. 36. 
D d ij 



3 16 Histoire 

qu'on ne s'en apperçoit pas plus fou- 
vent. Une perfonne entre dans la 
chambre d'un malade qui a la petite 
vérole ; elle ne le touche pas ; trois 
jours après , elle ell attaquée elle-mê- 
me de cette maladie : alors on dit : 
l'air de la chambre donne la petite vé- 
role. Mais cette perfonne qui la con- 
traire ainfi , a-t-elle bien pris garde à 
fes habits , à fes manchettes , à (es 
robes , &c. qui peuvent toucher & 
s'empreindre du pus ou des croûtes de 
petite vérole ? A-t-elle pris garde à (es 
iouliers , qui peuvent avoir foulé des 
croûtes que le malade laifle tomber, 
ou jette quelquefois parterre? A-t-elle 
fait attention de ne pas manier quelque 
chofe que le malade a touché ,' un pa- 
pier , une clef , un couteau , les ri- 
deaux du lit , la tapiflerie , un foufflet, 
les pincettes , &c. &c. &c. Tous ces 
corps font capables de retenir l'impref- 
iion de la matière variolique , &c faire 
naître enfuite la petite vérole. Si on 
étoit plus attentif , on découvriroit 
tous les jours quelque nouveau véhi- 
cule de petite vérole. On leroit-fur fes 
gardes, & cette maladie feroit bien' 
plus rare. Alors la petite vérole , au 



V 



de la Petite Vérole. 317 
lieu d'amis , auroit de véritables en- 
nemis : on la pourfuivroit jufque dans 
fes derniers retranchemens: au lieu de 
la conierver , on en détruiroit le ger- 
me : on étoufferoit fa fémence : la né- 
ceffité nous rendroit induftrieux , èc 
fa deftrudion feroit une époque dans le 
monde. Quel bien ne feroit-ce pas pour 
toute l'humanité , fi au premier fignal 
de fon apparition dans une ville , on 
fonnoit le tocfin , l'allarme contre l'en- 
nemi commun. On l'empêcheroit de 
fe répandre , de fe communiquer : 
on apprendroit alors à la vaincre , à 
la combattre: on ne fe tromperoit pas 
comme on fait aujourd'hui : au lieu de 
perfectionner l'art de la conferver 3 on 
perfeftionneroit celui d.e la détruire : 
tout fe ligueroit contre cette maladie. 
Que de milliers d'hommes fauves dans 
tous les Etats. De quelles entreprifes 
les hommes ne font-ils pas capables , 
lorsqu'ils le veulent ? Nous avons trois 
exemples frappans devant nos yeux , 
des barrières qu'on peut oppofer aux 
maladies les plus formidables. Celui 
des Hottentots pour la petite vérole ; 
celui de toute l'Europe pour la deflru- 

Ddiij 



3 18 Histoire 

clion de la lèpre , &c celui des François 
pour la pefte de Marfeille. 

On fait que la lèpre , toujours fortie 
des eaux du Nil , a paru deux fois en 
Europe , & que deux fois elle y a été 
anéantie. La première fois elle y {ut 
apportée par l'armée de Pompée , fui- 
vant le témoignage de Pline ; & la fé- 
conde , au retour des expéditions dans 
la Terre- Sainte , ou Croifades. Les 
Loix qu'on fit en Europe pour arrêter 
la lèpre, furent faites fur le plan des 
Loix Mofaïques. Mais Hérodote (à) 
nous dit que les loix des Juifs fur la lè- 
pre , avoient été tirées de la pratique 
des Egyptiens. Le climat d'Egypte les 
rendit d'abord néceffaires. La néceflité 
eft toujours ingénieufe : 6c les Egyp- 
tiens furent les premiers qui en don- 
nèrent l'exemple aux autres nations. 
On ignore les précautions que prirent 
les Romains pour s'en défendre ; il y a 
apparence qu'ils avoient fait des loix , 
puifque cette maladie mérita l'attention 
des Légiflateursde Lombardie. Et nous 
apprenons que parmi leurs loix , il y 
en avoit une que fit Rothar'is , qui or- 

(a) Hérodote, Liv. II. 



de la Petite Vérole. 319 

donne qu'un Lépreux , chaiïé de fa 
maifon , &t relégué dans un endroit 
particulier , ne pourra plr.; cl fpofer de 
fes biens , parce que dès lors il eft cen- 
fé mort pour le monde. On voit par 
là que pour empêcher toute communi- 
cation avec les lépreux : on les ren- 
doit incapables des effets civils. De 
cette manière , les progrès de cette 
maladie furent arrêtés jufqu'au tems des 
Croifades. Les reglemens fages qu'on 
fit alors , empêchèrent cette maladie 
quiavoit déjà pris racine dans plufieurs 
parties d'Europe , de faire des progrès. 
Les Lépreux , autrement dit Ladres , 
furent féqueftrés entièrement de la fo- 
ciété ; ils furent enfermés dans des mai- 
fons ifolées , hors des Villes , oii on 
leur donna un champ clos à cultiver 
pour leur fubfiftance. C'eft ainfi qu'on 
vint à bout d'extirper entièrement le 
germe de la lèpre , qui s'éteignit enfin 
avec tous ceux qui en étoient attaqués. 
Toute l'Europe concourut à l'exécution 
d'un projet fi falutaire , puifqu'il y avoit 
dans la feule Chrétienté dix-neuf mille 
léproferies , fuivant Mathieu Paris. On 
voit encore des relies de ces maifons , 
Dd iv 



310 Histoire 

ou maladreries , dans plusieurs Pro- 
vinces de France. Elles furent réunies 
à l'Ordre de S. Lazare & du Mont Car- 
mel, par Edit du Roi en 1664. On ne 
peut qu'admirer les fages précautions 
de nos Pères , qui empêchèrent qu'une 
maladie auffi affreufe parvint jufqu'i 
nous. Cette entreprife peut être regar- 
dée comme une des époques du falut du 
genre humain. 

C'eft à l'exemple des anciens Egyp- 
tiens , des Lombards , de nos Prédé- 
xefleurs & des Hottentots , que dans 
notre fiecle , en 1720 , lorfque la pefte 
parut à Marfeille , & qu'il fut clair 
comme le jour qu'elle y avoit été ap- 
portée fur un vaiffeau , on s'avifa de 
former des lignes gardées par des trou- 
pes , pour empêcher la communication 
des peftiférés , avec les autres hommes : 
ce ne fut qu'à fofre de vigilance & de 
foins à garder les barrières , qu'on vint 
à bout d'arrêter la contagion de la 
pefte , qui s'éteignit en 1711 , au fein 
de la France & dans le cercle que les 
troupes avoient formé. Ce qui prouve 
que le germe de toutes ces maladies , 
s'éteint de lui-même. 

A la place de l'établiffement de l'i- 



ed la Petite Vérole-. 311 

noculation , le plus beau projet qu'on 
pourroit lui fubftituer , feroit l'extir- 
pation entière de la petite vérole dans 
tout le monde. Il faudroit pour cela 
que toutes les Nations y concouruflent 
à la fois , &c qu'on coupa toute com- 
munication avec l'Egypte. L'exécution 
de ce projet paroît impoffible ; mais 
il feroit très poffible que toute l'Euro- 
pe fe réunit pour fe préferver de la 
petite vérole. Il ne faudroit pas des 
ïiecles comme pour la lèpre , maladie 
chronique. Trois ou quatre ans , peut- 
être moins , fuffiroient pour une mala- 
die aiguë , inflammatoire , telle que la 
petite vérole , femblable en tout à la 
pefte. 

En attendant le concert de toute les 
Nations de l'Europe , occupons-nous 
de la patrie. Je ne prétens pas pro- 
pofer ici des moyens impraticables , 
comme on a fait jufqu'ici. Je ne de- 
mande que des ordres , & une perfua- 
fion intime de tous les Citoyens , que 
la petite vérole eft une maladie conta- 
gieufe. La nature eft aflez ingénieufe 
pour faire le refte. Tout homme fait 
naturellement fe préferver d'un mal 



3ii Histoire 

contagieux. La tendrefle d'une Mère 
eft aflez clairvoyante pour éloigner de 
fon enfant tout ce qui peut lui nuire : 
il ne faut que la connoiflance des voies 
de communication pour les empêcher 
d'agir , &c le ientiment naturel n'a be- 
foin ici que d'être éclairé par quelques 
fecours extérieurs. 

Avant de propofer les nôtres , par- 
courons les différens fpécifiques & pré- 
fervatifs qu'on a propofé jufqu'ici , 
pour fe délivrer de la petite vérole. 






j* 



V 



be la Petite Vérole. 323 

ARTICLE XII. 

Spécifiques et Préservatifs 
de la Petite Vérole , pro- 
posés par les Auteurs. 

L'histoire de la Médecine & 
l'expérience journalière nous appren- 
nent qu'il y a des contrepoisons dans 
la nature , qu'il y a des êtres capables 
de détruire entièrement le levain d'une 
maladie , foit avant qu'elle fe dévelop- 
pe , foit après fon développement dans 
le corps humain. La nature de ces for- 
tes d'antidotes nous fait parvenir quel- 
quefois à la connoiflance de celle de la 
maladie. Dans ces fortes de découver- 
tes , le hazard eft fouvent plus heureux 
que l'art le plus éclairé. Mithridate Roi 
de Pont , s'étoit rendu le poilon fami- 
lier , au moyen d'un Antidote. Cet 
exemple ne fuffiroit pas pour nous con- 
vaincre de la poffibilité des Spécifiques, 
parce qu'on accorde fouvent dans ce 
cas très-peu à la nature , beaucoup à 
l'art ; tandis qu il faudroit fouvent ac- 
corder beaucoup à la nature , &C très- 
peu au remède. L'habitude nous rend 
non-feulement capable de Supporter 



;z4 Histoire 

les poifons ( j'en excepte les corr ofifs i 
& tous ceux qui agiiîent d'une manière 
méchanique) niais elle nous les rend 
familiers , au point que la nature n'en 
eft plus affeftée. J'en ai pour exemple 
l'opium dont les Turcs font ufage , & 
mille drogues que nous prenons tous 
les jours à titre de remèdes agréables t 
de ragoutans, de ftomachiques ; tels 
que le Thé , le CafFé &c. qui ne non- 
riflént pas plus que l'infiifion d'un mor- 
ceau de bois ; mais auxquels on s'ac- 
coutume enfin, parce que la nature fe 
fait à tout. Ainfi l'exemple de cet anti- 
dote de Mithridate , ne fuffit pas pouf 
nous prouver qu'il y a des fpécifiques : 
mais combien de fièvres intermittentes 
le Kinkina n'a-t-il pas guéri , fans pro- 
curer une évacuation fenfible par quel- 
que couloir. Il eft prouvé que le Mer- 
cure eft le fpécifique des maux véné- 
riens. L'eau diftillée du Laurier-cerife, 
empoifonne , & l'eau diftillée du Lau- 
rier odorant eft fon contre poifon. 
Le vinaigre , les citrons , Ôt les au- 
tres acides de ce genre , font regardés 
comme fpécifiques contre les poifons 
végétaux. L'alkali volatil eft l'antidote 
du venin de la Vipère. On connoît 
même un contre poifon pour le fu- 



de la Petite Vérole. 315 
blimé corrofif , lorfqu'on eft à tems 
de l'adminiftrer ; c'eft l'alkali fixe 
de tartre , ou tout autre de même 
nature 5 le fel de cuifine produit le mê- 
me effet. L'Alchymie a donné naiffance 
au poifon , la Chymie a trouvé l'anti- 
dote. C'eft à la fcience des Rapports 
chymiques qu'on doit cette découverte. 
Les Américains ont leur préfervatif 
contre la morfure du Serpent à fonnet- 
tes. Ce fpécifique eft une plante que 
l'on trouve toujours auprès du fer- 
pent. Il y a donc des fpécifiques &C 
des préfervatifs connus. Mais la gran- 
de queftion eft de favoir , s'il eft poiîl- 
ble de trouver un fpécifique , qui don- 
né intérieurement , puiffe préferver de 
la petite vérole celui qui y eft fans cef- 
fe expofé ; ou bien en détruire entiè- 
rement le levain lorfqu'il commence à 
donner des fignes de fonexiftence dans 
le corps humain : enfin capable de faire 
avorter la maladie avant qu'elle paroif- 
fe. Quelques Auteurs ont cru l'un &C 
l'autre poffible. L'analogie nous porte à 
le croire , & la raifon ne (e refufe pas à 
cette poiïibilité. Voici les remèdes que 
ditférens Auteurs ont piopoiés pour fe 
' préferver de la petite vérole. 

Rhales nous donne plimeurs moyens 



326 Histoire 

de s'en préferver dans un tems d'épi- 
démie : ces moyens confident dans la 
propreté du corps , le lavage , le régi- 
me , & quelques remèdes internes, 
dont la bafe étoit le camphre : il dit 
qu'il faut faire baigner tous les jours 
dans l'eau froide les enfans à l'heure de 
midi. ( Notez que Rhafes vivoit dans 
la Perle ) mais il feroit à fouhaiter que 
cette coutume fut en ufage par tout , 
même dans lés climats froids ; cela forti- 
fie le corps , & rien n'eft plus propre à 
rendre l'homme robufte. La propreté de 
la peau, qui en eft la fuite , ne peut-être 
que falutaire , & contribue non-feule- 
ment à la lanté ; mais on peut dire même 
à prolonger la vie. Le corps humain fe 
trempe comme l'acier ; il devient dur , 
ferme , & réfifte enfuite aux travaux 
les plus pénibles. Cette pratique , qui 
paroit aujourd'hui impraticable parmi 
nous, vu notre manière de vivre &C 
d'exifter , feroit de la plus grande uti- 
lité pour tous les peuples. Et fi on ne 
peut pas faire baigner entièrement les 
enfans , il faut du moins que le lavage 
en tienne lieu. Il conleille de laver le 
vifage des enfans avec l'eau de Santal, 
où l'on ajoute un peu de camphre dans 
linjems d'épidémie. Cet Auteur nous 



de la Petite Vérole. 327 

indique encore le choix des alimens ;il 
dit qu'il faut leur donner des légumes , 
furtout des foupes de lentilles, des her- 
bes potagères, des fruits aigrelets, des 
poiiîons frais &c. leur interdire tout 
ce qui échauffe , allume le fang , & le 
corrompt. Il recommande de leur tirer 
du fang , de rafraichir l'appartement 
qu'ils occupent, & furtout de les te- 
nir proprement. Il leur défend tous les 
fruits doux , tels que les figues , les rai- 
fins fecs , les dattes , le fucre &c. Les 
melons qu'il regarde comme un ali- 
ment très-pernicieux : la viande , & 
tout ce qui eft capable d'occafionner 
quelque pourriture dans le corps; il 
confeille de leur faire manger des ge- 
lées des fruits acides , des robs de ci- 
tron , de grenades &c. d'arrofer leur 
viande avec du verjus, du citron ; de 
leur faire boire de l'eau à la glace , ou 
l'eau fraîche des fontaines; des crèmes 
de riz , d'orge &C de lentilles , leur tenir 
le ventre libre avec de l'eau de pru- 
neaux : & il confeille de faire ufage de 
quelques remèdes dont on verra la 
compofition à la fuite de l'ouvrage, & 
dont le principal ingrédient eftle cam- 
phre. Si l'on doit ajouter foi à quelque 



3î8 Histoire 

fpécifique pour la petite vérole , c'eft 
au camphre : on fait combien il eft 
avantageux dans les fièvres 'putrides , 
malignes , lorfqu'on craint un excès de 
putridité, &C la diflblution des humeurs. 
Il a fervi de baie à plufieurs remèdes 
qu'on nous a donnés après cet Auteur , 
à titre de fpécifiques de la petite vé- 
role. Tel eft en général le régime & la 
manière de traiter les enfans qu'on 
veut préferver de la contagion , que 
Rhafes indique. Nous verrons combien 
fes préceptes font fages pour le traite- 
ment de cette maladie , lorfqu'elle fe 
déclare. 

Boerrhave frappé des miracles qu'a- 
voit fait le mercure dans le traitement 
des maux vénériens , & pour d'autres 
confidérations que lui feul étoit capable 
d'apprécier , crut qu'on pourroit trou- 
ver le fpécifique de la petite vérole 
dans un amalgame de mercure & d'an- 
timoine ; on en fit l'eflài plufieurs fois , 
mais le fuccès ne répondit pas à fon at- 
tente. Cependaut le remède de Boer- 
rhave s employé avec fuccès pour em- 
porter les reliquats de petite vérole ; 
mais ce n'eft que dans le cas où il n'y a 
plus d'inflammation , qu'il peut être 
administré avec fuccçs. 



de la Petite Vérole. 3x9 

Boerrhave confeille encore un autre 
moyen -, il dit , puifque la petite vérole 
eft une maladie inflammatoire , puis- 
qu'elle porte quelquefois une chaleur 
extrême dans tout le corps, & qu'elle 
met les humeurs dans la plus grande 
fermentation; il faut éteindre le feu 
qu'elle excite cV l'étouffer avant qu'il 
fe développe. En conféquence il or- 
donne une méthode générale antiphlo- 
giftique. Il veut pour cette effet qu'on 
foit faigné autant que le demande la 
violence de l'inflammation , qu'on re- 
lâche de qu'on rafraichiffe tout le corps 
par des remèdes internes & externes. 
Une eau farineufe aigrelette , nitrée, 
de l'hydrogale fimple intérieurement, 
des lavemens, des fomentations fur tout 
le corps , une boifïbn acide copieufe , 
un régime léger, un air frais; voilà à 
peu près la méthode que Boerrhave 
indique pour éteindre le feu de la pe- 
tite vérole par la voie de la réiolution , 
comme on fait dans les maladies in- 
flammatoires ; mais comme la petite 
vérole eft un monftre qui fe joue de 
tous nos remèdes ; cela ne l'a pas em- 
pêchée de paroître , quand on a voulu 
tenter de l'étouffer par cette voie. 

Tom. I E e 



330 Histoire 

En 1 7 3 3 , Boerrhave fit l'éloge d'un re- 
mède qu'on c J onnoit pour le fpécifique- 
de la petite vérole ; c'étoit tJEthiops 
Minéral, propofé par Loob , Médecin 
Anglois ; c'eft-à-dire un compofé de 
fouffre ôi de mercure. Les Médecins 
praticiens ne font pas encore d'accord 
avec les Chymiftes fur la vertu de VJE- 
thiops minéral; les premiers difent 
qu'il agit fur nos humeurs , puifqu'il eft 
capable d'exciter une falivation ; les au- 
tres foutiennent qu'il n'y a pointdefuc 
dans le corps capable de le diffoudre y 
& qu'on le rend par les felles comme- 
on l'a pris. On le donne aux enfans,. 
depuis fix grains jufqu'à douze fans 
danger, & s'il en faut croire Boerrhave 
& Loob , plufieurs perfonnes ont été 
préfervées de la petite vérole en fai- 
fant ufaee de ce fecours. Si le levain a 
été pris par la bouche , ce remède peut 
bien avoir un effet falutaire , en entraî- 
nant par les felles tout le virus qui. 
peut-être dans les premières voies ; 
& alors l'évacuation qui en réfulte peut 
être falutaire : mais comme le moment 
où l'enfant contracte ce virus eft incer- 
tain , & qu'on ne peut pas le droguer 
toujours x furtout lorique la petitevés 



de la Petite Vérole. 331 

foie eft déclarée : on doit être très- 
circonfpeft fur fon ufage , & j'aimerois 
mieux qu'on donne à fa place le mer- 
cure doux , ou la panacée mercurielle , 
à la dofe de quatre à huit grains , qui 
agiffent plus furement, & avec plus 
d'efficacité. Mais tous ces remèdes ne 
doivent être confiés qu'à des mains 
prudentes. 

La Chymie a encore fourni les aci- 
des minéraux qui font les rafraîchit* 
fans par excellence , & que quelques 
Auteurs ont employé à titre de préfer- 
vatif de la maladie. Ces acides font 
ceux de vitriol , de fel marin & de ni- 
tre qu'on donne à la dofe de quelques 
gouttes noyées dans une grande quan- 
tité d'eau. Ces acides ont leur avanta- 
ge lorfque la maladie eft déclarée ; 
mais je les crois incapables de préferver 
de la petite vérole. 

On trouve dans les Ouvrages de 
Berkeley , que plufieurs perfonnes ont 
été préfervées de la petite vérole en> 
faifant ufage de l'eau de goudron. 

Etmuller affure qu'il a préfervé bierr 

des perfonnes de la petite vérole avec 

la teinture de myrrhe. Langius &c Vels- 

ehius ont employé le même remède 

«Lins cette vue,- " E-eij, 



33* Histoire 

M. Rofeen ou Rofe , Médecin du Roi 
de Suéde , a employé avec fuccès des 
pilules anti-feptiques , pour prévenir 
les accidens des petites véroles con- 
fluentes,dans les années 1744 &C 1750, 
ou ces petites véroles firent beaucoup 
de ravages dans la ville tfUpfal. Pour 
les faire , on prend calomelas , cam- 
phre , &c aloés tiré à l'eau , de chacun 
quinze grains , vingt & cinq grains 
d'extrait de gayac , mêlés le tout pour 
en faire S. A. des pilules de deux grains 
chaque , qu'on enveloppe d'une feuille 
d'argent ; on en donne le matin depuis 
une jufqu'à quatre , aux enfans au- 
deffus de quatre ans. Quelques Auteurs 
ont propofé le quinquina , comme un 
des plus puiflans antiputrides ; il a été 
eflayé en Angleterre avec quelque fuc- 
cès , & M. le Camus dit qu'on pourroit 
en faire l'eflai fans danger, en l'affo- 
ciant au nitre &C au camphre. 

Voilà à peu-près les préfervatifs in- 
ternes les plus recommandés par les 
Auteurs ; ils ont tous un inconvénient; 
c'eft qu'ils affujettiflënt à leur ufage la 
perfonne qui veut fe préferver de la 
petite vérole , & la condamnent à fe 
droguer éternellement. La plupart de 



de la Petite Vérole. 553 

ces remèdes peuvent avoir la vertu 
qu'on leur attribue : &C dans un cas d'é- 
pidémie, on pourroit faire choix de 
ceux qui paroiflent les mieux combi- 
nés. Celui de tous ces remèdes qui me 
paroît le plus propre à éloigner la pe- 
tite vérole , ou à détruire le levain , 
c'eft le camphre. Son extrême volati- 
lité le fait pénétrer avec promptitude 
dans les vaiffeaux les plus fins : on fait 
combien fes vertus ont été célébrées , 
non-feulement par les Auteurs Arabes , 
mais par les modernes , furtout par 
Hoftman & Tralles , dans toutes les 
maladies inflammatoires , putrides & 
malignes ; on peut le donner fans dan- 
ger , à la dote d'un grain mêlé & broyé 
avec deux grains de nitre , aux enfans 
de deux ans , & augmenter le nombre 
des grains de nitre avec celui des an- 
nées , en proportion égale fuivant l'âge 
du fujet. Le principe pénétrant du cam- 
phre le rend propre à agir en même tems 
fur les premières &C les fécondes voies , 
fans aucun danger. Et c'eft un remède 
de cette nature qu'il faut employer 
pour chaffer un virus étranger , qui 
peut entrer par les pores de la peau &c 
par la bouche. Ainfi s'il y a un remède 



334 H I S T O IRE 

dans la nature capable d'éloigner le 
germe de la petite vérole , ou de le dé- 
truire , fans danger pour les malades , 
s'il eft une fois introduit dans le corps , 
il n'y a que le camphre capable de pro- 
duire cet effet ; &c la meilleure façon de 
le donner eft de le marier avec le nitre. 

Qu'elle que foit la nature , jufqu'ici 
inconnue , du virus variolique ; il n'eft 
pas moins vrai que les fignes qu'il 
donne de fon exiftence , font très-fou- 
vent incertains , & qu'il eft difficile de 
ne pas fe tromper fur fa préfence, par- 
ce que la petite vérole eft une maladie 
fi extraordinaire , qu'elle prend la 
forme des autres fans reffembler à au- 
cune ; & qu'elle met tous les jours en 
défaut la nature , l'art &C l'artifte. Et 
quand on a affaire à un pareil protée, 
il faut chercher des moyens externes 
pour l'empêcher, & de pénétrer dans 
notre corps , & de reffufcitcr lorfqu'il 
paroît éteint. Il s'agit donc de nous 
fortifier extérieurement contre un en- 
nemi invifible qui eft fans ceffe autour 
de nous. 

Les Médecins Arabes , dans cette 
vue, ont recommandé la propreté du 
corps , les bains & les parfums j Avi~ 



de la Petite Vérole. 335: 

cenne , Hali-Habbas , Averrhoes , Aven- 
foar, Alsharave, ôcc. recommandent 
tous de brûler des plantes aromati- 
ques , dans la chambre de ceux qu'on 
veut préferver de la contagion, pour 
purifier l'air des appartenons ; parce 
qu'ils s'étoient apperçus qu'avec ces 
précautions , la petite vérole étoit 
moins fréquente. 

Trunconius,' a) Médecin de Florence, 
ayant appris par une longue expérien- 
ce , que les parfums étoient capables 
d'éloigner la petite vérole , infifte 
beaucoup dans fa pratique fur leur 
ufage. Il confeille de les faire dans la 
chambre des enfans , furtout dans les 
tems d'épidémie où ils font le plus me- 
nacés de la petijf vérole : il recom- 
mande furtout ceux de rofes feches ,, 
de lavande , de gérofle, d'hyffope, 
&c. 

On trouve dans la Réponfe de M» 
Monro , célèbre Médecin d'Ecoffe , aux 
CommifTaires de la Faculté de Paris 
fur le fait de l'inoculation, une note fur 

(a) Jacob Trunconius t De cuJlodUnda pue- 
rorum fanitate. florentin 1 593— 



536 Histoire 
le genièvre , qui m'a paru intéreffante ; 
je vais la rapporter telle qu'on la lit à 
la page 15. » Comme le genièvre , dit- 
»> il , eft une plante qu'on fait n'avoir 
» aucune qualité nuifible ; on pourroit 
» tenter avec elle quelques expérien- 
» ces relatives aux deux faits iuivans 
» qui m'ont été communiqués. Une 
» Dame dans un tems où la petite vé- 
» rôle exerçoit fon ravage dans fon 
» canton , s'avifa de mettre tous les 
» jours (es enfans dans un bain fait avec 
» le genièvre , & de faire du feu dans 
v> leur chambre avec la même plante : 
» aucun des huit ou neuf enfans , ainfi 
>> traités, n'a eu la petite vérole , quoi- 
» que plufieurs d'entre eux ayent par 
» la fuite foigné leurs propres enfans, 
» attaqués de cette maladie. Comme 
» je rapportois ce fait à quelqu'un , il 
» me demanda s'il ne feroit pas pofli- 
» ble que ce fut là la raifon pour la- 
» quelle aucun des habitans d'une Pa- 
» roifle où le genièvre croit en grande 
» quantité , ne fut pris de la pefte , qui 
» fut û meurtrière en Ecoffe , environ 
»> le tems de la reftauration ; tandis 
» que les ParoifTes des environs en 
» fouffroient prodigieufement. C'eft 

» un 



de la Petite Vérole. 337 
» un fait dont il m'affura être bien in- 
» formé. 

Le genièvre par fon principe hui- 
leux , aromatique , eft capable , non- 
feulement de corriger la malignité de 
i'air ; mais t même d'étouffer une fe- 
mence de pefte ou de petite vérole : 
dans tous les tems , il a été employé 
en parfum pour purifier l'air ; il fem- 
ble que c'eft la plante la plus précieufe 
qu'il y ait fur la terre : elle eft répan- 
due partout ; l'odeur qu'elle exhale , 
& le goût amer & fucré de fes bayes , 
femblent inviter l'homme à les man- 
ger lorfqu'il eft malade ; tout le monde 
connoît fa vertu ftomachique. S'il y 
avoit dans la nature une plante Jîgnée , 
c'étoit celle-là. L'homme dans l'état 
naturel expofé à très-peu de maux, 
trouvoit fous fa main un remède agréa- 
ble, fans apprêt , &C efficace : le geniè- 
vre s'employe avec fuccès dans la plu- 
part de nos maux; furtout dans ceux qui 
font produits par le voifinage de quel- 
ques eaux dormantes des marais &c. 
Dans les maladies qui dépendent des 
premières voies , dans les fièvres in- 
termittentes , les délabremens d'efto- 

Tome I. Ff 



538 Histoire 

mac , &c. On fait avec fes bayes une 
conferve précieufe, agréabie au goût, 
& qui eft un excellent ftomachique , 
& on peut mettre le genièvre dans la 
claire des préfervatifs les plus puiflans 
de petite vérole : dans tous les tems 
on s'en eft ierviavec liiccès pour éloi- 
gner les maladies peitilentielles , pour 
corriger la malignité de l'air , & celle 
de nos humeurs. 

Si l'on confidere le bien que pro- 
cure le vinaigre dans toutes les mala- 
dies malignes , peftilentielles , foit qu'il 
foit pris intérieurement, foit qu'on 
l'employé en parfum , ou qu'on en 
frotte les mains , le vifage , les meubles 
des-appartemens; l'analogie nous en- 
gage à le mettre au nombre des pré- 
fervatifs exte-rnes de la petite vérole. 
On fait combien fes vertus ont été cé- 
lébrées par tous les Médecins de l'anti- 
quité ; dans toutes les peftes , on s'en 
eft toujours fervi avec fuccès , il a été 
toujours le grand préfervatif des Méde- 
cins , pour fe défendre de l'infection de 
toutes les maladies. Ses vertus ont été 
de tout tems reconnues : Pofca des Ro- 
mains, le vinaigre des quatre voleurs , 
en font des preuves ; il eft non-feuler 



de la Petite Vérole. 339 

mçnt propre à corriger un air impur 
& mal fain, à éloigner les infedes, 
mais il eft capable d'étouffer une|femen- 
ce de pefte & de petite vérole. Dans 
la dernière pefte on ne l'oublioit ja- 
mais , pour définfecf er les meubles des 
appartemens. ' Quand il ne ferviroit 
qu'à corriger un air mal fain , fon ufa- 
ge feroit toujours falutaire : & il feroit 
à fouhaiter qu'il fut employé plus fré- 
quemment dans tous les Hôpitaux. Son 
ufage eft fondé fur des principes incon- 
teftables , & il réfifte à la pourriture , 
& corrige la malignité de l'air c'une 
manière évidente. On ne connoît 
encore qu'imparfaitement la manière 
dont l'air s'altère , quand il devient 
nuilible ; on connoît encore moins la 
nature de certaines vapeurs mortelles, 
telles que les miafmes qui s'élèvent de 
certains tombeaux , de plufieurs grot- 
tes & fouterrains ; on connoît fouvent 
leurs caufes , on voit leurs effets , mais 
on ne connoît pas leur nature , parce 
que la plupart de ces vapeurs font in- 
coercibles , telles que celles du vin qui 
fermente , & qu'on appelle le Gaç , 
qui éteint les flambeaux & tue fubite- 
mens les hommes & les animaux. Les 

Ff ij 



340 Histoire 

Chymiftes attribuent ces effets fi 
prompts & fi dangereux à la matière 
du feu, ou phlogifiique ; conduits fans 
doute par une analogie , en comparant 
leurs effets avec ceux du charbon de 
bois : le ctiarbon allumé dans un en- 
droit fermé , eft comme on fait très- 
dangereux , Se fon eifet n'eft du qu'au 
principe inflammable , qui crifpe & 
brûle le tiffu des poumons en entrant 
dans le corps par les voies de la refpi- 
ration : du moins c'eft dans cet état 
qu'on a trouvé les poumons de ceux 
qui ctoient morts des vapeurs du char- 
bon. Soit que la matière du feu porte 
fon aftion fur l'efprit vital, ou non; 
en frottant de vinaigre ces fortes de 
perfonnes qu'on a trouvé prefque ina- 
nimées ; on les a fait quelquefois re- 
venir à la vie. On fait que l'air des 
Hôpitaux ne s'altère que par les éma- 
nations continuelles du corps des ma- 
lades, par l'odeur des bouillons, la 
corruption des viandes , les excrémens 
&c. ou autres chofes animales : ces 
papeurs qui font les produits d'une 
fermentation putride , ne font autre 
chofe que des alkalis volatils . invifi- 
bles , chargés toujours d'huiles fœtides 



de la Petite Vérole.- 341 
qui donnent la mauvaife odeur : car 
l'alkali volatil pur , privé c!c ces huiles. , 
ne lent pas mauvais ; il picot re feule- 
ment le nez comme celui de la moutar- 
de. On fait en Chymie une expérience 
très curieufe , qui rend fenlible la ma- 
nière dont le vinaigre agit "fur toutes 
ces vapeurs. On prend dans un verre 
de l'alkali volatil fous forme liquide , 
&C dans un autre du vinaigre ; on ne 
voit point de vapeurs, quoiqu'il s'en 
exhale de l'un ik. l'autre verre : mais 
fi l'on rapproche les deux verres , que 
les deux vapeurs , invifibles d'abord , 
puifîent fe réunir enfemble , il fe fait 
alors une efpece d'efferveicence à l'en- 
droit de réunion de ces deux vapeurs , 
& on voit une vapeur blanchâtre qui 
réfulte de l'alkali volatil lk d'il vinaigre, 
qui forment par leur mélange en 
l'air, un fel neutre ammoniacal c;ui 
tombe p«ir terre , & qui ne fauroH êfre 
dangereux. Cette -expérience iur le vi- 
naigre , lert de fondement à la vertu 
que nous lui attribuons , de corriger un 
air putride & mal tain. Aunî on ne iau- 
roit trop le recommander ainfi eue le 
genièvre. 

Les Médecins s'étant apperçu qite la 
Ff iij 



34i Histoire 
petite vérole étoit une maladie conta- 
gieufe , ne fe bornèrent pas aux pré- 
fervatifs que nous venons d'indiquer : 
& l'obfervation leur ayant appris fi 
iouvent que cette maladie dilparoiffoit 
pendant des années eniieres d'un pays, 
qu'elle attaquoit les peribnnes qui vi- 
voient enfemble , s'aviferent enfin d'in- 
diquer des moyens de s'en garantir , 
femblables à ceux qu'on employoit en 
tems de pefte ; & que c'étoit-là la feu- 
le manière de s'en préferver tout-à-fair. 
En 1610 , il parut un Ouvrage d'un 
Médecin aggrégé à l'Univerfité d'Avi- 
gnon ; qui avoit pour titre : La chajj't 
vérole des petits en/ans (rt) : Claude 
Chanvel qui en étoit l'Auteur , intime- 
ment perfuadé que la petite vérole n'a 
pas d'autre moyen de fe répandre que 
la contagion , ordonne de féqueflrer 
les enfans dans le tems des épidémies 
de petite vérole , de féparer les fains 
des malades ; s'ils font encore à la 
mammelle , de les enfermer avec leurs 
nourrices , les purger ainfi que les 
nourrices , & qu'il falloit faire comme 

(a) CLwde Chanvel , ChafTe vérole des pe- 
tits enfans. Lyon 1610. 



de la Petite Vérole. 343 

en tems de pefte. Par cette conduite , 
il fut préferver la plîtpart de les Com- 
patriotes de la petite vérole ; mais 
après la mort , on négligea des avis fi 
ialutaires. 

En 1617 , (a) un Médecin Lorrain , 
Chrijlophe Cachet , publia un Ouvrage 
qui portoit pour titre : Vrai & affhré 
préfervatif de la petite vérole & rougeole. 
Ce préfervatif confiftoit dans un régi- 
me choifi , & à éloigner les enfans de 
la contagion. On difputoit beaucoup 
de fon tems , fi l'air apportoit la petite 
vérole , ou fi nous en avions le germe : 
& il dit dans fon langage : « La qualité 
» eft née ou à naitre ; fi elle eft née , 
» il faut la corriger ; fi non d'exc'.ure 
» & à refeinder tout ce qui en eft in- 
» fec~té. . . fermer les avenues à la con- 
« tagion , en évitant les lieux , les 
» meubles , & les perfonnes fufpecles. 
» Mieux vaut ne rien favoir , c^c de 
» mal favoir ». Le préfervatif de Ca- 
chet fut encore oublié. 

En 1747 , Mead annonça à l'Univers, 
qu'un peuple que nous nommons ftupi- 

(a) Vrai & affûté préfervatif Je la petite vé- 
role , &c. à Toul 1617. 

F f iv 



344 Histoire 

de , avoit eu aflez de difcernement pour 
fe préferver de la petite vérole ; & 
que la néceffité lui avoit fait imaginer 
pour cette maladie, les mêmes moyens 
qui nous avoient fi bien réufli pour ar- 
rêter la pefte de Mariêille. Un événe- 
ment de cette nature auroit bien dû re- 
veiller l'attention de toute l'Europe. 

En 1661 , un Médecin très-eftima- 
ble dé Léipfic , qui nous a fourni quel- 
ques oblervations , Frideric Gotthilf 
Béer (a) , foutint une Thèfe dans la- 
quelle on propofe de fubftituer l'extir- 
pation de la petite vérole à l'inocula- 
tion. Il prouve que la petite vérole eft 
une maladie nouvelle & contagieufe. 
Il diicute fans partialité & en efprit 
éclairé , tous bs points relatifs à l'ino- 
culation. Il en fait voir les inconve- 
riens, & il conclut que l'extirpation 
entière de cette maladie , feroit bien 
préférable à l'inoculation ; & qu'on 
pourroit imaginer des moyens fembla- 
bles à ceux dont on fe fert pour arrê- 
ter une perte , &c les tenter pour la 
petite vérole. 

(a} DIJJertatio inauguralis medica de varia- 
larum exurpatione injilionï fubjlituenda. Lipii* 
1761. 



de la Petite Vérole. 345 
En 1763 , M. Raft fils (a) , Médecin 
de Montpellier , lut un Mémoire à l'A- 
cadémie des Sciences de Lyon , dans 
lequel , après avoir prouvé , d'après 
Bcrrhave , Screiber , Mead , &c. 
que cette maladie ne fe communique 
que par le contaft , conclut comme 
Béer , qu'il faut employer les mêmes 
moyens dont on s'eft lervi pour arrêter 
la pefte. Et il dit qu'il faudroit que dans 
toutes les Villes , il y eût un Hôpital 
où l'on tranfporteroit avec précaution 
les malades de petite vérole , d'où ils 
ne fortiroient qu'un mois après la chu- 
te des croûtes. Ce Médecin qu'on ne 
fauroit trop louer &c refpe&er , pro- 
pole des moyens qui , quoiqu'impra- 
ticables pour toutes les Villes , feroient 
plus de tien en un mois à l'Etat , que 
mille ans d'inocuktion ; puifqu'ils ne 
tendent qu'à nous préferver de la pe- 
tite vérole. 

En 1764, M. Richard foutint une 
Thèfe pour le grade de Baccalauréat , 
fous les aufpicesde M. Vtntl , Profef- 
feur diftingué & connu de la même Fa- 

(<j) Réflexions fur l'inoculation de la petite 
yérole, & fur les moyens &c. Lyon 1763. 



346 Histoire 

culte de Montpellier , dans laquelle il 
propofe de réunir l'extirpation de la 
petite vérole à l'inoculation. Cette idée 
eft ingénieufe , & il efl ailé d'en recon- 
noître l'Auteur. 

Enfin en 1767, M. h Camus (a) , 
Médecin célèbre de Paris , connu de 
toute l'Europe par fes Ecrits , a lu dans 
une AfTemblée de la Faculté de cette 
Ville , un Mémoire où l'on propofe 
d'anéantir la petite vérole. Il efl inutile 
de dire ici qu'il y a déjà quelque tems 
que j'ai eu la même idée , que j'ai com- 
muniqué à plufieurs Médecins. Cette 
idée peut venir à tout le monde ; Si. 
elle efl déjà venue , comme on a vu , 
à plufieurs hommes. 11 n'y a rien de 
plus naturel que de fuir une maladie 
contagieufe. Mais il s'agit de favoir fi 
les moyens qu'on a propofe jufqu'ici, 
font praticables ou non. 

Ceux de Claude Chanvel peuvent ga- 
rantir quelques enfans de la petite .véro- 
le , en les éloignant de la contagion ; 
mais ils font infuffifans , parce qu'ils 
n'embraffent pas tous les points, & que 

(a) Voy. Projet d'anéantir la petite vérole , 
par M. le Camus. A Paris 1767. 



de la Petite Vérole. 347 
îa femence de la petite vérole eft un ob- 
jet qu'il ne faut jamais perdre de vue; 
fans quoi c'eft s'amufer à parer les coups 
d'un ennemi , fans longer à le détruire ; 
c'eft combattre fans ceffe l'effet , fans 
attaquer la caufe. 

J'ignore fi l'on voudra exécuter les 
moyens que propofè M. Raft. L'éta- 
bliffement d'un Hôpital ; les prépara- 
tifs , l'appareil , les précautions qu'il 
faut prendre pour y tranfporter les 
malades fans danger ; la féparation des 
énfans qu'il raudroit arracher du fein 
des familles ; la rigueur & l'exécution 
d'un pareil ordre ; tout cela fait naître 
à l'efprit une idée d'impoffibilité. Mais 
cjuoiqueces moyens paroiffent impra- 
ticables à opter de deux Hôpitaux , 
l'un d'extirpation de petite vérole , &c 
l'autre d'inoculation ', le premier eft 
fans contredit mille fois préférable. 

L'idée de joindre l'extirpation à l'i- 
noculation , qui parpiffent d'abord in- 
conciliables , pourroit être goûtée , fi 
la petite vérole étoit une maladie inévi- 
table , & fi l'on étoit affuré de parvenir 
à une fin : mais l'une ne feroit occupée 
qu'à détruire fans ceffe l'ouvrage de 
l'autre ; ÔC cela ne finiroit jamais : il 



34^ Histoire 

me paroît bien plus fimple d'empêcher 
tout-à-coup la maladie de renaître &C 
d'étouffer entièrement fon germe. 

M. le Camus , après avoir fait voir 
que la petite vérole eft une maladie 
nouvelle , acquife comme les maux 
vénériens , & que nous n'en por;ons 
point le germe , nous rappelle l'exem- 
ple mémorable des reglemens qu'on 
fit jadis pour fe délivrer de la lèpre : & 
il confeille de modifier ces reglemens 
fuivant les circonftances. Il dit d'éta- 
blir des Hofpices hors des villes, d nf 
les uns feront des Hôpitaux pour les 
indigens , les autres des refuges pour 
les gens aifés. Qu'il y ait des Médecins , 
des Chirurgiens, des Apoticaires , des 
Gardes , des Directeurs , des Infpe- 
ûeurs, &c. d'où ils ne fortiront iims 
des permiflîons particulières , afin de 
ne pas répandre la contagion dans les 
villes, &c.ôc qu'après ia convalescen- 
ce on brûle le lit , les bardes , les uftefl- 
ciles du malade , & tous les meubles 
de la chambre. Il confeille de brûler 
non-feulement ce qui appartient au 
malade , mais les hardes des Gardes , 
des domeftiques. Il dit de prendre des 
précautions fur les Ports de mer , où 



de la Petite Vérole. 349 
l'on fera faire exa&ement les quaran- 
taines , fur tout à ceux qui viennent 
des endroits fufpeds. M. le Camus ne 
préfente qu'une efquiffe de ce qui fe 
pourroit exécuter ; mais on y voit les 
mêmes inconvéniens que dans le projet 
de M. Raft. La fortune des particu- 
liers lézée , la fevérité des Loix , la fé- 
paration des perfonnes liées entr'elles 
par les liens de l'amitié , du mariage , 
&c. tout l'appareil de ces Hofpices où 
l'on ne fauroit forcer le particulier 
d'aller ; enfin les précautions du tranf- 
port des malades de leurs maifons à ces 
hôpitaux. Néanmoins tout cela peut 
s'exécuter ; mais que de difficultés fe 
préfentent en foule ! que d'obftacles à 
vaincre avant d'en venir là. Il eft tou- 
jours beau d'avoir tenté : & des mo- 
tifs aufli nobles font faits pour relever 
l'éclat &c l'eftime dont jouiffoient déjà 
les Médecins qui ont indiqué ces 
moyens. 



3jo Histoire 

ARTICLE XIII. 

Moyens qu'on doit employer 

pour faire cesser la petite 

Vérole en France. 

Continué culpam conipefce : priùfquam 
Dira per incantumferpant contagia vulgus. 
fïrg. Georg. Lib. III. 

A v A N t de prendre aucune pré- 
caution pour fe délivrer de la petite 
vérole , il feroit néceffaire de faire une 
expérience qui mit une vérité dans 
tout fon jour ; ce feroit de prendre 
vingt enfans , dont dix auroient la pe- 
tite vérole , & les dix autres feroient 
iains : qu'on place tous ces enfans dans 
une chambre , de façon qu'ils ne puif- 
fent pas fe toucher ; mais qu'ils refpi- 
rent le même air : & fi au bout de vingt 
ou trente jours , la moitié qui étoit 
faine, eft dans le même état; c'eft-à- 
dire , n'a pas pris la petite vérole : 



de la Petite Vérole. 351 
alors on ne pourra plus douter que 
l'air n'eft point le véhicule de cette 
maladie ; alors on fera convaincu qu'el- 
le eft contagieufe dans toute la rigueur 
du terme. C'eft cette vérité dont je 
voudrois que tous les hommes fuflént 
intimement pénétrés, parce qu'il ne 
feroit plus néceffaire de leur dire : pre- 
nez des précautions contre la petite 
vérole; la néceffité eft affez induftrieufe. 

Si les hommes veulent fe délivrer 
entièrement de cette maladie , il faut 
qu'ils portent toute leur attention fur 
la boète d'un Inoculateur , la garde 
malade , la blanchiflëufe , la peau , le 
linge &£ les habits du malade. Voilà les 
principaux objets qu'il ne faut jamais 
perdre de vue. Ainfi je voudrois qu'il 
fut défendu de ramaffer des croûtes de 
petite vérole, & de conferver la ma- 
tière variolique fous quelque prétexte 
que ce fut. 

Lorfqu'une fois, on fe feroit alfa- 
ré que perfonne ne conferve la fe- 
mence de la petite vérole : je voudrois 
qu'il y eut une ordre général qui en- 
joigne à tous les fujets du Royaume , 
d'avertir des Commifîaires prépofés 
pour' cet emploi; du moment qu'on 
3ura connoiflance que quelqu'un eft 



35i Histoire 

attaqué de la petite vérole. Au premier 
lignai de cette maladie, le Commiffaire 
fe tranfportera dans la maifon du ma- 
lade pour la faire marquer : &C on met- 
tra un ligne quelconque , un peu frap- 
pant , à la porte de la chambre , pour 
avertir qu'il y a un malade attaqué de 
la petite vérole. Cet avertiflfement feul 
eft capable de rendre la petite vérole 
plus rare. Quand on fera afluré par 
l'infpedlion du malade & par le rap- 
port d'un Médecin , ou de toute autre 
perfonne, que quelqu'un eft attaqué 
de la petite vérole ; alors on ne doit 
s'occuper que des moyens qui en em- 
pêchent la commi.nication. 

Pour cet effet on formera une forte de 
barrière autour du lit du malade,fembla- 
ble à un paravent qui entoure le lit,dont 
la hauteur fera de trois pieds environ , 
& qui fera le tour du lit, de façon que 
ceux qui pourroient être dans la cham- 
bre , ne puiffent toucher ni le lit , ni 
le malade , en étendant les bras. Il y a 
une malheureufe difpofition parmi les 
hommes qui s'oppofe fans cefle à l'ex- 
tin&ion de cette maladie , & qui obli- 
ge d'avoir recours à des ordres féve- 
res ; c'ell la tranquillité où l'on eft fur 



de la Petite Vérole. 353 

la petite vérole , lorfqu'on en a été une 
fois attaqué. Dans cette confiance on 
s'expofe , on touche un malade fans 
la moindre appréhenfion : mais fi Ton 
ne craint rien pour foi , du moins faut- 
il craindre pour les autres, 6c furtout 
pour les enfans dont la vie nous a été 
confiée ; à qui on apporte , lans le la- 
voir , une matière invifible qu'on a 
pris au lit d'un malade , & qui a la fa- 
culté de donner la petite vérole. On 
a évité de tout tems un galeux , un 
peftiféré ; on n'a jamais redouté la pe- 
tite vérole : c'eft cette prédilection fu- 
nefte pour cette maladie , qu'il faudroit 
tâcher de vaincre. La petite vérole n'a 
peut-être que deux ou trois ans à ref- 
ter parmi nous , û l'on prend férieuie- 
ment quelques précautions ; le cri de 
la nature nous invite fans .ceife à les 
prendre. N'écouterions - nous jamais 
une voix qui nous empêche toujours 
de nous égarer , lorfqu'on cil éloigné 
de la véritable route ? S; l'on efi donc 
décidé à écouter cette voix , il faut 
défendre à tout le monde de paffer la 
barrière que nous avons mis autour de 
la petite vérole , excepté à la garde 
«naïade , ou à la perfonue qui lui donne 
Tome I. G 



J54 Histoire 

des foins , au Médecin , au Chirurgien 
&c. il ne le faut absolument permettre 
qu'à ceux qu'un devoir indilpenlable 
oblige de toucher Je malade. Il efl inu- 
tile d'avertir mes confrères que les 
manchettes , les habits, &c. peuvent 
s'imbiber de la matière variolique ; ils 
le favent , & leur prudence doit raffu- 
rer fur les précauti ns qu'ils doivent 
prendre auprès de ces fortes de mal ades. 

Mais toutes les fois qu'un Chirur- 
gien fera obligé de faire une faignée 
ou une autre opération ; il ett effcntiel 
qu'il ait les bras couverts d'une manche 
de toile nouée au poignet, parce qu'il 
cft plus expofé qu'un autre à la conta- 
gion ; il aura encore le foin de bien laver 
Tes inftrumens, après une opération fur 
le corps du malade , parce qu'on fait 
ce qui eft arrivé plufieurs fois à des 
Chirurgiens imprudens. 

La garde fera toujours revêtue d'une 
capote de toile qui couvrira fon ta- 
blier , fon jupon , &c. & qui fera 
nouée , ]au moyen de deux cordons , 
au cou &i au poignet. 

Il y aura à la porte de la chambre des 
linges imbibés de vinaigre , fur lefquels 
tous ceux qui en. fortiront . feront obli- 



, de la Petite Vérole. 355 

gés de frotter leurs fouliers. S'il fe peut, 
le lit fera fans rideaux & la chambre 
fans tapifferies. 

La barrière du lit fera fixe , il y.aura 
une porte , dont la garde feule aura la 
clef; on fera joindre exactement cette 
barrière avec le parquet ' au moyen 
de quelque terre grade , argilleufe , ou 
bien avec du plâtre, ou toute autre 
matière femblable , afin que les ordu- 
res ne puiffent pas paffer entre deux. 

Tous ceux qui auront touché le ma- 
lade , feront obliges avant de fortir de 
la chambre , de fe laver les mains avec 
de l'eau &c du vinaigre tiedes , qu'on 
tiendra toujours au befoin dans l'ap- 
partement du malade. 

La garde aura foin d'obferver \ine 
grande propieté dans tout ce qu'elle 
fera ; fi elle eft obligée de fortir , elle 
quittera fa toile , qu'elle pofera entre 
le lit & la barrière ; mais avant de for- 
tir elle obfervera religieufement les 
précautions indiquées; deft-à-dire la 
loi commune de fe laver les mains &£ 
de frotter les fouliers fur les linges 
mouillés. C'eii avec de pareils linges 
qu'elle frottera fouvent l'intérieur de 
la barrière , & le parquet qui eft entre 

G ij 



356 H r s t o i r e 

le lit &C la barrière , ainfi que les bar- 
reaux de la chaîfe qui lui fera deftinée , 
la table de nuit &£ tout ce qui efl autour 
du lit. 

On aura foin de tenir toujours dans 
l'appartement du malade , de l'eau ou 
de la leffivt bouillante , pour y trem- 
per tout ce qu'il touche ; ainfi les plats, 
les afïietes, les fourchettes , les cuil- 
lères &c. y feront trempés, & effuyés 
tout de fuite. 

On défendra au malade d'écrire Se 
de lire, parce qu'il peut envoyer la 
petite vérole dans un livre ou dans une 
lettre à fes meilleurs amis ; & s'il efl: 
obligé d'écrire, il faut que la lettre foit 
expofée au moins un demi quart d'heure 
au parfum ( N°. I. ). 

Avant la fuppuration de la petite vé- 
role , il faut ôter de deffous la main du 
malade , tout ce qui ne peut pas être 
trempé dans la leffive ou l'eau bouil- 
lante. Ainfi on fera en forte qu'il ne 
pu'uTe pas toucher dans cet état , fes 
habits , ou tout autre meuble qui feroit 
à fa portée, & qu'on veut.conferver. 
C'eft alors qu'il faut être attentif fur 
tout ce qu'il touche : il efl douteux 
que la petite vérole puiffe fe commu-; 



de la Petite Vérole. 357 
nîquer avant la fuppuration ; mais de- 
puis l'inftant où elle commence juf- 
qu'à la chute entière des croûtes , il 
ne faut point perdre de vue les précau- 
tions que nous avons indiqué. Si le ma- 
lade alors touche une clef, il faut la 
tremper dans la leffive bouillante , s'il 
touche une cueilliere de môme , & 
ainfi du refte ; il faut que tout ce qu'il 
touche pafle par la leffive : c'eft alors 
que la garde doit redoubler fes atten- 
tions lur tour ce qu'elle fait. Si le ma- 
lade donne une pièce d'argent , il faut 
qu'elle (bit trempée dans le vinaigre ; 
il ne faut point permettre au malade 
d'écrire , ni de lire dans cet état : la 
garde aura deux toiles pour fe couvrir 
& changer fou vent , dans le tems de 
la fuppuration de la perite vérole. 
Nous avons différé jufqu'à préfent de 
parler du linge du malade ; c'eft l'objet 
le plus important , le plus digne d'at- 
tention ; c'eft-là auffi où il faut la por- 
ler toute entière ; c'eft le véhicule le 
plus commun de la petite vérole ; c'eft 
par cette voie qu'elle parvint deux 
fois chez les Hottentots , dans les Mes 
de Ferroé. C'eft par le linge furtout, 
qu'elle fe répand &C qu'on la fenie dans 



358 Histoire 

les villes. La moindre faute fur le linge 
feroit des plus graves, il n'en faut point 
faire s'il fe peut. Il y aura entre le lit 
& la barrière , ou fous le lit un caiflbn 
de bois , ou un coffre oii l'on enfer- 
mera tout le linge qui aura fervi au 
malade , roulé en paquet, jufqu'au tems 
où il faudra le livrer à la blanchiffeufe. 

11 faut que dans toute> les villes il y 
ait des blanchifTeufes particulières , 
pour faire la lelîive du linge qui a fervi 
aux malades attaquées de la petite vé- 
role. On les obligera de ne laver que 
cette forte de linoc Elle fe tiendront 
dans un endroit ilolé , fermé , hors des 
villes , & fur les bords de quelque ri- 
vière , dont le courant fuye la ville ; 
c'eft dans cet enclos defliné aux blan- 
chiffeufes , qu'on fera une double Iefli- 
ve avec des cendres ou de la foude , 
de tout le linge des malades, & de 
ceux ou celles qui les fervent. 

Mais les précautions relatives au 
tranfport de ce linge , que nous allons 
indiquer , doivent être exécutées avec 
la dernière rigueur. Les blanchiffeufes 
qui viendront chercher le linge à la 
ville porteront des hottes de bois avec 
un couvercle plat, qui fermera exaclc- 



de la Petite Vérole. 359 
ment la hotte ; ou bien elles condui- 
ront dans les rues un tombereau fermé , 
dans lequel on jettera les paquets de 
linge des différens particuliers , avec 
un mémoire de ce qu'ils contiennent , 
& le nom de la perfonne , afin de ne 
pas les confondre. Celui ou celle qui 
conduira le tombereau portera une 
hotte pour aller recevoir dans les mai- 
fons les diftérens paquets de linge. 
Ces paquets de linge feront toujours 
enveloppés dans une ferviete qui n'ait 
point fervi au malade ; &C on les jettera 
ainfi roulés dans la hotte ou dans le 
tombereau. y 

La mailon des blanchiffeufes , fera 
gardée par un Infpeûeur chargé de 
veiller au maintien des règles que nous 
allons prefcrire. D'abord ces blanchif- 
feufes obferveront une extrême pro- 
preté en tout. Elles ne pourront îortir 
de cette maifon qu'après avoir changé 
de linge ; & leur habillement fera fem- 
blable à celui des garde-malades ; elles 
feront couvertes d'une chemife char- 
retière qui leur couvrira tout le corps , 
telle qu'en ont la plupart des rouliers 
& des charretiers. Il ne leur fera per- 
mis de déployer le linge des malades 



3<So Histoire 

que dans leur maifon , ni de rien mêler 
d'étranger parmi les paquets ; elles por- 
teront toujours leurs provifions nécef- 
faires à part. Lorfqu'elles feront de re- 
tour chez elles , elles vuideront leurs 
tombereaux & leurs hottes en préfence 
de l'Infpeûeur; & tout le linge avant 
d'être mis à la leffive , fera trempé 
pièce par pièce dans une leffive bouil- 
lante. Le dedans des hottes & des tom- 
bereaux iera lavé avec la même lef- 
five , & frotté avec des linges imbibés 
de vinaigre. Après quoi on fera deux 
leffives de tout le linge à la manière 
accoutumée , & on le fera fécher fur 
des perches expofées au grand air. 
Perfonne n'aura le droit d'entrer dans 
l'enclos des blanchiffeufes ; & c'elt de 
leur maifon furtout qu'il faut éloigner 
les enfans. Ainfi on fera choix de celles 
qui n'en ont point ; & lorfqu'elles re- 
viendront à la ville avec un certificat 
de l'Infpetteur , elles pourront commu- 
niquer avec tout le monde. 

Mais retournons à notre malade. 
Nous avons dit que la contagion de la 
petite vérole étoit à craindre , princi- 
palement dans le tems de la fuppura- 
tion , & qu'alors on devoit redoubler 

tous 



de la Petite Vérole. 361 

tous l'es foins ; elle ne l'eft pas moins 
dans le tems de l'exficcation , pendant 
la chute des croûtes. C'eft donc aloi% 
qu'il faut obferver avec rigueur tout 
ce que nous avons dit , depuis le mo- 
ment de la fuppuration jufqu'à la chute 
entière des croûtes ; on ne permettra 
point au malade , ni de lire , ni d'écrire, 
ni de rien toucher qui puiffe infefter 
perfonne ; ce tems n'eft pas long , fon 
état ne lui permettra guère de s'occu- 
per de chofes étrangères à fa maladie ; 
ainfi qu'il faffe un petit facrifice pour 
le bien de l'humanité : il fera donc 
privé pendant tout ce tems , de la lec- 
ture , de l'écriture , du plaifir de pren- 
dre du tabac dans une boëte , de ma- 
nier de l'argent , de fe fervir d'un cou- 
teau &c. Si c'eft en été , la garde ou 
le malade auront le foin d'écarter les 
mouches qui pourroient fe pofer fur 
la peau du malade ; & on aura foin en 
même tems de couvrir les parties en 
fuppuration, & d'éloigner les mou- 
ches des appartenons. On y fera fou- 
vent des parfums avec le genièvre. 

Il faut toujours partir d'un principe 
vrai , qu'il n'y a que le pus ou les croû- 
tes de petite vérole qui puiffent com- 
Tome T. H h 



362 Histoire 
muniquer la maladie ; l'appareil de l'i- 
noculation le rend feniible & frap- 
pant. C'eft lors que cette matière eft 
invifible , qu'il faut fe metjre en garde 
contre tous les corps qui peuvent s'en 
charger. On défendra au malade de 
jetter fes croûtes par terre ; &£ c'eft 
durant la chute des croûtes , que fa 
garde fera obligé de frotter le parquet 
de la barrière avec des linges imbibés 
de vinaigre , au moins trois fois le jour : 
elle prendra garde encore à fes fou- 
liers qu'elle effuyera de tems en tems fur 
ces mêmes linges qu'on ramafferaen pe- 
loton fous le lit , pour les brûler à la 
fin de la maladie. Le malade étant arri- 
vé à la chute entière des croûtes , fans 
qu'on lui ait permis'de toucher, fes ha- 
bits ; on lui préparera un bain fait avec 
une décoftion de genièvre ; on lui tien- 
dra du linge blanc tout prêt ; & au fortir 
du bain, où il fera frotté, lavé plufieurs 
fois , depuis la tête julqu'aux pieds ; 
on lui donnera fes habits , après l'avoir 
bien effuyé ; il fortira alors de fa bar- 
rière : & on lui donnera un certificat 
de fanté. 

Le malade étant forti de la chambre ; 
on ne doit plus s'occuper qu'à défin- 



de la Petite Vérole. 365 
fecler les meubles , & à purifier l'ap- 
partement. 

La garde-malade aidée de 2 ou 3 per- 
fonnes vêtues de la même manière 
qu'elle , s'occupera de la définfection. 
On ôtera les rideaux, s'il y en a, les 
draps , les toiles des matelats , les tra- 
vertins , oreillers , lits de plumes , 
courte pointes , &c. tout fera enve- 
loppé dans un drap de lit ; après avoir 
ôté la paille , la laine , le crin , plumes , 
&c. la paille fera brûlée , ôi la laine 
renouveliée , ou lavée plufieurs fois. 
Toutes les toiles & le linge roulés en 
paquet , feront livrés aux blanchiffeu- 
ies avec les précautions indiquées.Tout 
le bois du lit fera lavé plufieurs fois 
avec de la leffive bouillante. S'il y a 
une tapiflerie , on la frottera avec des 
broffes trempées clans le vinaigre , aux 
endroits qui ont été le plus expofés à 
être touchés par la garde , ou par le 
malade. On lavera le parquet de la 
chambre , d'abord avec de l'eau & du 
fable , enfuite avec des linges imbibés 
de vinaigre. On frottera les chaifes , 
les portes . les ferrures , feuils des por- 
tes ; enfin tous les endroits qui ont été 
les plus expofés au toucher , avec ces 
H h ij 



3S4 Histoire 

mêmes linges. C'eft ainfi que les Hol- 
landois ont le fecret de fe préferver 
fouvent des maladies contagieufes , 
qui font plus rares chez eux que chez 
nous , quoiqu'ils habitent un pays ma- 
récageux , quoique leur air "foit mal 
fain; en obfervant une partie de ces 
foins dans l'intérieur de leur maifon; 
ils lavent tout jufqu'aux murailles ; leur 
propreté eft fans exemple. C'eft peut 
être un refte des foins qu'on prenoit 
autrefois en Europe , pour fe défendre 
de la lèpre. On fait que Moïfe nous 
dit que la lèpre s'attachoit au murail- 
les ; la petite vérole s'y attache de 
même : la matière de ces maladies eft 
capable de fe fixer fur tous les corps ; 
on fera donc comme les Hojlandois, 
on frottera & on lavera tout ; on brû- 
lera enfuite le parfum (N°. II.) qui eft 
celui , à peu de chofe près , dont on 
s'eft fervi avec tant de fuccès dans la 
dernière pefte de Marfeille , pour la 
définfedtion des meubles : & le lende- 
main ou le furlendemain, on brûlera 
le parfum ( N°. I. ) de plantes aroma- 
tiques. 

Les malades qu'on transfère dans 
les Hôpitaux , y feront mis à part , 



de la Petite Vérole. 365 

Comme on fait déjà, & on y obser- 
vera les mêmes précautions que nous 
avons indiqué pour le particulier. On 
obiervera de les transférer dans des 
chailes à porteur de bois fimple , fans 
garniture en dedans ; les porteurs fe- 
ront couverts d'une chemife charre- 
tière , &c auront des gands de toile fi- 
ne. En arrivant à l'Hôpital, ils quit- 
teront leurs toiles & leurs gands , qui 
feront trempés dans l'eau bouillante : 
on lavera l'intérieur des chaifes avec 
la même eau, on l'efluyera avec des 
linges trempés dans le vinaigre : &C 
enfuite on y brûlera le parfum (N°. II.) 

Dans les petites villes , villages , 
bourgs &c. on exécutera en petit , 
ce que nous venons d'indiquer en 
grand. 

11 ne fuffit pas d'avoir étouffé le 
monftre dans le fein du Royaume , 
d'avoir éteint le germe de la petite vé- 
role dans l'intérieur de nos maifons ; 
il faut fe préferver encore , s'il fe peut, 
de la contagion étrangère : quand bien 
même on ne pourrait pas éviter cette 
contagion étrangère ; cela ne doit pas 
empêcher de prendre des précautions 
dans l'intérieur du Royaume. On aura 
Hhiij 



366 Histoire 

toujours beaucoup fait , lorfqu'on aura 
étouffé l'ennemi qui eft dans notre 
fein : alors toute l'attention fera por- 
tée fur l'étranger , & en attendant , on 
fera toujours prémuni contre fes atta- 
ques. Pour empêcher la petite vérole 
d'entrer dans le Royaume , je voudrois 
qu'on mit en exécution une partie des 
moyens que nous allons indiquer. 

D'abord tous les directeurs des pof- 
tes , des bureaux de caroffes , diligen- 
ces } &c. feront instruits par un billet 
circulaire en forme d'avis , ou par les 
papiers publics des noms de tous les 
endroits fufpecls, hors du Royaume , 
c'eft à-dirc de tous les lieux où l'on 
l'aura que règne la petite vérole ; l'on 
en tiendra une note exacte & ridelle : 
& toutes les lettres , paquets , balles , 
marchandifés , &c. qui en viendront , 
feront marqués par ordre du dernier 
Directeur qui les recevra , de quatre 
grandes lettres SUSP, qui fervi- 
ront d'ave rtiffement à celui qui les 
recevra , pour brûler les papiers après 
les avoir lus , ou du moins pour y faire 
attention ; & on recommandera aux 
particuliers de les paffer du moins par 
un parfum de genièvre, ou par le vinai- 



de la Petite Vérole. 3^7 
grc , afin que leurs enfans ou eux-mê- 
mes ne ibient pas expofés à la conta- 
gion de la petite vérole : on en fera de 
même pour tous les paquets, ballots, 
cailles , marchandées , &c. qu'on ex- 
polera ù un parfum de genièvre , ou 
qu'on parlera par le vinaigre. Ces foins 
feront confiés à la prudence de chaque 
citoyen ; mais il eft efîentiel de l'a- 
vertir , & fi quelqu'un eft attaque tout 
à coup de la petite' vérole, lorsqu'on 
aura pris ces précautions pendant quel- 
que tems , on découvrira toujours les 
voies par lefqu'elles elle eft parvenue. 
Cette découverte nous rendra tous les 
jours plus attentifs , & diminuera le 
nombre des petites véroles. 

Les gardes qui occupent les frontiè- 
res auront ordre de ne laifler entrer 
dans le Royaume aucune perfonne qui 
porte des marques fraîches de petite 
vérole ; fi elle ne produit un certificat 
de fanté ou de préparation * & fi elle 
n'en a point qui foit joint à fon pafle- 
port , elle fera obligée de fubir la pré- 
paration comme fi elle fortoit de ma- 
ladie , ou du moins elle fera lavée de 
la tête aux pieds avec une décoction 
de genièvre, ôc à fes frais : pour cet 
Hhiv 



368 Histoire 

effet il y aura des hommes & des fem- 
mes fur la frontière , qui feront char- 
gés de préparer les voyageurs. Si c'eft 
un pauvre , un mandiant , un homme 
fale & mal propre ; il ne faut pas qu'il 
entre , fans le certificat de préparation. 
On feroit bien malheureux, fi pour 
éviter une pefte , on ne pouvoit pas 
interdire l'entrée d'un Royaume â un 
peftiféré; ainfi tant pis pour celui qui 
voudra fe faire inoculer , ou avoir la 
petite vérole ailleurs ; nous n'en vou- 
lons pas. Nous avons un avantage à 
combattre la petite vérole , que nous 
n'aurions pas pour les autres maladies , 
c'eft qu'on voit fes marques, on ne 
fauroit la cacher. 

Si le voyageur qui porte des mar- 
ques de petite vérole , n'a pas fon cer- 
tificat de préparation bien légalifé , & 
en bonne forme ; on lui défendra donc 
l'entrée du Royaume , ou bien il fubira 
la préparation. Tout fon linge fale fera 
trempé plufieurs fois dans de la leffive 
bouillante ; fes habits feront battus, 
brofTés avec des brofies trempées dans 
le vinaigre , & toutes fes hardes, fes 
papiers , tout ce qu'il a dans fes po- 
ches &c. éparpillé dans une chambre , 



de la Petite Vérole. 369 
& expofé au parfum (N*. II.) pen- 
dant deux heures. 

Pendant le tems qu'on fait la vifrte 
des hardes fur les frontières , on de- 
vroit obliger tous les voyageurs de 
changer de chemife ; mais tout le linge 
fale doit-être trempé dans l'eau bouil- 
lante. H y a bien des voyageurs qui ne 
feront pas fâchés de fe laver , de fe 
parfumer aux frontière^ , cela eft fain , 
cela délaffe. Dans les vifites qu'on fait 
aux frontières , aux barrières des villes , 
ou aux douanes &c. on retiendra tout 
le linge fale qui vient de l'étranger , 
furtout des pays fufpe&s; il fera trempé 
dans l'eau bouillante , tord , & égouté 
tont de fuite : c'eft un très-petit em- 
barras ; il ne faut pour cela qu'une chau- 
dière d'eau bouillante. On feroit ob- 
ferve/- rigoureufement cette loi à tous 
ceux qui ont l'air mal propre , mal fain ; 
mais on feroit de la dernière rigueur 
vis-à-vis de ceux qui portent des mar- 
ques fraîches de petite vérole. 

Que la clavelée des moutons foit la 
même maladie que la petite vérole des 
hommes, ou non ; ce qui n'eft pas in- 
croyable, puifque cette maladie efl 
nouvelle parmi ces animaux ; & que 



37o Histoire 

l'expérience a prouvé que la perte & leS 
autres maladies pestilentielles, paffoient 
des hommes aux animaux , 6c des ani- 
maux aux hommes ; on ne laiffera en- 
trer dans le Royaume aucune bête at- 
taquée de cette maladie , & fi quelque 
jour on veut prélerver ces animaux 
de leurs maladies contagieufes; qu'on 
brûle la paille fur laquelle ils couchent , 
qu'on les tonde , qu'on lave la laine 
avec précaution r & qu'on tue la bête 
malade , li on veut prélerver les autres 
de la contagion. Si on eut tué le pre- 
mier bœuf qui fut attaqué de cette ma- 
ladie contagieufe , qui fortit de la Tar- 
tarie dans le quatorzième fiecle , & qui 
a fait périr tant de bœufs en Europe , 
on les auroit peut être tous fauves ; 
écoutons une fois le fage Virgile. Con- 
tinuo ferro culpam compefce. 

C'eft ainfi qu'on purifieroit les hom- 
mes & les animaux : tout deviendroit 
fain ; la France ne recevroit rien dans 
fon fein , qui ne fut purifié. Plus les 
yifites aux frontières léroient rigou- 
reufes ; plus la connoifiance de tout ce 
qui entre ieroit parfaite. 

Quant aux ports de mer nous fom- 
mes raffurés ; parce qu'on y fait obfer : 



de la Petite Vérole. 371 
ver exactement les quarantaines à 
tous les vaiffeaux qui reviepnent des 
endroits fufpeâs. La néceflité a donné 
lieu à cette coutume , pour fe préser- 
ver de la pefte : la même raifon nous 
invite à prendre des précautons pour 
éviter la petite vérole : ces foins fe 
tourneroient en habitude falutaire chez 
nous. Les Nations voifines alors , auftî 
furprifes que lorfqu'on arrêta la pefte de 
Marfeille , ouvriroient enfin les yeux , 
& feroient forcées d'imiter notre 
exemple. La Nation Françoife accou- 
tumée depuis longtems à fervir de mo- 
dèle aux autres , feroit aufli glorieu- 
fe d'avoir mis fin à ce fléau, qu'à celui 
de Marfeille en 17x1. 

Si la petite vérole s'éteint quelque 
fois d'elle même ; û elle quitte quelque 
fois les villes , les huit , dix , douze an- 
nées confécutives , & plus: fans qu'on 
s'occupe de fa deftruûion ; fi un peu- 
ple a fu l'arrêter tout court ; fi nous 
avons arrêté la pefte qui lui reffemble 
fifort; ne croit-on pas que cette ma- 
ladie puiffe s'éteindre , Si difparoître 
lorfqu'on prendra des précautions ? Il 
ne faudra pas des fiecles comme nous 
avons dit , il ne, faut que trois ou quatre 



37i H I S T O ï R E 

ans. Que de milliers de citoyens fauves 
à l'état ! que de craintes diffipées ! 
que de préjugés vaincus ! puifqu'on n'a 
jamais pris des précautions parmi nous; 
qu'on effaye au moins une fois d'en 
prendre : fi la première année on ne 
fauve que fix mille enfans , la féconde 
on en l'auvera peut être quarante , & 
enfin on les fauvera tous. Qu'il feroit 
à defirer que toute l'Europe concou- 
rut à la fois à ce grand projet; alors 
rien ne le feroit avorter , tout fe ligue- 
roit contre le fléau commun. Qu'il fe- 
roit à fouhaiter encore qu'on n'eut ja- 
mais parlé' d'inférer la petite vérole ; 
mais plutôt qu'on eut fongé à s'en dé- 
livrer. J'ai été forcé d'écrire contre l'i- 
noculation ; je prévois déjà tous les 
traits qui vont tomber fur moi , fi les 
Inoculateurs m'écoutent. Teleft l'hom-* 
me , lorfqu'il adopte un fyflême , fon 
amour propre efi intéreffé à le foute- 
nir , quant bien même il feroit dans 
l'erreur. Et comme le mien eft directe- 
ment oppofé à l'inoculation ; à quoi 
ne dois-je pas m'attendre? Mais j'ei- 
pere qu'en faveur du bien de l'huma- 
nité pour lequel l'Inoculateur & l'Ex- 
tirpateur sjmtéreffent également ; je 



de la Petite Vérole. 375 

trouverai quelque grâce. C'eft ici le 
cas du facrifice de l'intérêt particu- 
lier pour le bien général. Et c'efl: 
à cette marque , que je reconnoî- 
trai les âmes vraiment belles. Qu'on 
prouve que mes principes font taux , 
mal fondés , & je renonce à mon fyf- 
tême ; s'ils font vrais , inconteftables , 
qu'on ne puifle plus les convraincre 
de faux : il faut anéantir la petite vé- 
role. Nedlcas ampliiis , efi impofflbile; 
fed auxilium aliquid , Ji potes fuppedita. 



■*JpA» 



r Jfe*L 






1N V . J. 

PARFUM pour purifier Pair des Appar- 
terriens & éloigner la petite Vérole. 



Prenez 



feuilles de i 



Laurier , 
Thim , 
Lavande , 
Romarin, 



de chacun une 
poignée. 



Tabac , demi-once. 

Vinaigre, une once. 
Graine ou branches 

de genièvre , une once. 

Dans les pays où l'on eft à portée d'avoir 
ces plantes, on doit s'en fervir : à leur défaut, 
on peut leur fubitituer d'autres fimples aroma- 
tiques, telles que la (auge, le calemenr, la 
marjolaine, le flœchas, &c. mais le genièvre 
entrera toujours dans le parfum, ainfi que le 
vinaigre qu'on jettera à part fur une pèle rou- 
gieau feu. On placera les habits , les meubles, 
&c. fur des cordes, des perches, afin qu'ils 
puiffent bien recevoir la fumée. 

On met tous ces aromates en paquet : on 
mêle le tout enfemble , & on le jette fur un 
brafier, ou fur une botte de foin ou de paille , 
dans une chambre fans cheminée & bien 
bouchée. 

La vapeur de ce Parfum n'elt point nuifible. 
On peut encore , fil'on veut , le (implifler & le 
leduire au tabac , au genièvre & au vinaigre, 



N°. II. 

PARFUM dont on fe fervoit avec fucus 

dans la dernière Pefte de Marfeille , 

pour déjinfecier les meubles. 



Prenez 



{ 

{ 



Souffre commun , de chacun 

Poudre à canon , 4 onces. 

Ai fénic blanc , de chacun 

Ciniiabre , demi-once. 

Antimoine, 

Pour parfumer une chambre remplie d'eflels 
difperfés ça & là , qui a deux toifes en quarré , 
on employera cette dofe de parfum. Aux plus 
grandes Si aux plus petites , la dofe fera à pro- 
portion. Les effets feront éparpillés dans la 
chambre : on la bouchera bien par tout , & 
çnfuiteon jettera ce parfum fur une botte de 
foin allumé, en fe retirant promptement. Tout 
le monde fortira de cette chambre, & on fer- 
mera les portes. Ce Parfum doit être de deux 
heures au moins. Après le Partum , tous les 
meubles , hardes , &c. feront fecoués 6k bat- 
tus au grand air. Sa vapeur feroit nuifible aux 
hommes & aux animaux. 



Fin du premier Volume, 



Fautes principales à corriger. 

Jr Age 8, ligne il. c'eft un crime , li/èç il efl 

ineffaçable. 
Pag. 3 i, lie. 14. exanthefies , elkodees ,pleflai } 

liiez exanthefies elkodees pleflai. 
Pag. 61, %. 6. fur celle qui méritoit; ///èçqui 

eut mérité. 
Paa. 1 24, lie. 2 1 . à Zempoalœ, life[ à Zem- 

poala. 
Pag. 129, Hg. 8. y2r ^o/ztvj , lifez/â tara. 
Pj^ 154, A r ore (a) mandefto , dans le fécond 

Tome d'Oréarius, life^ mandeflo dans le 

fécond Tome d'Oléarius. 
Pag. 197, Ug. 2. de la Province deGallée, 

life{ de Galles. 
Pag. 301, Ug. 1. Scrieber , lifez Screiber. 
Pag. 3 14,%. 5- Gholius, lifez Gohlius. 
Jbid. Note fi) Montpelii , lifez Ifionspelii. 
Pag. 315, /i£. 16 6" 17. où plufieurs années 

depuis , fi/ê{ où depuis plufieurs années , l'on 

n'avok point obfervé. 



HISTOIRE 

DELA 

PETITE VÉROLE. 

TOME SECOND. 



HISTOIRE 

DELA 

PETITE VÉROLE> 

AVEC 

Les moyens d'en préserver les En- 
fans ET D'EN ARRÊTER LA CONTA- 
GION en France. 

' SUIVIE 

D'une Traduction Françoife du Traité de la 
petite Vérole , de Rhasès, fur la der- 
nière Edition de Londres , Arabe & Latine. 



Jam fatis terris , &c. 

Horat. Od. 11. 



Par M. J. J. Paulet , Dofteur en 
Médecine de la Faculté de Montpellier. 

TOME SECOND. 
A PARIS, 

Chez Ganeau , rue Saint Severin , près l'EglifeJ 
aux Armes de Dombes & à S. Louis. 

M. DCC. LXVI11. 
Avec Approbation & Privilège du Rot- 



TABLE 

DES ARTICLES 
Du Tome fécond. 



ABLEAV gtnêral de la petite Vé- 
role t & de /es effets fur le corps 
humain. Page I 

Defcription de la petite Vérole. 3 



Faits. 


S 


Caufe.) 


ÏJ 


Siège de la petite Vérole. 


3 l 


Diagnoflic. 


39 


Pronojîic. 


40 


Curation générale. 


49 


Obfervations 6* Faits. 5 2 


&6 4 


Moyens de conferver la beauté. 


80 


Reliquats de petite Vérole. 


87 



Précautions générales dans Cadminijlra-i 



£ « TABLE 

tion de quelques remèdes. % S 

Purgatifs. 101 

FUvre fecondaire. I03 

Avantage & dangers de ^inoculation. 

10J- 
Abus des nourritures animales. 1 25 
Abrégé de la vie de jtihasès. ifâ 



9t*25f*S. 



% 






TABLEAU 




TABLEAU 

GÉNÉRAL 
DELA 

PETITE VÉROLE, 

Et de ses effets sur le 
Corps humain. 

I u S n'avons fait jufqu'ici que 
la moitié de nos recherches : 
on n'a vu qu'un Hiftorien : on 
n'a parlé que pour le particulier. Des 
découvertes purement hiftoriques , ne 
fuffifent point au Médecin. L'origine 
de la petite vérole , fa marche dans le 
monde , ne font que des objets de cu- 
riofité. La manière dont elle renaît & 
fe communique , eft beaucoup plus 

Tom. II- A 




ï Histoire 

importante , & pourra déterminer 
peut-être quelque jour les hommes à 
fe préferver d'un fléau meurtrier, que 
notre négligence nourrit & fortifie. 
Mais comme on ne peut fe flatter que 
tous les Peuples concourront à la fois 
au projet de l'anéantir; en attendant 
tâchons de connoitre ce Protée fous 
toutes les faces , & effayons de le com- 
battre même lorfqu'il exifte en nous. 
Après avoir fuîvifa coude dans le mon- 
de , il faut fe tranfporter au lit du ma- 
lade ; & c'eft là où commence la tâche 
du Médecin qui n'eft encore qu'au com- 
mencement de la route qu'il doit par- 
courir. Nous n'avons fuivi notre en- 
nemi que des yeux , nous n'avons ap- 
perçu fes ravages que de loin ; il faut 
fe rapprocher de lui & le vaincre fur 
le corps humain. 

Le virus de la petite vérole eft un 
être dont la nature nous eit encore in- 
connue. Les croûtes expoiées à l'a- 
lembic , donnent d'abord un peu de 
phlegme odorant , un alkali volatil , 
une huile fœtidc, comme toutes les iub- 
flances animales. Cela ne nous apprend 
rien ; ainfi nous le regarderons comme 
inconnu , &C nous ne prétendons faire 



de la Petite Vérole. 5 

nul ufage ici de nos conjectures : il faut 
parcourir exacïement les effets qu'il 
produit fur non . 

Etant introduit dans le corps hu- 
main , le virus peut y relier du deu- 
xième au onzième jour , {ans le mani- 
feller à la peau ; mais lorique l'érup- 
tion doit arriver , elle commence tou- 
jours dans cet intervalle. 



DESCRIPTION. 



L 



A petite vérole eft mile par les 
Auteurs dans la claffe des maladies épi- 
dérmques , aiguës , inflammatoires , 
avec fièvre éruptive , fuivie de pullules 
phlegmoneules , qui le terminent par 
îuppuration : elle eft contagieule , 
cutanée , &c peflilentielle. 

Premier Etat , ou invasion 

DE LA MALADIE. 

A peine l'homme a-t-il reçu l'ira- 
prefîîon du virus de la petite vérole , 
qu'il éprouve ( lorfqu'elle doit fe dé- 

Aij 



4 Histoire 

velopper ) , un picottement géné- 
ral , un treffaillement dans toute la 
furface du corps ; ce qui fait naître 
quelques friflbns légers , qui font les 
préludes de la fièvre. Les baillemens , 
l'exteniion des membres , l'aflbupifle- 
ment , la pefanteur de tête , l'abatte- 
ment général, les rêves effrayans dans 
la nuit, les naufées , les vomiflemens, 
une fièvre continue , font les princi- 
paux fignes avantcoureurs de cette ma- 
ladie. 

La démangea ifon au nez ainfi que 
l'hémorrhagie , une légère difficulté de 
refpirer , le mal de gorge , l'inquiétu- 
de, quelquefois le délire, fe mêlent 
fouvent aux premiers fymptômes ; 
mais les pathognomiques font , la car- 
dialgie , la douleur de tête , celle des 
lombes dans les adultes , & les convul- 
fions dans les enfans. 

Un gonflement général à la peau , 
fur- tout à celle du vifage , un fenti- 
ment de ponction , la rougeur vive des 
gencives , qui approche de celle du 
feu ; la rougeur générale de la peau , 
fur-tout de celle du vifage ; une cha- 
leur quelquefois brûlante , annoncent 
une éruption prochaine. 



de la Petite Vérole. 5; 

Second Etat , ou Eruption. 

A datter du jour où le malade a 
fenti le premier friffon & le premier 
mouvement de fièvre , l'éruption de la 
petite vérole commence ordinairement 
le troifieme jour ; quelquefois plutôt , 
quelquefois plus tard , mais toujours 
du premier au huitième ; mais le 
troifieme & le quatrième font les plus 
ordinaires. 

Les parties qui font à découvert , & 
où la peau eft la plus fine , font les 
premières couvertes de boutons. 

Ainfi , la peau du vifage , du cou , 
des mains , de la poitrine ; enfuite cel- 
le des bras , du dos , des parties infé- 
rieures , fe gonflent , rougifient , fe 
couvrent d'abord de petits points rou- 
ges femblables à des piqueures de pu- 
ces. Ces boutons prennent peu-à-peu 
la forme de grains marqués d'une peti- 
te pointe à leur centre; à mefure qu'ils 
s'élèvent & groififlent , les interfiiees 
qui les iéparent , deviennent rouges &C 
enflammés ; les boutons font rouges , 
luifants , la peau tendue ; cet état de 
rougeur & de tenfion dure pour l'ordi- 

A iij 



6 Histoire 

naire jufqu'au feptierne ou huitième 
jour , où les boutons deviennent ru- 
des , blanchâtres , enfuite jaunes. C'efi 
là la fin de l'éruption , &c le commen- 
cement du troifieme état , ou de la 
fuppuration. 

Troisième Etat, ou 
Suppuration. 

La fuppuration commence d'abord 
par le centre de la pullule , qui blan- 
chit , jaunit , tandis que fa circonfé- 
rence forme encore un cercle rouge , 
qui difparoît enfin. Si elle commence 
au feptieme ou huitième jour , elle fe 
termine ordinairement en deux , trois 
eu quatre jours, c'eft-à-dire , s'étend 
jufqu'au neuvième &c nzieme jour , 
où toutes les pullules du corps , par- 
venues à leur point de maturité & de 
grandeur , commencent à fe déffe- 
«her. 

Quatrième Etat , ou forma- 
tion des Croûtes. 

Ce quatrième état , pendant lequel 
les pullules diminuent de volume , de- 



de la Petite Vérole. 7 
viennent arides , feches , & fe rédui- 
fent en croûtes , femblables à des écail- 
les tranfparentes far les bords , comme 
une gelée , & relevées en bofle au 
milieu ; s'étend ordinairement depuis 
le neuvième , jufqu'au quatorzième», 
quinzième j ou feiziemejour. La forma- 
tion des croûtes , & far-tout leur chu- 
te , eft toujours accompagnée d'une 
démangeaiion très-incommode. Elles 
fe détachent: d'elles-mêmes , tombent 
& laiflent leur place marquée d'une 
rougeur brune qui rend la peau comme 
tachetée pendant quelque tems , &C 
creufée par de petites fortes qui fein- 
blent avoir lervi de moule à de petites 
lentilles dont la farface auroit été iné- 
gale. Ces creux ne s'érFacent que dans 
la vieillerie. 

Voila les phénomènes les plus ordi- 
naires que nous prefente tous les jours 
la petite vérole diferette. Les principa- 
les époques de fes changemens iont 
donc le troifieme , le ieptieme , le 
neuvième , & le quatorzième jour. 
Telle eft la loi générale qu'obierve 
cette maladie. Mais , que de reftric- 
tions à cette règle ! que de variétés 
dans la manière de fe montrer ! Nous 

Aiv 



H Histoire 

ferons voir bientôt toutes les formes 
qu'elle prend fur la furface du corps 
humain. Ses effets ordinaires & exté- 
rieurs fe réduiiént à ce que nous ve- 
nons de remarquer ; mais ceux qu'el- 
le produit dans l'intérieur du corps , 
font les plus formidables lorfqu'elle 
l'attaque. Examinons quels font les or- 
ganes fur Iefquels elle porte fon aclion 
le plus fouvent , & avec le plus de fé- 
rocité : il n'y a que l'ouverture des 
cadavres qui puiffe nous faire parvenir 
à cette connoiffance. Voici un précis 
des obfervations qui ont réfulté d« 
cette recherche. 

Faits. 

Le célèbre M. Halkr a obfervé dans 
le corps d'un enfant de 10 ans, mort 
d'une petite vérole confluente , la plus 
grande portion gauche du cerveau ré- 
duite en pus. 

Morgagni rapporte que dans un en- 
fant de 1 1 ans , qui eut un écoulement 
de pus à l'oreille avec furdité : il parut 
une tumeur près de l'oreille après la 
petite vérole , qui étant ouverte don- 
na du pus ': mais les convulfions & 1« 



de la Petite Vérole. 9 
délire qui vint après , emportèrent le 
malade : le corps étant ouvert , on 
trouva un amas de pus dans la cavité 
delà /elle du turc, qui s'étendoit jus- 
qu'au commencement de la moële épi— 
niere ; l'os pierreux étoit carié , lors- 
qu'on le perçoit , il en lbrtoit une ma- 
tière purulente. 

Laubius rapporte qu'un jeune hom- 
me , après une petite vérole confluen- 
te , fut attaqué trois Semaines après , 
d'une fièvre lente , d'une toux Si d'une 
difficulté de refpirer , avec douleur aux 
deux côtés de la poitrine; trois mois 
après il mourut : après l'ouverture du 
corps , on trouva le poumon enflammé, 
de l'eau dans le côté droit de la poi- 
trine ; le foie renfermoit un abfcès con- 
tenu dans une membrane très-épaiffe 
& prefque cartilagineufe. 

M. Chirac avoit obfervé dans plu- 
fieurs cadavres morts de la petite vé- 
role , les vaifleaux du cerveau gorgés 
de fang , de la ferofité dans fes ventri- 
cules , le foie engorgé & la véficule 
du fiel pleine d'une bile verte & noire: 
le fang d'ailleurs étoit très fluide. 

Bâillon a vu un enfant de 12 ans -, 
attaqué de la petite vérole , qui au 



ro Histoire 

moment où on s'y attendoit le moins, 
cracha du fang en rendit par les uri- 
nes : après la mort on lui trouva l'in- 
térieur du corps rempli de pullules 
varioleufes. 

Horflius , dans une petite vérole ac- 
compagnée de dyfenterie , &C d'une 
fièvre violente , a trouvé après la mort 
le foie , la rate , l'eftomac , les intes- 
tins , les poumons remplis de pufhiles, 
Semblables à celles de la peau. 

Fernel a obfervé le même cas dans 
les ouvertures de plufieurs cadavres. 

dmbroife Pare a obfervé dans la rou- 
geole que les vifceres de la poitrine &C 
du bas ventre étoient quelquefois cou- 
verts de petits boutons de rougeole , 
femblables à ceux qu'on voit à la peau. 

Roderic a Caftro a vu les mêmes vi- 
fures couvert de puftules de petite 
vérole. 

Oh trouve dans les rhêlanges des cu- 
rieux , qu'on a vu dans la petite vérole 
Comentum enflammé & à demi po.irri. 
La rate & la partie antérieure de l'efto- 
mac de même. 

On trouve dans YHiJîoria Anat.o- 
mico-Médica , ( Nouveau tréfor d'ob- 
fervations que M. Lieutaud vient de 



de la Petite Vérole. ii 
publier ) que les vifceres de la poitrine, 
du bas ventre , la trachée artère & les 
bronches ont été tronvés plufieurs fois 
couverts de puftules varioleufes , fem- 
blables à celles de la peau. 

Bontt a vu l'omentum déchiré , le 
poumon droit adhèrent aux côtes, en- 
flammé &C marqué de taches. La lan- 
gue &c le gofier pkins de puftules , (ans 
que l'épiglote ôi la trachée artère en 
fuflent marqués. 

Après une petite vérole rentrêe,Ker- 
kringius trouva les poumons pleins en 
dehors &c en dedans de puftules de pe- 
tite vérole en maturité , femblables à 
celles de la peau ; la rate en étoit aufïï 
couverte, les inteftins en avoient quel- 
ques unes , le foie étoit lain. 

Nous avons fait remarquer dans 
le premier volume , que l'éruption de 
la petite vérole fe failoit , quelquefois 
après la mort , fur le cadavre comme 
fur un corps vivant. 

Il eft donc démontré que la petite 
vérole fe manifefte fous la forme de 
puftules, tant à la furface du corps, 
qu'à l'intérieur ; que la bouche , la 
membrane pituitaire, la trachée artère , 
les bronches , la plèvre, les poumons, 



i2 Histoire 

Féfophage , l'eflomac , les inteftins , le 
méfentére , le foie , la rate ; tous ces 
organes en étoient quelquefois tous 
couverts , que l'omentum , le cer- 
veau , les corps glanduleux , peuvent 
éprouver fes effets , & s'abfcéder ; il 
eft encore prouvé qu'une petite vérole 
qui fait éruption à la peau , rentre quel- 
quefois tout à coup , & fe porte toute 
entière & fubitement dans l'intérieur 
du corps. Les effets de la petite vérole 
fur la peau de l'homme , & les obfer- 
vations qu'on a faites fur le cadavre , 
nous font conjeclurer, & même con- 
clure , que le virus de la petite vérole 
eft d'une qualité fi rongeante , fi meur- 
trière & fi maligne , que toutes les 
fois qu'un organe dont l'intégrité delà 
fubftance eft effentielle à la vie , en fera 
attaqué , le malade fuccombera tou- 
jours à la violence du mal. Le cœur, 
les vaiffeaux artériels & veineux , n'ont 
jamais été vus avec des marques de pe- 
tite vérole : on les a vus gorgés de 
fang , mais jamais déchirés. 



de la Petite Vérole. i$ 

Cause de la petite Vérole. 

La petite vérole ne reconnoît pour 
Caufe matérielle qu'un virus étranger, 
qui fe développe & fe reproduit clans 
le corps humain; cette reproduction 
eft l'effet du développement d'un ger- 
me pris fur un autre corps , tout com- 
me la formation de plufieurs glands d'un 
chêne eft l'effet d'un feul. Je ne connois 
point d'autre caufe de la petite vérole 
que fa femence propre , qui le régé- 
nère dans le corps animal , où elle eft 
reçue , comme dans une terre propre 
à la faire germer & pulluler. S'égare 
qui voudra dans d'autres recherches. 

Différences. 

Pour avoir une idée jufte de la petite 
vérole , & des différentes formes qu'el- 
le prend dans le corps humain ; il faut 
en marquer toutes les nuances, toutes 
les couleurs , toutes les variétés. On 
diftingue-deux claffes de petites véro- 
les , les difcretes &C les conjluentes. 

On appelle petites véroles dlfcretes , 
eelles où les boutons font diftin&s & 
féparés les uns des autres : les petites 



i$ Histoire 

véroles confluentes , font celles où les 
boutons iè touchent, (ont joints en- 
semble , quelquefois par grappes, par 
plaques , & forment comme des grou- 
pes, où plufieurs boutons font unis & 
confondus les uns dans les autres. 

Dis crêtes. 

Parmi les difcretes , on doit dillin- 
guer : 

i °. La petite vérole locale , qui n'oc- 
cupe qu'une partie du corps excluiï- 
vement; on obferve quelques bou- 
tons qui groffiflent , munfTent & mar- 
quent la peau : il n'y a ni fièvre , ni 
tenfion ; il y a rougeur , chaleur à là 
partie, fuppuration & chute de croû- 
tes avec démangeaifon ; la partie mar- 
qué par ces puftules , comme dans tou- 
tes les autres petites véroles; elle ar- 
rive lorfqu'on force, par la contagion, 
les humeurs à recevoir une maladie 
qu'elles ne (aurait développer : fans 
une difpolition particulière c'eft en vain 
qu'on veut torcer la nature. La plupart ÉÊt 
des inoculés font dans ce cas, ils n'ont I 
qu'une petite vérole locale ; les garde 
malades & les blanchiffeufesy font en- 



de la Petite Vérole. if 
c'ore tres-fujettes. Lorfque les puftules 
font en maturité , il n'y a qu'à les ou- 
vrir avec une aiguille d'or ou d'argent, 
& les eifuyer. Ce fecours foui iuffit 
pour en guérir. 

i°. La petite vérole volante, la vi- 
rolette , varioltz volaticœ ; c'eft une des 
plus légères qu'on obferve : on apper- 
çoit des puftules d'abord rouges , qui 
fe remplirent d'une humeur blanchâ- 
tre & lymphatique ; elles font de la 
grofleur d'une lentille , à peine mar- 
quent-elles le vilage &C les autres par- 
ties du corps , cette elpece attaque (ur- 
tout les enfans qu'on vient de ievrer. 
Elle fait éruption , fe défleche ôt fe 
termine toujours fans danger , & en 
très-peu de temps : un peu de diète 
fufHt pour la guérifon. 

3". La petite vérole cryjlalline ou 
lymphatique ; variolœ cryllaLin<s lym- 
pkaticœ. Elle a été obfervée par Mead ; 
au lieu de pus , elles contiennent une 
humeur lymphatique. 

4°. La petite vérole difcrette , béni- 
gne , régulière , dorée ; varioles diferettz , 
regulares. C'eft la plus ordinaire : c'eft 
telle dont nous avons donné la descrip- 
tion , Si marqué les différens états. 



i6 Histoire 

5 . La petite vérole anomale , c'eft- 
à-dire inégulitre , petite vérole compli- 
quée , ou diferete maligne : variolx ano~ 
malœ , complicatœ , diferetee, malignes. 
Elle ett annoncée par une fièvre arden- 
te , par un brifement univerfel dans 
les membres , la peau eft feche & brû- 
lante ; les yeux font pleins de feu rou- 
ges & enflammés ; les carotides battent 
avec force ; les tendons fe roidiflent, 
le malade vomit , les douleurs d'efto- 
mac & des lombes font atroces. La 
plupart de ces fymptômes s'appaifent 
par l'éruption ; mais quelquefois il y a 
des redoublemens , & le malade tombe 
dans des foibleffes & dans le délire ; on 
voit fortir des goûtes de fang par le 
cez ; le malade fue beaucoup ; on voit 
des rougeurs dans quelques parties du 
corps, femblable à une éréfypelle rem- 
plie de grains rouges , qui occupe l'in- 
tervalle des puftules. Tout indique que 
l'éruption fe fait mal , & que la peau 
n'eft pas propre à la faciliter. Lorfque 
la fuppuration fe fait , les accidens au- 
gmentent , le délire , les convulfions 
.accompagnent fouvent cet état. 

6°. La petite vérole dyfenterique , dé- 
crite par Sydcnham , eft celle qui eft 
accompagnée de la dyfenterie. L'éiup- 

tio» 



de la Petite Vérole. 17 
tion fe fait ordinairement le troifieme 
jour : elle affecle principalement les in- 
teftins où le virus fe jette avec force , 
&c iemble déchirer les entrailles; les 
pufhilcs font petites , rudes , & noires 
vers la fin , quelquefois toute la iurta- 
ce du corps eft couverte d'une croule 
noire. Dans cette efpece , il iemble 
que le virus a peine à le déterminer à 
la furface du corps , & porte fon aclion 
par-tout ; dans la bouche , dans le nez , 
ï il r les boyaux ; on voit iortir le ang 
du ne/, coûte à goûte ; -les glandes fali- 
vaires irritées donnent la falive abon- 
damment ; les inteihns donnent du 
fang ; la peau , comme brûlée , fe 
couvre de croûtes noires femblables à 
des éfearres. 

7 . La petite vérole verruqueufe , va- 
rloliz verrucofx ; les puftules reflemblent 
à des verrues par leur dureté. E'ie a 
été obiervée par Rhases , & cet Au- 
teur nous fait remarquer que les pu- 
ftules ne fuppurent preique jamais , &C 
qu'elle ert toujours mortelle ; parce 
que les obftacles qui s'oppofent à la 
fuppuration , c'eft-à-dire à la fortie du 
virus , font infurmontables ; c'eit un 
liflu de chair dure Se ferme , qui ne 

Tom. II. B 



i8 Histoire 

fauroit fe diflbudre. Ces puftules fe- 
chent , 6V il y en a pour un mois, avant 
que les croûtes , qui deviennent enfin 
noires , tombent. 

b°. Mead en a obfervé une efpece , 
qu'il appelle Jîliqiteufe , variolœ Jiliquo- 
fœ; & qui tient un milieu entre la pe- 
tite vérole véficulaire & verruqueufe. 
Les puftules forment une élévation à 
la peau , qui a la forme d'une filique, 
ou d'une cofie de légume ; ces tumeurs 
font formées par une humeur lympha- 
tique & prefque tranfparente , répan- 
due dans le tiffu cellulaire. 

9 . Helvetius diftingue encore la pe- 
tite vérole très-difcrete , véjîcn luire , & 
pourprée. Dans celle-ci , les pullules 
font en petit nombre , 6c il y a une 
grande diftance de l'une à l'autre ; on 
y remarque des fymptômes de fièvre 
maligne ; le pourpre , les boutons de 
rougeole s'y mêlent ; de façon que 
tandis que les bras font attaqués de 
deux ou trois puftules de petite vérole, 
la poitrine eft couverte d'une rougeur 
créfipélateufe, avec des petits boutons 
femblables à des grains de millet, & 
les cuiffes & les jambes font couvertes 
4e véficules milliaires ; on apperçoit 



de la Petite Vérole. 19 

dans d'autresparties, comme un pour- 
pre ; de petites ampoules pleines d une 
humeur lymphatique ôt tranfparente, 
qui excédent à peine la furface de la 
peau. 

CONFLUENTES. 

Les petites véroles les plus meur- 
trières , (ont celles qu'on appelle con- 
jluentcs. R hases les conoiffoit , ainfi que 
le danger qui les accompagne. Il y en 
a de fimples ôi de malignes. 

Les conjluentes ne différent des dif- 
crêtes qu'en ce que les puftules fe tou- 
chent dans celles-ci , 6c qu'elles font 
ramaffées en grand nombre ; tous les 
fymptômes (ont plus graves & plus 
violents. La diarrhée accompagne pref- 
que toujours l'éruption , & le malade 
lue toujours moins que dans les difere- 
tes : l'éruption fe fait le fécond ou le 
troifieme jour après la fièvre ; & .plu- 
tôt elle fe fait , plus elles font mauvai- 
ses. Elles tardent quelquefois à paroi" 
tre jufqu'au cinquième jour de l'inva- 
fion ; &C l'éruption , qui dans les di- 
feretes , calme toujours les fymptô- 
mes , ne les calme point dans celles ci. 

ftij 



20 Histoire 

Il y a tous les foirs un redoublement de 
fièvre ; le vifage fe couvre comme d'u- 
ne éréiîpele , & les pullules font con- 
fondues 6c n'excèdent pas la furfacede 
la peau. La fuppuration fe fait mal, 
on voit par delïiis une croûte rouffea- 
tre , qui ne tombe > par grandes écail- 
les , que le quinzième . & quelquefois 
le vingtième jour : les adultes font 
fujets à une falivation abondante , 
qui ne celle pour l'ordinaire que le on- 
zième jour ; & alors , li le vifage ou 
les mains ne s'enflent pas , le malade 
cil près de la mort. 

Les plus formidables parmi les con- 
fiiier:us , font celles dont nous allons 
parler : 

i p . La petite vérole conjliunu cry- 
fiallirze , où les pullules remplies d'une 
humeur lymphatique fe touchent : el- 
le ne diffère de la cryftalline difemte , 
(^\\e parce que fes vélicules font réu- 
nies enfembles. D'ailleurs tous les fym- 
ptômes font plus mauvais. KempfirYa. 
pbfervée fouvent dans le Japon ; Helve- 
tius en France; Charles Pijbn en a vu 
une efpece à Paris , qui ell finguliere ; 
c'étoit comme des vefeies remplies 
d'humeurs , qui par leur jon&ion pre- 



de la Petite Vérole. %t 
noient différentes formes , & fem- 
bloient avoir des pédicules qui por- 
taient des veffies de toutes les formes ; 
longues , ovales , rondes , ramaffées 
en grapes ; la peau, dans cette efpece, 
eft d'un blanc-pâle & bouffie ; il y a or- 
dinairement une diarrhée féreuie , ou 
colliquative. Lespufluleslont grandes, 
&c moins rouges que dans toutes les 
autres efpeces. Les membres font bouf- 
fis , & il s'élève , en différens endroits, 
des tumeurs œdemateules. Cependant 
comme l'inflammation eft moins confi- 
dérable , à caule de la grande quan- 
tité d'eau qui femble noyer le virus 
inflammatoire , elle eft moins dangé- 
reufe que toutes les autres efpeces de 
conflutnus malignes. Parmi ces conjluen- 
tes malignes , tielvetius diftingue une 
féconde efpece, qui eft: 

2°. La petite vérole cohérente : dans 
celle-ci , la pointe des puftules qui 
font jointes enfemble , eft applatie , 
ce façon qu'elle forme , fur-tout au 
vifage , une furface égale ; on apper- 
çoit comme un pourpre qui fépare les 
puftules les unes des autres. Les yeux 
font rouges, enflammés; les tendons 
fe roidiffent} l'éruption arrive pronip- 



12 Histoire 

tement & fe fait tout-à-coup ; les pu- 
ftules n'ont point de forme régulière , 
leur pointe eft écrafée , & elles ont 
tout au tour un cercle extrêmement 
rouge ; le vifage eft gonflé & enflam- 
mé ; l'épiderme , qui s'étend égale- 
ment , prélente une furface plate &c 
irrégutiere ; tout eft confondu; la peau 
eft lèche , brûlante ; les fueurs ne fe 
font d'aucune manière. Toute la furfa- 
ce du corps eft enflammée ; l'ardeur de 
la fièvre s'annonce par un pouls dur, 
petit , quelquefois précipité; par des 
urines rouges ; les yeux enflammés &£ 
étincellans , ne peuvent fupporter la 
lumière , ils s'éteignent quelquefois 
tout-à-coup : le délire fuit un mal de 
tête affreux ; les convulfions , la rigidi- 
té des tendons , font plus fréquentes 
que dans les autres cfpeces de conjluen- 
les malignes. C'eft une des plus dange- 
reufes. 

3 . La petite vérole à placards ; va- 
riolce corymbofce : c'eft une petite vé- 
role confluente , où les boutons font 
répandus par groupes & par plaques 
diftinftes , dans certaines parties du 
corps , fur-tout au vifage : on voit des 
efpaces confidérables fans puftùles : 



de la Petite Vérole. 32 

plus ces plaques font nombreufes , plus 
la maladie eft dangereufe. 

4 Q . La plus funefte de toutes les pe- 
tites véroles confluentes malignes , c'eft 
la petite vérole noire , ou feorbutique ; 
variolœ nigree de Sydenham. Les pu- 
ftules livides & noires rendent un fang 
de la même couleur ; le malade le 
rend par les urines ; l'éruption le fait 
le fécond jour ; le fang fort par tous 
les couloirs , & on voit couler quel- 
quefois des larmes de fang. Le fond des 
puflulcs eft comme noir & fphacelé : 
la fièvre eft d'un mauvais caraâere : le 
fang, toutes les humeurs font dans la 
diffolution , & le malade fuccombe 
le fécond ou le troifieme jour. 

SIEGE DE LA PETITE VÉROLE. 

Vv N fait qu'il y a dans le corps humain, 
un organe très-étendu , qui fert d'en- 
veloppe générale & particulière à tous 
lesvifceres, & les contient dans leurs 
cavités : il embraffe les fibres mêmes 
les plus fines des mufcles, les recouvre 



Î4 Histoire 

Se les lie les unes aux autres , c'eft 
ce moyen d'union qui leur donne 
différentes formes : c'eft un tiffu plus 
ou moins ferré , compolé de plufieurs 
fibres entrelaff-es en tout fens, qui 
forment des mailles, des vuides, des 
cavités qui communiquent de l'une 
à l'autre , & qu'on appelle cellules ; 
voila pourquoi cet organe porte le 
nom de tijfu cellulaire. Les trois prin- 
cipales cavités du corps humain font 
tapiffées de cette toile , qui devient 
plus ferrée à tous les endroits où elle 
fert d'enveloppe aux vifeeres : dans le 
cerveau la pie-mere , dans la poitrine 
la plèvre , dans le bas ventre le péri- 
toine , paroiflent n'avoir été formés 
dans leur origine , que de plufieurs cou- 
ches de ce tiffu qui eft devenu lifle & 
poli aux endroits les plus expofés à la 
compreffion : le tiffu cellulaire n'a pro- 
prement ni veines , ni artères, ni nerfs 
qui entrent dans fa formation ; par con- 
iéquenî il eit infenfible ; mais il donne 
partage à plufieurs vaiffeaux qui font 
très-fenfibles , & qui étant piqués , 
donnent des marques d'irritabilité & 
de fenfibilité , voilà ce qui en a impo- 
sé à plufieurs auteurs : car il n'y a de 

fenfible 



DE LA. PEtITE VÉROLE. 1% 

fenfible dans le corps humain que les 
vaiffeaux & les nerfs: ce tiffu cellu- 
laire compofé de plusieurs fibres &c ca- 
vités , renferme une humeur platreufe , 
muqueufe , huileufe , fuivant les fonc- 
tions auxquelles la nature le deftine. 
Quant il s'agit de former un calus , un 
os ; c'eft un périofte chargé d'une hu- 
meur platreufe , d'une colle qui fe dur- 
cit : s'il laut former un mufcle , un vi- 
fcere , c'eft une matière muqueufe : s'il 
faut former un amas de graifle , c'eft 
un fuc huileux : c'eft l'organe qui joue 
le plus grand rôle dans l'économie 
animale : il tapiffe non feulement les 
trois cavités ; mais il fournit une en- 
veloppe générale & extérieure à tout 
le corps , qui communique avec celle 
des trois cavités. 

Il forme extérieurement un fac qui 
embraffe tout le tronc : c'eft cette por- 
tion de tiffu cellulaire, principalement, 
qui filtre &C renferme la graifle dans fes 
cellules; c'eft un matelas couché fur 
des mufcles , qui les garantit des com- 
prenions étrangères , &C qui leur four- 
nit un fuc huileux capable de les hu- 
mecter , d'entretenir leur foupleffe , & 
de faciliter les mouvemens continuels 

Tomt //, Ç 



i.6 Histoire 

auxquels ils f-mt eXpofés : ce font des 
refforts que la nature graifle pour 
maintenir leur jeu , fans quoi ils fe- 
roient bientôt fecs , irrités & ufés, 
C'eft encore un réfervoir précieux, où 
la nature puife un baume , un fuc doux 
& huileux pour modérer, dans les ma- 
ladies, l'acreté des humeurs qui déchire- 
roient , enflammeroient le tiflu foible 
des organes , û elles n'étoient corrigées 
& adoucies par un liquide d'une nature 
balfàmique & mucilagineufe ; aufli re- 
marque-t-on dans toutes les maladies , 
qu'il fe fait une fonte de graifle, quj 
eft même efTentielle pour une entière 
guérifon. 

Le tiflu cellulaire forme à la tête 
une efpece de calote qui enveloppe la 
boëte du crâne ; à la face c'eft un tiflu 
foible , moins ferré que'dans les autres 
parties. 

Les extrémités en font recouvertes, 
& il y forme une efpece de culotte ou 
manche qui ferre les mufcles comme 
ne botte , & les empêché de fe dé- 
placer. 

Ce tiflu cellulaire extérieur commu- 
nique avec l'intérieur par une conti- 
nuité de fibres &c de cellules : c'eft une 



de la Petite Vérole. 17 
voie où les humeurs fe frayent une 
route du dehors au dedans , & réci- 
proquement du dedans au deho rs : il 
plonge par les deux principales ouver- 
tures , la bouche & l'anus, dans l'intéj 
rieur du corps : il va fe joindre dans la 
bouche avec celui qui tapiffe le palais - , 
léfophage , &c. dans l'intérieur du nez, 
il forme la membrane pituitaire ; du 
côté de l'anus , il communique avec la 
péritoine : en outre le tiflii cellulaire 
externe , qui recouvre les parties du 
bas ventre &C de la poitrine , communi- 
que encore avec la plèvre & la poitrine 
en plongeant dans l'interftice des muf- 
cles. C'eiî par la voie de cette toile cel- 
lulaire que fe font plufieurs métajlafes 
telles que les fereufes , les pituiteufes , 
la plupart des dépôts laiteux, puru- 
lents; c'eft par là qu'on explique les 
diver!es^?zm'o/z.s dont parlent les an- 
ciens Médecins. C'eft par la même 
route qu'une tranfpiration interceptée 
eft portée fur la gorge, dans la poi- 
trine , dans \<isjïnus frontaux & maxil- 
laires, dans le bas ventre ; & qu'elle 00 
cafionne un mal de gorge , un rhume 
de poitrine , l'enroument , l'enchiftre- 
nement , un rhume de cerveau , unti 

Cij 



2 $ Histoire 

diarrhée, une dyfenterie, descoliquesi 
&c. Mais on a tort de vouloir expli- 
quer toutes les métaftafes par le tiflu 
cellulaire ; il y en a de fanguines , de 
purulentes , de lymphatiques , qui ne 
fe font que par la voie de la circula- 
tion. 

Le fiége de la petite vérole eft dans 
le tiflu cellulaire ; fi elle quitte ce tiflu , 
ce n'eft que pour fuivre une route for- 
cée &c extraordinaire. 

Le tiflu cellulaire , communique 
avec la peau & la furpeau , par le 
moyen des pores ; cela paroît évidem- 
ment fur quelques perfonnes graffes 
qui ont la peau luifante , ce qui prouve 
que cette graifle a des voies pour tran- 
fuder à travers la peau , & parvenir 
jufqu'à la furpeau ou épiderme où elle 
paroît quelquefois fous la forme d'une 
huile. Cela pofé. 

Si un homme touche la matière va- 
riolique imprimée fur quelque corps ; 
cette matière d'abord tenace & fous 
une forme feche & concrète , s'atta- 
chera à la peau , & fera diflbute par 
l'humeur de la tranfpiration : la cha- 
leur & l'humidité font deux conditions 
eûçntielles à fon développement ; elle» 



de la Petite Vérole. z$ 
fe trouvent réunies dans le corps ani- 
mal, il y a la chaleur naturelle , & la 
vapeur de la tranfpiration qui s'en 
exhale fans cefle. Cette matière ou ce 
principe de maladie étant ainfi reçu à 
la furface du corps , comme dans la 
terre propre à le faire germer , fera 
entraîné par le mouvement de la cir- 
culation du fang , ou par celui de la 
limphe dans le tiflu cellulaire ou dans 
celui de la peau, & occalionnera par 
fa préfence , ècen (e multipliant une 
irritation légère, comme quelque chofe 
qui pique : par communication , tous 
les nerfs de la peau avertis & ébranlés 
en même rems, il fur viendra un léger 
friffon &c un picottement général dans 
toute la furface. Cette matière étran- 
gère logée fous la peau , s'y étend , s'y 
développe , ôc en occupe bientôt toute 
l'étendue : elle bouchera les pores, em- 
pêchera la tranfpiration , irritera les- 
parties : la matière de la tranfpiration 
interceptée fera repompée , refoulée 
dans l'intérieur , ne trouvant point d'if- 
fue libre à la peau : fa qualité acre &c mu- 
riatiquéla rend propre à irriter , à en- 
flammer les partiesparfonfejour-.fi elle 
fe potte au inteftins, elle y occaûon- 

C ù\ 



jo Histoire 

nera , ou la diarrhée , ou la dyfenterie ; 
ce qui s'obferve tous les jours à la fuite 
d'une tranfpiration fupprimée : fi elle 
fe porte à la poitrine , elle y produira 
une toux , une difficulté de refpirer; 
fi c'eft à la tête , une douleur dans cette 
partie : la nature ne pouvant fe déli- 
vrer des humeurs qui doivent fortir 
par différens couloirs , en eft furchar- 
gée , fatiguée : dès lors les fondions 
font dérangées : le cerveau refufe fes 
fucs,, l'eftomac ne fait plus fes fonc- 
tions, la nature cherche à fedébaraffer 
d'un corps étranger ; elle met en jeu 
toutes fes puiffances , elle accélère le 
mouvement du coeur pour vaincre les 
obftacles ; alors la fièvre s'allume, le 
pouls devient plein , les fymptômes re- 
doublent, les organes les plus fenfi- 
bles fouffrent , l'irritation dans les nerfs 
eft générale , les enfans ont des con- 
vulfions , les adultes fouiirent de la 
tête , de l'eftomac & des lombes , tout 
le long de la moële épiniere ; le malade 
fait des rêves effrayants, & la nature 
pendant trois jours femble opprimée 
par un corps dont elle voudroit fe dé- 
baraffer. Cependant ce germe étranger 
de la petite vérole fe développe , fe 



de la Petite Vérole. 31 
multiplie , occupe le tiflu cellulaire ou 
la peau , le répand par communica- 
tion , entre dans la bouche , l'irrite , 
l'enflamme ; donne une couleur de feu 
aux gencives : dans la membrane pi- 
tuitaire il y occafionne une déman^ 
geaifon & en fait couler quelques fois 
du fang: il pénètre, en fuivant toujours 
le mC j me tiflu, dans le pharinx, dans l'é- 
fophage, l'eftomac & les boyaux; irrite 
ces parties ; caufe dans l'une, une dou- 
leur vive , dans l'autre une inflamma- 
tion; dans les inteftins des coliques 
fuivies d'un flux de fang , dans l'eftomac 
des douleurs , dans les autres parties 
une inflammation , un embarras. Enfin 
le volume de cette matière augmentant 
à tous les inftans, la peau fe fouieve ; 
elle paroît gonflée parfa préfence, elle 
fe gonfle en effet, furtout aux endroits 
où fon tiffu eft plus fin , plus délicat , 
moins état de rélifter à la matière qui 
cherche à fe faire jour : ainfi celle du vi- 
fage , du fein & du cou , qui eft plus 
fine , plus délicate que partout ailleurs, 
fera plutôt foulevée que celle qui recou- 
vre d'autres parties. Si la peau eft trop 
compacte, trop dure , naturellement , 
ou par quelque caufe extérieure , telle 

C îv 



31 Histoire 

que la neige , la glace , l'eau froide , un 
air froid &c : fi quelque obftacle s'op- 
pofe à l'éruption qui va fe faire , le 
malade périt , parce que la matière fe 
porte alors , ou fur les poumons , ou 
fur l'eftomac , ou fur les boyaux. Si la 
petite vérole ne pouvant vaincre les 
obftacles qui s'oppofent à fon érup- 
tion , rentre alors , la peau qui étoit 
gonflée, s'aftaiffe tout à coup ; mais cela 
n'arrive que lorfque le malade ou celui 
qui le gouverne a empêché l'éruption 
par l'application de quelque corps 
froid, par quelque remède admiriiftré 
mal à propos , ou à contre tems , &c 
lorfqu'on n'employé pas l'art de la 
faire éclore heureufement. 

Si la matière variolique fe trouve en- 
gagée dans les capfules ligamenteufes 
des articulations, alors l'éruption eft 
prefque impoflîble , parce que l'obfta- 
de qui s'y oppofe paroît infurmonta- 
ble. 

Si elle eft repompée dans les vaif- 
feaux fanguins , elle enflamme , dé- 
chi»e ou corrompt les vifceres : fi c'eft 
dans les reins , elle y occafionne un 
déchirement, le malade rend le fang 
par les urines : fi elle fe porte au foie , 



de ia Petite Vérole. $f 
die le corrompt : fi c'eft dans la fiibf- 
tance des poumons , elle y produit un 
abfcès : elle corrompt celle du cerveau 
& le réduit en pus : fi c'eft dans les 
vaiffeaux lymphatiques (ce qui eft rare) 
elle occafionne un engorgement dans 
les glandes , y produit un bubon : fi 
elle fuit ces différentes routes , le ma- 
lade eft toujours la viâime. Si elle fe 
porte fur la furface externe des vifce- 
res , elle y produit des puftules inflam- 
matoires qui déchirent leurs membra- 
nes , y portent l'inflammation , la gan- 
grené & la mort. Si elle fe borne au 
tifïïi cellulaire extérieur , elle n'eft ja- 
mais fi meurtrière, &C c'eft là fa re- 
traite ordinaire, c'eft le fiége le plus 
naturel & le moins dangereux. Si elle 
fe porte à la membrane pituitaire , elle 
la déchire , occafionne une hérnorrha- 
gie du nez ; à la gorge une douleur, 
une inflammation & une difficulté d'a- 
valer ; fur la trachée artère & les bron- 
ches , une chaleur , une toux , une diffi- 
culté de refpirer : le malade fe trouve 
toujours mal , lorfqu'elle s'éloigne des 
parties extérieures. Elle doit donc, 
pour que le malade éprouve moins de 



34 Histoire 

danger , fe développer entièrement à la 
furfacc du corps , s'y épanouir, en for- 
tant du tiffu cellulaire où elle s'eft re- 
produite & développée : on la verra 
toujours paroître plutôt à tous les en- 
droits où ce tiffu eft foib'.e , & où ify 
a moins de réfiftance de la part de la 
peau ; elle fortira donc plutô: au vifage-j 
au cou , fur le fein , fur les mains , que 
fur toute autre partie , parce que le 
tiffu cellulaire y eft plus foible , la 
peau plus fine , plus délicate que par- 
tout ailleurs : elle aura plus de peine à 
fortir à la paulme des mains & à la 
plante des pieds, qu'ailleurs, parce 
que la peau y eft d'un tiffu plus ferme, 
plus épais. Quand elle eft fur le point 
de faire éruption, elle doit foulever la 
peau qui recouvre immédiatement le 
tiffu cellulaire ; c'eft ce qu'on voit ar- 
river , ce foulevement de la peau de- 
viendra plus fenfible aux parties molles 
& mobiles qu'ailleurs ; c'eft ce qu'on 
obferve à la peau du vilage qui fe fou- 
lcve , fe gonfle d'une manière fenfible 
v- frappante. Si cette matière , qui 
fait effort pour fortir , trouve trop 
d'obftacles du côté de la peau, &i 



de la Petite Vérole. 35 
qu'elle foit détournée de fa route; 
alors elle abandonne tout a coup l'ex- 
térieur , fe porte au dedans , & le ma- 
lade fe trouve toujours plus mal de 
cette retropulfion: c'eft ce qu'on voit 
arriver lorfque la peau du vifage ou 
celle des mains qui s'étoit gonflée , s'af- 
faiffe , s'applatit tout à coup ; ce qui eft 
un très-mauvais fymptôme , lorfqu'elle 
rentre après s'être mofltrée : elle" fuit la 
route du tiffu cellulaire & fe porte alors 
fur les organes intérieurs , mais tou- 
jours au préjudice du malade. Il eft donc 
eflentiel qu'elle fe porte toute entière 
fur le tiffu cellulaire externe & qu'elle 
perce la peau. Il eft très-important 
qu'elle ne iuive pas le torrent de la cir- 
culation , parce qu'elle peut fe porter 
alors fur la fubftance même des vifceres 
ou fe font les fécrétions , & ronger 
leur tiffu. L'orfqu'on inocule un en- 
fant , il n'y a rien de plus mal entendu 
que d'introduire du pus dans les veines ; 
plus l'incifion eft légère , moins la pe- 
tite vérole eft meurtrière , parce qu'el- 
le ne paffe pas le tiffu cellulaire. Si on 
avale le virus , ou, il (e trouve repompé 
parles veines lactées, & porté dans le 



$6 Histoire 

fang ; alors la petite eft toujours plus 
meurtrière que celle qui eft prife par 
les pores de la peau , parce qu'en 
fuivant le torrent de la circulation , 
il eft porté dans l'intérieur de quel- 
que vilcere eflentiel à la vie ; ou bien 
s'attache au boyaux qu'il irrite & en- 
flamme , d'où il réfulte , ou la dyfen- 
terie , ou une inflammation , ou au 
moins une diarrhée. Si on prend la pè- 
te vérole par le nez , elle porte fon ac- 
tion fur là membrane pituitaire, l'en- 
flamme & la ronge ; par communica- 
tion , le virus pénètre de l'os étmoide 
& de l'intérieur de l'orbite dans la ca- 
vité du crâne , & donne , ou la cépha- 
lalgie , ou le délire , ou i'affoupiffe- 
ment , ou les convulfions : ainfi la mé- 
thode que fuivent les Chinois eft en- 
core très-pernicieufe. Dans un fang fcor- 
butique , où toutes les parties tendent 
à pourriture & à la diflolution ; la pe- 
tite vérole n'aura pas tant de peine à 
fe faire jour , ni à fe développer ; mais- 
elle fera prefque toujours mortelle , à 
caufe de la difpofition vicieufe des hu- 
meurs : elle fera noire , parce que le 
fang eft putride ôc tend à cette cou- 



de la Petite Vérole. 37 
leur : de la complication de ces deux 
maladies , il en résultera des accidens 
qui tiendront de lune & de l'autre , & 
qui feront fuccomber le malade. Si la 
petite vérole faifant effort pour fortir 
du tiffu cellulaire , la peau fe fouleve 
irrégulièrement. Se qu'une eau fe filtre 
dans l'intérieur des pullules , ou que la 
matière de la tranfpiration foit fuppri- 
mée ; alors les pullules feront blan- 
châtres , lymphatiques , prefque tranf- 
parentes : voila ce qui donne lieu aux 
petites véroles cryjtallines , Jillqueufes 
&c. Si les pullules ne font pas allez ab- 
breuvées , que l'éruption fe fafle mal , 
& que le tifiu de la peau foit trop ferré , 
trop dénie ; alors les pullules reffem- 
bleront à des verrues : fi les pullules 
fe jettent fur quelques parties par 
grouppes ; ce fera la petite vérole à 
placards. 

On ne pourroit jamais fe perfuader 
que le virus fuive toujours le grand 
torrent de la circulation , qu'il aille au 
cœur pour revenir dans d'autres par- 
ties , àc que la céphalalgie dans la pe- 
tite vérole, foit un effet de l'aftion im- 
médiate du virus , ou fur l'origine des 
nerfs , ou fur les membranes du cer» 



38 Histoire 

veau : fi ce virus rongeant paiîbit pat 
tes filières , s'il fe filtroit à travers la 
fubftance molle & pulpeuie du cer- 
veau, le fujet leroit bientôt la viâime 
de cette marche : il n'eft pas plus 
croyable qu'il fe filtre avec les hu- 
meurs dans les vifceres deftinés à les 
féparer ; qu'il puiffe paffer par toutes 
les filières "des tefticules ou du foie: il 
eft bien plus probable qu'il refte dans 
les gros vaiffeaux (s'il y eft jamais) 
fans entrer dans les organes des fécré- 
tions : mais il eft encore bien plusvrai- 
femblable qu'il ne foit logé que d. ns 
le feul tifTu cellulaire, à travers lequel 
il pénétre &C fe répand par la voie des 
cellules aux parties voifines , aux par- 
ties intérieures mêmes , de la même 
manière que le foufle s'introduit d'une 
cellule à l'autre. 

Quel que foit le fiége de la petite vé- 
role : elle ne fera pas moins à mes 
yeux la maladie la plus bizarre , la plus 
extraordinaire , & une des plus dan- 
gereufes de toutes celles qui nous affli- 
gent , qui trompe & trompera toujours 
les Médecins les plus habiles & les plus 
expérimentés. 



de la Petite Vérole. 39 

Diagnostic. 

Il fera aifé de diftinguer la petite vé- 
role de toute autre maladie , fi l'on 
fait attention au tableau que nous en 
avons fait , en diftinguant toutes fes 
efpeces , & aux fymptômes qui l'ac- 
compagnent. Son caraôerediftinftif eft 
de marquer la peau de creux qui fem- 
blent avoir fervi de moules à de petits 
grains , dont la furface feroit inégale. 
Les différentes efpeces font ailées 
à diftinguer par leur forme extérieu- 
re. Elle diffère de la pefte , en ce que 
celle-ci produit toujours un bubon à 
l'aine , ious l'aiffelle , ou derrière les 
oreilles , & n'a pas de puftules qui 
marquent la peau. Elle diffère de la 
rougeole , en ce que les grains de rou- 
geole font plus petits , plus lerrés , 
& au lieu de luppurer parfaitement , 
ne forment qu'une farine en petites 
lames , qui ne laiffent point de creux 
marqués, comme dans la petite véro- 
le. D'ailleurs la toux & le rhume font 
les fymptômes pathognomoniques de 
la rougeole; a qui eft rare djiis la 
petite vérole. Les fymjtômes de la pç» 



$5 Histomi 

tite vérole , {es différens états , & fei 
marques , ne permettent pas de la con- 
fondre avec les autres maladies , quand 
elle eft déclarée : mais avant de paraî- 
tre , les marques qu'elle donne de fon 
exiftence dans le corps humain , peu- 
vent fe confondre aifément avec celles 
d'une autre maladie. Le fentiment de 
ponction à la peau , la rougeur des 
yeux , des mains , du vifage , le gon- 
flement de ces parties ; la rougeur des 
gencives , les rêves effrayans , les an- 
xiétés , joints aux fymptômes patho- 
gnomoniques de cette maladie , qui 
font la douleur au creux de l'eftomac , 
lorfqu'on le preffe ; la douleur des lom- 
bes , les convulfions dans les enfans s 
& la douleur de tête , annoncent l'e- 
xiftence de cette maladie dans le corps , 
& une éruption prochaine. 

Prognostic. 

Lorfque la petite vérole a paru , le 
malade fe fent toujours foulage. Plus un 
fujet a d'humeurs , plus la petite véro- 
le eft abondante , parce que le germe 
a trouvé dans ce corps plus de fucs 
pour favorifer fa reproduction : tandis 

qu'un 



be la Petite Vérole. 41 

«ju'un homme fec aura toujours une pe- 
tite vérole difcrete &c clair-femée. 
Les enfans feront plus expofés à con- 
tracter cette maladie , parce qu'ils tou- 
chent tout , &c jouent avec tout ; par- 
ce qu'ils ont les pores &c plus ouverts , 
& en plus grand nombre que les hom- 
mes faits ; parce qu'ils fuent beaucoup, 
& ont la peau plus délicate que les au- 
tres. Les femmes y feront plus ex- 
potées , parce que leur tempe ramment 
approche plus de celui des enfans que 
le notre, à caufe de la délicatefle des 
fibres. Si les habitans du Nord prennent 
la petite vérole dans les grands froids, 
ils mourront tous T parce qu'elle ne 
peut pas faire facilement éruption fur 
un cuir trop ferré par le froid. Tous 
les peuples qui fe frottent le corps 
d'huiles , de graifTes , &c. qui font 
malpropres , auront des petites véro- 
les cruelles , dangereufes , irrégulieres, 
&c. Les peuples qui font dans l'habitu- 
de de fe baigner dans un bain tiède 
avant l'éruption, doivent toujours s'at- 
tendre à un heureux fuccès , parce 
que le bain en ramolliffant la peau , ne' 
peut pas manquer de produire un boni 
effet. 

Tome IL, D 



4* Histoire 

Le danger de la petite vérole fe me- 
fure toujours par l'importance de l'or- 
gane qu'elle attaque. Plus il fera pré- 
cieux à la vie , plus le danger fera 
grand. Si la petite vérole attaque le 
cerveau, le danger lera, je fuppofe , 
comme 4 : fi elle attaque Fcftomac , 
les inteftins , il fera de même : fi elle 
attaque un poumon , il fera comme 3 ; 
la bouche , la membrane pituitaire , 
il fera comme 2 : mais fi elle n'attaque 
que la peau feulement , le danger fera 
comme 1 , & fe réduira même à o: 
Pui'quefon intégrité n'eft pas effentiel- 
le à la vie. Il eft donc de l'intérêt du 
Médecin & du malade , que tout le 
venin de la maladie fe porte entière- 
ment à la peau , puifque c'eft l'organe 
le moins important de tous ceux que 
nous lui avons comparé. Il eft donc 
efientiel que tout le virus forte par les 
couloirs de la furface du corps. Ainfi 
pli'j la petite vérole fera éloignée du 
centre , plus elle fera douce & béni- 
gne. PI us l'éruption à la peau fera fa- 
cilitée par des difpofitions naturelles 
ou factices , moins la maladie fera à 
craindre : la mollefle des fibres de 
la peau,, les pores plus nombreux, 



de la Petite Vérole. 4J 
plus ouverts , l'état de relâchement de 
ion tiflu , feront les conditions les plus 
favorables à une beureufe éiuption. 
Ainfi , ( à raifons égales dans les circon- 
ftances extérieures phyliques) l'enfant 
court moins de ritques que l'adulte ; 
l'adulte que le vieillard ; la femme 
moins que l'homme. A raifon des cli- 
mats , le degré du danger fera propor- 
tionné à celui du froid. A raifon des tem- 
péramens & des caufes accidentelles, 
les cacochymes, les corps replets, 
bouffis , remplis d'humeurs , auront des 
petites véroles plus dangereufes. Les 
corps maigres , naturellement , ou par 
quelque maladie , par une évacuation 
quelconque, par un cautère , un écou- 
lement purulent auront une maladie 
moins abondante , &C bien moins dan- 
gereule que les premiers : ainfi une 
femme en couche aura une petite 
vérole très -légère : un homme quia 
une gonorrhée virulente, plus légère 
aufiî : celui qui fort des remèdes qui 
l'ont maigri, la lupportera plus faci- 
lement qu'un autre : un corps purgé, 
évacué , préparé , en aura une plus 
douce que celui qui ne l'eft pas : ceux 
qui ont la peau plus dure , plus ferrée , 

D ij 



Sf4 Histoire 

plus compare , les pores plus bouchés ♦ 
ou naturellement , ou par une caufe 
quelconque , auront une petite- vérole v 
ÔC bien, plus difficile , ôc bien plus pé- 
rilieufe que d'autres, tout le refte 
étant égal. Ainfi les Nègres , les Hot- 
tentots, les autres- peuples- qui font 
dans l'habitude de fe frotter le corps 
de différentes graines qui bouchent les. 
pores , ôc empêchent l'éruption ; les. 
Tartares, dont la manière de vivre avec 
de la viande de cheval mal cuite & 
fale , avec du lait de jument ,. 6c la malt- 
propreté naturelle rendent leur tempe- 
ramment ôc leur peau différente delà 
notre ; les habitans du. nord qui ont la. 
peau plus dure à caufe du froid; tous- 
ces peuples auront des petites véro- 
les plus meurtrières , parce que l'érup*- 
tion fera plus difficile. Les peuples qui 
habitent des climats brûlants ,. y feront 
plus fouvent expofés que ceux qui font 
dans des régions tempérées , parce 
que la chaleur favorifera , ôc la conta- 
gion y ôc le développement de la ma.- 
ladie. Plus les caufes qui la renouvel- 
lent feront multipliées , plus elle fera 
fréquente : ainn les peuples, les plus 
près, de fa fource.^ ou des inoculateurs^ 



de la Petite Vérole. 4Ç 1 
y feront toujours plus fouvent expo- 
fés que les autres. Plus un air fera hu- 
mide , plus elle fera fréquente ; fur-tout 
s'il eft chaud & humide en même tems , 
& que les eaufes agiflent toujours avec 
la même force : par la raifon con- 
traire , plus un climat fera fec , plus elle 
fera rare ; s'il eft fec & très-froid en 
même tems , elle fera encore plus rare , 
(faufles cas & les eaufes extraordinai- 
res, telle que l'inoculation): voilà 
pourquoi elle a été fi rare dans le nord- 
Si les peuples joignent à des condi- 
tions heureufes de la part du climat , 
quelques précautions pour éloigner la 
maladie , elle fera encore bien plus rare 
chez eux que parmi tous les autres : c'eft 
ainfi que les Hottentots s'en préferve- 
rent pendant plus de quarante ans ; & 
que les Perfes qui vivent fous un climat 
fec , & qui font dans l'habitude de fe 
baigner &c de fe parfumer fouvent r 
font aujourd'hui rarement expolés à 
la pefte &C à la petite vérole , au rap- 
port de Chardin. Tous les peuples qui 
habitent des Mes ou des lieux ifolés y 
feront moins expofés que les autres ^ 
parce que la communication fera moins 
libre & moins fréquente avec les, 
^foifirai t voila pourquoi L'Amérique » 



4^ Histoire 

les Mes Orientales, l'Iflande , le Groen- 
land , les Ifles de Ferroé &c. n'ont con- 
nu la petite vérole que fort tard. Les 
enfants dans nos climats y feront plus 
expofés que les adultes , tant pour 
les raifons principales que nous avons 
dit ci-deflùs , qu'à caufe de l'habitude 
où il font de toucher & manier tout, 
furtout avec d'autres enfants dont la 
plupart en ont été attaqués. Plus les 
hommes feront raffemblés en grand 
nombre & rapprochés les uns des au- 
tres , plus la contagion fera prompte: 
voilà pourquoi à S. Domingue , à 
Zempoala dans la Nouvelle-Efpagne , 
où les hommes étoient raffemblés com- 
me des troupeaux de moutons 3 la con- 
tagion fut fi rapide & fi dangereufe : 
voila pourquoi lorfque la petite vérole 
eft entrée dans une famille , tous les 
enfans de la mailnn l'ont ordinaire- 
ment l'un après l'autre , ou tous ea- 
femble : c'eft par la même raifon que 
lorfqu'elle entre dans les Collèges , 
dans les Communautés oii il y a des 
jeunes Penfionnaires ; on voit tous ces 
enfans en être attaqués l'un après l'au- 
tre , fi on n'a pas la précaution de les 
féparer. Quant aux retours de petite 



de la Petite Vérole". 47 
vérole dans les fujets qui en ont été 
déjà atteints , on y fera plus expofé 
fuivant les circonftances , les lieux 
qu'on habite, les oc^afions où l'on fe 
trouve par rapport à la contagion , 
tout le refte étant égal : ainfi une per- 
fonne qui a déjà eu la petite vérole , 
court plus de rilque ens'expofant à la 
contagion , qu'un autre dans le même 
cas, qui ne s'y expofe pas. Ceux qui 
feront plus près de fa fource , auront 
plus de récidives que ceux qui en 
font éloignés. Par rapport au tempé- 
ramment , Rhafés a obfervé que lorf- 
que la petite vérole a été légère dans 
l'enfance ; elle revient dans i'adolef- 
cence , parce que la première a été in- 
fumfante pour détruire la difpofition 
naturelle de nos humeurs à contracter 
cette maladie : c'eft pour la même rai- 
fon que les récidives de petite vérole 
après l'inoculation , fontfi fréquentes 
& qu'elles fe multiplient tous les jours, 
parce qu'on n'a alors que la moitié , 
pour ainlî dire , de la petite vérole : 
elle eft infuffifante pour nous préferver 
d'une féconde. Les perfonnes qui eri 
ont été les plus marquées , font celles 
qui courrent moins de rilque du re- 
îour. 



4& Histoire 

Moins il y aura de boutons dans l'in- 
térieur du corps, moins elle fera dan- 
ge renie , quelque abondante qu'elle 
foit extérieurement : mais fi les bou- 
tons font nombreux extérieurement 
comme dans les confluentes ,, & qu'il 
y a un excès d'inflammation , alors il 
y a un peu plus de danger. Il augmente 
à mefure qu'on avance dans ^intérieur 
du corps ; ainfi , fi la bouche eft enflam- 
mée , fi la membrane pituitaire , fi la 
gorge , le larinx , l'éfophage , la tra- 
chée artere,ies bronches font attaqués,, 
il y aura toujours beaucoup plus de dan- 
ger que lorfque ces parties feront libres: 
fi les poumons , l'eftomac , les inteftins 
font attaqués , le péril eft encore plus 
éminent. Si la dyfenterie fe joint à la 
petite vérole , la maladie eft toujours 
plus dangereufe. Si elle attaque un 
corps rempli de faburre , d'alimens , 
d'humeurs ; elle eft toujours plus dan» 
gereufe. Quant aux différentes elpeces, 
la plus bénigne & la plus douce eft la 
petite vérole locak ; la volante; celleS' 
qui fuivent,font la petite vérole difcrett 
bénigne; les lymphatiques ; les anoma* 
les. Les plus dangereufes font toutes les^ 
efpeces confluentes , les vermqiuufes &C 

Les 



de la Petite Vérole. 49' 

les petites véroles noires ou fcorbutiques. 
Voila le prognoftic qu'on peut porter 
en gênerai fur la petite vérole. 

C U R A T I O N 

GÉNÉRALE. 

\J N Médecin qui aura parcouru les 
dirîércns Auteurs qui traitent de la pe- 
tite vérole, ne faura jamais quelle ell 
la route qu'il doit fuivre , à caufe de la 
diverfité des fentimens qu'il y rencon- 
tre. Il a à combattre un Protée qui 
fe joue fans cefle de l'art , &. il ne 
fait jamais quelle eft l'arme dont il 
doit fe fervir. La Nature opprimée 
par un ennemi féroce & formidable , 
cherche à s'en débarraffer par tous 
les couloirs : on voit fes mouvemens 
fe diriger du côté de la peau , des 
inteftins , de la bouche : on voit la 
matière fortir par une plaie , par un 
ulcère : on apperçoit une éruption à la 
peau ; une diarrhée , une dyfenterie , 
Tom. II. E 



yo Histoire 

une falivation , un écoulement , &c- 
& on ignore toujours la voie qui lui 
convient le. mieux. Le fameux préce- 
pte pour le Médecin , eft : Quâ natu. 
ra verg'u té ducendum : >> La voix de la 
» Nature vous empêche toujours de 
» vous égarer ». Ecoutez-là : mais cet- 
te voix ne le fait plus entendre dans 
cette maladie : les mouvemens de 
cette nature font défordonnés , elle 
eft accablée par une matière mobile , 
meurtrière , qui fe fait jour par tout , 
&C qui l'empêche de tendre à fon but. 

Plufieurs Auteurs, féduits par ceux 
qui les ont précédés , & qui font par- 
venus à une certaine célébrité ; en fui- 
vant aveuglément leurs maîtres ; adop- 
tent leur théorie , l'embelliffent , & fe 
font illufion. 

D'autres croyent à un fort inévita- 
ble , à une ébullition , à un dévelop- 
pement effentiel d'un germe inné. 
D'autres , à la vertu incendiaire des 
cordiaux , des fudorifiques ; expliquent 
la plupart des fymptômes , au moyen 
d'un fyftême ingénieux ; donnent abon- 
damment des fudorifiques , fuivant 
leur hypothèfe : mais apèrs leur exhi- 
bition , il ne refte fonvent qu'une ref- 



de la Petite Vérole. fi 

fource ftérile , celle d'accufer ou l'art ou 
la violence du mal. D'autres , plus har- 
dis , trompés tous les jours &c par leurs 
maîtres , &i. par le caraftere protéifor- 
me d'une maladie qui dans une faifon eft 
douce , bénigne , fans danger ; dans une 
autre , eft meurtrière , affreufe , formi- 
dable ; fecouent le joug de ces Auteurs 
qui font de longues diflertations fur les) 
rafraîchiffants , les purgatifs , les fudo- 
rifiques , les cordiaux ; &c veulent fui* 
vre la nature : mais ils font tous les 
jours trompés , & l'embarras qu'ils 
éprouvent , n'eft. que trop fouvent 
confirmé , foit par des aveux tacites , 
foit par les fuites funeftes de la maladie. 
Mais , d'où vient donc cette impuif- 
fance dans le traitement de cette ma- 
ladie ? Eft- elle dans l'art, dans l'artifte, 
dans les fecours ? Non. Elle n'eft que 
le fruit des fyftêmes , & des principes 
mal établis. On fait fouvent des fyftêmes 
pour la combattre , fans avoir établi 
aucun principe fondamental , aucune 
bafe certaine , qui puiffe foutenir un 
corps de doûrine que 1 imagination 
feule vient de conftruire : de-là , les er- 
reurs , les doutes , les incertitudes. On 
abandonne alors toutes ces hypothè-, 

Eij 



52 Histoire 

fes ; celui qui veut guérir ne cherche 
que des faits ; il en éprouve tous les 
jours la néceïîité : il apprend par lui- 
même que c'eft le feul ni qui puiffe l'em- 
pêcher de fe perdre dans un labyrin- 
the où il fe trouve tous les jours égaré: 
ce n'efl que par les faits & les observa- 
tions , qu'il peut parvenir à unecon- 
noifTance certaine : il n'aura pas le mé- 
rite d'un fyltemaiique , mais il guéri- 
ra mieux lbn malade. Ainfi point de 
fyftêmes , point d'hypothèfes .' L 'ob- 
servation & les faits , voila nos guides, 
c'eft là deflus qu'on peut établir une 
doctrine faine. 

Faits et Observations. 

Avant qu'on eut fongé à inoculer, 
l'obfervation avoit fait connoître que 
plus un corps étoit maigre ( le refte 
étant égal ) , moins le malade avoit de 
boutons de petite vérole. Moins un 
corps avoit d'humeurs , plus la petite 
vérole étoit douce. 

Depuis l'inoculation , on a appris 
qu'un corps préparé , c'eft-à-dire pur- 
gé , en général avoit moins de bou- 
tons que celui qui ne l'étoit pas. 



de la Petite Vérole. j$ 

L'expérience a encore appris qu'en 
difpofant un corps à recevoir la petite 
vérole naturelle par un régime & l'é- 
vacuation , il avoit une maladie bien 
plus douce que celui qui ne l'écoit 
pas. 

On a encore obfervé qu'un corps 
maigri par une évacuation quelconque, 
tel qu'un écoulement vénérien , les 
vuidanges dans les couches , un cau- 
tère , &c. avant de prendre la petite 
vérole ; l'avoit toujours moins abon- 
dante & moins dangereule qu'un autre 
( tout le refte étant égal ). D'où on 
peut conclure que tout corps qui a 
moins d'humeurs qifun autre , 6c qui 
fera préparé précédemment par une 
évacuation artificielle ou naturelle , au- 
ra en général une petite vérole bien 
moins dangereule que celui qui ne Teft 
pas. De-là la néccliitc des évacuations 
avant que !a petite vérole paroiffe. 

Le pouls dur & tendu , la rougeur 
& la chaleur de la peau , me démon- 
tre une inflammation clans cette partie. 
De là , la néceiu'té des faignées , pour 
dégorger les vailîeaux , &c appaiier l'in- 
flammation. 

L'oblérvation de douze fiecles a en- 
E iij 



$4 Histoire 

core appris que la petite vérole la 
moins dangereufe , étoit celle dont les 
boutons , répandus en petit nombre fur 
lafurface de la peau, n'étoient point ac- 
compagnés de fymptômes violens : Ôi 
que l'effort de la nature paroiffoit fe di- 
riger du côté de la peau. 

Nous favons, à n'en point douter, 
& l'obier vation le démontre , que l'in- 
tégrité de la peau eft moins effen- 
tielle à la confervation de l'homme, 
que celle des organes intérieurs , tels 
que les inteftins , l'effomac , les pou- 
mons &c. qui ne font jamais attaqués 
de la petite vérole fans danger pour le 
malade , au lieu que la peau l'eft fou- 
vent fans aucun. D'où on peut con- 
clure qu'il y a moins de rifque que la 
peau foit couverte de puftules de pe- 
tite vérole , que les inteftins ou l'efto- 
mac ôcc. Le danger qui réfulte d'un 
affaiffement lubit dans le vifage , & les 
mains qui s'étoient d'abord enflés ; la 
néceflité qu'il y a que ces parties s'en- 
flent ; la mort qui eft fouvent l'effet 
d'une réforption fubite de la matière 
variolique ; l'ouverture des cadavres 
dans ce cas ; tout confirme qu'il y a 
moins à craindre d'une éruption de 



de la Petite Vérole. 55 

puftules varioliques à la peau , que 
d'une irruption de la même matière fur 
les organes internes. De là , la néceffi- 
té de pouffer la petite vérole du côté 
de la peau , c'eft à-dire de favorifer 
l'éruption vers fes couloirs. 

L'obfervation a encore appris que 
tout ce qui eft capable de rendre I* 
tiffu de la peau plus refierré , plus com- 
pacte , plus dur , étoit un obftacle à l'é- 
ruption de la petite vérole , & rendoit 
cette maladie plus meurtrière. Le froid 
du nord , qui empêche quelques fois 
l'éruption ; la manière dont les Amé- 
ricains s'y prirent pour fe délivrer 
de cette maladie , par les bains froids ; 
la peau des vieillards qui eft plus dure 
que celle desenfans ; ( ce qui rend l'é- 
ruption plus difficile &c la maladie plus 
dangereufe ) ; l'application fubite d'un 
corps froid , qui fait rentrer la petite 
vérole ; font autant de preuves que la 
peau a befoin d'être ramollie : de là , 
la néceffité de préparer cette peau, 
afin que la petite vérole puiffe éclorre 
& s'épanouir avec plus de facilité fur 
toute la furface. 

Ainfi tout l'art de traiter heureufe- 
Eiv 



56 Histoire 

ment la petite vé»ole , confifie dans 

trois principaux objets : 

i°. Diminuer la quantité des hu- , 

meurs & appaifer l'inflammation , afin 

que la matière variolique ne toit pas 

fi abondante & que la maladie foit plus 

légère &c plus douce. 

2°. Diriger du côté des couloirs de 

la peau la matière variolique , puifque 

c'eft l'endroit le plus convenable, &C 

où la nature tend. 

3°. Préparer cette peau, ramollir 

fon tifïu par toute iorte de moyens , 
par des fecours extérieurs & internes, 
afin de favorifer l'éruption de la petite 
vérole. 

Le premier s'obtient par les faignées 
& les évacu.ints en général, avant que 
la petite vérole paroiffe. 

Le fécond par des remèdes altérans 
capables de chaffer l'humeur morbifi- 
que , vers les couloirs de la peau ; de 
les ouvrir & de faciliter la fortie de la 
matière étrangère, fans augmenter l'in- 
flammation ; mais en relâchant le tifîù 
de la peau : cet elFet s'obtient par trois 
fortes de remèdes. i°. Par le camphre 
qui par ia vertu pénétrante , antifepti- 



de la. Petite Vérole. 57 

que , antiphlogiftique , chafle , corrige 
&c d'éloge l'ennemi qui eft dans les pre- 
mières voies, & le pouffe au dehors , 
fans danger &en appaifant l'inflamma- 
tion. z°. Par Vopiurn , qui par fa vertu 
calmante, fédative & narcotique, &C 
par d'autres propriétés qui nous font 
inconnues, porte un caime général 
dans toute l'économie animale , une 
détente univerfelle dont la peau fe ref- 
fent. 3^. Par Veau froide, qui donnée 
abondamment , & à pluiieurs reprifes, 
de la même manière que la donnoit 
Hhasès, rafraîchit d'abord l'intérieur du 
corps, les entrailles, chaffe les hu- 
meurs des premières voies , leur fert 
de véhicule , & enfin porte fon ac- 
tion fans danger (puifquc l'inflamma- 
tion n'eft qu'il la peau, ï'c que l'ap- 
pl: ration immédiate d'un corps froid 
éloigne les puflu'es, & leur éruption 
de la partie qu il touche) fur la peau 
qui (è ramollit , devient moite , fe dé- 
tend , & ouvre fes pores pour laiffer 
fortir le liquide , dont le corps eft com- 
me noyé. 

Le troifieme objet , c'eft-à-dire ,' 
l'art de ramollir par des fecours ex- 



58 Histoire 

teneurs le tifïu de la peau , fe remplit 
par l'application des corps chauds , 
c'eft à-dire, de ceux qui font capables 
de détendre la peau par une chaleur 
douce , égale ; mais incapables d'aug- 
menter l'inflammation ; tels font les 
bains tiedes , les fomentations , & le 
bain de vapeurs. 

Il efl inutile de rappeller ici toutes 
ces vaines difputes fur l'ufage des fu- 
dorifiques, des cordiaux, & des rafraf- 
chiffans qui ont divifé les Médecins les 
plus célèbres. D'abord , il eft bon de 
lavoir qu'il n'y a dans la nature que 
l'eau qui mérite proprement le nom de 
fudorifique. Si l'on veut appeller en- 
fuite fudoriflques , tous le s moyens ex* 
ternes qui favorifent l'ifïiie de cette 
eau par les pores de la peau : les cou- 
vertures du lit , le mouvement dan» 
une atmofphere chaude , une étuve , 
tin bain d'eau & de vapeurs , fe- 
ront autant de fudoriflques. Mais fi 
l'on fe reftraint à ne donner ce nom 
qu'aux feuls médicamens qui ont la 
vertu d'exciter la fueur ; on en trouvera 
très-peu, fi on excepte l'eau. On ne 
pourra mettre dans cette claffe que 



de la Petite Vérole. 59 

feux qui ont la propriété de procurer 
une détente générale , & de ramener 
la circulation au point que le fang 
laiffe échapper fa partie la plus fluide : 
& dans ce cas , les plus puiffans dia- 
phoniques font les pavots : ainfi l'o- 
pium , le laudanum qui en font les fucs 
ou l'extrait ; le pavot proprement dit , 
& les fleurs de coquelicot , feront les 
plus fûrs remèdes qu'on puiffe donner 
à ce titre : mais ils ne produiront leur 
effet qu'en détendant toutes les par- 
ties ; ce qui eft affez indifférent , 
pourvu qu'on obtienne l'effet qu'on 
demande. Ils ne pourront même agir 
de cette manière que lorfqu'il y aura 
trop de tenfion , &C affez de liquide 
dans le corps humain pour que latranf- 
piration foit augmentée : tous les au- 
tres fudorifiques feront infidèles 3 &c 
les Médecins y font tous les jours 
trompés : il y en a cependant , mais 
qui n'agiffent que dans quelques cir- 
conftances ; & fi l'on ne fait attention 
à l'état des liquides & des folides , 00 
ne réufîït que par hazard ; & on perd 
fouvent fon tems , & fes peines , fi 
on s'obftine à les donner fur la foi 



<?o Histoire 

des Auteurs. Ils agiffent d'une manière 
toute oppofée à celle des caïmans; 
c'eft-à-dire en échauffant, en irritant 
& en fouettant la circulation ; tels font 
tous les alkalis volatils animaux , l'al- 
kali volaiil de v:pere, de corne de 
cerf &c. qui font iuer à coup fur , 
lorfqu'il y a affez de liquide dans le 
corps pour leur fervir de véhicule , &C 
lorique les folides ne font pas dans un 
état de tenfion , d'érétifme. Tels font 
encore quelques bois & racines , tels 
que le gayac , la lquine , la falfepareille 
& quelque autres, mais en très-petit 
nombre , qui agiffent de la même ma- 
nière que les alcalis- volatils animaux, 
c'eft-à-dire, en excitant , en échauffant. 
Mais comme dans la petite vérole les 
folides ibnt en général dans un état de 
tenfion qu'il faut relâcher , d'étendre 
au lieu d'irriter; de-là le danger de 
donner ces fudorihques dans la petite 
vérole. Et comme les pavots produi- 
fent un effet contrcire, en relâchant les 
folides & en calmant la fougue des hu- 
meurs ; delà , la néceffité de les admi- 
niltrer daus le traitement de cette ma- 
ladie : aufTi l'expérience eft elle con- 



de la Petite Vérole. 6t 
forme à ce raifonnement , & dans les 
cas les plus défefpérées , il n'y a que 
les parégoriques capables de rétablir un 
malade dans la petite vérole ; parce 
qu'ils produifent l'effet que le Médecin 
délire. D'ailleurs ce n'eft pas une fueur 
qu'il faut defirer dans la petite vérole , 
il y a Couvent des Cueurs très-abondan- 
tes qui ruinent les forces du malade: 
Se on obCerve quelque fois que les 
Cueurs font très-copieufes , Cans que l'é- 
ruption Ce Caffe mieux pour cela : ainfi 
ce n'eft pas fur l'uCage desfudorifiques,' 
qui auroient môme le meilleur effet, 
qu'il faut fonder l'art de guérir le ma- 
lade. Tout l'art confifte à faciliter l'if- 
fue de l'humeur par les couloirs de la 
peau , fans fatiguer le malade , fans 
l'incendier & fans l'épuifer par des 
évacuations trop abondantes. De-là le 
danger de donner d'autres fudorifiques 
pour pouffer la petite vérole à la peau , 
que les caïmans ou l'eau. Ainfi pour 
feire fortir heureutement la petite vé- 
role, il faut bannir de la pratique tous 
les remèdes incendiaires ; & fi le pouls 
étoit foible , s'il étoit effentiel de ra- 
nimer la nature , il faut alors marier 



éi Histoire 

les cordiaux aux narcotiques , & les 
goûtes anodines de fydenham font le 
feul cordial qu'il foit permis de donner 
dans ce cas : dans les cas ordinaires , 
lorfqu'il s'agit de faire fortir heureufe- 
ment la petite vérole , le mélange le 
plus heureux, le plus fimple & qui 
réuffit le mieux , c'eft le camphre uni 
à l'opium : on mêle un cinquième ou 
un fixieme de grain d'opium à un grain 
de camphre; c'eft la plus petite dofe , 
& c'eft celle des enfansàla mammelle; 
on augmente la dofe à proportion de 
l'âge ; on peut y ajouter fi l'on veut 
un grain de fel de nitre : cela réuffit 
toujours. 

Les ennemis des cordiaux & des fu- 
dorifiques font tombés dans un vice 
contraire, à force de donner des aci- 
des & des rafraîchiffans ; ils glacent , 
pour ainfi dire , le fang , toutes les hu- 
meurs : il eft moins dangereux cepen- 
dant de pécher par excès dans cette 
méthode que dans la précédente ; 
parce qu'il y a phlogofe, inflammation, 
& une pente à la pourriture , à l'alka- 
licité , à la diffolution des humeurs : 
mais on perd alors de vue l'éruption à 



DE LA PETITE VÉROLE.' <Sj 
la peau , qui eft effentielle , & on man- 
que (on but. Ainfi dans l'ufage des ra- 
fraîchiffans qui eft fans doute le plus 
convenable à cette maladie ; il faut tou- 
jours y joindre la préparation de la 
peau. Il eft prouvé que dans la petite 
vérole, tout ce qui favorife la corrup- 
tion , l'alkalicrté , I'érétifme , la difïb- 
lution , la pourriture rend cette mala- 
die plus dangereufe ; de-là , la néceffîté 
des acides , des rafraîchiffans , tels que 
la limonade , les trois acides minéraux , 
furtout le vitriolique , à la dofe de 
quelques gouttes dans l'eau , ufque ad 
gratam aciditatem ; de-là , en même 
tems, l'inutilité, le danger même des 
bouillons , des fucs des viandes , & de 
tout ce qui échauffe & corrompt le 
fang dans cette maladie : auxquels il 
faut fuppléer par les crèmes de ris , 
d'orge &c. ( Voyez la diète de Rhases.} 
Puifque les rafraîchiffans , les acides 
font les plus puiffans remèdes dans 
cette maladie ; mais qu'en même tems 
leur aftion eft infuffilante : s'ils font 
même un obftacle à l'éruption de la 
petite vérole ; il faut donc joindre à 
leur ufage des fecours qui lafavorifent^ 



64 Histoire 

fans épuifer les forces du malade. De- 
là naît la néceffité de préparer la peau, 
par des fecours externes. 

Faits qui autorisent 
cette méthode. 

Rhash faifoit éclore heureufement 
la petite vérole , avec un bain de va- 
peurs , donné avec beaucoup d'art : &c 
une pratique de quatre-vingt ans lui 
en avoit appris l'avantage & la nécef- 
fité. ( roy. Rhash , Chcep. VI. ) 

Boerrhave confeille les fomentations 
émolliantes à la peau , avant l'érup- 
tion , afin de faciliter la fortie des pu- 
ftules. ( Voy. Boerrhave , Aphorif. de 
variolis. ) 

On trouve dans l'Hifloire de l'Aca- 
démie des fciences(z/«. i-j n. pag. 2 V .) 
que M. Lemerl ayant entre les mains un 
malade qui avoit tous les fymptômes 
de la petite vérole , & voyant qu'elle 
ne pouvoit fortir , s'aviia de le mettre 
dans un bain d'eau chaude , qui la fit 
fortir abondamment. Ilfalloit remédier 
à la féchereffe & à l'aridité de la peau. 
» Cette pratique ( dit FHiftorien ) , 

» die 



de la Petite Vérole. 65 

» hardie ôc extraordinaire , efl re- 
» marquable. 

M. de la Metrie rapporte dans (on 
Traité de la petite vérole , paj. io~. 
qu'ayant été appelle pour voir un ma- 
lade , âgé d'environ douze ans , il le 
trouva dans une fièvre ardente , avec 
un fi profond afioupitiement , qu'il n'é- 
toit pas poffible de le reveiller. L'dge , 
les faifons , les lymptômes , les circon- 
stances , tout lui fit connoître que la 
petite vérole préludoit , & que fes 
îuites étoient à craindre ; il le fit fai- 
gner du bras le premier jour , le fang 
étoit rouge & (ec ; le fécond jour il 
fut faigné encore du bras , leiang étoit 
plus rouge 6i plus enflammé ; le troi- 
sième jour l'affection comareufe fut en- 
tremêlée de dclire ; c'eft pourquoi il le 
fitla:gner encore du bras le matin , Si 
du pied le foir. Ces quatre faignées , 
afiez copieuies , ne dégagèrent point 
le cerveau , mais diminuèrent beau- 
coup la fièvre : il avertit que tout fut 
porti.- au plu?"haut point de rafraîchil- 
fement ; parce, qu'il fajfoit un efiai de 
la méthode àhtiphlogiftique de Boer- . 
rhave, pour faire avorter la maladie, 
Tome II, F 



66 Histoire 
& l'éteindre dans le fang même , 8f 
force de rafraîchiffans , d'émollians , 
de fomentations & de faignées: mais 
ce fut en vain. Convaincu de l'exi- 
ftence du mal , quoique caché , &c 
voyant qu'il ne paroiffoit point le 
quatrième jour , il craignit d'avoir 
recours à quelque cordial , que fort 
expérience , & les obfervations de 
Sydenham , lui faifoient redouter ; 
& le pouls étant encore afîez bon 
pour faire croire que la nature fefuffi- 
roit à elle-même , il fit mettre tout le 
corps de l'enfant , jufqu'au cou , dans 
un bain chaud d'eau & de lait ; la tête 
fe dégagea peu-à peu ; les fibres de la 
peau le relâchèrent ; & enfin dans l'es- 
pace d'une heure de bain , le malade fe 
reveilla , & deux heures après le bain , 
les ptiftules commencèrent à percer : 
& ce qui le trompa , c'eft que malgré 
là fièvre inflammatoire , & l'afFe&ion 
comateufe qui menacent toujours , fui- 
vant l'obfervation de Sydenham , d'une 
petite vérole très dangereufe ; le ma- 
lade n'eut que très-peu de boutons , 
d'un très-bon caraâere , dont il étoit 
à peine marqué trovs lemaine s après. 



de la Petite Vérole. 67 

Un Médecin de Paris , habile & ex- 
périmenté , ayant été appelle auprès 
d'un malade qui avoit des fymptômes 
qui annonçoientune éruption prochai- 
ne de petite vérole , & l'ayant trouvé 
dans une fièvre ardente dont le mala- 
de fe fentoit comme embrafé , par les 
cordiaux qu'on lui a voit donné ; s'avifa, 
malgré la violence des fymptômes , de 
le faire mettre dans un bain froid , 
( notez que c'étoit en été, ) d'où il le 
fit parler dans un bain chaud. La petite 
vérole fortit heureufement , &c tous 
ks fymptômes furent calmés. 

M. de Sauvages , Profelfeur favant 
& célèbre de la Faculté de Médecine 
de Montpellier , nous dit , ( dans fon 
Nofologia methodica , Tom. III. page 
381 ). qu'il y a eu plus de vingt exem- 
ples , dans le climat de Languedoc, 
fournis par le hazard , qui prouvent 
qu'après quelques bains , dont quel- 
ques-uns mêmes étoient froids , on a 
vu en fuite fortir , contre toute atten- 
te , des petites véroles heureufement. 

On a du voir que dans l'Ifle de Java t 
climat ardent, plufieurs Nègres furent 
fauves de cette maladie , en fe mettant 



69 Histoire 

au lit , au ibrtir d'un bain de rivière ' 
ck que les Américains de Zempoala, 
périrent tous , parce qu'ils fe plon- 
geoient, au ibrtir d'un bain chaud, 
dans l'eau froide où ils revoient. 

Daniel Fifc'ier , Médecin d'Allema- 
gne , a tenté de perfectionner la mé- 
thode indienne , 6c il confeille aux ha- 
bitans de la campagne de prendre, 
avant que la petite vérole paroiffe, 
des bains d'eau douce &i du petit lait ; 
&C il dit qu'après une faignée &un pur- 
gatif, les bains tiedes facilitent non- 
feulement l'éruption de cette maladie, 
mais même la Suppuration. 

On trouve dans FHiftoire de l'Aca- 
démie Royale des Sciences, (an. '737 
pag. 4.8. ) une obfervation qui favorife 
encore cette méthode ; on y lit que 
» M. Martin , Dofteur en Médecine à 
» Laufane, bafîine la peau du vifage &C 
» de tout le corps avec un linge mol- 
» let , trempé dans de l'eau tiède, & 
» cela de quatre en quatre heures , 
» jufqu'à l'éruption entière des puflu- 
» les. Il a vu les plus grands accidens 
» fe calmer fort vite par ce moyen;. 
» les puftules paroître de bonne heure, 



de la Petite Vérole. 6$ 

» & ne laiiTer aucune cicatrice remar- 
»> quable. 

On peut conclure de tous ces faits,' 
que toutes les fois qu'on s'eft occupé à 
ramollir la peau , à remédier à fon ari- 
dité, & qu'on l'a rendue fouple, foit 
pa-r des fomentations, foit par des va- 
peurs d'eau chaude , foit par les bains , 
même froids , avant l'éruption ; mais 
tiedes ou chauds injlante eruptione ; on 
a toujours obtenu un bon effet. L'ef- 
ficacité de ces moyens étant prouvée 
& reconnue ; il s'agit de faire choix de 
ceux qui font les plus propres à facili- 
ter l'éruption de la petite vérole, fans 
danger pour le malade. 

Quant aux remèdes internesxjui peu- 
vent produire le même effet ; c'eft-à- 
dire, aider l'éruption , nous avons fait 
voir que les meilleurs étoient ceux que 
fourniffoit le pavot ; & que tous les 
autres ludorinques ( à l'exception de 
l'eau qui eft le fudorifique par excellen- 
ce ) étoient ou infidèles ou dangereux. 

On eft fouvent trompé lorfqu'on, 
croit faire fuer ou favorifer l'éruption 
de la petite vérole , en couvrant un 
malade de couvertures , fi on ne la 



yo Histoire 

fait boire abondamment, avant d'en ve- 
nir là ; on augmente l'inflammation & 
on l'étouffé fous le poids de ces cou- 
vertures : un corps fec , dont la peau 
eft aride , brûlante , enflammée , n'a 
befoin , ni de fudorifiques qu'on a tant 
Vantés , ni de remèdes chauds , ni de 
couvertures : la peau eft déjà dans un 
état de phlogofe , d'inflammation ; il 
faut craindre de l'irriter , de l'échauffer, 
& d'augmenter cet état par des remè- 
des incendiaires Se en couvrant trop 
le corps du malade : ainfi ces moyens 
font infuffifans , inutiles & dangereux. 

La chaleur d'une étuve produiroit 
fans doute l'effet que nous délirons : 
mais la chaleur externe qui en réfulte, 
la difficulté 'de refpirer , l'épuifement 
des forces du malade qui en feroit la 
fuite , l'embarras & les précautions 
qu'il faudroit prendre ; tout nous in- 
vite à y renoncer. 

Dans une faifon favorable , telle que 
l'Eté, & dans un climat chaud, le bain 
d'eau froide faute d'autre , pourroit 
être utile , donné quelque tems avant 
l'éruption : & il vaut mieux , dans le 
cas où l'on ne pourroit fe procure» 



de LA Petite Vérole. 71 

ffaiitre fecours qu'un bain froid , en 
prendre un plutôt que de n'en point 
prendre ; quant il ne ferviroit qu'à la- 
ver la peau & la tenir propre, il aura 
toujours cet avantage ; mais il fera tou- 
jours dangereux injîanu eruptione. Ainfî 
fans parler des inconvénients du bain 
dans cette maladie ; âchoifir des deux , 
le bain tiède eft mille fois préférable 
au bain froid , qui n'a qu'un petit avan- 
tage & beaucoup d'inconvénients. Le 
bain froid durcit la peau , rend fon 
tifTu plus ferme , plus ferré , empêche 
la tranfpiration dans le moment , re- 
foule les humeurs en dedans , s'oppofe 
dans l'inftant à l'éruption de la petite 
vérole , & peut augmenter la violence 
des fymptômes,-furtout le mal de tête ; 
& pour toutes ces raifons devient dan- 
gereux & fufpeft : ainfi on ne fauroit 
être trop circonfpeft fur fon ufage. 
n ne peut, tout au plus, réuffir que dans 
des pays fitués fous la ligne , comme 
l'Ifle de Java. Quoique le hazard ait 
fait connoître qu'il n'eft pas fi redou- 
table qu'on le croit , avant l'éruption ; 
il eft mortel à l'inftant où elle fe fair. 
Ainfi il faut y renoncer. 



72. Histoire 

Le bain tiède a beaucoup plus d'a- 
vantages & moins d'inconvéniens ; il 
ramollit , d'étend , ouvre les pores de 
la peau, pénètre dans l'intér'eur, y 
porte un liquide qui humecte , relâche 
tout & facilite la tranipiration & l'é- 
ruption de la petite vérole , comme 
l'expérience la confirmé. Malgré tous 
fes avantages, il peut nuire dans quel- 
ques circonflances : Rhafes, qui l'avoit 
fans doute effayédansla petite vérole, 
dit qu'il afroiblit & épuiie les forces 
du malade , loriqu'ii fe trouve foible. 11 
eft prouvé eue la tranfpiration le fait 
mieux après le bain , mais il eft dou- 
teux qu'elle ait lieu dans le bain: le 
fluide plus denfe que l'air qui touche 
dans ce moment la furface de tout le 
corps doit empêcher nécefiairement la 
tranipiration ; parce que la réfftance 
qu'elle éprouve de la part du fluide 
nouveau environnant, doits'oppo'er ai 
fon itiue : l'équilibre des humeurs eft 
dérangé , du moins en partie : le corps 
fe trouve alors entre deux milieux dif- 
férens, l'eau & l'air : la partie Supé- 
rieure, c'eft à dire, la tête eft envi- 
ronnée d'un fluide moins dénie que 

l'eau 



de la Petite Vérole. 75 

feau , tandis que le tronc & les extré- 
mités fe trouvent dans un milieu bien 
plus épais que l'air , & par conféquent 
offrant plus de réfiftance à l'impulfior» 
des humeurs : que doit il arriver ? Elles 
doivent fe porter à la partie qui eri 
foufre moins ; c'eft-à-dire à la tête qui 
eft hors de l'eau , & où les humeurs 
vont fe jetter en abondance, parce 
que la réfiftance de l'air eft moindre 
que celle de l'eau. Auffi remarque ton 
que bien des perfonnes ne peuvent 
pas fupporter le bain , à caufe du mal 
de tête qui furvient quelquefois , des 
éblouiffemens , des étourdiffemens qui 
les prennent : fi le bain a des inconvé- 
niens dans l'état de fanté, à plus forte 
raifon dans une maladie où il y a fou- 
vent mal à la tête, affoupiiTement , dé- 
lire , convulfions &c. fi les humeurs , 
dans cet état , fe portent trop abon- 
damment à la tête , elles peuvent en- 
gorger les vaifîeaux , occafionner la 
rupture de leurs tuniques , qui font 
plus foibles dans le cerveau que dans le 
refte du corps : voilà à peu près les 
plus grands dangers qui réfultent des 
bains tiedes : on peut les prévenir , 
ou du moins les tempérer, & fi l'on eft 
Tom. 11% G 



74 Histoire 

décidé à en faire ufage , il faut dimi- 
nuer le tems de leur durée : ainfi , au- 
lieu de prendre un bain tiède d'une 
heure , il faut qu'il foit d'un quart , 
& les repeter plus fouvent. Par ce 
moyen , on donne le tems aux hu- 
meurs de fe remettre en équilibre ; 
on évite une partie des dangers dont 
nous avons fait mention , & on ob- 
tient ce qu'on demande : on relâche le 
tiflu de la peau , & on la prépare à une 
heureufe éruption. 

Les fomentations , fur- tout les émol- 
lianres , ont beaucoup d'avantages , 
point d'inconvéniens ; mais elles font 
infufHfantes ; elles font toujours bonnes, 
utiles , & fouvent indifpenfables fi l'on 
veut obtenir une éruption heureufe. 
Elles n'ont d'incommode que la diffi- 
culté où on eft de fomenter , de baffi- 
ner les parties du corps" les unes après 
les autres, fouvent d'une manière iné- 
gale , & d'affujettir le malade à cette 
opération : néanmoins elles font , on 
ne peut pas plus , avantageufes. 

On demandera peut-être : fi toutes 
ces méthodes ont des inconvéniens ? 
Quel eft donc celle qui n'en a point ? 
La voici : c'eft celle de Rhasès. Lorf- 



de la Petite Vérole. 75 

qu'il eft démontré qu'il eft fouvent ef- 
fentiel &c indifpenfable de préparer la 
peau; fi l'on demandoità un homme: 
comment faut - il s'y prendre pour 
ramollir toute la peau par une chaleur 
douce , égale , incapable d'offenfer fon 
tiffu , d'échauffer trop , d'affoiblir le 
malade , d'empêcher la tranfpiration , 
de refouler les humeurs ; enfin , qui 
n'eut aucun inconvénient ? & que cet 
homme me l'apprit ; fans doute , ejfce 
mihï magnus Apollo. Rhasès plaçoit 
avantageufement fon malade , ou fur 
une chaife percée , ou fur un fiege 
quelconque , c'eft égal ; il plaçoit de- 
vant & derrière deux vaifleaux , ou 
bafïins , remplis d'eau bouillante ; il 
le couvroit d'un manteau ou d'une toile 
fermée au cou , au moyen d'une bou- 
cle ; de façon que tout le corps , à 
l'exception de la tête , pût recevoir 
toute la vapeur de cette eau bouillante: 
le corps nud du malade ainfi enfermé 
dans le vuide , ou la cavité que forme le 
manteau , fe trouve expofé à une va- 
peur douce , égale , qui touche tous 
les points de la furface ,^ & forme une 
atmofphere chaude & humide , qui di- 
late peu à peu les pores , ramollit le 

Gij 



j& Histoire 

tiffu de la peau , facilite la tranfpira- 
tion , ôc ouvre rous les couloirs de 
cet organe , fans inconvénient , fans 
danger pour le malade , d« la manière 
la plus avantageufe Se la plus capable 
de favorifer l'éruption de la petite vé- 
role. C'étoit l'effet d'un raiionnement 
fain , fondé fur l'obfervation & le fruit 
de quatre vingt ans de pratique. 

Selon moi , cette méthode eit par- 
faite ; elle eft aifée , & il ne lui manque 
que la préparation de la peau du vifa- 
ge , qu'on peut baffiner à la manière 
de M. Martin. Peut être Rhasès avoit- 
il obfervé que de cette manière il y 
avoit moins de puftules au vifage , &c 
qu'elles fe répandoient également fur la 
furrace du corps , où toute la matière 
variolique fe trouvoit difperfée & fe- 
mée également : & cela étant , il pou- 
voit avoir deux vues , de conferver la 
vie , &c la beauté en même tems. On 
peut donners le bain de vapeurs plu- 
sieurs fois , rien n'eft plus propre à fai- 
re fortir heureufement la petite vérole. 
On peut même le donner après l'éru- 
ption ; il fera avantageux dans toutes 
les circonftances , dans tous les âges , 
& dans tous les tems , & toujours fans 



de la Petite Vérole. 77 

inconvénient, fans danger. Après ce 
bain de vapeurs , il ordonne d'effuyer 
légèrement la peau avec des linges doux 
& fecs. Tandis qu'il ouvroit les portes 
à l'ennemi , il lui donnoit la chaffe in- 
térieurement avec des corps qui lui 
font contraires , tels que les froids ; 
ainfi il faifoit boire abondamment au 
malade de l'eau froide à petite doze : 
enfin , il venoit à bout de le chafler 
hors du corps. L'expérience a toujours 
appris que l'application d'un corps 
froid , failoit fuir, pour ainfi dire, la 
petite vérole, &l'éloignoit de toutes les 
parties qu'il touchoitdimpreflion exté- 
rieure de l'eau froide , ou d'un air 
froid qui fait rentrer la petite vérole , 
& empêche l'éruption \ la préfence de 
la chaleur qui femble l'attirer , & qui 
la favorile ; l'éruption qui fe fait fur 
lin cadavre expofé dans un endroit 
chaud ; tout rend cette vérité fenfible, 
6c juftifie la pratique de Rhasès. De- 
là , l'a phorifme fur cette maladie : fri- 
gus interne , calor externe. 

Lor/que la petite vérole eu dehors , 
qu'on l'a chafTée de l'intérieur par le 
camphre , l'opium , l'eau froide , les 
raffraichiflans , &c. il faut bien fe gar- 

G iij 



78 Histoire 

der alors de troubler la nature , & de 
faire des faignées , ou de purger im- 
prudemment un malade , quoiqu'en 
difent certains Auteurs. Alors , vous 
avez la douleur de voir le malade 
faire naufrage , après l'avoir conduit 
jufqu'au port ; ne troublez jamais la 
nature : aidez-là , mais avec art. L'é- 
ruption étant faite , on ne doit prefque 
plus s'occuper de l'intérieur , fans quoi 
vous troublez la nature , vous gâtez 
tout l'ouvrage. Laiflez differter les Au- 
teurs , fur l'ufage des purgatifs : crai- 
gnez toujours que la petite vérole ne 
rentre , que les parties qui s'étoient 
gonflées , s'afFaiffent tout à coup : baf- 
ûnezees parties avec des décochions de 
plantes émolliantes ; faites fans cefle 
des fomentations , favorifez l'iffue de 
toute la matière variolique à la peau ; 
faites des fearifications ; appliquez les 
véficatoires ; ouvrez plufieurs portes à 
l'ennemi ; moins il y aura de matière , 
Ô4 moins la maladie fera dangereufe. 
Les véficatoires , les fomentations, les 
fearifications à la peau , ont toujours 
réuffi : on n'a jamais difputé fur ce 
point : mais l'ufage des purgatifs , 
des fudorifiques , a toujours divi- 



de la Petite Vérole. -j$, 

fé les Médecins. Il eft trop tard 
pour purger le malade , il falloit le 
faire avant que la petite vérole parut ; 
les évacuations de l'intérieur doivent 
être faites ; il ne faut en faire qu'à 
l'extérieur. Dérivez à la peau , faites 
des ruifleaux de fang , fi vous craignez 
un excès d'inflammation , ou que le 
malade ne fufïbque; appliquez les véfi- 
catoires , tandis que vous donnez le 
camphre mêlé aunitre intérieurement, 
pour corriger l'âcreté des cantharides : 
faites des fomentations , des bains de 
vapeurs pour ramollir la peau , & faire 
enlbrte qu'elle le ibuleve : adouciflez 
les humeurs avec du petit lait fereux &C 
aigrelet : écoutez Rhasès. Quand la 
fuppuration fe fait , ne vous aviiéz pas 
de purger, il en rémlteroit ou la m )rt , 
ou une diarrhée cruelle. Ouvrez les 
pullules en maturité : dérivez toujours 
les humeurs vers les endroits les moins 
dangereux : fomentez & ouvrez fou- 
vent la peau , les veffies s'il y en a : 
efluyez avec du coton ou du linge fin. 



Q ix 



8o Histoire 

Moyens de conserver la beauté. 

Si vous voulez conferver la beauté 
de vos enfans , fuivez les confeils de 
Rhasès & d'Avicenne. Ouvrez les pu- 
ftules lorfqu'elies font pleines & mu- 
res ; avec la pointe d'une aiguille d'or 
ou d'argent , qu'on plonge au milieu 
ou au bas de la pultule , & efluyez 
avec du coton ou du linge ; parce que 
ie pus qui en fort eft d'une nature ron- 
geante. Ouvrez ainfi toutes les pullules 
du vifage , & efluyez bien propre- 
ment. Quand elles font vuides , on 
les touche avec de l'huile d'amandes 
douces , ou ce qui eft encore mieux , 
avec de l'huile d'œuf. De cette maniè- 
re , non feulement vous évitez les dif- 
formités du vifage , mais vous empêchez 
cette matière d'être repompée dans la 
mafle du fang ; ce qu'il faut toujours 
craindre. Il eit étonnant que cette ou- 
.verture des puftules en maturité , ne 
foit pas pratiquée plus fouvent , tan- 
dis que Rhasès , Avicenne , Rivière , 
&c. tous les plus grands Médecins , la 
recommandent. Lorfqu'une tumeur 
phlegmoneufe eft en maturité , on 



de la Petite Vérole. 8i 
l'ouvre. Une puftule de petite vérole 
eft une tumeur phlegmoneufe , qui mû- 
rit comme les autres , & dont le pus 
même eft plus corrofif , plus meurtrier, 
& caufe à la peau , par fon féjour , 
plus de délabrement que tout autre. 
Il eft prouvé qu'une puftule de petite 
vérole , vuidée de fon pus , ne caufe 
ni démangeaifon, ni croûtes, ni creux 
fenfible , comme un autre , à la peau. 
Ainfi , il eft de l'intérêt du malade , &C 
de tous ceux qui s'intéreflent à la fan- 
té & à fa beauté , de vuider les pullu- 
les qui font en maturité, moins il y 
aura de matière morbifique , moins il 
y aura de danger. On fe fert eniuite de 
déterfifs , d'adouciffans , de pomades 
fans nombre que l'art fournit : les plus 
douces , les plus fimples , & le : plus 
blanches , font les meilleures : de cette 
manière , on relâche , on adoucit la 
peau , on corrige l'âcreté de l'humeur, 
&c on facilite la chute des écailles. Les 
fecours externes font auffi importans , 
pour ne pas dire plus , que les internes. 

Si nous voulons réfumer tout ce 
que nous venons de dire en général 
fur cette maladie : ÔC déduire des print 



8i Histoire 
cipes établis , une pratique {impie ^ 
aifée & fondée , nous trouvons qu'elle 
fe réduit à trois objets principaux. 

i°. A diminuer par les évacuations 
une matière étrangère qui couve , qui 
va bientôt pulluler , fe reproduire & 
occafionner par fa prélence un défor- 
dre général dans toute l'économie ani- 
male. 

2 P . A déterminer entièrement l'ir- 
ruption de toute la matière variolique 
qui refte , vers les couloirs de la peau, 
comme vers le lieu le plus propre & le 
plus favorable à fa dernière retraite. 

3°. A favorifer fonexpulfion entiè- 
re hors du corps , par toute forte de 
moyens. 

La meilleure, fans contredit, & la 
plus falutaire de toutes les évacuations 
au commencement de cette maladie , 
c'eft la faignée ; elle diminue la quan- 
tité des humeurs & le danger de l'in- 
flammatien. Ainfi au premier foupçon 
de cette maladie , il faut débuter par 
ks faignées , les répéter , &c propor- 
tionner leur nombre ôi la quantité du 
fang qu'on tire , à la violence des 
fymptômes, à l'état du pouls, à l'âge 
& au tempéramment du fujet : on fai- 



de la Petite Vérole. t% 

gne ordinairement du bras ; s'il y a em- 
barras au cerveau , fi le mal de tête elt 
violent , s'il y a un léger délire ; il faut 
faigner du pied. Ce qu'il y a de plus à 
craindre dans l'exceffive fermentation 
où la petite vérole met le fang ; c'efl 
une inflammation au cerveau, &c elle eft 
non feulement dans la petite vérole , 
mais dans toutes les maladies , la plus 
redoutable de toutes les inflammations : 
dès que fes vaifleaux (ont trop pleins , 
trop tendus , le mouvement de fa fiib- 
ftance néceffaire pour la filtration des 
efprits , n'eft plus affez libre , & il 
peut être gêné à tel point qu'il ne fe 
forme plus affez d'efprits pour entre- 
tenir le mouvement du coeur & de la 
vie. Les vaifleaux du cerveau une fois 
engorgés , font d'autant plus difficiles 
à déboucher, que la plupart ne font 
point appuyés, ni foutenus par des 
parties folides , & qu'il font en quel- 
que forte lâches & flotta ns ; enfin ils 
font foibles & fe dépouillent d'une 
partie de leurs tuniques en entrant par 
la baie du crâne ; & s'ils viennent à 
crever, le moindre épanchement dans 
la fubftance du cerveau eft toujours 
mortel ; tout cela fait affez l'apologie 



$4 Histoire 
de la faignée , & furtout de la faïgnée 
révulfive du pied. M. Chirac pendant 
fon iëjour à Rochefort en 1691 , où il 
traita beaucoup de petites véroles , 
obferva que" dans ceux qui en étoient 
morts , il y avoit inflammation au cer- 
veau. En conféquence il s'oppofa for- 
tement à tous les Médecins de Roche- 
fort qui avoient un préjugé contre 
la faignée du pied ; il foutint coura- 
geufement cette pratique malgré les 
clameurs du public &C des Médecins , 
& s'en trouva bien. Et en effet la fai- 
gnée dans les commencemens eft tou- 
jours utile , & paroît même indifpen- 
fable pour les raifons fufdites. On 
applique les fangfues aux tempes , ou 
près des oreilles aux enfans. Mais lorf- 
que l'éruption eft fur le point de fe 
faire , & que d'ailleurs l'état du pouls 
n'indique pas la nécefTité de la faignée, 
alors elle pourroit être nuifible : c'eft 
au Médecin à diftinguer tous ces cas ; 
& nous renvoyons au Traité de Rha- 
fès. Dans les trois premiers jours , il 
eft effentiel de vuider les matières qui 
font dans les premières voyes , foit 
par l'émétique , loit par un purgatif 
léger , foit parle petit lait , ou tout au- 



de la Petite Vérole. 85 
tre fecours. Avicenne nous a laifle un 
aphorifme fur cette maladie : necejjï 
enim omnino eji in principio lubricam 
ejjï alvum. Rhafès diftingue très-bien 
le cas où cette évacuation eft né- 
cefTaire. 

Le fyrop de chicorée ou la rhu- 
barbe 1 , lont les purgatifs qui convien- 
nent le mieux aux enfans : s'ils ont des 
vers dans leur eftomac , ou dans les 
inteftins , la rhubarbe les tue , elle les 
purge : & fi la petite vérole eft fur le 
point de faire éruption , cela ne l'em- 
pêche point du tout : la rhubarbe eft 
uu remède divin dans prefque toutes 
les maladies des enfans : tous ceux qui 
l'employent fouvent, doivent fe féli- 
citer tous les jours de l'avantage qu'il 
y a de le donner. La ptifane d'orge ni- 
trée , ou celle de fcorzonere , ou la li- 
monade , ou le petit lait, doivent être 
la boiiîbn la plus ordinaire : on doit le 
nourrir avec des crèmes légères de riz 
à l'eau , de l'entilles tk autres fembla- 
bles : cela doit former la bafe de fon. 
régime : point de bouillons , point d'a- 
limensdoux,fucrés. 

Après les évacuations , on ne doit 
plus s'occuper qu'à faire fortir la pe- 



96 Histoire 

tite vérole : on favorife fon éruption 
par un mélange d'opium & de cam- 
phre , par l'eau froide , prife abon- 
damment , par les bains , les fomenta- 
tions , & furtout le bain de vapeurs. 
Toute l'attention doit fe porter à 
l'extérieur , depuis le commencement 
de l'éruption jufqu'au dixième ou on- 
zième jour, c'eft-à-dire jufqu'au tems où 
les pullules commencent à fécher. Lorf- 
que tout eft dehors & qu'on ne craint 
plus le reflux de la matière morbifique ; 
tous les bons Auteurs , furtout Syden- 
ham , Mead & Freind , ont dit qu'il 
étoit néceffaire de purger le corps de 
tout ce qui auroit pu être refté en 
dedans , menacer quelque organe ef- 
fentiel à la vie , & pour éviter un dé- 
pôt. Il ne faut jamais fe prefler de 
purger lorfque cette maladie eft dé- 
clarée, crainte d'une diarrhée quel- 
quefois mortelle , ou d'un reflux d'hu- 
meurs. Si au commencement de la fup- 
puration le vifage &C les mains qui s'é- 
toient gonflés , s'affaiflent tout à coup ; 
il faut expofer le malade au bain de 
vapeurs , badiner , & fomenter ces par- 
ties avec des décochions émolliantes ; 
appliquer des véficatoires , rappeller 



de la Petite Vérole. 87 
l'humeur à la peau , par toute forte de 
moyens: s'il y a un cautère ouvert, 
un écoulement qnelconque , il faut le 
laiffer , le favorifer même , c'eft une 
porte ouverte à l'ennemi ; fi la faliva- 
tion fe fait chez les adultes , il faut 
l'entretenir. La purgation qui paroît 
indifpenfable après la fuppuration , efl 
très-difficile à placer ; il y a beaucoup 
à rifquer de purger trop tôt , très peu 
de purger tard : ainfi on ne doit avoir 
recours à la purgation , que le dixième, 
onxieme ou douxieme jour. Après la 
la chute des croûtes le malade doit 
prendre un bain fait avec une décoc- 
tion de genièvre , ou bien être baffiné 
chaudement avec la même décoûion; 
foit pour fervir de vulnéraire à des 
parties qui ont été excoriées , rongées 
& déchirées , foit pour emporter tou- 
tes les croûtes & tout le refte du virus 
qui tient encore fur la peau. 

Reliquats de petite Vérole. 

La petite vérole laiffe quelquefois 
après elle des ulcères, des croûtes d'un 
mauvais earaftere : les dartres , la ma- 
ladie pédiculaire en font quelquafois 



58 H i s t o ir I 
la fuite : ces reliquats de petite vérole 
doivent être traités avec les fudorifï- 
ques ou les mercuriaux : on fe fert 
avec avantage dans ce cas d'une pti- 
fane faite avec les bois fudorifiques , 
gayac, fquine , falfepareille avec un 
nouet de mercure & d'antimoine : on 
touche en même tems ces ulcères avec 
une eau mercurielle ; les dartres , la 
galle, la maladie pédiculaire qui s'y 
mêlent quelquefois , ne demandent pas 
d'autre recours ; ou bien les f ridions 
mercurielles. Quant à ce qui concerne 
les yeux , nous renvoyons au chapitre 
XI de Raies. 

Précautions générales dans 
l'administration de quel- 
ques REMEDES. 

Lorfqu'il y a dans les commence- 
mens de la maladie une afteftion coma- 
teufe , que le malade eft dans un aflbu- 
piflement dont on ne peut le tirer, 
alors il faur préférer l'émétique à tout 
autre évacuant : il faut toujours le 
donner en lavage dans toutes les mala- 
dies , parce qu'alors le malade ne prend 

que 



de la Petite Vérole. 89 

que la dofe qui lui convient. Pour les 
enfans on en met un grain dans un 
demi-feptier d'eau , & on lui en donne 
une cueillerée tous les quarts d'heure , 
juiqu'à ce qu'il vomiffe : lorfqu'îl com- 
mence à vomir , on s'arrête ôc on lui 
donne de l'eau chaude. Pour les adul- 
tes, on en met quatre ou cinq grains 
dans une pinte d'eau , 6c on en donne 
un verre tous les quarts d'heures , juf- 
qu'à ce qu'il produife fon effet. 

Les narcotiques , trop vantés par 
Sydenham , doivent fe donner avec 
.précaution, ce feroit agir téméraire- 
ment que de les donner lorfqu'il y a 
un affoupiffement , ou un délire : 
Mead obierve qu'il n'eft pas avanta- 
geux de les donner avant l'éruption 
des puftules , mais lorsqu'elle eft faite , 
5c que Se malade a des infomnies pro- 
curées par les douleurs , qu'il eft dans 
l'inquiétude , on peut donner le fyrop 
de pavot , depuis fix gros jufqu'à deux 
onces dans tous les âges au deflus de 
l'enfance : mais tous les fyrops de- 
vroient être profcrits dans le traite- 
ment de la petite vérole , pour les rai- 
ions alléguées par Rhafès , que tout ce 
qui eft doux ôc fucré eft nuiiible dans 
' 'Tcm, II H " 



9© Histoire 

la petite vérole. Ainfi on peut écrafcf 
la moitié , ou une tête entière de pa- 
vot & en donner l'infufion au malade 
lorfqu'il eft agité de quelque douleur 
vive & infupportable qui femble s'op- 
pofer à l'éruption; alors tout étant 
dans un état dérétifme , un narcotique 
donné propos a fait fouvent fortir la 
petite vérole : on ne doit donner aux 
enfans qu'une infufion légère d'une 
pincée de coquelicot qui eft un dimi- 
nutif du pavot , cela la fait fortir quel- 
quefois , mais on donne avantageufe- 
mcnt un narcotique le foir tant que 
dure l'éruption. 

Il y a un jour & un cas critique dans 
les petites véroles diferetes , oii il faut 
aflbcier les narcotiques aux cordiaux; 
c'eft le huitième jour , lorfque le vi- 
dage , au lieu de s'enfler, de s'enflam- 
mer, même dans les intervalles des 
puftules , s'affaifle tout à coup ou bien 
devient flafque , pâle , d'un blanc pâle , 
d'une couleur livide. Le malade eft alors 
livré aux auxiétés les plus fortes , il eft 
dans les fourfrances. Sydenham con- 
noiflbit ce cas mieux que perfonne , 
& dpnnoit fur le champ un parégori- 
que , fur tout & le cerveau n'etoit pas 



de la Petite Vérole. <>v 
menacé d'inflammation ; un fommeil 
do x & tranquille étoit la fuite de (es 
goûtes anonides, qui calment alors l'a- 
gitation, tempèrent l'ardeur du fang, 
procurent un gonflement falutaire au 
vifage , qui doit arriver le huitième 
jour. Et fi le malade tomboit alors dans 
une phrénéfie , il faudroit le faire fai- 
gner copieufement ; mais ne point l'ex- 
pofer à l'air comme failoit Sydenham. 
C'eft un cas très-difficile , & lorfqu'il 
n'eft pas polfible de rappeller ce gon- 
flement fi néceffaire par les fomenta- 
tions , le bain de vapeurs , les caïmans 
ou les parégoriques ; il faut faire for- 
tir l'humeur par quelque couloir, la rap- 
peller toujours à la peau par des épi- 
paftiques , des véficatoires , des fcarifi- 
cations , & n'avoir recoure aux pur- 
gatifs , même minoratifs, que lorlque 
ces premiers n'ont pu réulîïr. Il faut 
que le malade , depuis le troifieme , 
jufqu'au dix ou onzième jour , foit tenu 
conftamment au lit dans une tempéra- 
ture égale. S'il (e levé il faut faire en- 
forte qu'il ne foit jamais laifi par un 
froid fubit ; lorfqu'on l'expofe à un 
bain de vapeurs , ou qu'on le met dans 
■un bain chaud j il faut entretenir la 

Hij 



'çx Histoire 

chaleur du lit , fi on change fon linge ^ 
il faut le chauffer , afin que la peau fe 
trouve toujours expofée à une chaleur 
égale. 

On eft tombé dans deux excès , dans 
le traitement de la petite vérole ; lors- 
qu'on ne s'eft occupé que de l'intérieur 
du corps , & lorfque les hypothèfes 
& l'efprit de parti s'en font mêlés. 
De-là , les deux fyftêmes fi combattus 
de part & d'autre : celui des remèdes 
raffraichiffans , & celui des échauffans : 
ejl modus in rébus. En général , il y a 
toujours moins de rifque de rafraîchir 
que d'échauffer dans une maladie in- 
flammatoire ; &C les cas où les cordiaux, 
les échauffans font néceffàires , font 
fi rares , qu'il eft tres-pofiîble de s'en 
paffer. Et les gouttes anodines de Sy- 
denham , depuis douze jutqu'à trente 
gouttes , dans l'eau de fleur d'oran- 
ge , font le meilleur cordial c/.'on 
puifle donner dans la petite vérole : fi 
la foibleffe du pouls , . Fabatement des 
forces, la pâleur du vifage, indiquent 
que la nature a befoin d'être aidée ; 
donnez-lui un îecours. ï^iais la force 
du pouls mefure toujours celle du cor- 
dial. Il ne faut pas croire qu'un £or; 



de la Petite Vérole. 95 
dial , ou un fudorifique , feront fortir 
la petite vérole (ans danger, fi le corps 
n'eft pas humefté , fi le virus n'a pas 
un véhicule, un liquide qui le porte à 
la furface ; il ne fiait pas le flatter non 
plus, d'obtenir une éruption entière 
& favorable , fi la peau n'eft pas dif- 
polée, préparée à la recevoir. Ceux 
qui font pour la méthode antiphlogifti- 
que , font tombés dans un autre ex- 
cès. Ils ont recours aux acides miné- 
raux les plus forts , les plus coagulans; 
il faut le borner aux acides végétaux , 
favoneux ; l'eau de groleille , la pti- 
fane d'orge , le nitre purifié , la limo- 
nade , rafraîchiflent allez ; mais on rif- 
que de coaguler le fang, en donnant 
l'acide vitriolique , celui d'efprit de 
fel , & de nitre ; les deux premiers 
font les moins dangereux; l'acide ni- 
treux doit être prpferit. On donne ces 
efprits ou acides , par goûtes , dans une 
.grande quantité. d'eau , juiqu'à une 
agréable acidité ; le goût de l'eau déci- 
de la dole. Voila les plus grands rafraî- 
.chifsans qu'on connoiiîe ; ils ralraî- 
chiflent fi fort , qu"i!> glacent quelque- 
fois le fang : & on ne doit s'en fervir 
cjas dans les cas où il eft menacé d'une 



94 Histoire 

diflblution prochaine ; dans les tem- 
péramens chauds , fecs , bilieux & ar- 
dens ; dans la petite vérole fanguine 
ou lcorbutique ; lorfqu'il y a acrimo- 
nie , arJeur Se chaleur rongeantes. 

Le feul Auteur qui a pris peut-être 
ce milieu fi difficile à trouver , c'eft 
Rhasès. Le but eft de faire fortir la pe- 
tite vérole : voici comme il s'y prend. 
Je ne cefle de l'admirer , de l'imiter, 
& c'eft pur ce feul chapitre que je 
l'ai traduit. L'eau froide donnée lbu- 
vent & à petite dofe , tandis que la 
furface du corps , qui eft couvert ÔC 
expofé à un bain de vapeurs qui lui ou- 
vre les pores & la ramollit : voila le 
fecret pour faire fortir la petite vérole, 
& le milieu qui met tous les Auteurs 
d'acord. 

L'eau froide n'échauffe ni ne rafraî- 
chit ; l'eau à la glace rafraîchit d'abord 
fortement , mais eniirte elle échauffe, 
cependant l'une & l'autre données en 
abonuance, font hier , &c l'eau à la 
glace échauffe peut-être trop. Qu'eft-ce 
qu'on craint par l'eau froide r un froid 
ïubit qui laifit , fufpend la circulation , 
ferre tout à coup les va ffeaux qui font 
trop dilatés ; l'imprefiion fubhe de 



svk la Petite Vérole, ff 

l'eau froide fnrun corps , peut arrêter 
la tranfpiration & l'intercepter: lors- 
qu'on (ue , cela peut être dangereux : 
rien de tout cela n'eft à craindre d;ms 
la petite vérole , de la manière qu'on 
donne ces eaux : on ne fauroit crain- 
dre que la tran piration foit intercep- 
tée par ce moyen , puifqu'elle fe fait 
du centre à la circonférence ; & que 
lorsqu'on fue , les humeurs tendent à 
la furface : ici tout favorife l'expulfion 
des humeurs au dehors ; tandis qu'on 
échauffe , qu'on dilate la peau par un 
bain de vapeurs : on rafraîchit les en- 
trailles : on refferre les fibres de l'in- 
férieur ; alors tout l'effort ou de la na- 
ture ou du virus , doit fe porter à 
l'endroit le plus ouvert , où il y a moins 
de réfiftance : il doit donc fe porter à 
la peau Cette théorie devient claire 
& évidente par la raifon des contrai- 
res. Un bain froid , ou l'air froid du 
Nord qui glace , refroidit. & refferre 
la peau , tandis que l'intérieur eft prêt 
que brûlant , fait périr tous les malades, 
parce que l'éruption ne fe fait pas , & 
qu'il y a un obftacle infurmontable du 
côté de la peau ; la petite vérole alors 



$<5 Histoire 

fe cantonne , pour ainfi dire , dariS 
l'intérieur qui eft chaud , & attaque 
les parties nobles , les organes inté- 
rieurs , & tue les malades : Lorfqu'on 
ouvre ces corps , on trouve le poumon , 
l'eftomac , les inteftins , couverts de 
pullules. Si dans le tems que l'éruption 
va fe faire , le malade a l'imprudence 
de fe tremper dans l'eau froide , il 
meurt de la petite vérole qui fuit 
.toujours le froid. La plus claire & la 
plus évidente de toutes les vérités qua 
je connoiffe en Phyfique , & qui fert 
à expliquer preique tous les phénomè- 
nes qui arrivent dans la nature ; c'eft 
qu'un corps mouvant fe porte toujours 
à l'endroit où il y a moins de réfiftan- 
ce. Ainfi , l'afcenfion des liqueurs , 
. l'élévation des vapeurs , les tremble- 
. mens de terre , la flamme excitée par 
•un courant d'air , &c. &c. &c. tout 
.cela prouve qu'un corps mouvant fe 
. porte toujours à l'endroit qui lui réfifte 
• le moins. Une autre vérité démontrée, 
c'eft que le froid refferre tous les corps 
. de la nature , fans aucune exception ; 
& la chaleur , par ia raiibn contraire , 
.les dilate tous. Ainfi fi je parviens à 

rafraîchir 



de la Petite Vérole. 97 

rafraîchir & à refferrer les parties in- 
térieures du corps , tandis que je dila- 
te , que je ramollis , que j'échauffe les 
parties extérieures , je dois favorifer 
néceffairement le mouvement de la 
matière variolique à la furface : c'efl- 
à-dire , déterminer fon action du cen- 
tre à la circonférence , & par confé- 
quent , aider fon expulfion. Ce qu'il 
y a à appréhender , c'eft l'impreffion 
îubite de Peau froide fur l'eftomac &C 
les parties voifines : fi ces parties étoient 
enflammées , dans un état même de 
phlogofe , cette crainte feroit fondée ; 
mais ordinairement elles ne font pas 
dans cet état. La nature fait fon effort 
vers la peau , & c'eft-là où elle porte 
tout le feu de l'inflammation ; & on 
pourroit appeller la petite vérole une 
inflammation générale de la peau : car fi 
l'inflammation ne s'y fait pas , fi elle 
arrive dans une partie intérieure , le 
malade meurt. Sur mille petites véro- 
les , à peine y en a-t-il une où il y ait 
inflammation dans quelque vifcere , 
elle eft toute à l'extérieur. Quoiqu'on 
donne de l'eau froide , il ne s'enfuit pas 
de-là que le fang fe glace. Tous les jours 
Tom. II. I 



98 Histoire 

dans les fièvres ardentes , bilieufes , la 
boiffon la plus agréable pour un ma- 
lade , eft celle qui eft froide : &C dans 
un climat aufïi brûlant que la Perfe , 
Rhasèsdonnoit l'eau à la glace. Puif- 
qu'il eft vrai que le danger qui fuit l'im- 
preffion fubite de l'eau glacée, eft d'au- 
tant plus grand que le corps eft chaud 
& dilaté : je fuis en droit de conclura 
que puifqu'elle a réufE en Perfe , cli- 
mat brûlant , où la chaleur du corps 
eft très coniidérable,elle pourrait réuf- 
fir en Europe où la chaleur eft moindre. 
A plus forte raifon , l'eau froide , qui 
a moins d'inconvéniens que l'eau à la 
glace , fur-tout lorfqu'elle eft donnée à 
petite dofe, doit-elle réuflir parmi nous. 
Si l'eau à la glace a été avantageufe au 
milieu de la Perfe , dans la petite vé- 
rple : l'eau froide (amplement , doit 
l'être à Paris & dans toute l'Europe. 

Dans les tems les plus chauds , où 
tm voyageur fe trouve altéré , où tou- 
tes les parties intérieures font prefque 
brûlantes &C dans un excès de dilata- 
tion ; l'eau froide n'a jamais fait mal , 
fi elle a été prife au foleil , à l'air 
chaud. Mais fi ce voyageur qui eft dans 



tse la Petite Vérole. 99 
uift efpece de fièvre ardente a l'im- 
prudence d'entrer tout-à-coup dans un 
lieu trop frais , tel qu'une grote , une 
cave &c. , & d'y boire froid ou chaud , 
il court rifque d'être faifi tout-à-coup 
par le froid, & d'avoir une maladie 
dangereufe qui ne devra fa naiffance 
qu'à une tanfpiration interceptée fu- 
bitement , par la préfence d'une at- 
mofphere froide. Dans ce cas il y a mê- 
me moins de danger de boire quelque li- 
queur froide que chaude ; parce que 
les humeurs contrebalancées par deux 
corps de la même température , con- 
fervent mieux leur équilibre , l'har- 
monie des parties eft moins prête à fe 
rompre, 6c par conféquent, il y a 
moins de danger. Mais fi un voya- 
geur , qui a bien chaud, entroit tout- 
à-coup dans un endroit très-froid , &C 
qu'il y but de l'eau ou du vin 'chaud , 
il eft en danger de périr dans le lieu 
même. Preuve évidente que le plus 
grand danger réfulte de l'impreffion de 
l'air fur la furface du corps. Combien de 
fois eft-il arrivé à des gens imprudens, 
de tomber malades au lortir d'un bal 
daQsla nuit , 6c par un tems très-froid, 

I i) 



ioo Histoire 
ou d'un endroit fort chaud où l'on 
étoit en fueur, pour s'être expofés à 
l'air froid : tandis que les boiffons les 
plus fraîches, les plus rafraîchiflantes , 
telles que la limonade , une glace prifes 
clans le lieu même, fans lortir, n'a- 
voient produit aucun mauvais effet ; 
quoique le fang fut bouillant , & tout 
l'intérieur du corps dans une chaleur 
extrême. Dans la petite vérole , il y a 
moins à craindre que dans tous ces cas ; 
l'impreflion de l'eau froide fur les orga- 
nes enflammés , eft bien dangereuie ; 
mais ici toute l'inflammation eft à la 
peau : c'eft-là auffi où cette impreffion 
eft prefque toujours mortelle lorfqu'el- 
le s'y fait. Rien auffi de plus malenten- 
du, de plus funefte , que d'expofer quel- 
qu'un qui a la petite vérole à un air froid: 
6c rien en même tems de mieux entendu 
que de le mettre dans une atmofphere 
douce , chaude : alors il n'y a à craindre 
que l'excès de chaleur , & l'aridité de 
la peau ; auffi tout ce qui fera capable 
de remédier à la féchereffe , à l'aridité , 
à la tenfion , à la dureté , à la rigidité 
de cette peau fera toujours un fecours 
triomphant dans la petite vérole. Tout 



t>E la Petite Vérole, ioi 
ce qui fera capable de rafraîchir , d'hu- 
me&er &c de chaffer en même tems , 
la petite vérole du centre à la circon- 
férence , de l'intérieur à l'extérieur, fe- 
ra toujours réputé pour un remède falu- 
taire dans le traitement de cette mala- 
die. Donc, l'eau froide donnée intérieu- 
rement, & le bain de vapeurs, qui con- 
courrent parune action contraire à pro- 
duire lemême^ffet , feront dans tous 
les tems , les lieux fecours les plus com- 
modes Se les plus puiffans pour favo- 
rifer l'éruption entière de la petite vé- 
role fans danger : effet le plus difficile 
à obtenir & le plus heureux qu'on puiffe 
defirer dans cette maladie. Mais ce- 
lui des deux fecours fur lequel on doit 
le plus compter ; c'eft fur le bain de 
vapeurs , qu'on ne doit jamais oublier 
d'ordonner dans toute forte de petites 
véroles, parce qu'il ne peut jamais 
que faire du bien. 

Purgatifs. 

Le danger qui réfulte des purgatifs 
dans le traitement de la petite vérole , 
lorfqu'elle eft déclarée , eft démontré 
tous jours par les fuites funeftes qu'ils 

Iiij 



loi Histoire 

entraînent après eux , par la dérivation 
de la matière morbifique dans l'inté- 
rieur du corps : ainfiil ne faut jamais les 
donner que d'une main avare. Rhasès , 
Hecquet , condamnent même les pur- 
gatifs avant l'éruption, pour cette feule 
crainte ; &C parce qu'on s'oppofe à l'in- 
tention de la nature qui veut pouffer 
la petite vérole à la furface de la peau. 
Mais fouvent la nature -eft furchargée 
d'humeurs ; les premières voies peu- 
vent être farcies ; alors il faut prendre 
un milieu : & lorlqu'il eft néceffaire 
de déboucher & de vuider , il faut faire 
choix des évacuants qui n'entraînent 
pas un torrent d'humeurs du côté des 
ielles. L'émétique dans ce cas eft tou- 
jours préférable aux purgatifs drafU- 
ques ; furtout s'il y a affection coma- 
teufe , affoupiffement , délire léger , 
L'émétique réuffit toujours , après 
avoir dégorgé les vaiffeaux & appaifé 
l'inflammation par les faignées , il faut 
faire vomir le malade. Par les fecouffes 
qu'un émétique donne à l'intérieur , 
il facilite l'éruption de la petite vérole : 
ainfi lorfqu'il faut évacuer il faut pré- 
férer toujours l'émétique aux purga- 
tifs : & afin d'obtenir l'effet qu'on de- 



DE la Petite Vérole. 103 

fire , on donne des lavcmens qui , com- 
binés avec l'émétique , tiennent lieu 
de purgatifs , n'ont point leur incon- 
vénient 6c rempliûent l'indication. 

Fièvre secondaire. 

Si le onzième, jour , qui eft le tems 
où la deffication des pullules com- 
mence, où les accidens font appaifés ; 
la fièvre fe rallume accompagnée de 
fymptômes violens , & que le malade 
foit dans l'inquiétude; c'eft une preuve 
que toute l'humeur n'elt pas dehors , 
ou qu'il y en a une partie de rentrée , 
qui va fufciter une nouvelle tragédie : 
alors il ne faut rien négliger pour la 
rappeller au dehors par tous les fe- 
cours externes indiqués : on donne in- 
térieurement les parégoriques pour 
favoiifer fon expulfion : mais fi le ma- 
lade fe trouve plus mal, fi la mort me- 
nace , c'en 1 une preuve que la matière 
variolique a été repompée dans le fang : 
alors ians héfiter il faut faire faigner 
le malade du pied , & ne point épar- 
gner les faignées ; c'eft le ieul moyen 
de fauver le malade : les purgatifs ne 
rcu(Ment que rarement dans ce casj 

I iv 



104 Histoire 
mais comme les évacuations paroiflerît 
indifpenfables ; alors il faut avoir re- 
cours à l'émétique,& traiter le malade 
comme fi la petite vérole devoit faire 
une féconde éruption à la peau. La 
matière variolique ne fe porte jamais 
impunément fur les organes intérieurs. 
Si l'on donne alors des purgatifs, il faut 
du moins fe borner à un feul , &i A un 
minoi atif, fans quoi il n'y a point de 
fureté pour le malade. 

On ne s'eft propofé dans ce Tableau 
général de la petite vérole , que de 
faire voir toute l'excellence de la pra- 
tique deRhasès , fur tout dans le pre- 
mier état de cette maladie , qui eft le 
plus difficile à traiter. De donner 
une idée générale de fes effets fur le 
corps humain , & de la manière de 
la combattre. Nous ferions très con- 
tens de notre travail , fi nous pou- 
vions nous flatter d'avoir feulement 
jette les fondemens d'une bonne pra- 
tique. Ce n'eft , comme on voit , 
qu'un traitement général. Nous ren- 
voyons au Traité de Rhasès , pour les 
cas particuliers. Il faut finir par un 
tableau de l'inoculation. 



©e la Petite Vérole, ioj 

AVANTAGE ET DANGERS 
Z>£ V1NOCULATION. 

J e ne trouve dans l'inoculation qu'un 
avantage, & au moins vingt- cinq 
caraâeres de réprobation. 

Son avantage eft la préparation du 
fujet : voilà le feul que je lui connoifTe , 
encore ne lui appartient-il pas , puif- 
qu'il eft étranger à l'inoculation. L'art 
de préparer un corps appartient à ta 
médecine ; l'art de donner une maladie 
ne lui a jamais appartenu. Ainfi on 
peut déjà conclure que la méthode , 
qui fe borne à inoculer fans préparer 
un corps , n'a point d'avantages. Donc 
l'inoculation ellentiellement, n'a pas 
le moindre avantage. 

Eft-il utile de préparer un corps 
avant qu'il aiv la petite vérole? Cela 
eft inconteftable. 

Eft - il utile d'inférer le levain de la 



io6 Histoire 

petite vérole ? C'eft ce qu'il faut exa- 
miner. 

D'abord je n'entreprendrai point 
d'agiter , ni de réfoudre cette queftion 
morale ; favoir , fi un père a le droit de 
tenter l'inoculation fur fes enfans ? C'eft 
l'affaire des théologiens , & je fuppofe 
qu'il en a le droit. 

Le première^: le plus grand tort de 
l'inoculation , c'eft de vous donner une 
maladie que vous n'avez pas , & qu'il 
n'eft pas nécefiaire que vous ayez. 
Voilà déjà un cara&ere irrévocable de 
réprobation. 

Le fécond , de conferver pour fon 
ufage le germe d'une pefte étrangère. 

Letroifieme,de l'introduire dans nos 
veines. 

Le quatrième, de donner une mala- 
die qu'on peut avoir iix fois. 

Le cinquième , de forcer la nature 
à produire un effet contraire à fon in- 
tention. 

Le fixieme,de produire très-fouvent 
une petite vérole incomplette , in- 
fuffifante , incapable de détruire entiè- 
rement dans l'homme, la difpofition 
des humeurs , la faculté qu'il a de dé- 



de la Petite Vérole. 107 
velopper en général , une fois en la 
vie , le levain étranger de cette mala- 
die : par l'inoculation on ne prend 
fouvent qu'une maladie imparfaite , 
bâtarde , quelquefois locale. 

Le feptieme , de laiffer au malade 
une incertitude fur le retour de cette 
maladie , après l'avoir éprouvée une 
fois. 

Le huitième, de donner une maladie 
qu'on n'auroit peut-être jamais. 

Le neuvième , de ne produire quel- 
quefois aucun effet , c'eft-à-dire , de ne 
pas donner la petite vérole au malade y 
qui prend enfuitela naturelle. 

Le dixième , de ne porter avec elle 
aucun caractère de remède , d'anti- 
dote , ou de préfervatif ; au contraire , 
de n'être que l'art nouveau 8c extraor- 
dinaire de donner un mal : ce qui efl 
directement oppofé à l'intention du 
Médecin & au but de la Médecine , qui 
ne doit admettre chez elle que ce qui 
peut rendre l'homme fain , pur ; Se 
écarter de lui tout ce qui eft capable 
de le rendre impur ou mal-fain. Le but 
de la médecine eft de guérir; l'inocu- 
lation rend malade. Donc cette opéra- 



io8 Histoire 

tion doit être rejettée de fon feïrt , 
puisqu'elle ne porte avec elle aucun 
moyen Salutaire. 

Le onzième , de rendre la petite vé- 
role plus commune , plus fréquente ; 
de la faire renaître lorfqu'elle paroît 
anéantie, ôc de donner naiftance aux épi- 
démies qui , dans ui.e mauvaife SaiSon, 
peuvent faire périr un million d'hom- 
mes. 

Le douzieme,de donner quelquefois 
une maladie très-grave à la place de 
celle qu'on attendoit , ou avec elle j 
telles que les écrouelles , les maux vé- 
nériens. ( Voy. le Rapport des fix Com- 
miilaires. pag. yS. jç. Paris 1765. ) 

Le treifieme, de faire naître avec la 
petite vérole, la rougeole, des bu- 
bons , des dartres &c. (Voy. ibid.) 

Le quatorzième , de laiffer après 
elle des dépots , des abfcès , furtout 
dans les articulations. ( ibid. ) 

Le quinzième , de donner quelque- 
fois la mort. ( Voyez le nombre des 
infortunés dans le rapport cité & le 
Supplément. ) 

Le Seizième , de ne point mettre à 
l'abri du retour , après avoir donné 
une petite vérole complette. 



de la Petite Vérole, 109 

Le dix-feptieme , de donner quel- 
quefois une petite vérole confluente 
avec le pus d'une petite vérole dis- 
crète. 

Le dix- huitième , de donner, dans un 
tems , une maladie dont on peut 
avoir déjà reçu le levain qui couve 
dans les humeurs; & par ce moyen, 
faire naître deux maladies , l'une à la 
fuite de l'autre. 

Le dix-neuvieme , d'altérer quelque 
fois la conftirution naturelle d'un corps , 
& de le laifler toute ia vie languiflant. 

Le vingtième , de tranfmettre à la 
poftérité , tant que l'inoculation fera 
en vigueur , une pefte qu'on peut 
anéantir. 

Le vingt-unième , de n'être point un 
art raifonné , fondé fur de bons prin- 
cipe , fur une théorie faine ; au con- 
traire de n'être qu'une méthode qui 
r.e doit fon origine qu'à la crédulité , 
à lia fuperftition , & que les plus grands 
Médecins ont condamnée. 

Le vingt-deuzieme, d'empêcher la 
petite vérole de s'épanouir fur toute 
la furface de la peau , lorfqu'elle doit 
être abondante , puifqu'on n'ouvre, 



ïiô Histoire 

qu'un couloir à la matière variolique ; 
ce qui rend quelquefois la maladie fa- 
tale , parce qu'elle n'a qu'une iffue pour 
fortir. 

Le vingt-troifieme ; d'être non feu- 
lement un art extraordinaire & meur- 
trier ; mais d'être encore un art im- 
parfait , puifqu'il a été fouvent fatal , 
puifqu'on inocule de cent façons diffé- 
rentes , puifqu'on ne lui a jamais joint 
la préparation de la peau , qui étoit ef- 
fentielle. 

Un art qui n'a d'autre mérite que 
celui de donner une maladie , de- 
vroit au moins dédommager , par fa 
perfection , & du défagrément de l'é- 
prouver , & du retour de la même ma- 
ladie ; mais il ne met quelquefois à l'a 
bri ni du danger de la mahdie , ni de 
la mort , ni de la récidive. Quel eft 
donc le motif de confolation qui me 
donne , lorfque je me fais inoculer ? Le 
bien qu'il peut avoir procuré , eft-'il 
capable de compenfer le danger de la 
récidive , à laquelle je fuis fans cefTe 
expofé ; lorfqu'on ne prend aucune 
précaution pour anéantir la petite vé- 
role. 



de la Petite Vérole, i i i 
Le vingt-quatrième : d'avoir été blâ- 
mée par les plus grands Médecins , 
Boh&rrhavt , Hecquet , Ajlruc , &c. 
& de voir dans un rapport d'une des 
plus célèbres Facultés du monde , un 
Arrêt de condamnation contre elle , 
ligné par Meilleurs <& V Epine, Bouvart , 
Verdclhan , Baron , Macquar , tous 
Médecins, de nom, refpeftables , ôc 
les premiers Praticiens de Paris. 

Le vingt -cinquième : de n'avoir 
rien qui l'autorife & lui ferve de fon- 
dement , qu'un fyftême infoutenable , 
c'eft-à-dire, un deftin aveugle & irré- 
vocable , qui condamne à la petite vé- 
role : 6c une idée abfurde , îuperfii- 
tieufe , qui eft celle du germe inné. 

Il y a plus de deux mille ans que le pre- 
mier Légiflateur en Médecine , Hippo- 
cratc , eut les mêmes préjugés à combat- 
tre, fur une autre maladie. On appelloir 
de fon tems , l'épilepfie , rnorbus facer , 
maladie facrée : on en attribuoit la caufe 
aux Dieux. Il fentit combien cette idée 
faifoit tort à la Médecine , & étoit ca- 
pable de retarder fes progrès. Il fefer- 
vit de tout fon génie pour la dépouil- 
ler de cette erreur. Il s'éleva avec 



ÏI± ïî I S T O I R E 

force contre ces gens crédules & fif- 
perftitieux ; &c il e(t impoffible en 
même tems , de montrer plus de ref- 
peft qu'il en avoir pour la Divinité ; il 
le prouve dans tous fes écrits. Il dit -, 
en parlant de cette maladie facrée : 
de morbo facro vulgô appellato ficfe res 
habit. Neque qukquam aliis morbis di- 
vinius aut facratius , fed tandem ex quâ 
reliquï morbï onuntur , naturam habere 
mihi videtur. Homines verà ex imperitia 
& admlratione ei naturam quandam & 
caufam dïvinam inejje cenfuerunt , quod 
nulla in re reliquorum morborum JîrnUis 
effet... Non hominis corpus à Deo inqui- 
narï exijiimo ; impurijfum à purijfimo. 
quin ji forte continuât ut ab alio coin- 
quinetur , aut quïd patiatur , a Deo 
expiari magis quam inquinari cupiat. (a) 
Hippocrate avoit bien raifon , Dieu 
ne fouille rien. Comment peut-on 
croire que le corps de l'homme forte 
impur de la fource la plus pure ? Si le 
corps de l'homme a donc été pur dans 
fon origine ? Sija petite vérole , ma* 

{a) Hipp. De morbo facro. Seft. III. p. 301 
& 303. fœfio iruerpr. 

ladiç 



de la Petite Vérole, i 13 

ladie nouvelle & acquife , n'eft point 
héréditaire , comme nous l'avons prou- 
vé ? Les hommes n'en portent donc 
pas le germe dans leur îàng. Si cette 
idée eft abfurde , fupeiftitieufe , in- 
soutenable ? Si ce germe eft un être 
chimérique ? il n'eft donc pas effen- 
tiel qu'il fe développe , puifqu'il n'e- 
xifte pas. Donc il n'eft pas néceffaire 
d'avoir la petite vérole. Donc on eft 
mal fondé , lorfqu'on n'inocule que 
pour développer un germe. Si le feul 
principe qui autorife cette pratique , 
tombe en ruine , quel doit être le fort 
de l'inoculation ? 

On eft donc forcé de convenir que 
tout art en général , de donner une ma- 
ladie , eft un mauvais art , puifqu'il 
n'eft pas effentiel d'en avoir aucune. 
Dans fon principe l'inoculation eft 
donc un art funefte. Mais lorfqu'elle 
fera accompagnée de la préparation du 
Tu jet , elle fera moins perfide. Donc 
tout l'avantage de donner la petite vé- 
role confifte dans la préparation. Ainfï 
on ne dira plus , l'inoculation eft bon- 
ne ; mais on doit dire la préparation 
eft bonne. Sans cette préparation , 

Tom, IL K 



H4 Histoire 
combien auroit-on fauve d'inoculés ? 
Si malgré cette préparation , il eft en- 
core arrivé des événemens finiftres , 
qui l'ont fait condamner par les plus 
grands Médecins , par combien de 
raifons ne doit-elle pas être profcrite? 
Qu'on ne dife plus , nous avons vu des 
centaines d'inoculés qui ont échappé 
à la petite vérole. Si l'on vouloit faire 
une lifte de tous ceux qui ont échappé 
à la naturelle , quelle feroit la plus 
longue ? On voit , dans de bonnes 
faifons , des milliers d'enfans échapper 
à la petite vérole naturelle ; on ne dit 
rien ; cela ne frappe pas ; perfonne 
n'en parle. Il faut être jutte. Ainfî 
point de ces lieux communs , nous en 
ayons vu des centaines , Sic. Il y a 
des faifons cruelles pour la petite véro- 
le. L'inoculation a eu fes tems défavo- 
rables : l'année qu'elle fut bannie d'An- 
gleterre , elle étoit tombée dans une 
mauvaife faifon ; auffi fit-elle naître 
des petites véroles formidables. 

Nous avons prouvé qu'elle n'eft 
point admiflible dans un état , puif- 
qu'elle entretient , nourrit la maladie , 
l'empêche de difparoître ,, multiplie le 



be la Petite Vérole. 115 

nombre des morts & <les épidémies, 
.on a vu les conclurions de fix des 
douze Commirlaires nommés par la 
Faculté qui font contre la petite vérole 
artificielle, qui a plus d'inconvéniens 
que la naturelle. Nous avons fait voir 
que fi jamais elle a paru avoir quelque 
avantage , il ne peut réiulter que de 
la préparation du fujet. Il s'agit d'exa- 
miner actuellement , fi un corps pré- 
paré &: expoié à la contagion , court 
moins de niques, que lorfqu'il reçoit 
la petite vérole par l'inoculation ; &c 
s'il vaut mieux expoler ainli les enfans , 
après les avoir préparés, que de les 
inoculer après la même préparation : 
lorfqu'on eft décidé à leur donner la 
petite vérole. 

Il eft prouvé que la plus petite 
molécule de pus variolique introduite 
dans la peau avec la pointe d'une épin- 
gle , peut donner une petite vérole 
très-abondante. Ainfi ce n'eft pas de 
la quantité de la matière variolique,, 
ni de la grandeur de l'incifion que dé- 
pend le fuccès de l'infertion de cette 
maladie : c'etf égal, pourvu qu'un 
atome entre dans le corps , il cil ca- 

K-ij 



n6 Histoire 

pable de donner la petite vérole. Si le 
levain de la petite vérole entre par la 
bouche il y a du danger : s'il elt intro- 
duit par le nez , il y en a encore : s'il 
entre par les pores de la peau il y en 
a moins. Il eft prouvé «que cette mala- 
die fe communique par le contad : elle 
entre donc alors par les pores de la 
peau ; & c'eft la voie la plus ordinaire 
& la moins dangereuie. Cela pofé. 

Je fuppofe qu'un père ait des rai- 
fons pour donner la petite vérole à fes 
enfans. Il voit régner cette maladie 
autour de fa maifon , il eft inquiet , il 
tremble pour leur vie , il ne peut les 
envoyer ailleurs ( car c'eft alors le 
parti le plus fur &c le plus prudent ) en 
un mot , il veut que fes enfans foient 
préparés à recevoir ce monftre qui 
rôde autour d'eux & les menace ; pour 
prévenir fes attaques. Quel parti pren- 
dre ? Suivra-t-il le confeil de Boer- 
rhave , & de cette mère tendre &C 
éclairée , qui prépare elle-même ? Sui- 
vra-t-il l'avis des inoculatcurs? La nou- 
velle méthode des Circaffiens ? ( Nous 
le fuppofons toujours obftiné à ne 
point prendre des précautions y car il 



de la Petite Vérole, iry 
pourroit fe fervir avantageufement des 
parfums , des bains de genièvre , du 
vinaigre : furtout il éloigneroit fes en- 
fans de la contagion ). Pour le déter- 
miner alors au parti le plus fage , il 
n'y a qu'à faire le parallèle de Y inocula- 
tion &c de la contagion. 

Tout l'avantage que peut avoir l'i- 
noculation , confifte dans la prépara- 
tion. Dans les faifons favorables , ou 
les épidémies de petite vérole font 
douces ; c'eft la nature qui a déjà pré- 
paré les corps. La mère éclairée pré- 
pare fes enfans : Boerrhave la confeille. 
Donc il faut que ce père prépare fes 
enfans par un régime de quelques 
jours , &c à peu-près de la manière in- 
diquée. L'expérience a prouvé que 
les bains tiedes & les fomentations 
émolliantes à la peau étoient avan- 
tageufes avant de prendre la petite 
vérole. Il fera donc utile de faire 
prendre des bains tiedes à l'enfant, 
ou bien de baffiner , de fomenter , 
de ramollir fa pesu par toute forte 
de moyens , puilque cela fait par- 
tie de la préparation. Il fuivra à peu- 
près la méthode qu'on fuit lorfqu'on 



ji8 Histoire 

veut inoculer. L'enfant étant tout prêt 
à recevoir la petite vérole, il y a deux 
moyens , la contagion ou l 'inoculation. 
L'inoculation a 25 vices efîentiels ; 
voyons combien en a la contagion, qui 
lui eft comparée article par article. 

i°. Quant à la confcience, fi un 
père a des fcrupules , il les fauve en 
quelque forte en expofant à la conta- 
gion ; il ne fauroit les fauver par l'ino- 
culation. 

i°. L'une & l'autre ont également 
tort de donner la petite vérole qu'il 
n'eft pas néceffaire d'avoir. Premier 
vice commun à l'une & à l'autre. 

3 ". L'inoculation pour être exercée , 
a befoin de conferver un germe ; la 
contagion n'a pas cet inconvénient 
pour un état. 

4 . L'inoculation introduit la ma- 
tière variolique dans les veines , ce qui 
eu très-dangereux ; la contagion n'a 
point cet inconvénient. 

5 . L'inoculation donne une mala- 
die qui peut revenir jufqu'à fix fois, 
la contagion a le même inconvénient 
pour un fujet. Deuxième vice de la 
contagion. 



be la Petite Vérole. rr<) 

6°- L'inoculation force la nature à 
produire un effet contraire à fon in- 
tention. La contagion n'a pas le même- 
inconvénient. 

7°. L'inoculation produit fouvent 
une petite vérole imparfaite , bâtarde,, 
locale , par l'ouverture qu'elle fait. La. 
contagion peut la produire de même ; 
mais il y aura toujours moins d'inconvé- 
nient & moins de rifque delà récidive» 

8°. L'inoculation donne une maladie 
qu'on n'auroit peut-être jamais ; la 
contagion ne la donne pas fi facile- 
ment. C'eft toujours un vice. 

9°. L'inoculation eft quelquefois 
infru&ueufe , la contagion l'eft auffi; 
Finoculation laiffe alors une plaie , la 
contagion ne laiffe rien. 

io*. L'inoculation n'eft point un 
remède , ni la contagion. Quatrième 
vice de la contagion. 

i r°. L'inoculation rend la petite 
vérole plus fréquente, la contagion 
en fait de même. Cinquième vice de la 
contagion. 

ix y . L'inoculation donne quelque- 
fois une maladie très-grave à la place 
de la petite vérole ; la contagion n'a 
point cet inconvénient*. 



no Histoire 

13 . L'inoculation fait naître d'autres 
maladies avec elle qui lui font étrangè- 
res ; la contagion ne le fait pas. 

14 . L'inoculation laine fouvent 
après elle des dépôts , des abfcès à 
l'extérieur du corps , dans les articu- 
lations ; la contagion qui attaque un 
corps bien préparé ne le fera pas. 

1 5 Q . L'inoculation a eu fouvent des 
viftimes; il n'eft point encore prouvé 
qu'un corps bien préparé l'ait été. 

i6 Q . L'inoculation ne met point à 
l'abri du retour de la petite vérole , la 
contagion ne le fait point auffi. Sixiè- 
me vice de la contagion. 

17'. L'infertion avec du pus d'une 
petite vérole difcrete , a donné une 
petite vérole confluente . la contagion 
peut avoir le même inconvénient. 
Septième vice de la contagion. 

i8°. L'inoculation peut donner une 
petite vérole , quoique vous en ayez 
déjà reçu le levain , & en faire naître 
deux ; la contagion a le même in- 
convénient. Huitième vice. 

19 . L'inoculation altère quelque- 
fois la conftitution naturelle du fujet 
& le laiffe toujours languiffant ;il eft 

rare 



de la Petite Vérole. 121 
fare que la contagion produife cet 
effet. Ce n'eft pas moins un neuvième 
vice. 

20 . L'inoculation conferve la pe- 
tite vérole & la tranfmet à la pofté- 
rité ; la contagion ne la tranfmet pas. 

2i°. L'inoculation n'eft fondée que 
fur la fuperftition , la contagion de 
même. Dixième vice de la contagion. 

22 . L'inoculation n'ouvre qu'un 
couloir à la matière morbifique ; la 
contagion , fans la déterminer à cou- 
ler par un feul, les laiffe tous ouverts. 

23 °. L'inoculation eft un art impar- 
fait, ne donne qu'une maladie impar- 
faite, & laiffe le malade plus expoîe à 
la maladie que celui qui l'a gagnée par 
contagion. 

24 Q . La pratique de l'inoculation 
porte principalement fur un fyftême 
abfurde; quand on s'expofe à la mala- 
die , on n'eft pas mieux fondé. C'eft 
un vice dans le principe. 

15°. L'inoculation donne quelque- 
fois la petite vérole , quelquefois ne la 
donne pas : il en arrive de même par 
la contagion. I! y a des fujets qui la 
prennent , d'autres qui ne la pren- 

Tome II. h 



ïîî Histoire 

nent pas : tant mieux. Mais fi la àif- 
pofition eft dans les humeurs , il eft 
inutile d'inoculer; la contagion produi- 
ra la maladie ; & il n'en réfultera ja- 
mais tant d'inconvéniens que par l'ino- 
culation, qui force la nature. 

Ainfi de deux corps préparés précé- 
demment à recevoir la petite vérole , 
l'un par la contagion , l'autre par l'i- 
noculation : celui qu'on inocule a con- 
tre lui vingt-quatre circonilances mal- 
heureufes , tandis que l'autre qui la ga- 
gne par contagion n'en a que dix à 
craindre: & encore ces dix fe trou- 
vent elles toutes à un degré de danger 
moins éminent que les mêmes qui 
appartiennent à l'inoculation. D'où on 
peut conclure qu'il y a à parier vingt- 
quatre contre dix , qu'un enfant pré- 
paré & expofé enfuite à la contagion , 
éprouvera moins de fuites fâcheufes 
de la part de la petite vérole , que ce- 
lui qu'on inocule. Si le premier n'a que 
dix chances malheureuies à courir, & 
que l'autre en ait vintgt- quatre , il eft 
évident qu'il eft moins dangereux 
( lorfqu'on eft préjjaré ) de s'expo er 
à la contagion qu'à l'inoculation. Ainfi 



de la Petite Vérole. ïij 
lin père qui eft dans le cas de donner 
la petite vérole à fon enfant faira tou- 
jours mieux (après l'avoir préparé) de 
l'expofer à la contagion qu'à l'inocula- 
tion. De cette manière , on ne forcera 
pas la nature à produire un fruit pré- 
coce , prématuré , imparfait. On n'ex- 
pofera point le fujet à recevoir une au- 
tre maladie à la place de celle qu'on 
vouloit lui donner ; on n'aura même 
aucun regret , aucun reproche à fe faire 
après l'événement : on aura tout l'a- 
vantage de l'inoculation , fans avoir 
aucun de fes inconvéniens : & nou$ 
perfiftons à foutenir que l'inoculation 
eft plus pernicieufe même que la con- 
tagion : mais que la préparation du 
fujet fera toujours avantageufe dans 
l'une & dan§ l'autre. Il eft donc bon 
dans tous les cas de préparer un fujet. 
La préparation fera parfaite , û on y 
joint celle de la peau. Mais tout moyen 
qui me donnera une pefte que je ne 
dois point avoir fera toujours regardé 
comme un art étrange , meurtrier, fu- 
nefte & étranger à la médecine. Donc 
l'inoculation doit être profcrite. Donc 
la contagion doit être profcrite aiuTi. 

Lij 



i-24 Histoire 

Si notre négligence funefte eft cauftf 
que la petite vérole habite fi longtems 
parmi nous, &C que cette maladie nous 
menace tous les jours , au point qu'elle 
paroît inévitable : alors il faut la pré- 
venir , difpoiér notre corps à la rece- 
voir, non d'une manière (anglante, 
mais par une conduite raifonnée , fage 
èc prudente, .capable d'adoucir la fé- 
rocité de ce protée égyptien ; imiter 
celle de la mère éclairée , ou celle des 
Circaffiens , fuivre le précepte de 
Boerrhave , écouter Rhafès ; & de la 
réunion de tout ce que ces méthodes 
peuvent avoir de bon , en faire un 
tout falutaire , un art, un préfervatif 
capable de prémunir un corps contre 
la violence de les attaques. 

De toutes les manier^ de commu- 
niquer la petite vérole , la plus mal con- 
çue & la plus dangereufe , eft celle qui 
n'eft pas précédée de la préparation du 
fujet. Ainfi. toutes les fois qu'on perdra 
de vue cet objet ; on ne réuffira jamais 
à donner une petite vérole fans dan* 
gef. 

Le fujet étant préparé , la plus per- 
nicieufe eft celle qui fait l'incilion la 



de la Pettte Vérole, iij 
plus grande & la plus profonde. La 
moins dansiereufe fera celle de donner 
la petite vérole fans faire de plaie , qui 
fera précédée de la préparation de 
l'intérieur du corps & de la peau. Ainfi 
!a nouvelle méthode des Circafîiens où 
l'on s'occupe principalement de la 
peau , dont on ramollit le tiilu par des 
fomentations & par l'application des 
herbes émolliantes , eft une des moins 
vicieufes -, elle approche de la perfec- 
tion, fi le corps efi bien préparé. 

Celle des prêtres Indiens eft la mieux 
raifonnée &. la mieux fondée. Ils pré- 
parent les corps avec des nourritures 
végétales , un mois d'avance. On leur 
défend les poiffons , le lait , le beurre , 
toutes les fubftances animales , ce qui 
eft très-bien entendu : on prévient par- 
là une partie de la malignité de la ma- 
ladie , la pourriture , les vers &c. Il 
faut fuppofer , pour completter l'a- 
vantage du régime, que les melons des 
Indes qu'ils preferivent , font fains , &C 
ne font pas pernicieux comme ceux 
d'Europe. Us font des incifions fuper- 
ficielles , ce qui eft moins dangereux 
que les profondes. Avant que le levain 

L iij 



n6 Histoire 

fe développe ; ils font des ablutions fur 
le corps du malade , le lavent , lui don- 
nent des douches à l'eau froide , ce qui 
eft affet bien fondé dans un climat 
chaud ; cela emporre la crafle natu- 
relle de la peau , la tient propre , &C 
ouvre fes pores : mais ils fufpendent 
les douches lorfque la fièvre paroît ; ce 
qui eft très-bien entendu : s'ils les 
continuoient , elles iaifiroient le ma- 
lade tout-à-coup , & feroient un obfta- 
cle à l'éruption de' la petite vérole j 
on ne les reprend qu'après la chute 
des croûtes; ce qui eft encore avanta- 
geux , foit pour fortifier le tiffu de la 
peau qui a été fatigué , délabré par la 
préfence d'ane matière rongeante, en- 
venimée, foit pour entretenir une pro- 
preté falutaire , foit pour empêcher 
la communication de la maladie > dont 
le virus peut tenir quelque tems à la 
peau. Il y a deux choies remarquables 
dans cette pratique ; les ablutions don- 
nées très-à-propros , &C la nourriture 
végétale , qui eft la feule qui convienne 
dans cette maladie. Leur méthode eft 
iufceptible d'être perfectionnée; & fi 
on la marioit avec celle des Circafllens, 



de la Petite Vérole. 117 

elle auroit peut-être tous les avantages 
cui'on defire. Holwel,qui a été plu- 
sieurs fois témoin de la méthode des 
Prêtres Indiens , allure que fur un 
grand nombre de perfonnes ; il eft ar- 
rivé rarement que le nombre des bou- 
tons ait été audeflbus de cinquante 84 
excédé celui de deux cent. 

La méthode d'Europe la plus accré- 
ditée , eft celle qui eft la plus mal enten- 
due ; elle fait une grande incifion, ne 
s'occupe jamais de la^eau qu'il eft eflen- 
tiel de préparer , &c prépare le malade 
avec des nourritures animales. Le con- 
feil de Boerrhave eft préférable à cette 
méthode : la conduite de la mère éclai- 
rée eft de la même force. Le régime que 
confeille Rhafès eft excellent. 

Ainli pour obtenir de tout ce que nous 
venons d'expofer, une conduite pruden- 
te, éclairée , dans le cas où l'on s'obftine 
à vouloir donner cette maladie , ou 
que la petite vérole paroît inévitable. 
Le meilleur parti qu'il y ait à prendre , 
c'eft de préparer le fujet pendant vingt 
ou trente jours , avec des farineux , 
tels que l'orge , le riz , les lentilles, les 
légumes , les herbes potagères ; lui choi- 

L iv 



'îaS Histoire 
fir des fruits aigrelets , un peu acides J 
rafraîchifTants ; & lui défendre les 
viandes , les bouillons , le laitage , le 
beurre , les ragoûts , le fucre , les ali- 
ments doux, lucres &c. le faigner ; le 
purger avec des minoratifs , lui faire 
prendre quelques ptifanes légères , 
préparer fa peau d'abord par des bains, 
des douches , des fomentations tiedesj 
& enfuite l'expofer à la contagion. Du 
moins l'art de donner une maladie 
doit-il être perfectionné ? Tant que les 
hommes feront dans l'aveuglement fu- 
nefte de vouloir fe donner des maux ; 
du moins eft-il néceiTaire de les rendre 
auffi peu dangereux qu'il fera poffiblet 



de la Petite Vérole. 119 

A ,B U S 

DES 

NOURRITURES ANIMALES. 



JL A méthode des Prêtres Indiens eft 
de préparer le fujet pendant environ 
un mois avec des nourritures végéta- 
les , comme nous avons dit , telles que 
la canne à fucre , le plantain , le riz , les 
melons ; ils détendent toutes les iub- 
flances animales. Rhafès nourriffoit de 
même fes compatriotes avec des nour- 
ritures mieux choifies , mais du même 
genre. Les acides dans tous les mets , 
les farineux , furtout les lentilles , 
l'orçe , les fruits acerbes , le petit lait , 
faifoient la bafe de fon régime. Les In- 
diens orientaux dans la plupart de leurs 
maladies , ont toujours recours aux vé- 
gétaux : le hazard leur prouva que leur 
nfage étoit falutaire dans le traitement 



j>3<j Histoire 
de la petite vérole. Les bonnes prépa- 
rations en Europe font celles qui or- 
donnent d'écarter du régime de l'en- 
fant, la viande &C toutes les fubftan- 
ces animales , à l'exception du petit 
lait, qui rentre par fa nature dans la 
claffe des végétaux ; car dans la diftil- 
lation , il ne donne pas le moindre vef- 
tige d'allcali volatil, qui eft la marque 
& le produit ordinaire des matières 
animales ; au lieu que le fromage en 
fournit abondamment. Il eft vrai qu'il 
y a des plantes qui donnent de l'alkali 
volatil , toute la famille des crucifères 
eft dans ce cas ; auffi remarque-t-on 
que ces plantes font plus fujettes à la 
corruption que toutes les- autres : on 
les appelle plantes animales , à caufe 
de cette propriété. Le fromage & les 
plantes animales éîoient des correctifs 
que la nature avoit indiqués à l'hom- 
me pour corriger l'acidité des nourri- 
tures végétales , les feules qui convien- 
nent à l'homme dans l'état de nature. 
Quelques éloignés que nous foyons de 
cet état primitif; l'homme dépravé , le 
plus fait aux viandes , eft forcé de con- 
venir qu'il n'y a rien de ii délicieux que 



de la Petite Vérole. f$t 
les fruits , les mets qu'on prépare avec 
les grains , tel que le pain &c. L'homme 
dans fa nature n'eft point une bête fé- 
roce , une animal Carnivore , ni omni- 
vore ; fi la nature l'eut deftiné à fe 
nourrir de viandes , elle lui auroit 
donné des dens pointues pour déchi- 
rer , comme au chat , au tigre , au 
loup ôtc. un goût naturel & invincible 
pour les viandes , pour le fang : mais 
elle lui a refufé tous ces moyens ; elle 
ne la point deftiné à déchirer, à être 
Carnivore , elle lui a donné , au con- 
traire des dents incifives pour couper, 
des dents molaires, plates, pour 
broyer , moudre ; un goût naturel 
pour tous les fruits , pour les favourer 
avec délices. Elle a accordé les mêmes 
moyens à tous les animaux qui ne 
doivent fe nourrir que de plantes, de 
grains, de fruits , déracines. C'eftainfi 
que font faites les dents du finge qui 
naturellement ne fe nourrit que de 
fruits : les dents du caftor, qui ne vit 
que de racines : les dents du mouton 
& du cheval qui ne fe nourriffent que 
d'herbes ou de grains ; & qui fe laiffe- 
roient mourir de faim devant les vian- 



îj2 Histoire 

des les plus délicieufes ; comme le chaf. 
fur un tas de bled. Ce que nous difons 
ici n'eft point une chofe neuve, puifque 
cela a été dit pluûeurs fois avant nous -, 
puifque ce goût dans l'homme exifte 
depuis fa création ; puifqu'on a trouvé 
des peuples innombrables qui parve- 
noient à la plus longue vieilleffe , fans 
avoir jamais goûté aucune forte de 
viande. Mais les coutumes les plus vi- 
cieufes , les plus contraires à la confer- 
vation des hommes fe fortifient par 
l'habitude : le corps de l'homme qui a 
la faculté de fe faire à tout, même aux 
poifons , fe fait enfin à l'tifage des 
viandes , même crues , malgré la répu- 
gnance qu'il éprouve d'abord ; malgré 
les maladies putrides & malignes, qui 
ne doivent leur origine qu'à des fub- 
ftances animales ; malgré l'horreur que 
l'homme éprouve pour la viande , pour 
les bouillons lorfqu'il eft malade ; mal- 
gré la corruption qui fe fait dans fon 
corps à la fuite de ces fortes d'alimens; 
malgré les vers qui s'y engendrent : 
enfin malgré le fcorbut , la diffolution 
putride de fes humeurs; il s'accoutume 
à l'ufage des viandes ; il y eft nourri , 



de la Petite Vérole, 133 

élevé ; il ne fait être que Carnivore : 
& fi la néceffité ne l'a voit forcé à avoir 
recours a un corre&if de cette pour- 
riture , fon corps n'auroit été qu'un 
cloaque. Ce correctif , c'eft le vin & 
toutes les liqueurs fermentées , dont 
l'ufage me paroît indiipenfable dans 
notre manière de vivre , & de nous 
nourrir. On remarque que tou6 ceux 
qui ne boivent que l'eau pure, & qui, 
en même tems , mangent beaucoup de 
viandes , font plus fujets que d'autres 
aux maladies putrides , aux diarrhées 
&c. ainfi avec la viande il faut du vin 
pour retarder la corruption ; avec les 
fruits il faut de l'eau pour la favorifer : 
Car il eft néceffaire qu'il s'en faffe une 
à la fuite de la digeftion , qui n'eft au- 
tre chofe que la diffolution des alimens : 
l'odeur des excrémens le prouve. Mais 
fi cette diffolution eft putride, s'il n'y 
a que la viande mêlée avec l'eau dans 
l'eftomac , il en réfulte alors une cor- 
ruption pernicieufe ; les rapports nido- 
reux ; les mauvaifes bouches , les diar- 
rhées qui furviennent alors ; tout in- 
dique une corruption prématurée &C 
vkieufe. Ainfi , û l'ufage des viandes , 



tj4 Histoire 

qui trempées dans l'eau , tendent tou* 
jours à la corruption , à Falkalicité , 
n'étoit corrigé par des liqueurs qui re- 
tardent cette corruption , telles que le 
vin , labierre&c. l'homme ne fauroit 
vivre longtems , &C l'on corps , quoi- 
que vivant , ne feroit qu'un amas de 
pourriture. De - là , la néceffité du 
mélange des végétaux aux animaux , 
pour fupporter du moins la dure condi- 
tion de vivre de cette manière. De-là , 
la néceffité de corriger dans les mala- 
dies, furtout dans les putrides, les 
bouillons , qui font les fucs de ces vian- 
des , par des acides , fans quoi , tout 
feroit bientôt au plus haut point de 
corruption. Mais ne devroit-on pas 
bannir , au moins du traitement de la 
petite vérole , où cette corruption eft 
îi à craindre, les bouillons ? Hippocrate 
n'ordonna jamais dans les maladies in- 
flammatoires , le jus des animaux , 
pour nourrir le malade. Rhafès les dé- 
fend ; Sydenham les condamne dans 
prefque toutes les maladies : le malade 
Jes abhorre ; la nature , qui a des droits fi 
puiffans dans la direction des maladies , 
demande toujours d'être rafraîchie par 



de la. Petite Vérole, itf 
des fucs acides , aigrelets , rafraïchif- 
fans ; elle reclame fans cefie fa condi- 
tion primitive , elle lemble toujours 
nous crier ; laijfeç-moi rentrer dans mon 
premier état. Des végétaux ! ceji le Jéul 
régime qui me convient , les viandes me 
font horreur. Ceft bien mal connoître 
l'homme , que de croire qu'il ne peut 
vivre qu'avec le fang ou le jus des au- 
tres animaux. C'eft le moyen de le ren- 
dre dur & féroce. Auffi remarque-t-on 
que tous les peuples qui mangent beau- 
coup de viandes , lurtout des viandes 
faignantes , font les peuples les plus 
durs & les plus difficiles à afTervir. 
Le fang efl l'aliment de la férocité. Tous 
les peuples qu'on a trouvés qui ne fe 
nourriffoit que de végétaux , étoient 
ceux dont les mœurs étoient les plus 
douces , ceux dont la vie étoit la plus 
longue. 

Les Bréfrliens, les Chingulois étoient 
dans ce cas. Ceux au contraire qui ne 
vivoient que de la chaffe , de la chair 
des animaux , comme certains Sauva- 
ges , les Antropophages , les Canni- 
bales &c. étoient ceux qui avoient le 
plus de férocité : & comme il elt in- 



13e Histoire 

conteftable que la nature des alimens 
influe fur les humeurs, l'organifation , le 
caractère , plus que les climats ; fuivant 
la remarque générale fur les différens 
peuples de la terre : plus ils fe nourri- 
ront, de viandes, moins leurs mœurs 
feront douces. Il n'y a alors que le 
frein que met une puifïance quelcon- 
que , le refpecl: humain , ou la for- 
ce de l'éducation , qui puiflent faire 
paroître à nos yeux les hommes tels 
qu'ils ne font pas. Si l'on compare en 
général celles de l'Europe à celles de 
FAfie ( en fuppofant que l'homme ne 
foit pas obligé de fe contrefaire ) on 
trouvera celles de l'Afie en général, 
bien plus douces que celles d'Europe , 
parce qu'ils fe nourrifîent de végétaux 
plus que d'animaux. 

Dans l'Amérique, les Sauvages de la 
partie feptentrionale , dont la plupart. 
ne vivent Que de la chafTe , font beau- 
coup plus féroces que ceux de la partie 
moyenne &£ de la méridionale , qui 
ne le noumffent prefque que de fruits. 
Dans l'Europe même , on trouvera 
des différences frappantes dans les ca- 
ractères nationnaux. Les Anglois qui 

mangent 



de la Petite Vérole. 137 

mangent beaucoup de viandes faignan- 
tes, font plus durs que les François pour 
cette raifon. Les habitans de la campa- 
gne , auront le caraûère , en général , 
plus doux, quoique ruftique , que ceux 
qui habitent les villes : ils ié bifferont 
plutôt affervir. Je ne prétends pas dire 
que cela forme le caractère St le rende 
plus ou moins bon ; mais la manière de 
vivre contribue beaucoup à lui donner 
des variétés. La même nourriture pour 
tout un peuple , lui donnera une teinte, 
une trempe égale , uniforme. C'eftainfï 
que tous les peuples qui vivent de lai- 
tage , furtout de lait de vache , de 
bierre ; font plus lourds , plus maté- 
riels , plus pefans , que ceux qui boi- 
vent du vin ; qui le nourrirent de lait 
de chèvre : ceux-ci font plus vifs , plus 
animés. Pour s'en convaincre , il n'y 
a qu'à comparer les Allemands , les 
Suiffes , aux François des Provinces 
méridionales.: Non-feulement certains 
lues épaiffiffent les humeurs , mais fem- 
blent encore épaiflir l'âme , en rendant 
les organes matériels. Rien donc de 
plus efîentiel que les obfervations fur 
la nature des alimens, Dans les végé- 
Tome H. M 



138 Histoire 

taux , furtout dans tous les corps 
doux, il y a un mucilage, un mucus, 
le corps doux ou fucré, qui eft celui 
qui convient à l'homme , & qui le nour- 
rit très-bien. Dans les animaux, il eft 
vrai, il y a une fubftance gélatineufe , 
une gelée capable de nourrir égale- 
ment ; mais qui , originairement , a 
été extraite des végétaux : dans ceux- 
ci c'eft un mucilage pur , léger , qui 
participe de la nature du végétal, qui 
le fournit , comme le miel tient de la 
nature des fleurs ; la nature le charge 
de le travailler, de l'élaborer, de l'ani- 
malifer ; c'eft là fa fonction la plus dou- 
ce , la plus aifée &c la plus agréable ; le 
corps de l'homme fe perfectionne par 
ces fucs; les humeurs participent de 
leur nature ; comme le miel de celle 
des fleurs. On favoure avec délices les. 
fruits que la terre nous offre fans ap- 
prêt. Pour fupporter les meilleures 
viandes ; on a befoin de les apprêter ; 
îl faut des corps étrangers pour eu re- 
lever le goût ; il faut la cuire pour la 
digérer - f il faut des épices pour ôter 
fa fadeur ; il faut faire pour ainfi dire , 
11a apprentiflage pour apprendre à 



de la "Petite Vérole. 139 

manger. Eh ! qu'eft-ce qu'on mange 
alors ? Un corps à demi pourri ; il faut 
que le gibier (ente la venaifon , pour 
paroîtrebon : le jus de ces viandes prêt 
à fe corrompre , a perdu fa confiitance : 
la gelée , ou le mucus que la nature de- 
voit former eftdéja tout fait, prefque 
dirions ; il tend à l'alkalicité , à la cor- 
ruption : la nature n'a plus rien à faire : 
le corps qu'elle devoit compofer efl 
déjà fait, défait , dirions : la gelée de- 
vient liquide , elle a perdu tous fes liens 
d'union , elle n'a plus de confiftance. 
Que doit-il arriver de leur ufage ? Où ils 
le corrompent bientôt dans les pre- 
mières voies & ne donnent qu'un chyle 
fluide , alkalefcent , qui porte la diffo- 
lution & la pourriture d;ms le fang; 
les fièvres putrides , malignes , les diar- 
rhées , le feorbut, la difloliition géné- 
rale des humeurs. Si cesilibitances ani- 
males ont été expolées à l'air , les infec- 
tes y dépofent leurs œufs ; de-là , les 
vers qui s'engendrent dans le corps hu- 
main. Si elles font dures , coriaces , 
elles donnent des indigefiions lon- 
gues, cruelles, qui produilent des fiè- 
vres de même nature. Leur fonte eft 

Mi> 



140 Histoire 

très- difficile , ces corps ne peuvent fe 
diffoudre ; ils fe collent , ils fe canton- 
nent dans les boyaux , entre les val- 
vules, bouchent le canal inteftinal , 
donnent des maladies longues , diffici- 
les à détruire. La nature n'a pas des 
fucs affez puiffans pour les fondre; de- 
là les coûtions difficiles, les crifes cruel- 
les. Jamais l'ufage des viandes crues ou 
cuites n'a convenu à l'eftomac de 
l'homme. Les fruits , les grains , les ra- 
cines, les légumes, les corps doux & 
fucrés , les farineux : voilà ce qui con- 
vient à l'état naturel de l'homme. Si ces 
corps donnent des aigreurs , fournif- 
fent trop d'acides , la nature lui avoit 
indiqué le lait des animaux, doux, pa- 
cifiques, qui font autour de lui , & qui 
venoient paître dans fes domaines : alors 
le fromage, le beurre, éioient les corre- 
ctifs de cette furabondance d'acides. Les 
plantes piquantes , la roquete, la mou- 
tarde, toutes les crucifères plantes com- 
munes qui naiffoient partout fous fa 
main , pour affaifonner fes mets , 
étoient propres à corriger l'excès d'aci- 
dité qui auroit réfulté de l'ufage des au* 
très végétaux. Il n'étoit point fait pour 



de ia Petite Vérole. 141 
les viandes. Si c'eût été l'intention de 
la nature , elle lui auroit donné des 
armes offenfives , des dents cruelles 
pour déchirer ; elle lui a donné des 
dents plates pour broyer , pour mou- 
dre , pour mâcher ; des dents incifives 
pour couper. Le Loup , le Chat , le 
Tigre , le Lion , étoient faits pour 
déchirer , dévorer , mettre en pièces , 
parce qu'ils ont les dents pointues , le 
naturel féroce : voilà les carnaciers. 
Le Mouton le Cheval , le Bœuf, 
courbés vers la terre dévoient couper , 
brouter l'herbe , parce que la forme 
de leurs dents n'eft point faite pour 
déchirer : parce qu'ils n'ont pas le 
naturel fanguinaire : voilà les herbi- 
vores. 

L'homme , le Roi des animaux , 
élevé fur deux pieds , étoit deftiné à 
cueillir les fruits que les arbres lui of- 
froient , qui étoient placés fous fa 
main , & que la nature refufoit aux 
quadrupèdes. L'homme eft donc par 
fa nature , frugivore ; il n'eft devenu 
Carnivore & la proie de mille maux , 
que parce qu'il eft forti de fon état 
primitif &: naturel. 



t4* Histoire 

Si l'homme , par toute forte de 
raifons , n'eft point deftiné à fe nour- 
rir de viande , ni de leurs Tues ? S'il les 
a naturellement en horreur ? Si cette 
horreur augmente dans les maladies ? Si 
la corruption des humeurs en eft la 
fuite ? Dans la petite vérole où les hu- 
meurs tendent a cet état ; ces fucs doi- 
vent donc être proferits. Donc il faut 
éloigner les bouillons , non feulement 
du traitement de cette maladie , mais 
de la préparation du fujet qu'on difpo- 
fe à recevoir la petite vérole. Ainfi 
les nourritures végétales , les lentilles , 
le riz, l'orge, les farineux, les légu- 
mes , le petit bit acide , les fruits ai- 
grelets & acerbes , & toutes les nour- 
ritures analogues , doivent former la 
bafe du régime de celui qu'on prépare. 
On ramollira le thTu de la peau , par 
toute forte de moyens , à la manière 
des Circaffiens , de Boerrhave , par 
les bains tiedes , les bains de vapeurs ; 
on le purgera avec la Rhubarbe , le fy- 
rop de chicorée , l'eau de pruneau , 
le petit lait , &c. & on l'expofera 
( fi l'on croit que cet enfant eit con- 
damné à avoir la petite vérole ) , non 



de la Petite Vérole. 14% 
aux dangers de l'inoculation , mais à 
ceux de la. contagion qui font moins 
grands. 

Je frémis du conieil que je donne. 
Ah ! retournons plutôt à nos premiers 
moyens. Et s'il eft vrai que nous ne fouî- 
mes plus dans des fiecles barbares ? Si 
nous fommes , comme on dit , dans des 
fiecles éclairés? Si tous les preftiges de 
l'inoculation fe font évanouis ? Si le 
charme cefie ? Si le voile qui nous ca- 
choit un monftre , tombe ? Si nous fa- 
vons d'où il eft forti : comment il eft ve- 
nu : comment il s'infinue ? Si la vérité 
paroît enfin dans tout fon jour ? Il faut 
le reléguer dans fa patrie, le chafler, l'é- 
loigner , le combattre fans cefle & îe 
pourfuivre , jufqu'à ce qu'il foit étouffé, 
anéanti : enfin jufqu'à ce qu'il ait entiè- 
rement difparu. 

Si la petite vérole difparoît quelque- 
fois d'elle-même , & abandonne les 
villes : de quel fuccès ne doit-on pas 
fe flatter , fi nous nous occupons fé- 
rieufement de fa deftruâion ? S'il eft 
prouvé que cette maladie eft nouvelle 
& contagieufe : pourquoi ne pas en- 
treprendre d'arrêter la contagion r 



"144 Hist de la Pet. Vérole." 
Si le linge efl: le véhicule le plus ordi- 
naire de cette maladie ? Ou l'on vou- 
dra vivre dans un aveuglement éter- 
nel ; & garder toujours la petite vé- 
role : ou bien l'on prendra quelques 
précautions pour s'en défendre. Jam 
fatis terris , &c. 



Fin de tHifloire de la petite Vèrotel 









TRAITÉ 




ABRÉGÉ 

DE LA VIE 

DE RHASÈS. 



\*M'' 



ÎIBuBEKER Mohammed , fils 
Isî^P de Zacharie , naquit en 
t==ai PeiTe environ l'an 14? de 
FHegire , c'eft-à dire l'an 860 de 
l'Ere Chrétienne. On lui donna 
d'abord le nom de Zacharias Al- 
Ra~i , comme pour" dire , Zacha- 
rie le Rajien ou Rayjien ; parce- 
qu'il étoit natif de Ray ou Rey, 
qui étoit de Ton tems la ville la 
plus considérable qu'il y eut en 
Perfe : on a dit enfuite par cor- 
ruption Ara^i , Rhaji , Rhajîs , 
& enfin Rhasès. Il fut encore 
fuf nommé Al-man%or , qui lignifie 
Tom.IL A 



2 AbPvEgé de la Vie 

en Arabe, Grand , Sublime ; fur* 
nom qu'on ne donnoit qu'aux Rois, 
aux Calyphes j & qui tut longtems 
confacré aux Rois de Cordoue. 

La Ville de Ray étoit dans le 
neuvième fiecle le fiege d'une Aca- 
démie très- célèbre , où l'on enfei- 
gnoit la Philofophie , la Médeci- 
ne & les beaux Arts. Rhasès dans 
fa jeunefle fe livra d'abord aux 
charmes de la mufique , dont le 
goût a été de tout tems répandu 
ohez les Perfes , & qu'on culti- 
voit alors avec beaucoup de fuccès. 
Mais dans la fuite , il s'adonna en- 
tièrement à kPhilofophie & à la 
Médecine > deux connoiflànces qui 
font fœurs , & que les anciens 
Médecins cultivoient toujours en 
même tems. Il fe livra avec tant 
d'ardeur à l'une 6c à l'autre , qu'il 
y fît bientôt des progrès rapides. 
Il eut pour maître Tabrï , Méde- 
cin & Philofophe, qui vivoit dans 



deRhasès. 3 

la même Ville l'an S 80 de l'Ere 
Chrétienne. Sesfuccès étonnèrent 
fon Martre & tous fes Compatrio- 
tes , & à l'âge de quarante ans il 
jouiflbit d'une réputation qu'ileffc 
rare d'avoir à 60. Il parToit déjà 
pour le plus habile Médecin de fon 
ficelé. On lui donna la direction 
de l'Hôpital de B a gdad 5 enfuite 
de celui de Jondïjabur ; & il fut 

fondant long; tems à la tête de ce- 
ui de Ray. Quelques Auteurs di- 
fent qu'il vécut 1 10 ans, dont il 
en employa 80 à la pratique de la 
Médecine. On dit qu'il lui vint 
des perles dans les yeux pour avoir 
mangé trop de fèves. Les Auteurs 
ont fans doute voulu parler de la 
cataracte dont il lut attaqué fur la 
fin de fes jours , 6c qui lui fît en- 
tièrement perdre la vue. Il ne vou- 
lut jamais permettre àunOculifte 
qui fe préfenta pour le guérir , de 
de le toucher avec un infiniment, 

Aij 



4 Abrégé de la Vie 

parce qu'il n'a voit pas fu lui dire 
combien l'œil avoit de tuniques j 
ajoutant qu'il n'avoit pas grande 
envie de recouvrer la vue>?ju'il 
avoit afîez vu le monde pour s'en 
dégoûter & pour le hair. Nediroit- 
on pas que le fort des plus grands 
hommes efl de mourir aueugles ? 
Les fentimens des Ecrivains font 
partagés fur le tems de fa mort. 
Ofaiba , Auteur des vies des Mé- 
decins Arabes , cite deux Ecrivains 
dont l'un place fa mort environ l'an 
300 de l'Hégire, c'efl-à-dire 9 1 1 
de l'Ere Chrétienne ; & l'autre plus 
tard. Abulfeda le fait mourir en 
3 1 1 de l'Hégire. Abulpharage en 
310 , c'eft-à-dire en 93 1 de l'Ere^ 
Chrétienne. Il y a apparence qu'il 
mourut plus tard , puifqu'il étoit 
Médecin de Moktader Billah , 
lorfque ce Calyphe fut tué l'an 3 1 3 
de l'Hégire. Quoiqu'il en foit, il 
mourut dans un âge très-avancé , 
&dans la Religion de Mahomet. 



DeRhasès. 5 

Rhasès compofa un grand nom- 
bre d'ouvrages fur la Philofophie , 
la Médecine & l'Hiftoire. On a 
de lui une Hiftoire d Éfpagne j 
qu'il compofa pour faire plaifir à 
l'Emir Balharabi. Il commenta le 
Traité d' Ariflote fur l'interpréta- 
tion , Qu'Etienne avoit traduit eri 
Arabe. Il avoit écrit douze Traités 
fur l'Alchymie 5 il s'adonnoit à 
l'Aftrologie judiciaire fans y ajou- 
ter foi. D'Herbelot le croit Au- 1 
teur d'un Ouvrage qui a pour ti- 
tre Hakkam alalamiah , qui fe 
trouve à la Bibliothèque du Roi 
( N°. 8po ). Il dédia un de fes 
Ouvrages à un Alman^or , Roi de 
Çordoue. Nous avons de lui la 
plus grande partie de fes Œuvres 
de Médecine , traduites en Latin 
par Gérard de Crémone , fous le 
titre de Continens. 

Depuis les conquêtes des Sarra- 
zins en Afie , la langue Arabe se- 

Aiij 



6 Abrégé de la Vie 

toit introduite dans plufieurs de 
fes parties , & fur- tout dans la 
Pcrfe : c'étoit la langue des favans j 
c'étoit celle de Rhasès , quoique 
la Perfanne fut fa maternelle, & 
qu'il ait laine quelques Ouvrages 
en cette langue. Dans le neuvième 
fiecle la petite vérole étoit déjà 
fort répandue en Afie : mais on n'a- 
voit pas encore eu le tems de l'ob- 
ferver afTez pour faire un Traité 
complet. Rhasès en fentitlané- 
eeffité , & compofa le {len. 

Cet Ouvrage écrit d'abord en 
Arabe, fut dans la fuite traduit 
en Syriaque ( ce qui a fait dire à 
quelques Auteurs modernes que 
Rhasès avoit écrit en Syriaque). 
En 1548 , Robert Etienne, de 
Paris , le traduifit en Grec , & le 
publia avec les Ouvrages & Ale- 
xandre de Trailes , écrit dans la 
même langue. C'eft fur-tout dans 
cette Traduction que ce Traité de 



DE R H A S È S, 7 

Rhasès perdit tout (on mérite , 
fuivant la remarque de Aie ad , & 
le Traducteur, en badinant , retran- 
cha de fon chef , ou ajouta ce 
qu'il voulut. George Vallé, Mé- 
decin de Plaifance , l'avoit déjà 
traduit en Latin en 145)8. Guîn- 
terus 8c Nicolas Machelli en don- 
nèrent encore de nouvelles tradu- 
ctions ; mais toutes furent infidel- 
les , & faites , les unes fur la Ver- 
fion Syriaque, les autres fur celle 
de Robert Etienne. 

En 1745 > ^ e Docteur Mead 
écrivit au célèbre Boetrhaàve , 
pour lui demander n dans la Bi- 
bliothèque' de Lcyde , riche en 
Manufcrits Arabes , il n'y auroit 
pas dans ce:re langue quelque 
Traité particulier de Rhasès , fur 
cette matière , qu'on put tradui- 
re, 'ioerrhaavc lui envoya ce qu'il 
demandoit. Mais comme le raa- 
nufcrit étoit rempli de foutes , Se 

A iv 



8 Abrégé de la Vie 

qu'il y manquoit bien des mots , 
Mead fe fit aider dans cette Tra- 
duction , par Solomon Negri un 
Syrien natif de Damas , qui con- 
noifîbit les Langues Orientales j 
par /. Gagnïerus , & par Thomas 
Hunt ProrefTeur des langues Arabe 
& Hébraïque dans l'Univerfité 
d'Oxfort. C'eft avec ces fecours 
& ceux de fes lumières qui fup- 
pléerent aux vices dumanufcrit, 
que Mead parvint à publier en 
1 747 , un Traité de la petite Vé- 
role de Rhasès , en latin , à la fuite 
du Tien. Jufqu'alors , c'étoit la tra- 
duction la moins infidelle , 8C 
Mead avoue qu'il en auroit don- 
né une meilleure , s'il eut été 
mieux fervi. Les regrets de Mead 
ne firent qu'augmenter ceux des 
Médecins. On fit de nouveaux 
efforts pour déterrer un manuf- 
crit plus correct, j & enfin un favant 
de Londres , Jean Channing,(o\3S 



DE RHASÈS. «) 

les aufpices de Charles Yorke qui 
lui en a procuré un de la même Bi- 
bliothèque, a publié à Londres en 
1766, une fuberbe Edition de ce 
Traité fi defiré , en Arabe & en 
Latin. On a fuivi une copie fidelle 
d'un manufcrit , faite fous les 
yeux de H. Schultens , Profefieur 
célèbre de l'Univerfité de Leyde. 
C'en: Rhasès pur & vengé des in- 
jures du tems , & du tort que lui 
avoient fait les Traducteurs. 

Quoi qu'informe jufqu'alors , 
Rhasès avoit toujours mérité les 
éloges des plus grands Médecins. 
Son Traité , quoique dénaturé, 
avoit fervi de modèle à Sydenham. 
Perfonne n'ignore le cas que les 
Médecins , fur-tout les Anglois, 
ont fait de cet Auteur. Freindrc- 
gardoit fes Ecrits fur la petite vé- 
role , comme la fource où l'on a 
toujours puifé , £c à laquelle on a 



"ïo Abrégé de la Vie 

trèî-peu ajouté. C'en; ainfi qu'il 
parle de cet Auteur : Rhasès 
Jcripior fane intelligens , tam in 
hoc de pejlilentiâ q:iam in ipfo 
continente , totum hune de varioils 
.illujlravit locum : ita quidem cu- 
mulate pleneque ut perpauca velad 
figna Jlabilienda , vel ad elicien- 
daprcefagia, vel etiam ad cura- 
tionem , in primo faltem [iadio re- 
ciè traciandam , deejfe videantur. 
Ex hoc fonte mihi videntur ont" 
nia , qu& ad variolas pertinent 
haujijfe , qui deinde fecuti funt 
Arabum Magijlri {a). C'eft fur- 
tout le_ premier état de cette ma- 
ladie, qu'il a fu traiter. Et on a 
lieu. d'être furpris qu'ayant porté 
l'art à la perfection , on n'ait fait 
qu'une légère attention à fa mé- 

(a) Freind Opéra , pag. 333. & Ep. 
de purgantib. pag. 1 0. 



deRhasès. II 

thode : tandis que des Médecins 
très- célèbres , conduits par le mê- 
me principe, ou bien faifant un 
coup d'Eflài , ont marché à peine 
fur fes traces , & pafloient néan- 
moins pour des Légiflateurs en 
Médecine. Je ne parle point ici de 
Sydenham > je parle de ceux qui 
ont fait des efTais approchants de 
fa méthode , pour favorifer l'éru- 
ption de la petite vérole , &: qui 
ont toujours réufTî. EfTais qui ont 
pafle pour des coups de maîtres , 
pour une pratique hardie 8v extra- 
ordinaire) mais qui n'étoit qu'une 
imitation groffiere de celle de 
Rhasès. 

Le témoignage marqué du ref- 
pecl que Rhasès porte à la Divi- 
nité , qu'il prend louvent à témoin 
de la réuffite de fes remèdes , en: 
un langage qui , quoiqu'étrange 
dans un Livre de Médecine , n'en 
eft pas moins facré 6c refpectable. 



i2 Abrégé de la ViedeRhasès. 

Ceft un garant de fa franchife , 
&. fert à donner un nouveau de- 
gré de force à la vérité de tout 
ce qu'il avance. 



W 1 ^ 









%sr _ 

** ^m*r 4. a. j» a a- *Jb*v *■ 



i 




TRAITÉ 
DE RHASES 

SUR LA PETITE VÉROLE 
ET LA ROUGEOLE. 

CeJljBU-JSEXER MOHAMMED , fils 
de ZACHAKIE , qui dit : 

TANT une nuit (<z) chez une 
perfonne illuftre par Ion mé- 
rite , fa probité & fon fa- 
voir , qui fait une étude de 
toutes les fciences utiles à l'humanité, 
& de la meilleure manière de le-; met- 
tre en ordre & de les rendre aifées. Il 
fut queftion de la petite vérole ; je 

(a) Les Arabes comptent toujours leurs an» 
nées par nuits : ainfi au lieu de dire trente- 
jours , ils difent trente nuits. 




14 Traité de Rhasès 
lui dis alors tout ce qui me vint à l'ef- 
prit : cet homme ( que Dieu faffe vi- 
vre longtems pour le bonheur des 
autres ) m'engagea à compofer fur 
cette matière un Traité clair , intel- 
ligible & complet , puifqu'on en trouve 
point de femblable, ni dans les écrits 
des anciens Médecins , ni dans ceux 
des modernes. (£) C'eft dans l'efprit 
d'être agréable au Dieu puiffant '6c 
glorieux , que j'ai compofe celui-ci. 

In nomine Dei fumme Mifericordis. 

Voici l'ordre que j'ai obfervé dans 
mon travail , & la diftribution des Cha- 
pitres. 

Chapitre Premier. Descaufesde 
la petite vérole, èc pourquoi tous 
les hommes, à l'exception d'un ou 
deux , font attaqués de cette mala- 
die. 

{b) Le défaut de traité complet fur une ma- 
ladie auilï grave que la petite vérole, dans le 
neuvième & dixième fiedes , prouve bien que 
c'étoit une maladie nouvelle, quoiqu'elle fut 
déjà très- répandue en Afie dans ces (lecles , 
puifque Rhasès nous dit, quelques lignes après 
quetousles hommes , à l'exception d'un ou 
deux , font attaqués de la petite vérole. 



sur la Petite Vérole. 15 

Chap. II. Des corps les plus difpofés 
à contracter la petite vérole , & des 
faifons où elle eft plus fréquente. 

Chap. III. Des fignes qui annoncent 
l'gxiftenee de la petite vérole & de 
la rougeole dans le corps humain. 

Chap. IV. Du régime du malade , &c 
de la conduite qu'on doit obferver 
en général dans le traitement de la 
petite vérole. 

Chap. V. Des moyens de fe préferver 
de cette maladie, avant l'apparition 
des fymptômes; &c de ceux qu'on 
doit employer pour la rendre moins 
abondante loi {"qu'elle a paru. 

Chap. VI. Des moyens de favorifer 
& d'accélérer l'éruption delà petite 
tite vérole , àc de iecourir la nature 
dans ce cas. 

Chap. VII. De la manière dont on 
doit traiter les yeux, la gorge , les 
articulations & les oreilles , lorlqu'ori 
voit paroître les fignes de la petite 
vérole. 

Chap. VIII. Des moyens de faciliter 
la maturité des boutons qui doivent 
juppurer. 



i(> Traité de Rhasès; 

Ch~AP. IX. Des remedçs propres à 
faire fécher les boutons aprèsla fup- 
puration. 

Chap. X. Des moyens de faciliter la 
chute des croûtes, des écailles de 
petite vérole. 

Chap. XL Des remèdes qu'on doit 
employer pour enlever les reliquats 
de petite vérole des yeux , ou de 
quelque autre partie du corps. 

Chap. XII. Du régime particulier du 
malade. 

Chap. XIII. De l'état où il faut en- 
tretenir le ventre pendant le cours 
de la maladie. 

Chap. XIV. Des petites véroles cu- 
rables & des mortelles. 






Chap, 



sur la Petite Vérole. 17 
CHAPITRE PREMIER. 

Z>£ LA CAUSE DE LA PETITE 
VÉROLE 

Pourquoi fur tous les hommes, à peine 
en trouve-t-on un ou deux qui né- 
prouvent pas cette maladie. De tout 
ce qua dit Galien Jur la petite Vérole. 

V> E L u I d'entre les Médecins qui dit 
que Galien , (c) cet excellent Auteur, 
n'a fait nulle mention de la petite vé- 
role , Si que cette maladie lui a été 
entièrement inconnue ; n'a jamais lu 
les Ouvrages de Galien , ou bien ne l'a 
lu qu'en feuilletant . & d'une manière 
fuperficielle. Car cet Auteur nous don- 
ne un précepte fur cette maladie dans 
fon premier Traité , fecundum genus t 

(c) Il y a apparence que du tems de Rhasès 
ondifputoit fi Galien avoit connu la petite vé- 
role ou non. Puilqu'il dit ici qu'il y avoit des 
Médecins qui foutenoient le dernier fentiment, 

Tom. II. B 



18 Traité de Rhasê, 

où il dit : « cela eft bon de cette manie- 
» re , & dans la petite vérole. (d) 

Il dit encore au commencement de 
fon quatorzième livre fur les pouls, 
près du premier feuillet : » le fang fe 
«corrompt quelquefois, &c parvient à 
» un fi haut degré de corruption (ce 
» qui ne vient que d T un excès d'inflam- 
» mation ) que la peau en eft comme 
» brûlée , & il y furvient des pullules 
» de petite vérole , & le charbon , de 
» façon que la peau en eft toute ron- 
» gée. (e) 

Et dans fon neuvième livre De ufu 
partiitm , il dit : » le fuperflu des ali- 
» mente , qui ne fe convertit pas en 
» fang , refte dans les membres , s'y 
» corrompt, s'y accumule au point 
» qu'il y furvient enfin le charbon , lai 
» petite vérole , oc des inflammations , 

(d) Le paflage de Galien , eft celui où il eft 
queftion des tubercules connus des Grecs 
fous le nom d'»ï6of. On fait à quoi s'en tenir 
fur ces fortes de boutons , qui font les vari 
des Latins. Voy. Tom, I. pag. 54 & 55. 

U) Galien, à l'endroit cité , parle des char- 
bons éréfipélateux, qui rongent la peau. 11 em- 
ploie le nom d'anthrax , pour exprimer ces 
affections» 



sur la Petite Vérole. 19 

» qui en s'étendant attaquent les par 
» ties voilïnes. (/) 

(f) Celui de tous les paffages allégués par 
Rhasès , qui mérite le plus d'attention , c'eft 
celui-ci. 11 y eft fait mention de l'inflammation, 
du phlegmon , des érélipeles, & des dartres. 
Voici de quelle manière les Auteurs Latins ont 
rendu le paflage deGalien. 'Alterum verô quod 
colletfa hac excrementa tandem computrefcunt, 
eoqtie modo acriora fcmul ac calidiora tandem 
reddila , inflammaliones , ery/ipelata , herpe- 
tas , carbunculos , febres , innumerabilemque 
aliorum morborum tuibam exufcitant. Gai. libr. 
T. I Claflis prima, hb IX. de ufu'partium. 
/pag. 171. Venetiis apud junétas 1625. 

Nous avons confervé, même dans lalangue 
Françoife, tous les mots Grecs dont fe fert ici 
Galien, à l'exception à.' herpès, que nous dé- 
fignons par le mot dartre ; mais le phlegmon 
&. l'éréfipele dont il eft ici qucflion , ont la 
même lignification dans les langues Latine , 
Grecque & Françoile , & on fait bien que ce 
n'eft pas la petite vérole. Ici c'eft le mot Grec 
tryfipelas , éréfipele , qui a été traduit en Arabe 
par celui de goda ri , qui lignifie la petite vérole 
dans cette langue, qui a induit Rhasès en erreur. 
Et le Traducteur Anglois nous fait remarquer 
dans une note, qu'il elt vraiiemblable que Rhasès> 
a confblte une traduction deGalien , où un de 
ces trois mots Grecs <ov9ti , '<pAiY/uonai , tp&xru ; 
a été rendu par celui de godari : & le paflage 
feulde Galien fuffit pour détruire l'opinion de 
Rhasès , qui a été trompé par une mauvaifè 
jraduilion. Voy. Tom. /. pag. 4p. 



20 Traité de Rhasès , 

Et dans le quatrième livre Ai 77- 
mœum , il dit : les anciens ont donné 
le nom de Phlegmon à toute partie en- 
flammée; comme au charbon , & à l'a 
petite vérole ; &c ces maladies, félon 
eux , ne doivent leur origine qu'à la 
bile. 

Mais on a raifon de dire que Galien 
n*a pas donné une méthode particu- 
lière pour traiter cette maladie , ni 
établi la caufe qui la produit : car il ne 
dir que ce que nous venons de rappor- 
ter ; per dtum ! mais il efl poffible qu'il 
en *ait parlé dans les livres qu'on n'a 
pas encore traduits en Arabe. Il n'eft 
point de recherches que je n'aye fait 
auprès de tous les Médecins qui con- 
noiffent la langue grecque , & la fyria- 
que ; mais il n'y en a aucun qui ait pu 
rien ajouter à ce que nous venons 
d'expofer. Bien plus , la plupart de 
ceux que j'ai confultés , ne favent pas 
même ce qu'il a voulu défigner dans 
ces partages ; cela me furprend , & je 
ne puis pas concevoir que Galien ait 
parle fous filence une maladie fi fré- 
quente , qui a tant de befoin de fe- 
cours ; lui qui étoit fi exact dans la re- 
cherche des caufes des maladies, &Ç 
dans la manière de les combattre, 



sur la Petite Vérole. it 
Quant aux modernes : quoiqu'ils 
ayent fait quelque mention de cette 
maladie ; ils n'ont rien dit qui foit 
clair , exact j il n'y en a pas un qui nous 
ait inftruit de fa caufe efficiente , ni 
diftingué les différentes efpeces , ni 
donné la raifon pourquoi, fur tous les 
hommes à peine en trouvoit-onun qui 
n'y foit pas expofé. C'eft pourquoi 
nous efpérons qu'on faura quelque gré 
à celui qui nous a engagé à compofer 
ce Traité ; ainû qu'à nous qui avons 
indiqué la curation générale & parti- 
culière de cette maladie. VoUntt Dto. 

Examinons d'abord qu'elle eit la 
caufe efficiente de la petite vérole , Ô£ 
les raifons pourquoi prelque tous les 
hommes y font expofés : enfuite nous 
expoferons le refte , feâion par iéc- 
tion ; & nous n'omettrons rien d'ef- 
ientiel fur cette maladie. Curn auxilio 
Dei. 

Le corps de l'homme , depuis l'inf- 
tant de fa natffance jufqu'à la veilleffe , 
tend toujours à la féchereffe ; ainfi le 
fang des enfans (g) fera plus abondant 

(g) On trouve dans la tradu&ion Latine , 
Sanguis puerorum & infantium humidiiate ejî 



Il Traité de Rhases ," 

en humeurs , que celui des jeunes gens^ 
le fang de ceux-ci plus abondant que 
celui des vieillards, & il y aura en 
même-tems beaucoup plus de chaleur. 
C'eft ce que Galien nous a déjà en- 
feigné dans un de fes Commentaires 
fur les Aphorifmes , où il dit : » la cha- 
» leur des enfans mrpaffe en qualité 
» celles des jeunes gens ; mais la cha- 
« leur des jeunes gens eft d'une nature 
» bien plus véhémente ; cela fe mani- 
fefle par l'excellence des remuions na- 
turelles , telles que la cocliou des ali- 
ments, & l'accroiffement du corps 
dans l'enfance qui met tout à profit. 

abundantior comparants c;m fanguine juvenum 
&c. Les Arabes & les Latins avoient des ter- 
mes pour défigner ces trois âges. Les Latins 
appelloient infans, c'eft-à-dire qui ne parle 
pas , l'entant , depuis le moment de fa naiflan- 
ce , julqu'à l'âge de trois ou quatre ans , tems 
où il commence à parler l ette première en- 
fance étoit iùivie delà féconde , qu'ils appel- 
loient pueritia, & le. (a]et puer , qui fuivoit im- 
médiatement après ia première enfance , & s'é- 
tendoit jufqu'a l'âge de douze ans. Nous n'a- 
vons point de mots dans la langue Françoife, 
pour exprimer ces deux âges , à moins qu'on 
ne dife la première & la féconde enfance. Cette 
diftinction eft eflentielle à faire ici , parce que 
les remèdes font marqués pour chaque âge. 



sur la Petite Vérole. r% 

C'eft pourquoi le faug des enfans 
du premier &c du fécond âge , reffem- 
ble à des lues nouveaux , tel que le 
moût des raifins, qni n'ont pas encore 
éprouvé le mouvement de fermenta- 
tion propre à leur donrier une parfaite 
maturité : ils n'ont pas encore été tra- 
vaillés. 

Mais le fang des jeunes gens eftfem- 
blable à des lues qui ont déjà fermenté , 
&£ qui fe lont dépouillés de tout ce 
qu'ils avoient d'étranger, de toutes 
les humeurs fuperflues , comme un vin 
qui ayant déjà fermenté , s'appaife , &C 
refte tranquille , parce qu'il eft fait. 

Le fang des vieillards , au contraire, 
reffemble à un vin vieux qui a perdu 
toute fa force , & qui eft fur le point 
de fe glacer & de devenir aigre. 

La petite vérole furvient lorfque le 
fang fermente , & qu'il fe délivre de 
toutes fes, humeurs luperflues , ce qui 
arrive dans le tems qu'il change de 
nature , qu'il paffe d'un état à l'autre*; 
c'eft' à-dire , lorfque le fang des enfans 
qui reffemble au moût des raifins , fe 
convertit en fang des jeunes gens , qui 
reffemble à un vin en maturité ; ainfi 
©n doit comparer la fermentation de 



24 Traité de Rhasès , 
la petite vérole à celle du moût qui 
fermente &C bouillonne pour fe con- 
vertir en vin. 

C eft pour cette raifon que les en- 
fans , fur tout ks mâles , ne peuvent 
point échapper au développement de 
la petite vérole , puifque le changement 
de fang du premier au fécond état eft 
inévitable,cornme le mouvement de fer- 
mentation eft inévitable dans le lue des 
raifins , qui doit bouillonner & fe chan- 
ger en vin ; Ck il arrive rarement que le 
tempérament des enfans foit tel , qu'il 
foit poffible que ce changement du 
premier au fécond état fe faffé peu à 
peu, iniénfiblement au point que l'ef- 
fervefcefcence ne foit pas impétueufe 
& fenlible. Cela ne peut arriver qu'aux 
tempéramens froids &c fecs. Mais celui 
des enfans eft entièrement contraire à 
cet état, ainfi que leur régime qui ne 
confifte que dans le lait. 

Il en eft de même de ceux de la fé- 
conde enfance ; quoique leur nourri- 
ture foit différente , elle approche plus 
de la première que celle des autres 
hommes : le mélange des aliments eft 
plus intime , le mouvement de la di- 
geftion plus confulérable - 3 c'eft pour 



sur la Petite Vérole. îj 

toutes ces raifons qu'il eit très-rare 
qu'un enfant foit exempt de la petite 
vérole (h); enfuite le changement de ces 
états varie à raifon du tempérament, 
de la manière de vivre , de la constitu- 
tion naturelle , de celle de l'air qui en- 
vironne , & de la nature du fang, foit 
dans la qualité , ou dans fa quantité : 
dans les uns il circule plus vite , dans 
d'autres plus lentement : chez les uns 
il eft plus abondant , chez d'autres il 
l'eft moins : tantôt il pêche, dans fes 
qualités , tantôt par fa quantité. 

(h) Rhasès croyoit , comme on voit, qu'il 
étoit eiTentiel que le paffage de l'enfance à l'a- 
dolefcence , fut fuivi d'une fermentation fem- 
blable à celle qu'éprouvent les fucs des fruits 
nouvellement exprimés , tel que celui des rai ■ 
fins , qui a befoin pour fe convertir en vin , 
de paffer par un état de fermentation. Le fane 
de même, félon lui , dev ait bouillonner , fer- 
menter , jetter pour a ; nû dire fa gonrn e : Se 
c'étoit là la petite vérole. C'eft bien dommage 
que cela ne foit pas ainfi. L'idée de Rhasis 
étoit ingénieufe , quoi qu'elle porte à faux ; & Ci 
elle ne donne pas la folutionde l'on prob éme , 
pourquoi tous les hommes , à rexception d'un 
ou deux , ont la petite vérole ? Elle cftdu mo'ns 
fufîifante , en quelque façon, pour expliquer le 
développement de cette maladie , lorfqu'une 

Tome IL C 



-26 Traité de Rhases ; 

Le fang des jeunes gens qui eft déjà i 
dans le ïecond état, élaboré, privé 



fois fon virus eft reçu dans le corps : & s'il avoit 
ajouté à la comparaifon qu'il fait des humeurs 
des vieillards avec celles des entans , l'état des 
folides, celui des pores de la peau qui font 
plus nombreux , plus ouverts dans l'enfance 
que dans tout autre tems de la vie , il auroit 
donné la folution de fon fécond problême ; 
Pourquoi les enfans font plus fujets à ld petite 
vérole que les vieillards ? La chaleur de Ten- 
dance, l'abondance des humeurs, la molleffe 
des fibres, l'état des pores de la peau , font 
autant de conditions qui favorifent l'intromif- 
fion & le développement de la matière va- 
riolique : on voit par-là qu'il manquoit peu de 
chofe à faThéorie, quiexpliquoit une partie des 
phénomènes de la petite vérole: s'il eut été 
témoin de l'inoculation qui fait naître la mala- 
die à fon gré dans tous les âges , il fe feroit 
convaincu que fon développement ne dépend 
point d'un changement effentiel dans le fang : 
mais on n'inoculoit point du temsdeRhasès :S{ 
faThéorie, quoique fauffe, eft une des plus bel- 
les qu'on ait imaginé. Il eft bien vrai que le 
paffage de la féconde enfance à l'adolefcence , 
eft toujours accompagné d'un changement fen- 
fible , il fe fait un développement fubit dans 
l'organifation intérieure & extérieure , la voix 
change, la nature décide , pour ainfi dire , le 
fexe, tout fe développe fubitement , c'eft un 
état violent à la vérité , qui eft néce (Taire, natu- 



sur 1a Petite Vérole. 27 

de fes humeurs fuperflues Se étrangè- 
res qui l'auroient néceffairement cor- 
rompu , eft peu propre à produire la 
petite : voila pourquoi elle eft plus rare 
chez eux , 6c elle ne fe manifefte à 
leur âge , que dans les fujets remplis 
d'humeurs , qui ont un fang gâté , ôc 
facile à s'enflammer , ou bien dans ceux 
qui dans l'enfance n'ont eu qu'une pe- 
tite vérole légère , qui n'avoit pas été 
furïïfante pour le changement d'état du 
fang. Elle furvient encore à ceux qui 
ont peu de vivacité naturelle , fans 
avoir beaucoup d'humeurs ; à ceux qui 
n'ont eu qu'une petite vérole trop bé- 
nigne dans l'enfance , ckc. qui font en 
même tems maigres , fecs , fans viva- 
cité , fans chaleur ; à ceux qui entrant 
dans la jeuneffe , ont fait ufage d'une 
nourriture capable de les rendre robu- 
ftes, vigoureux, ou de corrompre leur 
fang. 
Quant aux vieillards,ils n'éprouvent 

rel ; au lieu qu'une maladie telle que la petite 
vérole , eft un état extraordinaire , contre 
nature , un combat. La nature ne fe détruit 
point d'elle-même dans fes commencemens. 
Ce n'eft donc pas chez elle qu'il faut chercher 
le principe de la petite vérole. Mais la Théorie 
de Rhàbès n'a pas nui à la pratique. 

Cil 



z8 Traité de Rhasês ; 
la petite vérole que lorfqu'ils font expo- 
ies à un air corrompu , mal fain , pefti- 
lentiel , & que cette m dadie eft trés- 
fréquente. Un air putride éloigne de 
beaucoup d'une jufte température, il 
difpofe au chaud & à l'humide, & un 
air brûlant provoque le développe- 
ment de la maladie , en communiquant 
à l'efprit vital , contenu dans les deux 
cavités du cœur , le même degré de 
chaleur qu'il a ; enfuite à tout le fang 
qui circule dans les artères au moyen 
du cœur. 

Telle eft la caufe qui produit la pe- 
tite vérole que nous venons d'expofer 
d'une manière allez claire 6c fuccinte. 



ifiïÊf; 



sur la Petite Vérole. 29 

CHAPITRE II. 

Des Corps les plus sujets a la 
petite vérole , et des sai- 
sons ou elle est plus fré- 
QUENTE. 

J2. N général les corps blancs , pleins 
d'humeurs , & de chairs ; qui ont des 
couleurs rouges , vives & tempérées; 
les bruns qui font trop replets ; ceux 
qui font fujets aux fièvres ardentes ôc 
continues , aux hémorrhagies , furtout 
dn nez, aux ophtalmies , aux éruptions 
cutanées , aux furoncles , aux boutons, 
&c. font plus expofés que les autres 
a la petite vérole. Il en eft de même 
de ceux qui fe nouriffent d'aliments 
trop doux , de dattes , de miel , de 
figues , de raifins & d'autres du mê- 
me genre , qui font épais, vifqueux , 
tels que certains potages, comme le 

C iij 



$o Traité de Rhasès , 
Falti{cdgat (i). Ceux qui font un ufage 
fréquent de vin & de laitage font dans 
le même cas. 

Les corps maigres , bilieux , chauds, 
fecs , font plus fujets à la rougeole qu'à 
la petite vérole ; mais s'ils iont atta- 
qués de la petite vérole , elle eft tou- 
jours peu chargée , difcrete & légè- 
re ; ou bien elle eft toute contraire , 
d'un mauvais caraftere , avec des 
puftules en grand nombre , mais fe- 
ches , ftériles , &C fans fuppuration. 

Les corps maigres, fecs , d'un tempe» 
ramment froid , ne font fujets ni à la pe- 
tite vérole , ni à la rougeole , mais s'ils 
ont une petite vérole , les puftules font 
rares, diftin&es, & fans danger, là 
fièvre eft légère , modérée , pendant 
tout le cours de la maladie. Ces corps 
éteignent tout le feu de la maladie. 

Quant aux tems de l'année où l'on 
obfervele plus de petites véroles; c'eft 
à la fin de l'automne & au commen- 
cement du printems; lorfque les venis 

(i) Le faluçeJç.it des Arabes eft une forte 
de bouillie faite avec de l'amydon, de a ûeiu 
de tarine , de l'eau & du miel. 



sur la Petite Vérole. 31- 
du midi & les pluies continuent en 
été , & que l'hiver eft adouci par les 
vents du midi. 

Mais lorfque l'automne a été chaud 
ÔC fec , ainfi que l'été , &c que les pluies 
ont été retardées : alors la rougeole 
attaque rapidement ceux qui font les 
plus fujets à cette maladie ; c'eft-à- 
dire les corps maigres , chauds , &C bil- 
ieux. 

Très fouvent cela varie fuivant la 
différence des lieux, des climats qu'on 
habite , de l'état de l'air , qui déter- 
mine toujours le développement de 
cette maladie, ce qui eft caufe que ces 
maladies arrivent dans toutes les fai- 
fons. C'eft pourquoi il faut être très- 
attentif à s'en préferver lorfqu'elles- 
commencent à paroître-, &C quelles- 
fe répandent parmi les hommes , eiï 
fuivant les confeils que nous allons 
donner. 



Civ 



5* Traité de Rhasès. 

CHAPITRE III. 

Des Symptômes qui annoncent 
l'éruption de la petite Vé- 
role et de la Rougeole. 

L'éruption de la petite vérole 
eft précédée d'une fièvre continue , 
d'une douleur au dos , d'une déman- 
geaifon au nez , & de rêves effrayants 
dans le fommeil : voila les principaux 
fignes d'une éruption prochaine de pe- 
tite vérole : furtout la douleur au dos 
& la fièvre. Le malade éprouve enfuite 
un fentiment de ponction dans tout le 
corps; le vifage fe gonfle & revient 
tout-à-coup à fon premier état j fa 
couleur s'anime , les joues deviennent 
rouges & enflammées ; les yeux font 
rouges de même : le malade eft dans 
un abbattement général , dans une in- 
quiétude extrême &c fatigante , ce qui 
eft anconcé par des bâillements, Se 
l'extenfion des membres : il lent une 
douleur à la gorge ôi à la poitrine , 



sur la Petite Vérole. 35 

avec une légère difficulté de refpirer , 
& la toux : la bouche eft ieche , la lan- 
gue épaiffe , la voix' change , la tête efl 
pelante , l'ame eft inquiète , le malade 
eft trifte , fatigué de fon état -, il a 
des naufées ( quoi que l'inquiétude , 
les naufées & la trifteffe foient des 
fignes plus affeftés à la rougeole ; mais 
la douleur du dos eft plus particulière 
à la petite vérole. ) La chaleur , la rou- 
geur occupent toute la furface du 
corps , la peau eft d'un rouge éclatant , 
les gencives font d'une rougeur extrê- 
me. Si vous voyez ces fignes , ou quel- 
ques uns deux , furtout les plus vio- 
lents , tels que la douleur du dos , la 
frayeur daus le fom>eil, avec une 
fièvre continue , foyez affuré que l'é- 
ruption de la petite vérole ou de la 
rougeole eft prête à fe faire. La dou- 
leur du dos ne fera jamais fi violente 
dans la rougeole que dans la petite vé- 
role ; & les naufées , & la trifteffe nau- 
ronf p;is de même toute la force qu'el- 
les ont dans la rougeole , à moins que 
la perite vérole ne foit d'un mauvais 
caraclcre : & cela démontre que la 
rougeole doit fa naifiance à un fang 
très- bilieux. 



34 Traité de Rhasès , 

Dans les petites véroles falutaires , 
le fang pêche plutôt par fa quantité , 
que par fa qualité : voila pourquoi elles 
font accompagnées de la douleur au 
dos , qui vient de l'extenfion des 
grands vaiffeaux artériels ôt veineux , 
fitués fur les vertèbres de l'épine du 
dos. 



i$k$^ 




Tifvm 



m v syw 



sur la Petite Vérole. 3? 

CHAPITRE IV. 

Exposition des articles qui 
concernent le traitement 

VELA MALADIE EN GÉNÊRAl(V). 

X l faut faire mention à préfent de la 
conduite générale qu'on doit tenir dans 
la manière de gouverner les malades. 

Le premier de ces Articles contient 
les précautions qu'on doit prendre 
pour fe préferver de la petite vérole 
avant qu'elle paroiffe , &c la manière 
de la réprimer lorf ju'elle donne des 
lignes de fon exi'lence, 

Le deuxième renferme les moyens 
d'accélérer &. Je favorifer l'éruption 
de la petite vérole. 

(k) Tout ce Chapitre ne renferme que la di- 
vifion générale des Chapitres qui reftsnt : ce 
n'eft qu'une répétition de celle qui a été déjà 
faite par l'Auteur au commencement du Trai- 
té : elle étoit inutile , Si on peut paner au 
Chapitre cinquième. 



36 Traité de Rhases , 

Le troifieme, les précautions né- 
cefTaires pour prévenir les accidents 
qui arrivent aux yeux , aux cils , aux 
oreilles , à l'intérieur du nez , au goiîer , 
aux articulations, en les détournant de 
ces parties. 

Le quatrième, les moyens d'accé- 
lérer la maturité des boutons. 

Le cinquième , la manière de facili- 
ter l'aridité des croûtes. 

Le fixieme , contient les petites vé- 
roles d'un mauvais cara&ere , celles 
qui font mortelles : & la manière d'en- 
lever les écailles. 

Le feptieme , traite des moyens 
d'enlever les vertiges de la petite vé- 
role. 

Le huitième , du choix des aliments 
qui conviennent au malade. 

Le neuvième , des fecours qu'on doit 
employer pour prévenir la.diarrhée à 
la fin de la maladie. 

Le dixième, des fymptômes falutai- 
res & mortels. 

Nous allons parcourir tout ces 
points d'une manière i'uccincle & fufii- 
fante. Si yoluerit Deus, 



sur la Petite Vérole. 37 

CHAPITRE V. 

Des précautions contre la. 
petite vérole avant qu'el- 
LE PAROISSE y 

Et des moyens de la rendre mçins abon- 
dante lorfquelle a paru. 

x L faut faire faigner les enfans & les 
jeunes gens , non feulement ceux qui 
n'ont pas encore eu la petite vérole , 
même ceux qui n'en ont eu précédem- 
ment qu'une bénigne , légère , furtout 
dans les mauvailes failons, ôt les iii- 
jets dont le tempérament y eft le plus 
expofé ; il ne faut pas attendre la fiè- 
vre , ni les autres fymptômes de la pe- 
tite vérole. Qu'on fafle une faignée à 
ceux qui ont atteint l'âge de quatorze 
ans : qu'on applique les ventoufes à 
ceux qui font au defibus de cet âge : 
qu'on rafraichifle l'appartement qu'ils 
occupent ; il faut leur donner des ali- 



3 g Traité de Rhasês ; 
ments capables de les rafraîchir , tels 
que des foupes , (/) des bouillons de 
lentilles , des potages arrofés avec du 
verjus , du Sïcbadg , ( qui eu une forte 
d'achis de viandes arrofées avec des aci- 
des ) , des gelées de pieds de chevreau , 
le jus dégrahTé àwSicbadg, des bouil- 
lons de veau , de Francolin (m) , de 
poules , de faifans ; ainfi que chair pré- 
parée de ces animaux, où l'on ajoute du 
verjus : qu'on leur faffe boire de l'eau 
à la glace , («) ou l'eau fraîche des 
fontaines , dont on arrofera l'apparte- 
ment qu'ils occupent : qu'on leur don- 

(/) Du tems de R.hasès on étoit beaucoup 
dans l'habitude de faire des foupes avec des 
lentilles jaunes, qu'on faifoit cuire dans l'eau 
jufqu'à conftftence de purée , on y joignoit le 
fucd'ofeillu , ou de fang-dragon , la coriandre 
& le tel 

(m) Le Francolin , Attageru des Latins , eft 
un oifeau d'un excellent goût, qui eft fort com- 
mun dans plulîeurs parties d'Alie & d'Afrique. 
11 eft de la groffeur d'un faifan. 

(n) C'eft cette eau à la glace , que Rhasès or- 
donne ici pour la boiffon des enfans qu'il veut 
préferver de la petite vérole , qui a révolté 
plufieurs Auteurs. Quel inconvénient y a-t-il 
de donner l'eau a la glace , ou l'eau fraîche des 
fontaines. 



sur la Petite Vérole. 39 
ne fouvent à manger des grenades ai- 
grelettes , &. des gelées de fruits acides 
6c aftringents , tels que les rob (o) de 
grenades, de citron, de verjus, des 
meures de Syrie , & femblables ; & 
le ribas. (/;) Ceux d'enrre eux qui font 
d'un tempérament plus chaud & facile 
à s'enflammer , doivent faire ufage le 
matin à jeun d'une eau d'orge préparée 
fuivant l'art , à laquelle on ajoute la 
quatrième partie du lue de grenade aci- 
de. Ceux qui font d'un tempérament 

(o) Les Arabes donnoient le nom de rob à 
tous les fucs des fruits bouillis & réduits en con- 
fidence. Ce mot ,ain(ique la lignification , font 
reftés dans notre langue ; &. on iait encore 
parmi nous des rob de cerife , de grofeilles , 
de railîns , &c. 

[p] Mais le ribas des Arabes étoit le fuc 
épaiffi d'une plante de la famille des ofedles 
lapathum a^ctofum : les vertus ont été très- 
recommandées par les Arabes. Elle étoit 
très - commune fur le Mont-Liban. La plan- 
te d'Europe qui lui reflemble le plus , & 
qui eft peut-être la même , eftle lapathum folio 
acuto rubente , que nous nommons fansr-dragon, 
qui elt une efpece d'oleille. On failbit épaiflir 
(on fuc à un ieu modéré : c'étoit le ribas des 
Arabes. Lorfqu'on lui donnoit trois codions , 
c'étoit alors le rob ribas ; nom qu'on a don- 
né depuis parmi nous , au rob de grofeilles , 
qu'on appelle rob de ribes. 



40 Traité de Rhasès, 
moins ardent doivent faire ufage d'une 
ptifane faite avec ;la (?) farine d'orge 
& le fucre. Qu'on mêle toujours à 
leurs aliments , le vinaigre , les lentil- 
les , les grenades , & furtout le ver- 
jus. Par ce moyen vous donnerez plus 
de confiftance à leur fang , & vous le 
rafraîchirez au point que vous empê- 
cherez fa fermentation & le dévelop- 
pement de la maladie. Ce régime con- 
vient nonfeulemeut dans les épidémies 
de petite vérole , mais il fera en outre, 
d'un grand fecours dans tous les tems de 
perte, & diminuera le danger des ulcères 
peflilentiels , des furoncles ; il eft capa- 
ble de garantir des pleuréfies , des angi- 
nes , &c en général de toutes les mala- 
dies bilieufes & fanguines. Il faut faire 
baigner ceux qu'on veut garantir de la 
petite vérole , dans l'eau froide à l'heu- 
re du midi : qu'ils y entrent & qu'ils 
y nagent ; qu'ils s'abftiennent du lait 
récemment trait , de vin , de dates, 
de miel , & en général de tous les ali- 
ments doux , fucrés , & de ceux que 

(q) Le Tradufteur Anglois a confervé par- 
tout le mot Arabe fivic , qui fignifie farine 
d'orge. 

nous 



sur la Petite Vérole. 41 

nous nommons (/-) Isfidbddgdt ; de la 
viande de brebis , de celle de jument, 
d'écreviffes ; il faut leur défendre de 
manger de jeunes oifeaux, des ragoûts 
& des femences chaudes. Lorlque le 
tems eft mauvais, peflilentiel ; ou qu'on 
a affaire à des tempéramens chauds, 
remplis d'humeurs, enclins à la putridité 
ou à ceux qui font ardents , fecs , faciles 
à s'enflammer ; il faut joindre au régime 
prefcrit quelqu'un des remèdes fui- 
vants. On doit recommander aux der- 
niers l'ufage des plantes potagères , 
cmolliantes , rafraîchiffantes, telles que 
le pourpier , les mauves , les blettes , 
les courges , les citrouilles Sec. 

Quant aux melons , furtout les doux , 
il faut les leur défendre féverement ; 
& fi par ha7ard ils en mangeoient, 
qu'on leur fafîe boire tout de fuite le 
fuc de quelque fruit acide. On peut 
leur donner encore des poiflbns frais 
& du petit lait. 

(r) "L'hfidbadgat des Arabes étoit une forte 
de ragoût fait avec de la chah de brebis, du 
beurre , du fromage fec , de l'oignon , de la 
graine de coriandre, & du fel marin, qu'on 
(aifoit cuire enfemble. 

Tome 1. D 



41 Traité de Rhasès ; 

Les corps gras , replets , blancs St 
animés de couleurs rouges , n'ont be- 
foin que d'un régime fec & rafraîchif- 
fant. Mais on doit détendre à tous ceux 
qu'on veut garantir de la petite vérole 
le travail , le bain , l'acle vénérien , la 
promenade , & l'équitation au foleil & 
à la pouffiere , les eaux dormantes , les 
fruits & les légumes brûlés ou mar- 
qués de rouille. Purgez-les lorfqu'il fera 
néceffaire , avec une eau de prunes de 
damas , avec du petit lait & du fiicre ; 
& empêchez les de manger des figues , 
des raifins ; parceque les figues font 
naître les boutons , & pouffent les hu- 
meurs fuperflues à la peau ; & les rai- 
fins rempliffent lefangde flatuofités^ 
d'efprits , & le difpofent à la fermen- 
tation : Se û l'air eft mal fain , putride , 
peftiféré; faites leur laver le vifage 
tous les jours avec l'eau de fantal & 
du camphre, & cela produira un bon- 
effet; cum permifflone Du. 

Pour ce qui eft des enfans du bas 
âge, qui font encore à la mammelle,. 
appliqués les ventoules à ceux qui ont 
paffé le cinquième mois , lorfquils font 
gras , blancs &; colorés. Bien plus „ 
gouverne! la nourrice qui fournit le 



sur la Petite Vérole. 43 
Iaït , de la manière indiquée ; fi les en- 
fans mangent déjà du pain , donnez- 
leur quelqu'une des nourritures dont 
nous avons parlé , à une dofe propor- 
tionnée à leur foibleflcs. 

Parlons aux remèdes qui ont la vertu 
d'appailer & de rafraîchir le fang , &C 
qui Tempêchent de fermenter.. 

Tous les acides produifent cet effet ; 
le vinaigre , l'eau al-raib , ( qui eft cet 
eau acidulé , légère ,- un peu amere , 
qui fumage le lait aigri à l'ardeur du 
foleil ) le jus de citron, ont cette vertu : 
mais les remèdes qui réunifient à l'a- 
cide une vertu altringente , font ceux 
qui font le plus de bien : tels font les 
fruits aeerbes, comme le verjus, le 
fumac, le ribas, les pommes, les coings, 
les grenades aigres : & ceux qui épaif- 
fiffent le fang par leur propre fubftan- 
ce , tels que les jujubes rouges, les 
lentilles , les choux , la coriandre , la 
laitue , le pavot , la chicorée , la mo- 
relle , le (/*) [podium , la femence de 
pfyllium &C le camphre. 

(/) Le [podium des Arabes , qu'ils appel- 
lent tebashir , n'eft autre chofe que les cendres 
des cannes à fucre. Ce f emede a été de tout 

Dij 



44 Traité de Rhases J 

Voici la compofition d'un remède 
qui appaife la fermentation du fang , 
& qui calme la chaleur du foye & l'ar- 
deur de la bile. 

Prenei- Rofes rouges pilées. 10 gros. 

Spodium. 20 gros. 

Sumac , femence d'ofeille , len- 
tille mondée, épine- vinette, 
femence de pourpier, de lai- 
tue blanche.. de ch. 5 gr. 

Santal blanc. 1 gros & demi. 

Camphre. 1 gros. 

On en prend trois gros, qu'on mêle à 
la boiffon du matin , avec une once de 
rob de citron , ou de ribas , de grenade , 
de verjus , ou autre femblable. (c) 

tcms célèbre en Afie. On a toujours attribué 
de grande vertus à la canne à fucre ; & cette 
prévention eft encore parmi les Indiens , qui 
font grand cas du fucre bambu on bambou , qui 
n'eft autre chofe que le fuc épaiffi du même 
rofeau. Le [podium n'eft pas une cendre par- 
faite; c'eft du fucre brûlé qui relie encore lié 
par la partie glutineufe ou mucilagineufe du 
fucre. Il ne faut pas le confondre avec un autre 
[podium , qui eft de l'ivoire brûlé. 

(r) Tous ces rob repondeat à nos gelées de 
fruits acides. 



sur la Petite Vérole. 4^ 

Cet oxifaccharum (u) eft encore très- 
falutaire. 

Prene%. x parties d'eau rofe fur une 
de vinaigre bien clarifié , mêles enfem- 
ble, &C faites y macérer pendant trois 
jours une once de feuilles de rofes rou- 
ges feches , une once de balauftes , 2 
onces d'écorces de grenades ; coulés , 
faites cuire en y ajoutant du fucre candi 
blanc , à une dofe double de celle du 
vinaigre : faites bouillir, ÔC gardés 
pour l'ufage. 

Le remède fuivant eft encore très- 
efficace. 

Prenei- Rofes, fpodium, dech. 10 gr. 
Santal blanc. 3 gros. 

Camphre. 1 gros. 

Liez le tout avec le mucilage des fe- 
mences de pfyllium pour en faire des 
trochifques ou pilules : on en prend la 
valeur de trois gros fur une once de 
Y oxifaccharum dont nous avons donné 
la compofition. 

Mais le firop fuivant eft le plus fa- 
lutaire de tous; per deum ! à moins 

(a) En Arabe c'eft lefecaaçiabin ou fytop acide. 



tfi Traité de Rhasès, 
qu'il ne foit inférieur au firop de per- 
les que les Indiens feuls favent pré- 
parer : & ils difent ; »Jî quis bibat de 
nfyrupo margaritarum , Ji in Mo jam. 
» eruperint pujtulœ variolarum novem r 
» décima non fuperveniet. 

Voici le notre ; 

Ptenei. Du bon vinaigre vieux, bien 
clarifié. 3 tfe. 

Sucs de citron , de grenade , 
de verjus , de meures , infu- 
fion de fumach , d'épine-vi- 
nette. de ch. 4 ft>. 

Décoclion de jujubes rouges ai. 
infufion de lentilles. 

de ch. 1 ib. & demie» 

Mêlez le tout ; ajoutez trois livres 
de fucre , & faites cuire. Enfuite pre- 
nez une livre & demie de fpodium & 
de camphre bien broyés enfemble : 
qu'on jette dans un mortier bien net , 
verfez goutte à goutte un peu de ce fi- 
rop tout chaud, agitez ce mélange 
avec un pifton , jufqu'à ce que toutes 
lès matières foient liées & diffoutes :■ 
©n. remue fans interruption avec une 



sur la Petite Vérole. 47 

baguette de faule ou de rofeau , & on 
ne ceffe d'agiter le mélange que lorf- 
que le fpodium &c le camphre font par- 
faitement diffous& liés enfemble. On 
fe fert de ce firop avant que les fymp- 
tômes de la petite vérole paroiflent ; 
même après leur apparition; dans tou- 
tes les maladies bilieufes , & qui dé- 
pendent du fang; pour les bubons pef- 
tilenriels , les furoncles , l'angine , les 
maux de gorge, ÔC il agit Deipermif- 
Jione. 

Ce que nous venons d'expofer, fuf- 
fit en général pour préferver les en- 
fans avant que la petite vérole paroif- 
fe accompagnée des autres fymptô- 
mes. 

Un homme ainfi préparé , fe met 
quelquefois à l'abri de la petite vérole,, 
&c s'il arrive qu'il en foit attaqué , la 
maladie eft toujours douce , bénigne ,, 
&C fans danger. Le changement du iang 
du premier au fécond état ne fe fait 
plus tout-à-coup , d'une manière impé- 
tueufe & violente, avec une fermenta- 
tion dont les fymptômes font toujours 
dangereux & effrayants : mais peu-à- 
peu , infenfiblement &: d'une manière 
iucceffive ; c'eft une coûion. Lente ,,au 



48 Traité de Rhasès,' 
lieu d'une fermentation fubite , d'un 
mouvement de putréfaction , fuivi tou- 
jours d'une fièvre, fouvent douloureufe 
& formidable. 

Muis lorfque la fièvre paroît avec les 
autres fymptômes de la petite vérole ; 
il faut bien fe garder d'employer ces 
remèdes fans un mur examen , & fans 
une attention des plus réfléchies ; c'eft- 
là où il faut être prudent , & où la 
moindre faute feroit des plus graves: 
la raifon en eft que le fang bouillon- 
ne alors , la maffe eft augmentée ; ce- 
pendant la nature fait tous fes efforts 
pour fe débaraffer & pouffer au de- 
hors , ou fur quelque partie , toutes les 
matières furabondantes dont elle eft 
fùrchargée. Et fi, cherchant alors à con- 
denfer & à rafraîchir le fang , vous 
ne pouvez pas parvenir à le ramener à 
un plus haut degré de froideur & de 
denfité que celui qu'il avoit aupara- 
vant ; vous le verrez fermenter juf- 
qu'à trois fois ; & au lieu d'ai- 
der la nature vous ne faites que la 
troubler & la détourner de fes opéra- 
tions : car on ne fauroit appaifer le 
fang lorfqu'il eft dans cette véhémen- 
ce 3 que par des remèdes capables de 

coaguler; 



sur la Petite Vérole. 49 
coaguler le fang , mais qu'il eft fort 
dangereux d'adminiftrer , tels que l'o- 
pium , la ciguë , une grande quantité 
de fuc exprime de laitue, le folanum , 
& autres femblables, &C quand même 
vous les auriez donnés à une dofe ex- 
ceffive , vous ne pourriez pas encore 
vous flatter d'empêcher l'eftervefcence 
du fang , ni d'éteindre un feu aufli ex- 
traordinaire : & fi vous pafléz les bor- 
nes , vous étouffez en même tems , ôc 
la chaleur furnaturelle , & le principe 
de la vie qui étoit eflentiel pour ex- 
pulfer hors du corps, une matière 
étrangère & ennemie. 

Voici ce qu'il convient de faire dans 
ce cas , Se que plufieurs Médecins ou- 
blient , foit par ignorance , foit par une 
avidité fordide de tirer une récom- 
penfe qui tourne entièrement à leur 
avantage. Afin de ne pas commettre 
avec eux un crime contre la nature ; 
fuivons cette route. Voluntatz Deipo- 
tentis & ghrioji. 

Lorfque dans l'examen des fymptô- 
mes , vous verrez augmenter le volume 
du corps , le malade dans une fréquen- 
te agitation , avec douleur au dos , les 
yeux èir le vifage rouges, un mal de 

Tome II. E 



jo Traité de Rhasês , 

tête violent , le pouls plein & élevé , la 
respiration difficile, l'urine trouble &C 
rouge ; le corps du malade, au toucher, 
chaud comme celui qui fort du bain : 
s'il eil replet , & que fa manière de vivre 
antérieure ait contribué à une abon- 
dance de fang; faignez alors le maiade 
jufqu'à la foiblefTe , à la veine bajilique, 
où à quelqu'une de fes branches; & 
fi elle ne paroît pas , ouvrez la cépha- 
lique : il fera encore plus avantageux 
dans le cas où l'on ne pourroit trouver 
la bafilique ou quelqu'une de fes bran-' 
ches, de piquer la veine crurale ou la 
faphene : car elles tirent plus de fang 
des grands vaiffeaux du bas ventre , 
que la céphalique. Quoique les fyrrp. 
tomes que nous avons décrit ne foient 
pas toujours violents , pourvu qu'ils 
foient fenfibles , il faut faire des fai- 
gnées néanmoins , mais proportion- 
ner leur nombre à la quantité du fang 
& à la violence des fyptômes : quelques 
foibles qu'ils foient , tirez un peu de 
fang ; enfuite pourfuivez le traitement 
avec les rafraichiflants que nous avons 
indiqués. 

Et lorfque vous vous ferez apperçu 
que ces fecours ont déjà calmé la cha- 



sur la Petite Vérole. 51 
leur de la fièvre , que le pouls &C la 
refpiration reviennent à leur état na- 
turel , continuez les remèdes ; car c'efl: 
ainfi que vous parviendrez bientôt à 
calmer tout le feu de la fièvre , & à 
faire celïer entièrement l'effervefcence 
du fang : les rafraîchiflants que vous 
employerez, feront encore plus effi- 
caces, fi vous faites boire de l'eau 
froidie dans la neige , par intervalles 
& très-fouvent , jufqu'à ce que le ma- 
lade éprouve une fraîcheur qui lui ra- 
fraîchifie Tes entrailles. 

Si après cela la fièvre continue, & 
que la chaleur revienne ; faites lui 
boire de l'eau une féconde fois , depuis 
deux livres jufqu'à trois , &c même 
plus , dans l'efpace d'une demi heure. 

Que fi la chaleur revient encore, & 
que le ventre foit rempli d'eau ; faites 
en forte qu'il l'a rende en vomifTant , 
& enfuite faites le boire de nouveau , 
& fi cette eau parle par les fueurs ou 
par les urines , foyez fur que le ma- 
lade approche de fa guérifon. 

Que fi l'eau ne pénétre pas ; que la 
chaleur augmente , & foit dans U même 
degré ou plus forte ; ceflez de lui don- 
ner de l'eau froide , en fi grande quan- 

Eij 



«|i Traité de Rhasès ; 

tité ; & ayez recours aux autres rafraî- 
chifï'ants que j'ai décrits ; & fi le ma- 
lade s'en trouve mieux , continuez à 
vous en fervir. 

Si , au contraire , vous appercevez 
qu'ils ne font point de bien & que le 
malade eft dans une inquiétude cruelle 
& extraordinaire , foyez afluré qu'il 
aura la petite vérole ou la rougeole , 
& qu'il ne peut éviter l'une de ces 
deux maladies. 

Alors il faut renoncer à tous ces fé- 
cours ; il ne faut plus s'occuper qu'à 
aider la nature qui veut fedébarraf- 
fer d'une matière étrangère qui la fati- 
gue , de la manière que nous allons 
indiquer, (x) 

(*) Jufqu'ici Rhasès n'a cherché qu'à étouf- 
fer ou éloigner la petite vérole : il a indiqué 
les plus puiffants fecours ; il a fait voir tout le 
danger de fe fervir de certains remèdes. Re- 
marquez qu'il rafraîchit & noyé toujours fon 
malade; il fournit toujours des armes à la na- 
ture ; fans jamais l'épuifer , il rafraîchit tou- 
jours l'intérieur du corps & l'abreuve , parce 
qu'il fait qu'il eft néceffaire de noyer le corps 
pour chafler heureufement cette maladie : il 
donne de l'eau froide à petits verres,après avoir 
calmé la violence de la fièvre par b faignée , 
parce qu'il a éprouvé qu'il n'y a aucun incon- 



sur la Petite Vérole. 55' 

vénient à donner de l'eau froide a petite dofe, 
8c à plusieurs reprifes Ainfi cette méthode de 
Rhasès, contre laqnel'eona tant crié, ne pa- 
roît avoir rien de vicieux dans le premier de- 
gré de cette maladie. Il faut de l'eau pour 
fuer. Nullus humor , nullus fudor. Voila fans 
doute le grand principe de Rhasès. Il ne nous 
a fait voir jufquici qu'ui.c comparaifon ingé- 
nieufe pour expliquer le développement de la 
maladie ; le régime qui convient à tous ceujfc 
qu'on veut garantir ; quelques remèdes à titre 
de préfervatifs. La petite vérole n'a été pour 
ainrt dire , que douteufe, équivoque : elle n'a 
pas encore paru. Nous allons voir l'ait de 
la faire éclorre à toute la fuilace du corps & 
fans danger. Art peu connu , fi difficile , & 
perfectionné par fon inventeur. 



I m 1 



E iij 



54 Traite de Rhasès, 

CHAPITRE VI. 

z?£5 axor£^5 x>£ favoriser et 

d'accélérer l'éruption de 

£>4 petite vérole ( j ). 

IOUR accélérer l'éruption de la pe- 
tite vérole & de la rougeole , on enve- 
loppe le malade dans Tes habits; on 
fait des friftions avec la main fur tout 
le corps , on l'expofe dans un endroit 
qui ne foit pas froid ; on lui fait boire 
un peu d'eau fraîche de tems en tems, 
iurtout lorfque la chaleur eft véhé- 
mente : car l'eau froide prife ainfi par 

(y) C'eft dans ce Chapitre que Rhasès 
prouve toute l'excellence de fa pratique ; mé- 
thode fmple , aifee , facile dans l'exécution ; 
fondée fur des principes vrais , folides , donc 
nous avons fait voir toute l'efficacité ; & com- 
ment tout«s les obfervations fe réunifient pour 
la faire valoir: puifque toutes les lois qu'on l'a 
imitée, d'une manière encore bien éloignée, 
on a toujours réufiî. 



sur la Petite Vérole. 55 

intervalles , & à petite dofe , provo- 
que la fueur & facilite l'expulfion des 
humeurs aux extrémités du corps , 
à la farface de la peau. Que le malade 
foit couvert d'un double vêtement , 
dont l'ouverture iupérieure foit exac- 
tement fermée & ferrée , au moyen 
d'une boucle. On place fous cette cou- 
verture deux petits badins remplis d'eau 
bouillante , l'un devant , l'autre der- 
rière le malade ; afin que tout le corps , 
à l'exception du vifage , puifTe rece- 
voir la vapeur de cette eau , & que la 
peau ramolie par ce moyen , ayant lés 
pores plus ouverts , Toit plus propre 
à donner iffue aux humeurs qui doi- 
vent fortir Se s'évaporer. Toute la 
fui-face du corps ainfi préparée , fe cou- 
vre alors d'une fueur abondante , qui 
diminue le feu intérieur , & devient 
falutaire pour le malade. C'eft par ce 
moyen qu'on ouvre par une chaleur 
douce les pores de la peau , qu'on ra- 
mollit , qu'on conferve toutes les for- 
ces du malade , qui font eflentielles 
dans état : mais on ne peut obtenir l'un 
& l'autre qu'en enveloppant ainli le 
malade , par les frictions , tk par la va- 

E iv 



j6 Traité de Rhasès* 

peur de l'eau chaude , de la manière que 

bous avons dit. 

Les étuves & les bains font dange- 
reux dans cet état, parce qu'en échauf- 
fant, ils procurent une évacuation 
trop abondante , & épuifent les forces 
du malade qui tombe dans les foibleffes : 
&C lorfqu'il en furvient une feule, la na- 
ture eft troublée dans fon ouvrage , & 
le malade eft en danger; furtout fi elles 
font fréquentes & confidérables : & 
rien n'annonce plus une mort prochai- 
ne que les fyncopes qui reviennent fi 
fouvent. 

Cela indique q\ie la nature eft oppri- 
mée , & que tout le principe de vie eit 
concentré dans l'intérieur du corps : la 
nature fans cefle fatiguée parlapréfence 
delà matière morbifique , fuccombe, 
& fe trouve enfin épuifée &C vaincue ; 
il eft eflentiel de ne pas laifler refroi- 
dir la vapeur qui s'eft amaflee fur la 
furface du corps, & il faut avoir foin 
d'efTuyer exactement le malade avec 
des linges fecs. 

Cela eft fuffifant pour faciliter la for- 
tie des humeurs étrangères ÔC furabon- 
dantes , pourvu que la nature ne foit 



sur la Petite Vérole. 57 

pas tout à fait impuiflante , & que les 
humeurs ne foient ni trop épaifles , ni 
trop vifqueuies , pour être chaflees 
au dehors. 

Lorique la fièvre paroît douce , cal- 
mée extérieurement ; mais que le mala- 
de néanmoins eft inquiet,agité ; que l'é- 
ruption de la petite vérole eft difficile 
& retardée jufqu'au cinquième jour ; 
il faut alors employer les fecours qui 
la facilitent, mais avec beaucoup de pré- 
caution &c de prudence , comme nous 
avons dit en parlant des rafraîchiffants 
& des conditions néceflaires pour les 
adminiftrer : car quoique les fautes 
qu'on commettroit ici ne fiuTent pas 
aufli graves que dans l'autre cas; el- 
les le font néanmoins. Voici les pré- 
cautions qu'il faut prendre pour ne pas 
tomber dans l'erreur ; elles confiftent 
à ne pas fe prefTer , à employer les re- 
mèdes indiqués ; mais fe borner au pre- 
mier régime , toutes les fois qu'on ef- 
pere qu'il efl ii'ffifant, & qu'on eft af- 
faire que la chaleur de la fièvre n'eft 
pas plus ardente à l'intérieur qu'elle 
paroît à l'extérieur ; ce qui eft aifé à 
connoître par le pouls & la refpiration , 
lorfque leurs mouvemens ne font ni ir- 



58 Traité be Rhasès, 
réguliers , ni précipités ; & que la cha- 
leur delà poitrine n'eft pasexceffive au 
toucher : (oyez affuré alors que la fiè- 
vre (quand bien même elle augmente- 
roit du double & même plus) ne condui- 
ra pas le malade à la mort , par un excès 
de chaleur : on peut s'en convaincre 
en la comparant avec les autres fièvres 
qui parviennent au même degré , dans 
les mêmes tempéraments , & qui néan- 
moins ont laine les fujets fains & faufs. 
Quand vous verrez que l'éruption com- 
mence à fe faire , fervez-vous des remè- 
des qui ont déjà foulage le malade, & qui 
ont rendu les mouvemens du pouls &C 
de la refpiration plus libres & plus ré- 
guliers ; mais fi vous obfervez que l'é- 
ruption foit lente & difficile, écartez 
de votre pratique tous les grands ra- 
fraîchiffants ; carufer de pareils remè- 
des, c'eft agir contre l'intention de la 
nature , & l'empêcher de pouffer à la 
peau l'humeur fuperflue dont elle cher- 
che à fe déharaffer. On connoît qu'on 
s'eft trompé dans le choix des rafraichif- 
fants , lorlque leur ufage eft fuivi d'une 
anxiété, d'une inquiétude qui n'éxif- 
toient pas auparavant ; &c s'il furvient 
une palpitation de cœur , Ja faute eft 



sur la Petite Vérole. 59 

encore plus grave. Ceft pourquoi oc- 
cupez-vous à r'amollir la peau , de la ma- 
nière que j'ai dit , & donnez à plufieurs 
reprifes de l'eau chaude toute pure , 
(») ou bien de l'eau où l'on a fait bouil- 
lir de la femence de fenouil , ou de per- 
fil , ou bien de quelque autre plante 
capable de faciliter l'éruption de la pe- 
tite vérole , à une dofe raifonnable &C 
proportionnée au degré de chaleur, 
d'inflammation , &c aux forces du ma- 
lade : &C ayant égard encore au retar- 
dement plus ou moins long de l'érup- 
tion. 

Voici la defeription d'un remède 
calmant & lenitif qui n'excite pas une 
forte chaleur , & qui facilite l'éruption 
de la petite vérole. 

Pren. Figues blanches. N 9 . 20» 

Raifinsfecs fans pépins. 20 gros. 

M Cela prouve combien la plupart des 
Auteurs étoient peu fondés, lorfqu'ils ont cri- 
tiqué Rhasès , qui emploie les ratraîchifTans , 
ainfi que les remèdes contraires, fuivant les 
circonftances , & les indications qui décident 
la nature des fecours. Je crois qu'on lui ren- 
dra un peu plus de juftice lonqu'on l'aura lu. 



60 Traité de Rhases , 

Faites bouillir le tout dans trois li- 
vres d'eau iufqu'à ce qu'ils fbient fon- 
dus , &C réduits en pulpe : faites boire 
de cette liqueur une demi livre en 
trois fois, couvrez le malade de (es 
habits j & donnez-lui le bain de vapeu» 
comme nous avons dit. 

Remède plus efficace. 

Pren. De la déco&ion précédente. 

4 onces. 

Décoction de femences de fcc- 

nouil & de perfil. i onces. 

Faites boire & expofez à la vapeur. 

En voici un autre encore meilleur. 

Pren. Semences de fœnouil & de 
perfil de chacune 10 gros , faites les 
bouillir dans l'eau de la première dé- 
coûion , jufqu'a ce qu'elle fe charge 
d'une couleur rouge ; paffez la liqueur 
& faites en boire 3 onces. 

Ce dernier remède eft falutaire dans 
bien des urconftances. 

Prenei. Rofes rouges 4 gros. 



SUR la Petite'Vérole. 6i 

Lentilles mondées. 9 gros. 

Figues jaunes. N°. 10. 

Adragant. 3 gros. 

Raifins fecs épluchés. 10 gros. 

Gomme-laque fans bâtons 

& bien lavée 3 gros. 

c de tœnoiil. 

Semences. ^^ 5 gros. 

Faites bouillir dans deux livres d'eau 
jufqu'à diminution d'un quart : le ma- 
lade prendra une demie livre de cette 
décoclion avec un demi fcrupule de 
faffran,qu'il prendra deux ou trois fois, 
fuivant le befoin. 

Nous allons parler maintenant des 
parties qui ont befoin d'un traitement 
particulier. 




€ï Traité de Rhasès, 

CHAPITRE VII. 

du traitement particulier 
des Yeux .delà Bouche , &< 



c. 



J. L faut , dès qu'on voit paroître les 
fîgnes de la petite vérole , s'occuper à 
garantir les yeux principalement; la 
bouche , le nez , les oreilles , les jointu- 
res, de la manière fuivante : il faut 
avoir foin encore de la plante des pieds , 
de la paume des mains : ces parties 
font fonvent expofés à des douleurs 
très-vives , parce que l'éruption s'y 
fait difficilement à caufe de la callofité 
& de l'épaifleur de la peau. 

A la première apparition des fymp- 
tômes qui précèdent la petite vérole; 
diftillez goûte à goûte dans les yeux 
à plufieurs reprifes de l'eau fraîche , & 
lavez en le vifage & les yeux plufieurs 
fois dans la journée ; car fi la petite 
vérole eit légère , les yeux en feront 
•xemps , cette précaution eft toujours 



sur la Petite Vérole. 6j 

néceffaire. Mais lorfqne la fermenta- 
tion commence , que les puftules font 
en grand nombre, & que les paupiè- 
res démangent ; lorfqu'on voit le blanc 
des yeux , ou quelques parties de l'œil 
fort rouges ; il y aura certainement des 
puftules , à moins qu'ils n'ayent été 
bien préparés &c prémunis contre la 
petite vérole. 

Ne tardez pas alors à verfer goûte à 
goûte dans les y eux , de l'eau rofe", dans 
laquelle on aura fait macérer du fumac , 
plufieurs fois dans la journée : faites un 
collyre avec de la noix de galle pilée 
dans l'eau rofe. On peut fe fervir en- 
core du fuc des grenades qu'on tire par 
exprefïion , pour conferver les cils des 
paupières ; faites un collyre avec le 
mamithfa (a) le verjus le fut du lyciurriy 
(£)l'aloes, l'acacia, une partie de cha- 

(a) Le m.irnithfa des Arabes, eft une plante 
qui a été fort recommandée pour tous les maux 
des yeux ; elle reffemble à celle que nous ap- 
pelions le pavot cornu ; elle eft vifqueufe & 
aflringente comme Yhypocifle ; on en tiroit un 
fuc qu'on faifoit épaifïir , & qu'on vendoiten 
petites boules. Son ufage n'eft plus connu. 

b, Le lycium eft un arbrilfeau épineux qui 
tirefon nom du pays où il croit : c'eit-à-dire 



64 Traité de Rhasês, 
que , & un dixième de faffran. Ce col- 
lyre convient dans cette circonftance 
& fait du bien ; mais fi l'éruption eft 
forte , les pullules en grand nombre , 
& qu'on conjecture à la rougeur & au 
gonflement de l'œil , qu'il n'eft pas pof- 
îible d'éviter l'éruption dans les yeux, 
que ces fecours ne font qu'appaifer pour 
un moment , & que la rougeur devien- 
ne au premier état , & même plus 
forte -, cédez alors d'employer les pre- 
miers , & fervez-vous d'un peu à'Al- 
muri (c) fait avec l'orge , & dans lequel 

en Lycie. On ne connoit en Europe que !e 
lycium europœum , Lin. Efpece de ramnut 
qu'on appelle l'épine noire , dont la graine teint 
en jaune. 

(c) L'almuri étoit une composition pharma- 
ceutique , qui s'employoit à titre de purgatif, 
de calmant, de rîéteruY& d'antidote contre la 
rage : on s'en fervoit intérieurement & exté- 
rieurement- L'almurigari ou nabaihaum , étoit 
celui qui fe préparoit avec l'orge ; & c'eft celui 
dont parle ici Rhasès, Le Traducteur Anglois 
que nous fuivons ici, nous donne la manière 
dont on le compofoit chez les Arabes , d'a- 
près Ebn-Gia^la Prenez du pouillot & du 
pain de froment fait fans fel ni levain , & cui{ 
jufqu a ficcité , de chacun 30 liv. Mêlez-les 
enfemble & mettez-les dans une cruche avec 

a 



sur la Petite Vérole. 65 

il n'entre ni vinaigre , ni acide quelcon- 
que. Lorfque les boutons naiflent fur 
la conjonûive , la vue ne court aucun 
rifque, mais ceux qui nailTent fur la 
cornée , font des obftacles à la vue , 
parce qu'ils ferment le paffage de la 
lumière plus ou moins , à raifon de leur 

ao liv. de fel , 2 quarts de liv. de fenouil , & 
un quart de livre de nielle ; expofez ce mélan- 
ge pendant 40 jours aux chaleurs du foleil 
d'Eté : on le pile trois fois par jour , & on 
l'arrofe avec de l'eau ; lorfqu'il noircit on le 
met dans un vafe de verre & on ajoute à la 
mafle une égale quantité d'eau ; on le laiffe 
ainfi pendant 14 jours , en l'agitant matin & 
foir. On le laifle fermenter : après la fermen- 
tation on coule. On fe fert encore de la lie ou 
fèces , qu'on expofe au foleil pendant deux fe- 
maines. On y remet de l'eau , on agite le mé- 
lange , & on palle le tout. On remet encore 
les fèces avec de l'eau , & l'on répète ce pro- 
cédé jufqu'à trois fois. On adoucit celui d'entre 
tous ces mélanges , qui efl trop falé , avec des 
jujubes ,dumiel,oudesdatteSj à ladofe d'une 
livre fur chaque 10 livres ê'almuri. On ajoute 
au tout du faffran , de la canelle , & quelques 
autres aromates. Avlcenr.e eft du fentiment 
de Rhasès ; ils difent l'un & l'autre , que Xal- 
muri appliqué en collyre , prélerve les yeux 
des puftules de la petite vérole. Il fautfufpen- 
dre fon jugement , avant de l'avoir éprouvé. 

Tome II, F 



56 Traité de Rhases; 
grofleur ou de leur ténuité. Quand celai 
arrive , il faut choifir les plus forts dif- 
folvants parmi ceux que nous allons 
indiquer. Il ne faut pas toujours s'at- 
tendre à une parfaite guérifon ; mais 
quelquefois cela guérit , s'il furvient 
un gros bouton à la tunique (^) rhagoi- 
de : fervez vous d'un collyre fait avec 
l'eau rofe , & mettez en fur les yeux 
plufieurs fois dans la journée , & fou- 
tenez le tout avec une pelotte & ua 
bandeau , ou bien appliquez un peu 
êajzefoa collyre dont nous venons de 
parler (<;) , & dont on a ôté le faffran , 
auquel on fubftitue une partie de pier- 
re hématite , de peur que l'œil ne de- 
vienne plus gros. Voila ce qui eft né- 
ceffaire à favoir pour l'afFeclion des 
yeux. 

Après les yeux , l'objet le plus di- 

(d) La choroïde eft la féconde tunique du 
globe de l'œil , qui eft noirâtre, & qu'on ap- 
pelle rhugoide , à caufe de la reflemblance 
avec un grain de raif;n noir. 

(e) Les Arabes donnoient le nom dejîcfa des 
trochifques deftinés pour les maux des jeux : 
11 y en a voit de plufieurs fortes ,/e/de plomb j 

fief d'encens , &c. Ce nom s'eil confejvé 
longterr.s parmi les Médecins» 



sur la Petite Vérole. 6j 

gne d'attention, c'efl: la bouche & le 
gofier ; il faut craindre que l'éruption 
qui arrive dans ces parties ne foit pré- 
judiciable au malade, &C n'empêche la 
refpiration : il arrive fouvent que les 
petites véroles d'un mauvais caraétere 
occafionnent des fuffocations violentes j 
alors il n'y a pas le moindre eipoir pour 
le malade : pour éviter ce danger, il 
eft effentiel avant l'éruption , que le 
malade fe gargarife la bouche &: le go- 
fier avec le fuc de grenade , ou une in- 
fitfion de îiimach, ou avec le firop de 
meures , ou avec quelqu'un des remè- 
des indiqués au Chapitre cinquième des 
rafraîchiffants , ou bien avec de l'eau 
pure ( fi les autres manquent ) à plu- 
îieurs reprifes , pour prévenir toute 
éruption dans ces parties , ou afin, que 
s'il y furvient quelque bouton , il foit 
fans danger; il faut donc les garantir 
& les fortifier , pour éviter les pu- 
flules , & la fuffocation qui ne man- 
queroit pas d'arriver , fi elles étoient 
nombreufes ; il faut furtout avoir re- 
cours à ces remèdes lorfque l'enroû- 
ment de la voix , la difficulté de ref- 
pirer , la douleur Si l'embarras de la 



68 Traité de Rhases, 

gorge accompagnent les autres fymjH 
tomes de la petite vérole. 

Bien plus , fi ces fyptômes font vio- 
lents , quoique l'éruption foit déjà 
faite ; faites une faignée à la veine cé-- 
phalique , 8c s'il refte encore dans la 
bouche ou le gofier quelque chofe qui 
incommode le malade ôc que le ventre 
libre, donnez un peu de beurre récent, 
mêlé avec du fucre , pourvu que la 
chaleur de ces parties ne foit pas trop 
confidérable. Mais s'il y a chaleur &C 
inflammation ; faites lui fucer un 
looch fait avec les femences de pfyl- 
lium , des amandes pelées & du fucre. 

Prtntç. Amandes douces 

pelées. une partie. 

Semences de courge, deux parties. 
Sucre. trois parties. 

Mucilage de femences de pfyllinmQ. 
S. pour faire un looch. Si le ventre eft 
libre , faites un looch avec la gomme 
arabique , les amandes , les pépins de 
courge , la fine farine, qu'on lie avec 
le mucilage de femences de coing. 

On doit s'occuper cnfuite des arti? 



sur la Petite Vérole. 6$ 
dilations , ou il furvient Couvent des 
puftules en grand nombres , qui ron- 
gent ces parties , au point que les ten- 
dons & les ligamens font quelquefois 
à découvert. Lorfque vous voyez les 
fymptômes de la petite vérole , furtont 
s'ils font violents ; fi les puftules font 
remplies d'humeurs, ne perdez pas un 
inftant pour garantir les articulations; 
appliquez deflus du fantal, du mamith- 
fa,\e bol d'Arménie, le camphre, le 
vinaigre & l'eau rofe; en frottant, 
n'appliquez rien au delà des articula- 
tions , & s'il y a de fortes puftules, 
il faut les ouvrir, & faire écouler l'hu- 
meur qu'elles renferment : on doit les 
ouvrir promptement , parce qu'elles 
font très-dangereufes pour ces parties. 

On doit encore s'occuper à garan- 
tir le nez & les oreilles, parce qu'une 
petite vérole abondante dans ces par- 
ties , porte toujours préjudice au ma- 
lade , furtout lorlque l'éruption fe fait 
dans l'intérieur des oreilles. 

Faites renifler au malade de l'huile 
rofat un peu tiède , dans laquelle on 
fait fondre un peu de camphre : injec- 
tés dans l'oreille du vinaigre rouge un 
peu tiède , auquel on ajoute éujîef, ow 



70 Traité de Rhasès, 

du collyre de mamithfa , ou du lyclum 
des Indes fur un petit morceau de co- 
ton : on répète cela deux ou trois fois 
par jour. 

S'il furvient des douleurs vives à la 
plante des pieds , il faut les frotter avec 
de l'huile tiède, & de l'eau chaude, au 
moyen d'un morceau d'étoffe de coton. 
Si la douleur ne cède pas par ce moyen , 
ni que l'éruption ne puifle pas fe faire ; 
broyei avec du lait du maïs mondé, & 
faites en un cataplafme , que vous con- 
tiendrez avec un morceau de toile pen- 
dant la nuit ; fomentez enfuite la par- 
tie avec de l'eau chaude &c répétez le 
Uniment ; ou bien pilez des dattes avec 
du beurre , dont vous ferez une pâte 
pour appliquer deffus. Enfin on peutfe 
fervir avec avantage du marc d'huile 
de Ben : toutes ces huiles ramolliflent 
la peau , calment les douleurs , & faci- 
litent l'éruption de la petite vérole. 



sur la Petite Vérole, yt 

CHAPITRE. VIII. 

Des moyens de conduire les 

boutons de la petite 

vérole a maturité. 

j\ PRÈS l'éruption entière de la pe- 
tite vérole , fi l'on voit que la fup pu- 
ration des pullules elt lente ; & que 
l'éruption ait foulage le malade; file 
pouls , la respiration font en bon état; 
fi le malade n'a plus d'inquiétude , il 
faut s'occuper de la maturité des bou- 
tons : mais fi les pullules font dures ÔC 
rudes, femblables à des verrues, que 
le malade au lieu d'être mieux fe trouve 
plus mal, ioyez fur que cette petite vé- 
role eft mortelle. Il elt inutile de les 
faire mûrir , elles font du nombre de 
celles qui n'y parviennent jamais. 

Mais on accélère la maturité de cel- 
les qui peuvent fuppurer avec la va- 
peur de l'eau chaude fimple , ou dans 
laquelle on a fait bouillir de la camo- 



ji Traité de Rhasès, 

mille, des violettes , du melilot , de l'ai- 
thea , du fon , ou tout enfemble , ou 
chacun en particulier ; on met l'une de 
ces eaux dans deux bafïins comme nous 
avons dit précédemment, en parlant 
des moyens qui facilitent l'éruption de 
la petite vérole ; & fi dans le même 
tems le malade fe fent foulage par cette 
Vapeur , continuez jufqu'à ce que la 
fuppuration foit parfaitement établie , 
& avant ce tcms ne vous prefTez point 
de faire ufage des fumigations qu'on 
employé pour fécher les boutons ; ÔC 
defquelles nous allons parler. 









CHAP. 



sur la Petite Vérole. 73' 
CHAPITRE IX. 

Z>£5 AfOr£JV5 DONT IL FAUT SE 
SERVIR POUR FAIRE SECHER 
LES PUSTULES DE LA PETITE 
VÉROLE. 

Il efl effentiel de faire des (tarifica- 
tions à toutes les pullules d'une gran- 
deur extraordinaire & énorme : & on 
a loin de les efluyer avec un morceau 
de linge doux &: bien propre , qui ne 
puiiTe ni excorier , ni blefler la peau : 
dans le même tems on fait un parfum 
de rofes feches , ou de feuilles de myr- 
the ou de fantal, ou d'iris , ou bien de 
tamarifc. Les rofes font préférables en 
été , en hyver le tamarifc. 

Les pullules trop remplies d'humeur 
méritent nos foins ; c'eft pourquoi lorf- 
qu'elles font trop remplies d'umidité , 
laites dormir les malades fur un lit de 

Tom. Il G 



74 Traité de Rhasès , 
rofes (/) écrafées , ou fur de la farine 
de riz, ou de millet, dont on fait une 
forte de matelas avec de la toile claire 
& légère , & s'il y a des endroits à la 
peau d'écorchés , mettez fous lui des 
feuilles récent s d'iris , couvrez ces 
parties de quelque poudre aromatique , 
de rofes , de myrthe &c. s'il y a quel- 
que endroit ulcéré , il faut le faupou- 
drer avec une poudre aromatique, 
compofée d'aloes, d'encens , de farco- 
cole , & de fang dragon , & lorfque les 
puftules crèvent , foit d'elles mêmes , 
ibit par furabondance d'humeur : il faut 
les fécher avec un topique , où il entre 
un fel. 

Prenei une once d'huile de fefamum , 
dans laquelle on pile deux gros de fel 
ftandar (g) dont on fait un Uniment 
femblable à un collyre ; on y ajoute 
égale quantité d'alun , on en trotte le 
corps du malade fans toucher aux en- 

(/") On doit s'appercevoir ici que la méde- 
cine de Rhasès n'éioit pas fi barbare. 

(g) Le fel ù'Andjr eft un Tel extrêmement 
blanc , qui reflemble au crvfta' par fa tranfpa- 
rence , on le tire des entrailles de la terre , d'un 
Village appelle Andur , fituéà un mille d'A!ep. 
Voy. Mead , de varioiis pag. 16s. 1747- 



sur la Petite Vérole. 75 
droits qui font écorchés ou ulcérés : car 
il cauferoit des douleurs très-vives; ne 
le laifiez pas plus d'une heure fur le 
corps , enfuite emportez-le avec une 
décoftion de myrobolans embliques , de 
bayes de tamarifc , de feuilles de myr- 
the & d'écorces de grenade ; & cela 
fuffit fi l'humidité fe diffipe , tk fi les 
pullules fe lèchent ; finon , preneç du 
bol defufe blanc , ou une terre bolaire 
quelconque ( pourvu qu'elle ne foit pas 
rouge ), à laquelle on ajoute un dixième 
de fel A'Andar; & un dixième d'alun; 
on en fait un liminent , qu'on laiffe fur 
le corps l'efpace d'une heure ou deux ; 
enfuite on le lave & on l'effuye. 






G ii 



j6 Traité de Rhasès, 

CHAPITRE X. 

Moyens d'enlever les croûtes 
ou écailles de petite 

VÉROLE. 



Lorsque la petite vérole eft en 
croûte & que la chute des écailles ne 
le fait pas, examinez celles qui font 
minces , bien feches , & qui ne laiffent 
ious elles aucune humidité. Touchez les 
avec un peu d'huile de fefamum tiède , 
jufqu'à ce qu'elles moliffent & qu'el- 
les tombent : mais ceiles du vifage de- 
mandent un autre traitement; on tou- 
che ces dernières avec l'huile de pifta- 
ches , & s'il y en a qui foient fembla- 
hles à des efcharres , & qu'elles aient 
une certaine groffeur Se quelque peau 
défions , détachez les doucement & 
fans huile : fi les cavités que laiffent les 
boutons ont quelque humidité , effuyez 
les légèrement avec un peu de cotton , 
bien doux : mais fi l'humidité eft confi- 



sur la Petite Vérole. 77 

dérable , il faut les couvrir d'une pou- 
dre aromatique, furtout fi elles font 
peu creufes & peu profondes ; fi elles 
ne font point creufes, avec la poudre 
d'alun & de fel d'andar ; & laiflez croî- 
tre l'efcharre , & s'il y a de l'humidité 
encore défions , répétez la même opé- 
ration ; s'il n'y a aucune humidité 
defibus , frottez les feulement avec de 
l'huile, pour les ramollir ôc faciliter leur 
chute. 







Giij 



78 Traité de Rhasès, 

CHAPITRE XI. 

Des moyens d'enlever les 
marques de la petite 

VÉROLE. 



J-i E s traces que Iaifle la petite vérole 
font de deux fortes ; il faut diftinguer cel- 
les des yeux & celles du refte du corps. 
La marque qui refte dans les yeux eft 
toujours blanche ,. comme nous avons 
obfervé : quand cela arrive aux enfans , 
qui ont naturellement la peau fine ÔC 
délicate , & qui abondent en humeurs , 
cet inconvénient eft facile à ôter par 
les déterfifs qui ont cette propriété. 
On compté le (k) Baurak , le fel XAn- 
dar & le fel ammoniac , l'éponge ou 17- 
cume de mer, le (/') majjahkounia , le 

(h) C'eft le borax. 

(i) Mead croit que le Maffahkounia n'eft 
autre chofe que les lcories du verre D'anres 
prétendent que c'eft du verre piic. E: n r. n d'au- 
tres, loutiennent que ce u'eil qu'un mélange de 



SUR la Petite Vérole, 7^ 

Cancre de mer , les hantes de moineau , 
d'hyrondelle , d'étourneau , de rat &C 
de lézard : l'acorus , l'ébene , le (&) Ma- 
m'iraan , le corail , la tuthie , la pierre 
hématite, le verd de gris, le lucre (/) 
hedgia^i , le marc du vinaigre brûlé , le 
(edtment de l'urine , la myrrhe , le fan- 

fel & de briques, piles enferr.ble, & fondu» 
parla chaleur du feu , & dont on le fert pour 
purifier l'or. Quoi qu'il en foit , Rhasis , Avï- 
cenne , Gui de Chaulïuc , & YAnfranc , re» 
commandent le majjahkounia pour enlever les 
taches de la cornée , ou les perles des yeux ; 
& il s'emploie dans les collyres. Si c'eft les 
fcories d'un verre quelconque , elles peuvent 
avoir quelque vertu , parce que ce font les 
impuretés & toutes les matières étrangères qui 
furnagent le mélange en fufion qui devient 
verre. Si c'eft du verre pilé , il ne peut agir 
que d'une manière méchanique , c'eft- à-dire , 
en déchirant le tifffl de iapaitie aftec^ce. Enfin 
le dernier mêlante , fuivant la nature de a 
piene , ou delà chaux qu'on emploie , peut 
être un çauftiqua & un déterfif très-violent. 

(â) Le mawraan ei\ l'eau diftilléedes fruits 
du cornouiller. 

(/; Le fucre hedgiasn n'eft autre chofe que 
le fucre de l'Arabie Pétiée, qui fort en larmes 
du rofeau qu'on appelle la canne a fucre. Ce 
fuc ou fucre eft un bon déteifif pour les yeux, 
fuivant Rhasés & Avicenne. 

G u) 



8o Traité de Rhases , 
darach , le marc d'huile d'olive & d'a- 
mande arrière ; le fuc du laitron , le 
verre , la fiente de chauve (ouris & le 
mufc. Lorfque vous ferez ulage de 
ces remèdes , ils réuffiront beaucoup 
mieux après que lemaladeaura pris un 
bain , ou que le vifage aura été expofé 
à la vapeur de l'eau chaude. Il faut ob- 
ferver encore de n'employer que les 
plus doux de ces remèdes pour tous 
les fujet délicats &C abondants en hu- 
meurs. 

Voici un bon remède pour les tayes 
des yeux. 

Répandez fur les yeux de la farcocolle 
mêlée au fucre. 

Meilleur. Saupoudrez avec l'éponge 
qu'on appelle écume de mer , la farco- 
colle &c le fucre. 

Saupoudrez avec une poudre de bo- 
rax , d'épongé marine , de Maffah- 
kounïa , la farcocolle & le fucre. 

Efficacior. 

{Prtnei verd de gris. 10 gros. 

'. Sagapaenum. de chaq. 

.Sel ammoniac. z gros 

'Sarcocolle. &i demi. 



sur la Petite Vérole. 8i 

«Eponge marine. , , 

Maffahkouma. de ch ^' 

(Borax. 3 gros. 

< Jonc odorant. de chaq. 

iMamiraau. logros. 

Faites cuire le tout fur deux fois le 
poids d'eau , jufqu'à ce qu'elle s'épaif- 
ïiffe, on y fait fondre les gommes, on 
lie le tout & on en forme unjî,:j, c'eft- 
à-dire un collyre , ou plutôt des tro- 
chifques ophtalmiques. 

Et lorfqu'on veut faire ufage de ce 
remède; on en mêle un peu avec de 
l'eau dans un mortier d'ébene , de fa- 
çon qu'il foit un peu épais, Se on s'en 
fert avec un pinceau pour en toucher 
la partie affeclée de l'œil. Avant Si 
après on fe fait lécher les yeux , enfuite 
on iaupoudre légèrement les yeux ; ob- 
fervez les yeux affidument, afin que 
s'ils étoient douloureux ou rouges , on 
fiifpendit l'ufage du remède pendant 
quelques jours : après quoi on recom- 
mence ce remède ; quoique fort , il eft 
efficace. 

.Voici les remèdes qui ôtent les mar- 



Sz Traité de Rhasès , 
ques que lahTe la petite vérole. La Cm) 
litharge blanche , les racines feches de 
rofeau , la poudre des os vermoulus , 
l'éponge marine, le corail , la farcocol- 
le , les amandes , l'ariitoloche , la noix 
de ben ; les femences de raifort , de me- 
lon , de roquette ; la farine de riz & de 
fèves , de lupins &c d'haricots : on en 
fait un mélange avec l'eau de riz , ou 
l'eau d'orge , & l'on en frotte le corps. 

Liniment qui ôte les marques de 
petite vérole. 

Prenez farine de pois & de 

fèves de chaq. 3 gros, 

femences de melon 5 gros, 

litharge blanche , 2 gros, 

racine feche de rofeau 3 gros. 

Liez le tout avec de Tenu d'orge , 
& frottez- en une couple de fois le ma- 
lade , après qu'il aura reçu la va peur de 
l'eau chaude , tête bailïée , ou bien au 
fortir d'un bain. Eniuite on le lavera 
dans le bain avec une décoction d'écor- 
ce de melon , de violettes, de Ion & 
de pois. Faites des fri£tions à la peau , 
ôc répétez le liniment. 

(m) Ou chaux de plomb. 



sur la Petite Vérole. 85 

Liniment encore plus efficace. 

Prenei de la farine de fèves rondes , 
qui reffemblent aux lupins , 5 gros. 
t amandes ameres, 
) coftus dulcis , de chaq. 2 gros. 
j graines de roquette, & demi. 
(. de raifort , 

Employez de la façon précédente. 

Autre liniment plus efficace que le 
précédent, 

Prenei amandes ameres , 5 gros. 

c femenccs de raifort , 
\ de roouette , de chaq. 1 gros. 
\ de coftus , & demi 

(. d'ariftoloche longue, 
borax , 3 gros, 

poivre, 1 gros.Scdem. 

Servez vous- en avec les précautions 
mentionnées ci deflus , <k formez-en 
un liniment avec l'eau de raifort. 

Voila les chofes qui effacent les 
marques & les cicatrices que laifle la 
peti'e vérole. 

Quant à ce qui concerne les remè- 
des qui effacent les creux de la petite 



$4 Traité de Rhases, 
vérole , & rendent la furface de la peau 
égale. Je laiffe ce foin à l'homme ; qu'il 
s'engraiffe , qu'il fe baigne , & fe frotte 
fouvent le vifage. 

Il eft à propos de parler à préfent 
du régime qui convient au malade , &C 
des remèdes concernant la curation de 
cette maladie. 










sur la Petite Vérole. Sç 



CHAPITRE XII. 

de la diete des 
Malades. 

1 L faut que le malade boive de l'eau 
d'orge préparée de la même manière 
que celle qu'on emploie dans les ma- 
ladies aiguës : fi la fièvre eft douce &C 
paifible , &C que le ventre ne (bit pas 
du tout libre , on y ajoute du fucre 
blanc : mais li la fièvre eft forte &C 
le ventre libre , on y mêle alors la 
moitié de la quantité de jus de gre- 
nade écrafée avec fes grains : il faut 
faire attention que la pulpe & les feuil- 
lets intérieurs de ce fruit purgent. Si 
le malade ne dort pas , ajoutez à 
l'orge , en préparant la crème , en- 
viron la moitié de pavot ; & fi le ven- 
tre eft très-libre , mêlez à l'orge mon- 
dé les grains fecs de grenade &£ le pa- 
vot à égale quantité ; s'il eft néceflai- 
re de reflerrer , à la place de l'orge 
mondé , fervez-vous de favic <For°& , 



S<5 Traité de Rhasés, 
& de celui de grains de grenade, qu'on 
fera cuire enfemble de la même maniè- 
re que la ptifane d'orge («) , ôi qu'il 
en boive comme de l'eau d'orge , Am- 
plement , ou avec du fpodium & la 
gomme Arabique , fi le cours de ventre 
y oblige ; ou bien avec les remèdes que 
nous indiquerons bientôt. L'eau d'or- 
ge , oh l'on a joint le me de grenade , 
eft excellente dans la petite vérole ; 
elle l'eft encore plus dans la rougeole. 

Les eaux diftillées de courge , de me- 
lon d'Inde , de concombre ; le muci- 
lage des femences de pfyllium ; ck les 
chofes femblables , qui donnent un 
pblegme doux , fans odeur. Tous- ces 
remèdes font plus utiles dans la rou- 
geole que dans la petite vérole : Dieu 
en eft témoin ; à moins que la petite 
vérole ne foit d'un mauvais caractère , 
que la fièvre & la chaleur ne foient 
très-fortes , & qu'il y ait infomnie. 

Mais dans la petite vérole , où la 
fièvre & l'inflammation ne font pas à 
un fi haut degré de violence : les remè- 
des de cette nature retardent la mala- 



(«) C'eft la ptifanne d'orge inondé , que 
tout le monde connoit. 



sur la Petite Vérole. 87 
die & la font traîner en longueur. 
Ainfi leur ufage dépend de l'état attuel 
du malade , & du caraftere delà ma- 
ladie. Lorfque la petite vérole doit fa 
naiffance à une chaleur putride , jointe 
è beaucoup d'humidité : les remèdes 
qui conviennent alors dans cette mala- 
die , font tous ceux qui joignent à une 
vertu raffraichiflante , celle de donner 
de la confidence aux humeurs ; tels 
que le fuc de grenade , les raiiins acer- 
bes , & autres femblables. Mais dans 
la rougeole , qui eft produite par une 
fermentation de bile , ils (ont encore 
plus falutaires , parce qu'ils hume&ent 
6c rafraîchiflent en même tems , & 
corrigent ainfi la corruption du fang. 
Le fang d'une perfonne qui a la rou- 
geole , reffemble en quelque forte à 
ces eaux dormantes &C corrompues, 
dont toute la falubrité & la fluidité fe 
trouvent enlevées & évaporées par 
l'action dufoleil, qui les met en fer- 
mentation : enforte qu'il ne refle plus 
qu'un fédiment acre & mal faifant ; 
mais lorfqu'elles fe trouvent renouvel- 
lées par des pluies , par des eaux vives 
& fraîches , elles deviennent faines &C 
falutaires. Il eft utile de donner du 



8S Traité de Rhasès ; 
favic d'orge bien lavé , dans la petite 
vérole , & d'y joindre un peu de fu- 
ere , ou du lue de grenades , ou un ju- 
lep approprié , fuivant que le ventre 
eft libre ou reflerré , &C à raifon de la 
chaleur plus ou moins forte du fang en 
fermentation. Mais l'eau d'orge eft plus 
légère, plus agréable & plus facile à 
prendre dans la petite vérole, que dans 
la rougeole ; elle eft en même tems 
meilleure & plus falutaire pour la gor- 
ge & pour la poitrine. 

C'eften faifant toutes ces confidéra- 
tions , que vous devez agir ainfi , & 
après que vous aurez connu que l'eau 
d'orge convient mieux en général dans 
la rougeole , que dans la petite véro- 
le , à moins que cette dernière ne foit 
d'un mauvais caraftere , comme nous 
l'avons fait obferver. 

Les lentilles mondées font encore 
utiles dans la petite vérole , lorfqu'on 
en forme l'aliment du malade avec le 
fuc de grenade ou le vinaigre. On en 
fait une crème légère , qu'on boit avec 
de l'eau fraîche, qui eft très-bonne dans 
ce cas. Il faut favoir en outre que 
l'eau froide convient mieux dans la 
rougeole que dans la petite vérole ; 

qu'elle 



sur la Petite Vérole. 89 

qu'elle eft plus falutaire , & qu'elle 
fort avec plus de facilité dans le pre- 
mier cas que dans le fécond. Lorfque 
la petite vérole eft accompagnée d'une 
inflammation forte , que les mouve- 
inens du pouls & de la refpiration font 
précipités &C interrompus , on fe fert 
alors des remèdes rafraichiffans , pro- 
portionnés à la violence de ces fymptô- 
mes : s'ils font peu confidérables , on 
doit être modéré dans leur ufage ; s'ils 
font violens , il faut les multiplier. 
Mais ne permettez pas de manger la 
chair des jeunes oifeaux , qu'après que 
le pouls & la refpiration font revenus 
à leur état naturel , & après la chute 
des croûtes. 

Nous allons dire dans quel état il 
faut entretenir le ventre dans la petite 
vérole , & dans quel cas il doit être 
libre ou refferré. 






7om.Il. H 



ço Traité de Rhases, 

CHAPITRE XIII. 

De la conduite qu'on doit 
observer a l'égard du ven- 
tre , dans là petite vérole, 

x L furvient fouvent un cours de ven- 
tre dans le déclin delà petite vérole & 
de la rougeole , fur-tout dans cette 
dernière maladie. Pour éviter cet in- 
convénient , il ne faut rien donner qui 
puiffe lâcher le ventre fur la fin de ces 
maladies ; quand même le malade feroit 
conftipé. Au contraire, lorfque le ven- 
tre eft lâche , il faut le refferrer , mê- 
me au commencement de la maladie ; 
quoique au commencement de ces deux 
maladies , les lénitifs foient en quelque 
forte néceffaires. Car vous éprouverez 
quelquefois la néceffité de les employer 
dans la petite vérole ; tantôt pour 
calmer l'excès de chaleur & la douleur 
de tête ; tautôt pour foulager la nature 
& pour diminuer la quantité de la ma- 



sur la Petite Vérole, jt 
tiere variolique. Quand on préfume 
que cette maladie fera trop abondante, 
on peut le faire pourvu que l'on n'ob*- 
ferve pas ; avant ou après la faignce , 
que le corps foit aftbibli ou exténué ; 
au lieu que pour purger , il faut que le 
malade foit enflé , rempli , pâle , ou 
d'une rougeur foible , & que le pouls 
foit ondulant : quelquefois même il 
n'eft pas néceffaire de taire une faignée 
dans cet état , mais il faut alors s'occu- 
per à diminuer la quantité des hu- 
meurs. On ne balancera pas lorfque 
ces fypnptômes feront évidens , que le 
corps fera replet & comme couvert 
de furoncles , la fièvre lans violence ", 
& le corps fans rougeur : dans cet état, 
ce qui convient le mieux , c'efl une dé- 
coction des myrobolans citrins , où 
l'on ajoute du fucre blanc . &C le fuc 
de grenade écraiée dans fa pulpe ; on 
peut y joindre la pulpe d'une ou même 
de deux grenades , s'il eft néceffaire : 
car ces deux remèdes ont la propriété , 
fur-tout la grenade , de diminuer la 
quantité des humeurs Se de la bile fans 
échauffer , & de laiffer le ventre fec. 
Voila ce qu'on peut faire de mieux 
dans ce cas. 

Hij 



yi Traité de Rhasés ; 

Dans la rougeole , donnez l'eau ou 
décoction des pruneaux de damas ; 
même les pruneaux fels ou macérés 
dans un julep , le tout avec du fucre. 
Ne vous fervez jamais de la manne (o) 
tcrenglabin ; car elle fera auffi nuifible 
dans la rougeole., que le miel l'eft dans 
la petite vérole par l'étourdiffement 
qu'elle procure , par les foibleffes & le 
mal être du malade ; c'eft avec le même 
foin qu'il faut éviter le lait doux & les 
violettes ; l'un & l'antre augmentent 
les foibleffes & l'inquiétude du malade , 
fuppofé qu'il en fut attaqué précédent 
ment. Le point le plus effentiel dans le 
traitement de cette maladie, confifte 
dans la faignée , lorfque le fang efttrop 
abondant , & qu'il n'eft poffible d'ap- 
paifer fa fougue par les remèdes rafraî- 
chiffants; il eft donc important d'en 
ôter une portion pour foulager la na- 
ture, diminuer la pléthore des vaif- 

■ (o) Les Arabes appellent Manne , en géné- 
ral , toutes las différentes gommes , réfines, 
ou lues épaiffîs, qu'on trouve fur certains ar- 
bres ; ck la manne terengiabin , étoit une forte 
de manne ; c'eft-à-dire un fuc épaiffi fur les 
feuilles de plufieuis arbrilfeaux qui croiflent 
dai.la Média cklaPerfe. 



sur la Petite Vérole. 93 
féaux fanguins &c leur gonflement ex- 
ceflif , caufé par fa furabondance ; fans 
quoi le malade n'eft point à l'abri des 
accidens & des mauvais fymptômes, 
furtout lorfque le fang eft échauffé au 
point qu'il abonde en exhalaifons. Il 
en eft de même dans la rougeole. Di- 
minuer la bile , lorfqu'elle eft abon- 
dante; enfuite on achevé la curation 
avec des rafraîchiffants. On connoit 
que la bile eft abondante à la violence 
de l'inflammation , au mal être du ma- 
lade , à l'évacuation de cette même hu- 
meur par le vomiflement ou par les fel- 
les & par l'amertume de la bouche ; &C 
quoiqu'elle ne foit pas abondante & 
que le malade ne la rende pas par l'une 
de ces voies : cependant fi la loif , lin- 
quiétude & la chaleur du corps font 
conlidérables ; elle eft nuiûble alors , 
non par fa quantité , mais par la qualité , 
qu'on eftime alors plus ou moins vi- 
cieufe , fuivant la violence de l'inflam- 
mation & le mauvais état du malade. 
Voilà ce qui eft effentiel à connoître 
fur la manière de conduire le ventre 
au commencement de ces deux mala- 
dies , &c lorfqu'au commencement le 
ventre eft libre, ne donnez aucun pur- 



94 Traité de Rhasès , 
gatif , car dans ces deux maladies , le 
malade n'eft pas du tout en fureté , fi 
ayant le dévoyement , il boit encore 
quelque chofe qui lâche le ventre ; c'eft 
pourquoi lorfque le ventre eft lâche, 
donnez lui du favic d'orge à la place de 
la ptifane ; & fi vous y êtes obligé, 
faites cuire dans le favic d'orge le favic 
de grains de grenade , & s'il y a un dé- 
voyement , mêlés dans fa boiflbn de la 
gomme arabique & du Spodium , par 
exemple. 

Prenez^ Gomme arabique. i gros. 

Spodium. i gros. 

Broyez les bien fin , comme pour un 
collyre , jettez cette poudre fur quatre 
onces d'eau de favic d'orge; faites boire, 
fi le ventre eft trop lâche. Mais une 
heure avant de prendre l'eau de favic 
d'orge , faites lui prendre le remède 
fuivant : 

Recette. 

f Rofes rouges écrafées. 

\ Spodium. , , 

Prenez. < Sem. d'ofeille. de . C , q * , 

iSumach. P arties e S alw - 

v Epine vinette. 



6ur la Petite Vérole. 95 

t Gomme arabique. 

3 Terre figillée. de chaq. 

jEcorce de pavot, la moitié. 

(.Balauftes. 

Faites en prendre la valeur de trois 
gros dans une once de rob de coing acer- 
be. Que fi le cours du ventre conri- 
nue , &C que le malade en foit affoiblî; 
faites lui boire de t ' Al-raib , acide dont 
on ôte la crème avec précaution , 
avec du bifcuit & un peu de gomme 
arabique. Quelquefois la dyfenterie fur- 
vient : il faut confulter l'endroit où je 
parle de cette maladie. 

Il nous relie à parler des petites vé- 
roles &c rougeoles curables & incura- 
bles. 







t)6 Traité de Rhasès^ 

CHAPITRE XIV. 

De la petite Vérole et Rou- 
geole BENIGNES , ET DES 
MORTELLES. 

JL a petite vérole & la rougeole font 
du nombre des maladies aiguës, avec 
lefqu'elles celles-ci ont beaucoup de 
fymptômes communs : tels que les fi- 
gnes pronoftics; c'eft-à-dire qui annon- 
cent le falut ou la mort. Dans les mala- 
dies aiguës , les fignes falutaires font: 
la refpiration aifée , l'entendement 
bon , l'appétit , l'agilité du corps , le 
pouls bien réglé , le peu de fouci du 
malade fur fon état , l'attitude du corps 
commode , le peu d'inquiétude & d'a- 
gitation ; il en eft de même des fymp- 
tômes mortels dont nous avons parlé 
amplement dans notre livre à Almanfor. 

Quant aux fignes pronoftics qui ap- 
partiennent à la petite vérole & à la 
rougeole, nous allons les décrire: 

Lorfqu'on apperçoit dans la petite 
vérole des pullules grandes, blanches, 
diferettes, en pet;t nombre, dont l'é- 
ruption 



sur la Petite Vérole. 97 
ruption le fait avec facilité , une fièvre 
qui n'eft ni vive , ni forte , ni chaude , 
fans trifteffe , fans inquiétude ; & lorf- 
que du premier moment de l'éruption , 
la chaleur , l'inquiétude &. l'agitation fa 
calment; que l'éruption eft faite , ces 
fymptômes s'appaifent , difparoîMent 
entièrement ; on doit mettre ces peti- 
tes véroles au rang des falutaires , &C 
de celles qui font fans le moindre dan- 
ger. 

Celles qui font grandes & blanches , 
approchent le plus de la bonté des pre- 
mières , quoiqu'elles foient en grand 
nombre , ferrées & cohérantes 5 pour- 
vu que l'éruption en foit facile , que 
leur fortie foulage le malade & qu'il 
éprouve un mieux comme nous l'avons 
obfervé. 

Mais celles dont l'éruption eft diffi- 
cile & ne foulage pas le malade , font 
mauvaifes , quoiqu'il n'y ait pas tant de 
danger pour le malade lorfqu'il fe 
trouve moins bien dans le tems de l'é- 
ruption , que lorfqu'il fe fent plus mal 
après l'éruption. Parmi ces grandes 
blanches , il y en a une efpece très- 
mauvaife & mortelle ; c'eft lorfque les 
puftules font confondues enfemble ÔC 
Tome II. I 



9$ Traité de Rhases 
qu'elles s'élèvent au point que plu- 
fieurs font ramaflées en une feule, & 
qu'elles occupent la plus grande partie 
du corps , ou bien lorfqu'elles forment 
de grands cercles , & font de la couleur 
de la graille. 

Quant aux blanches , très-petites , qui 
fe touchent, qui font dures, verru- 
queufes , qui ne renferment point d'hu- 
meur , certainement celles-là font mau- 
vaifes , & leur malignité eft propor- 
tionnée à la difficulté qu'elles ont de 
mûrir : &C fi leur éruption ne foulage 
pas le malade , au contraire que Ton 
état foit pire ; alors elles font mortelles. 

Celles qui approchent de la couleur 
verte & violette, c'eftà-dire livide, 
ou celles qui font noires , font toutes 
mauvaifes & mortelles ; & lorfqu'elles 
font accompagnées de foibleffes , de 
palpitation de cœur ; elles font encore 
plus dangereuses & plus formidables. 

Lorfque la fièvre augmente après l'a- 
parition delà petite vérole, c'eft un 
mauvais figne ; mais fi elle diminue 
dans l'éruption , c'eft un bon figne. 

Les pullules doubles indiquent une 
abondance de matière , & quoiqu'elles 
foient d'un bon caraftere, elles font 



sur la Petite Vérole. 99 

néanmoins à craindre : & fi elles font 
de quelque efpece mortelle, elles font 
encore plus dangereufes. 

Les rougeoles bonnes . font celles 
qui ne font pas accompagnées d'une 
rougeur trop forte. Les brunes font 
mauvaifes , les vertes &c les livides font 
mortelles en plein. 

Lorfque la petite vérole ou la rou- 
geole rentrent après avoir commencé 
à paroître , que la foibleffe & le mal 
être furviennent ; la mort fuit de près 
la foibleffe , à moins qu'elles ne repa- 
roiffent de nouveau. Lorfque la petite 
vérole paroît le même jour que la fiè- 
vre , elle eu" trop prompte &c les puftu- 
les paroiffent trop tôt : fi elles paroiffent 
le troifieme jour , elles font dans l'ordre 
moyen ; mais celles qui paffent le qua- 
trième jour font tardives & trop len- 
tes ; & fi elles paroiffent dans les jours 
critiques bons , c'eft un figne falutaire , 
furtout fi le malade fe trouve foulage ; 
& le contraire arrive, fi cela ne fe fait 
pas ainfi. 

Lorfque les puftules jointes enfem- 
ble , deviennent confluentes & fe gon- 
flent , que le malade efl: dans un état 
violent , que le ventre tendu , fe gon- 



ico Traité de Rhasè-, 

fie Se s'élève en bofle , le malade eft 
près de la fin. 

Lorfque dans les petites véroles 
d'un mauvais caraftere , les pullules 
qui ne renferment point d'humeurs , 
fe fendent, s'éclatent, & que le délire 
furvient dans le même tems, la mort 
ne tarde pas à venir. 

S'il arrive que la petite vérole ou la 
rougeole rentrent après avoir paru 
une fois , & que l'inquiétude &C le 
délire furviennent en même tems ; 
c'eft un figne mortel de quelque cou- 
leur que foient les puftules , cela arrive 
rarement lorfqu'elles font blanches, 
lorfqu'elles murhTent promptement, 
& qu'elles portent leur humeur. 

S'il arrive un trouble tumultueux 
fur la fin de la petite vérole , & qu'il 
en refaite une douleur véhémente aux 
jambes, aux mains , ou dans quelque 
autre membre, &C que la partie ainfi 
affectée prenne une couleur verte ou 
noire ; fi les forces font moindres 
qu'auparavant , & que cette partie de- 
vienne plus foible , à mefure que la 
douleur augmente , & que fa couleur 
foit très-forte , c'eft un figne mortel. 
"Mais fi les forces reviennent , il en 



sur la Petite Vérole, io-t 
échappera, & la partie tombera en 
pourriture. Mais fi vous (tarifiez ce 
membre du moment que la douleur a 
commencé , pourvu que le malade ait 
toutes les forces , vous ferez grand 
bien , & vous préfervercz de cette ma- 
nière la partie de la pourriture. Dans 
ce cas il ne faut rien appliquer de froid 
fur ce membre ; mais il faut faire des 
{tarifications , ou le tremper dans l'eau 
chaude , fi vous voyez que le malade 
s'en trouve mieux. 

Puifque nous avons parcouru tous 
les articles indiqués pour le traitement 
de cette maladie , & pour s'en garantir , 
nous mettons fin à notre difcours. 

Intelleclâs autem largltori laus fit fine 
fine , qui illt ejl dignifjimus & mcrtn~ 
tijfimus. 

Fin du Traité de Rhasès. 

Le Traducteur Anglais a ajouté au 
Traité de Rhasès fur la petite vérole , 
quelques fragmens de fes Ecrits fur la 
même matière , tirés du Continens. Ils 
renferment quelques Obfervations parti- 
culières , très-courtes & peu importantes. 

Iiij 



foi 

D'ailleurs c'efi entre les mains de tous 
ceux qui ont Rhasès ; & cela ne nous a 
pas paru effentiel , ni pour compléter le 
Traité , ni pour la Curation. 

On conviendra fans peine que la Phar- 
macie des Médecins Arabes , & leur ma- 
tière médicale , font un peu trop char- 
gées ; mais on peut faire un choix heu- 
reux dans le grand nombre des remèdes 
qu'ils preferivent ; dont la plupart font 
inutiles 6* quelques uns fuperjiitieux. 




TABLE 

DES MATIERES. 



J Byjffînîe , Tom. t pag- i6r." 

Acrydophages , peuple d'Afrique , T. I. p. 178. 
Almuri, Rhasès, T. II.p. 64. 

Alraib, Rh. T. II. p. 43- 

Ambcine , ( Me ) Tes habitans font fujets à une 
maladie qu'on a pris pour les maux véné- 
riens. T. I. p. 156. 

Amérique , première éruption de la petite vé- 
role en Amérique. T I.p. 118. 

'Andar ( fel d' ) Rh. T. II. p. 74. 

Anthrax des Grecs , ou charbon. T. I. p. 38. 

39. Si fuiv. 

Arabie. Plufieurs Auteurs ont cru que la petite 
vérole étoit née dans les terres des Arabes , 
T. I. p 6a. Raifonsquidétruifent cette opi- 
nion , ibid.p.6+ & 65. Elle y paroit dans 
le fixieme fiecle. ibiJ.p.78. 

Afie- Avant le fixieme fiecle de l'Ere Chrétien- 
ne, elle étoit à l'abri de la petite vérole. 
Les Sarrazins la répandent dans plufieurs 
de fes parties, dans le feptieme fiecle ,T. I. 

I iv 



*0 4 TABLE 

p. yj. Dans le dix-feptieme fiecle , prefqae 
toutes fes parties en font infectées, ib. p. 146. 



B 



B 



' Ains , leur avantage, T. I. pag. 326. 
T. II. p. . Leurs inconvéniens. ib. p. 

Bambou , fucre. Rh. T. II. p. 44. 

Banaras; un des Collèges d'où partent an- 
nuellement les Brames. T. I. p. 207. 

Barbarie. T. I. p. l6r. 

Baurak. Rh. T. II. p. 78. 

Béribéri. T. I. p. 15 f. 

/?««/} ; ils font attaqués d'une maladie pefti- 
lentielle , & guéris par les Médecins Da- 
nois. T. I. p. 1S0. 

Borgenou Borghen. La petite vérole n'y paroît 
ordinairement que tous les fept ans. T. I. 

p. 182. 

Boflon. L'inoculation n'y réuffit point ; &elle 
eft bannie d'Angleterre. T. I. p. 201. 

Bothor ; nom qu'Avicenne donne à la petite 
vérole. T. I p. 105. 

Brames ou Bramir.es ; Prêtres Indiens. T. î. 

p. 207. 

Brefil. En quel tems la petite vérole y parvint. 

T. I. p. 136. 

Bubafle ou Bubaflis. Ville d'Egypte , où l'on 
croit que la petite vérole eit née. T. I. p. 5 2. 

~Buy-cav.il. Nom que les Américains donnè- 
rent d'abord à la petite vérole. T. I. p. 113. 



DES MATIERES ioj 



\^ Affrerle. T. I. p. r6i. 

Camphre. Il peut être regardé comme fpécifi- 
que dans la petite vérole. t.I. p. 316. 328. 
& 333. Il e/t très-avantageux dans le trai- 
tement de cette maladie. t. II. p. 57. 

Cap de Bonne- Efpcrance. Découverte du Cap, 
t. I. pag. 163. Première irruption de la 
petite vérole au Cap, ibid. p. 168. Seconde 
irruption. ibid. p. 165. 

Ceylan ( Ifle de ) , 1. 1. p. 1 ^ 3. 1 54. 

Chapetonada , fièvre maligne, particulière aux 
habitans de Lima' t.I. p. 137. 

Chafpah , nom de la rougeole en Arabe. 

t.I. p. 104. 

Chine. t.I. p. 97 & 146. 

Chiques d'Amérique. t I. p.179. 

Chyli. La petite vérole y eft connue depuis peu 
«le terris, & y fait beaucoup de ravages. 

t. I. p. 139. 

Circajfie. 1. 1. p. 146 & 15 o. 

Cirons. t. I. p. i-jg. 

Cleves (Duché de ) : on y donnoit la petite 
vérole aux enfans , par fridion. 1. 1. p. 193. 

Comédons Voyez Crinons. 

Congo. 1. 1. p. 161. 

Conjîantinopk. L'inoculation y eft apportée de 
CircafTie , par le commerce des Tartares , 
t.I. p. i9î- Elle y eft pratiquée de plufieurs 
manières. ib.p. 196, 198, 104, 309. 



io6 TABLE 

Coromandel { Côte de ). Ses habitans ne con- 
nurent la petite vérole que fort tard. 

1. 1. p. 151. 

Crlnons. Animaux qui s'attachent à la racine 
des cheveux. 1. 1. p. 179. 



D 



Anemank. Les Pères font coucher les 
enfans enfemble , afin qu'ils prennent la 
petite vérole. T. I.p. 194. 

Domingue ( Saint )• Ifle d'Amérique , où ht 
petite vérole fut apportée par les Efpa- 
gnols. 1. 1. p. 1 20. & fuiv. 

Dortheim. La petite vérole n'y paroît ordinai- 
rement que tous les onze ou douze ans. 

1. 1. p. 182. 
Douches. Elles font avantageufes avant l'érup- 
tion de la petite vérole, t. I. p. 207. & 

t II. p. 126*. 
Dragonntau. t. I. p. 179. 



E< 



1 Cthyma. Eruption qui n'eft point celle de 
la petite vérole. T. I. p. 27. 

Egypte. Plufieurs Auteurs ont cru que la pe- 
tite vérole y étoit née. t- I- p. 61. Raifons 
qui autorifent cette conjecture, ibid. p. 65. 



DES MATIERES. 107 

Autorités qui la font valoir, ihid. p. 66, 

67, & fuiv. 

EUabas. Un des Collèges de l'Indoftan , d'où 
partent les Brames. t.I.p. 107. 

EUphantiafis. Efpece de lèpre , qui rend les 
pieds & les mains de ceux qui en font at- 
taqués , femblables à ceux d'un Eléphant. 

t. I. p. 71. 

EpinytTides. Phlyclenes qu'on a pris pour les 
puftules de la petite vérole. t. I. p. 36. 

Ethiopie. Plufieurs Médecins ont cru que la 
petite vérole y étoitnée. t.I. p. 62. Raifons 
qui détruifent cette opinion. ibid. p. 63. 

Ethiops minéral , recommandé par Lobb 
comme fpécifique dans la petite vérole. 

^ t.I. p. 330. 

Europe. La petite vérole paroît en Europe 
dans le fixieme fiecle , t. I. p. 78. Elle y eft 
très-répandue dans le dix-feptieme fiecle. 

ibid. p. 177. 

Exdnthema , éruption dont parle hyppocrate 
& qu'on a confondu avec les puftules de pe- 
tite vérole. 1. 1. p. 18, 



Alu\edgat. Rh. t. II. p. 3 O. 

Ferroi ( Ifles de ) manière dont la petite vérole 

y fut apportée. 1. 1. p. 177 & 179. 

Feu S. Antoine. Efpece de charbon. 1. 1. p. 40. 

Francolin. Oifeau d'excellent goût. Rh. t. II. 

p. 38. 



ioff TABLE 

G 



\JT Ailes. Les Ecoliers de cette Province y 

achètent la petite vérole. t I. p. 194. 

Garnier, Orfèvre de Marfeille , qui fe pre- 

ferve de la pefte avec toute fa famille. 

1. 1. p. 305. 
Genève. On inocule la petite vérole dans cette 
ville , en 1750. t. I. p. 10t. 

Genièvre. Vertus du genièvre pour éloigner la 
petite vérole. t. I. p- 336. 337. 

Géorgie. 1. 1. p. 150. 

Germe de la petite vérole. Etre chimérique qui 
n'a jamais exifté. Voyez combien cette opi- 
nion eft peu fondée, 1. 1. p- i.&fuiv. 
Ghêe. Efpece de beurre fait avec le lait de 
Bufles. t.I. p. 107. 
Goa. t. I. p. 151. 
Godari. Nom de la petite vérole en Arabe. 

1. 1. p. 104. 

Gorre. Nom que les François donnoient aux 

maladies vénériennes dans le feizieme fiecle. 

1. 1. p. 114. 

Goudron. Son eau eft donnée pour le fpécifi* 

que de la petite vérole. t. I. p. 331. 

Groenland. C'eft le dernier pays où la petite 

vérole a pénétré. Elle y eft apportée, en 

1733 , par un Groenlandois baptifé. 

t. I.p. 186. 

Guafleque. Ses habitans font fujets à des vers 

qui s'attachent à leurs lèvres. 1. 1. p. 279. 

Guinée. 1. 1. p. 161. 



DES MATIERES. xo| 

H 



H, 



. Edgiaçi. Rh. t. II. p. 79. 

Hollande. On inocule en Hollande en 1 746. 

t. I. p. 10 1. 

Hotteniots. Ce peuple ne connoiflbit prefque 
point de maladies avant le dix-feptieme fie- 
cle , 1. 1. p. 162, 163. Ils font un traité , au 
milieu du dix feptieme fiede , avec les 
Hollandois , qui leur communiquent la pe- 
tite vérole ; ibid. p. 168. Ils arrêtent la con- 
tagion de cette maladie , ibid. Ils s'en pré- 
fervent jufqu'au commencement du dix- 
huitieme fiede , ibid. p. 170. On leur en ap- 
porte une nouvelle contagion, ibid.p. 175. 



I 



/. 



Apon. 1. 1. p. 149. 

Indes Orientales. En quel tems la petite véro- 
le y parvint, 1. 1. p. 1 5 2. & 1 5 3. 

Indoflan. Manière dont les Prêtres Indiens y 
pratiquent l'inoculation. t. I. p. 107. 

Inoculation. Origine de cette méthode, t. I. 
p. 191, 193. Les Chinois prennent la peti- 
te vérole par le nez , ibid. Elle parvient à 
Conflantinople par le commerce des Tar- 
tares , ibid. p. 195. Elle y eft pratiquée fur 
la lin du dix- feptieme fiecie , par une Thef- 

■ ûlienne , ibid.p. 196. EmanuelTimonyen 



H6 TABLE 

fait une opération chirurgicale , ibid. p. 19?. 
Fondation d'un Hôpital d'inoculation en An- 
gleterre en 1748. /£/<£ p. roi. Elleeftbla- 
mée publiquement en France , & condam- 
née par les plus grands Médecins , ibid. 
Manière dont on inocule en France , ibid. 
p. 103. A Conftantinople , 204. En Italie , 
ibid. En Irlande, rot. Nouvelle méthode 
des Circaffiens , 206. Dans l'Jndoftan, 207. 
Danger de celle d'Europe , 208. Elle n'a 
qu'un avantage, t. II. p. 105. Elle porte 
avec elle au moins vingt-cinq cara&eres de 
réprobation , ibid. p. 106. Elle eft condam- 
née par les plus grands Médecins , ibid. 

p m. 

lonthos , mot Grec, qu'on a pris pour les 
boutons de petite vérole , 1. 1. p. 49. & 5 5. 
Ce que c'eft. p. 5 6. 

Isfidbadgad. Rh. t. II. p. 41. 

IJlande. La petite vérole y étoit encore incon- 
nue au commencement de ce fiecle; elle y 
fait une irruption meurtrière. 1. 1. p. 185. 

Ijles Orientales. Leur découverte. 1. 1. p. 
153. En quel teins on y connut la petite vé- 
role , ibid. p. 157. 



K 



K 



Inkina. Il eft regardé comme le fpéci- 
fique des fièvres intermittentes, 1. 1. p. 324. 
Il eft propofé pour la petite vérole- p- 33** 



DES MATIERES. ui 



J-iAponie. II eft vraifemblable que les Lapons 
ne connoiflent point encore la petite véro- 
le. 1. 1. p. 187. 

Laurier odorant ou triomphale , fon eau di- 
ftillée eft le contrepoifon de l'eau diftillée du 
Laurier cerilë. t. I. p. 313. 

Leipfic. Epidémie de petite vérole furvenue 
dans cette ville d'une manière finguliere , 

t.I. p. 313. 

Lcpre. Maladie de la peau , qui a pris naiiïàn- 
ce dans les eaux du Nil , 1. 1. p. 71. Lapre 
des Egyptiens eft la même que celle de» 
Juifs & des Arabes- ibid. p. 185. Elle eft 
anéantie en Europe. ibid. p. _j 19. 

lycium. Rh. t. II. p. 63. 



M 



M. 



[Acoco. t.I. p. 162. 

Malabar ( Côte de ). Ses habitans ne connu- 
rent la petite vérole que fort tard, 1. 1. p. 151. 
Elle y tut apportée par les Portugais , & y 
fait des ravages étonnans. ibid. p. 152. 

Maladies héréditaires. Ce que c'eft. 1. 1. p. 15 

Mal des ardens , ou Feu S. Antoine. 1. 1. p. 40. 

Maldives ( Mes ). 1. 1. p. 1 5 3. 

Malvat. Efpece de charbon fingulier qu'on 
obferve en Languedoc près de Caftres , 

1. 1. p. 4°. 



m TABLE 

Maryland. Pays de l'Amérique Septentriona- 
le , où les Anglois apportèrent la petite vé- 
role au commencement du dix feptieme fie- 
cle. 1. 1. p. 13$. 

Mamiraan. Rh. t. II. p. 79.-' 

Mamithfa. Rh. t. II. p. 63. 

Maffakounia. Rh. t. II. p. 78. 

Mentagra. Efpece de lèpre qui s'attachoit au 
menton, dont parle Pline 1. 1. p. 69. Il y a 
lieu de croire que cette maladie futtranfpor- 
tée d'Egypte en Italie. ibid. 

Mercure. C'eft le fpécifique des maux véné- 
riens, t. I. p. 324. 

Moa ( Ille). t.I. p. 160. 

Moluques ( Ifles ). tl.p. 153. 155. 

Monomotapa. t. I. p. i6r. 

Mofquiles. t. I. p. 179. 

Moulons. La clavelée des moutons n'eft autre 
chofe que la petite vérole. 1. 1. p. 17. 

Myrrhe. Sa teinture a été donnée pour un fpé- 
cifique dans la petite vérole. 1. 1. p. 3 3 1 . 



N 



AL 



Arrembu. Maladie des Indiens des Mala- 
bares. 1. 1 p. 178. 

Nigritie. t.I. p. 16 1. 

Nd. Fleuve qui arrofe l'Egypte, qui y porte 
la fécondité, & y occafionne plufieurs ma- 
ladies, t. 1. p. 67. C'eft des eaux du Nil 



DES MATIERES. 115 

qu'eft fortie la petite vérole : raifons qui 
autorifent cette conjecture , ibid. p. 74. Ob- 
fervation de Profper Alpin , fur les eaux du 
Nil , & fur les maladies que la pourriture 
de fes eaux procure , ibid. p, 71. & fuiv. 
Précautions que prenoient les anciens Rois 
d'Egypte , pour la falubrité de ce pays. 

ibid. p. 70. 

Nonege. La petite vérole y eft très-rare , t I. 
p. 182 II y a des parties od elle ne paroît 
ordinairement que de feize en feize ans , 

ibid- p. 183; 

Nubit. 1. 1. p. 161. 



o 



o, 



Pium , fon ufage ne nuit point J aux 
Turcs, 1. 1. p. 324. Il eft avantageux dans 
les traitemens de la petite vérole, t. II. p. 57. 



X Ata , La petite vérole y eft plus funefle 
aux Indiens tirés des bois, qu'à ceux qui vi- 
vent avec les Portugais. t. 1. p. 139. 
Parquai , la petite vérole y fait des ravages. 

t. I. p. 139. 
Parfums pour éloigner la petite vérole» 

t. I. p. 374. 
Paris En 1719. épidémie de petite vérole 
affreufe. t. I, p. 195. 

Tom. II, K. 



ii4 TABLE 

Pavot , fon avantage dans la petite vérole; 

t. II, p. 
Pérou , fes habitans ne connurent la petite 
vérole que fort tard. t. I, p. I 37 

Perfe, La petite vérole y eft rare , ainfi que la 
pefte : raifons pourquoi , t. II. f. 45. 

Pefte , de Marfeille apportée fur le vaifleau 
du Capitaine Chataud , dans cette ville , en 
1710. t. I, p. 286. Elle eft arrêtée au mi- 
lieu de la France. ïbid. p. 310 
Philippines ( Ifles ). t. I, p. 1 5 3 
Phyma. C'eft une tumeur aqueufe , ou hyda- 
tique ; ce n'eft point un tubercule comme 
on l'a cru , ni un bouton de petite vérole : 

t.I.p. 35 
Pian: maladie des Américains t. \, p. x8ç 
Picote. Premier nom que la petite vérole re-; 
çut en France : formation de ce mot. 

t. I, p. 1 1 z 

Pilules. Antifeptiques recommandées comme 

un préfervatifde petite vérole. 1. 1, p. 33a 

Plie ou plique : maladie des Polonois , 1. 1, 

p. 285 

Pocken : nom que les Allemans donnent à la 

petite vérole. 1. 1, p. 112 

Poifons : les végétaux fe guériflent par les acî« 

des du même règne. 1. 1, p. 324 

Pofia , boiflon dont fe fervoient les Soldats 

Romains. 1. 1, p. 189 

Prédeflination : fyftême funefte , qui entretient 

la pefte parmi les Mahométans. 1. 1, p. 11. 

Préjugés , comment ils naiflent , fe fortifient , 

& donnent lieu à des fyftêmes funeftes. 

» I, p. 1, 3, & fui?. 



DES MATIERES. n-r 

Pruffi. Les enfans y prennent la petite vérole 
en frottant le creux de leurs mains avec des 
croûtes. 1. 1, p. 194 

Puftula C'étoit le bubon d'une pefte qui parut 
en France dans le fixieme fiecle de l'Ere 
Chrétienne- t I, p. 79 



\^/ [/alités occultes , & caufes fecretes : ce 
T^Ie c'eft. 1. 1, p. 8 



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Ay , Ville confidérable de Perfe , pa- 
trie de Rhasès. t I, p. 100. & Rh.t. H, p. 2 
Remèdes fignés : ce que c'eft. t. I,p. 7 

Ribas. Rh. t I, p. 39 

Rob. Rh. t. H, p. 39 

Rougeole , inoculation de cette maladie , 

t. I, p. 163 

Rubeola. Nom Latin de la rougeole : comment 

il a été formé. t. I, p. !S8 



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Antdl. t.I, p. I SÇ 

Savic. Rh. t. II, p. 40 

Seçangiabin, Rh. t. II, p. 4% 

îK ij 



ïitf TABLE 

Seehaufen. Pendant l'efpace de quinze ans , oa 
n'y apperçoit point de petites véroles. 

1. 1, p. t8o 

Strpent à fonnctes; fe trouve en Amérique; 
fur-tout dans le Pérou, t. I p. 138. Sa 
morfure fait mourir en moins de demi-heu- 
re dans les convulfions, ibid. Il y a une 
plante qui lui fert de contrepoifon. 

t.I, p.315 

Siam. Pratique finguliere des Siamois , à l'é- 
gard de ceux qui font morts de la petite vé- 
role. 1. 1, p. 147 

Siebadg. Rh. t. Il, p. 38 

Sief. ' Rh. t. II, p. 56 

Singe attaqué de la petite vérole : obfervation 
faite à S. Germain - en - Laye, en 1767. 

1. 1, p 16 

Small-Pox, nom que les Anglois donnent à la 
petite vérole t I, p. 1 1 $ 

Sonde ( Ifles de la) t. I, p, 155 & fuiv. 

Spécifiques : il y en a plufîeu'rs. t. I, p. 3 14, 315 

Sublimé corrojîf. L'alkali fixe eft fon contre 
poifon. t. I, p. 325 

Syrop de perles. Rh. t. II, p. 46 



J_ Arlares-Calmouks. t.I, p. 149 

Tartane. Il en fort, dans le quatorzième iîecle , 

une maladie peflilentielle qui fait le tour de 

l'Europe, 1. 1, p. 280 

Tebaskir, Rh. t. II, p. 43 



DES MATIERES. 117 

Terengîabin , forte de manne, Rh. t. Il, p. 91 
Timor (Ifle) t, I,p. 154 

Tifi'u cellulaire : c'eft le Gege de la petite vérole. 

t. II, p. 31 
Tonquin. t. I, p, 14! 

Transfufion. dufang , reflemble à l'inoculation. 

1. 1, p. 161 



V, 



Aiola. Nom des Italiens , pour déligner 
la petite vérole. t I, p. in 

Variola. Nom Latin de la petite vérole , qui 
n'a été connu que dans le fixieme fiecle. 

t I,p 8ç 

Vari. Ce que c'eft. t. I, p. 55, 56. mots qui 
en dérivent. ibid. p. 86 

Vérole. Cette maladie eft originaire d'Améri- 
rique, 1. 1, p. 1 1 5, Elle eft apportée en Eu- 
rope dans le quinzième fiecle , ibid. p. 1 1 }, 
114. Elle parvient dans les Mes de la Mer 
des Indes , par le commerce des Portugais. 

ibid. p. 1 54 

Vérole f petite ). Son germe n'eft point dans 
le fang ' 1. 1, p. !■ & fuiv. Les Médecins 
Grecs & Latins n'ont point connu cette ma- 
ladie, ibid. p. 25.6c fuiv- Elle a pris naiffan- 
ce en Egypte , ibid. p. 60. & fuiv. Raifons 
pourquoi elle n'a pas exifté de tout tems en 
Egypte , ibid. p. 75- Sa première apparition 
au monde , dans le fixieme fiecle , ibid. 



iiff TABLE 

p. 77, 78. & fuiv. Défolation qu'elle caufc 
en France dans fes commencemens , ibid. 
p. 83. Elle paroît en Arabie dans le fixieme 
fiecle, ibid. p. 78. Sa marche dans le mon- 
de , ibid. p. 93. Elle pénètre dans plufieurs 
parties d'Afie , où les Arabes la répandent 
dans le feptieme fiecle , ibid. p. 97. Les 
Sarrazins en apportent une nouvelle infe- 
ction en Europe , dans le huitième fiecle, 
ibid. p. 98. Conjectures fur la nature du 
virus variolique , ibid. p. 165- Elle fe com- 
munique comme la pefte , ibid. p. 297. 
Voies de communication qu'on ne foupçon- 
ne pas. ibid. p. 3 10, 3 1 1 • & fuiv. 

Vers fanguins , céphaliques , pulmonaires , 
t. I, p. 278. Eléophages , ibid. p. 284 

Vicho ou bicho, gangrène au rectum, t I. p. 1 37 

yinaigre. Son ufage dans les maladies pefH- 
lentielles. t. I, p. 338,339. 

Vipère. Son venin eft combattu par l'alkali vo- 
latil. 1. 1, p. 324 

Viruelas. Nom que les Efpagnols donnent à la 
petite vérole. r. I, p. 1 1 2 

Ulcère. Hippocratedonnoit beaucoup d'exten- 
fion à ce mot. t. I, p. 32. Ulcères de bu- 
baftis, qu'on croit être la petite vérole, ibid. 
p. 52. Raifons qui autorifent cette conjectu- 
re, ibid. p. 52 & 53. 

Utrech. Epidémie de petite vérole formida- 
ble en 1729. 1. 1. p. 196 



DES MATIERES. nj| 



A Anguebar. t. 1, p. i6z' 

Vempoala. Ville d'Amérique dans la Nouvelle 

Efpagne , où l'on apporta la petite vérole. 

1. 1, p. 162. 



MEDJ 
■ iSTCi 

Liai un 




Fin de là Table des Matières- 






Accession no. 
ACK 

Author 

Paul9t, J.J. 
Histoire de la 
petite vérole. 

QU no. 1768. 

Inoculation 
vaccination 



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Collect: A. G. KLE 
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